HyunJeong Hwang
OCDE
Jon Pareliussen
OCDE
Axel Purwin
OCDE
HyunJeong Hwang
OCDE
Jon Pareliussen
OCDE
Axel Purwin
OCDE
Après avoir subi une récession en 2023 et enregistré une croissance atone pendant la majeure partie de l’année 2024, le pays est maintenant confronté à des risques grandissants du fait d’un environnement international incertain et en évolution rapide. Les risques pesant sur la stabilité financière se sont atténués, mais la forte exposition de la Suède à l’immobilier résidentiel et commercial exige une vigilance constante. Le niveau d’endettement des ménages demeure élevé, ce qui rend risqué l’assouplissement des paramètres macroprudentiels, tel qu’il est actuellement envisagé par les autorités. L’orientation générale légèrement expansionniste de la politique budgétaire en 2025 est appropriée pour soutenir la reprise, mais la loi de finances comprend des mesures, telles que des baisses de taxes sur les carburants et des modifications du seuil de non-imposition de l’épargne, qui sont mal ciblées. L’objectif proposé de budget équilibré offre davantage de latitude, mais il devrait s’accompagner d’un renforcement de la surveillance pour éviter des dépenses inefficientes et garantir des marges de manœuvre budgétaires à long terme permettant de faire face aux tensions sur les dépenses liées au vieillissement démographique et aux coûts d’adaptation au changement climatique.
Malgré une forte croissance de la population, tirée en grande partie par l’immigration, le PIB par habitant de la Suède a augmenté plus rapidement que dans la plupart des autres pays de l’OCDE au cours de la dernière décennie. Le système éducatif national, qui met l’accent sur la formation tout au long de la vie et la montée en compétences des travailleurs, conjugué à un solide filet de protection sociale, permet aux individus de contribuer efficacement au marché du travail. La Suède se caractérise en outre par un niveau de vie élevé et des inégalités de revenu encore relativement faibles en termes de comparaison internationale. Le dialogue social entre les employeurs, les syndicats et les pouvoirs publics favorise la cohésion sociale et l’adaptabilité aux évolutions économiques. Par ailleurs, la Suède continue d’afficher l’un des niveaux d’endettement public les plus faibles de la zone OCDE, grâce à un cadre institutionnel budgétaire solide, tandis que le niveau de corruption reste peu élevé (voir la section 1.5). Toutefois, ces dernières années, elle a perdu du terrain par rapport à de nombreux autres pays de l’OCDE sur le plan économique, et des problèmes préjudiciables à la croissance à long terme subsistent. Bien qu’amorcée, la reprise demeure fragile, et des réformes plus globales s’imposent pour renforcer la résilience et assurer une prospérité durable à long terme.
Après avoir bien résisté à la pandémie (OECD, 2023[1]), l’économie suédoise a stagné en 2022-23 (Graphique 1.1, partie A). Bien que la croissance du PIB réel se soit progressivement redressée en 2024 sur fond de recul de l’inflation et d’assouplissement de la politique monétaire, la reprise est restée fragile. Au cours des trois dernières années, la croissance a été inférieure à la fois à son niveau tendanciel antérieur et à la moyenne de l’OCDE, ce qui s’explique par l’atonie de la demande tant extérieure qu’intérieure (partie B).
Source : OCDE, Perspectives économiques de l’OCDE (base de données) ; Bureau central des statistiques (SCB, Statistiska centralbyrån) suédois ; et calculs de l’OCDE.
Les difficultés économiques de la Suède sont étroitement liées à l’endettement élevé des ménages et au marché du logement. Pendant des années, les taux d’intérêt bas et les conditions de prêt favorables ont entraîné une flambée des prix de l’immobilier et un accroissement de l’endettement des ménages, déjà élevé. L’évolution de la demande de logements pendant la pandémie a fait grimper encore plus les prix. Et lorsque les taux d’intérêt ont été relevés pour lutter contre l’inflation, les emprunteurs hypothécaires suédois, dont environ 80 % détiennent des prêts hypothécaires à taux variable, ont subi une flambée des paiements d’intérêts (Graphique 1.2, partie A). Les ménages suédois disposent généralement d’actifs importants et d’une capacité de remboursement élevée (parties B et C), mais la hausse du coût des prêts hypothécaires, conjuguée à une inflation élevée, a érodé leur revenu disponible, ce qui a fortement contribué au ralentissement des dépenses de consommation.
1. Régimes de retraite professionnels et régime de pension par capitalisation.
Note : En ce qui concerne le coût du service de la dette, les paiements d’intérêts n’ont pas été corrigés des services d’intermédiation financière indirectement mesurés (SIFIM) ou des déductions au titre des intérêts.
Source : Bureau central des statistiques (SCB, Statistiska centralbyrån) suédois ; et calculs de l’OCDE.
L’orientation restrictive de la politique monétaire a en outre provoqué une forte baisse des prix des logements, réduisant le patrimoine des ménages et affaiblissant encore la consommation (Graphique 1.3, partie A). En effet, en Suède, une baisse de 10 % des prix des logements entraîne généralement une baisse de 2 % de la consommation (BRI, 2023[2]). Le recul des prix des logements a également érodé la rentabilité des promoteurs immobiliers, qui se sont trouvés confrontés à une hausse des coûts de financement et de construction, ce qui a entraîné un ralentissement marqué de l’investissement résidentiel et des nouveaux projets de logements. En 2023, les mises en chantier de logements ont chuté d’environ 50 %, soit la plus forte baisse observée depuis la grave crise financière qui a touché la Suède au début des années 1990. Cette tendance s’est poursuivie en 2024, avec une nouvelle baisse d’environ 18 %. Le secteur de la construction est resté confronté à des coûts d’emprunt élevés et à un marché du logement atone, alors même que les prix des biens immobiliers d’habitation ont enregistré une légère hausse. Cette conjonction de facteurs s’est traduite par une longue période de stagnation économique.
Prix réels des logements¹
1. Indice des prix de l’immobilier pour les bâtiments à un ou deux logements. L’indice a été corrigé de l’indice des prix à la consommation (IPC).
Source : Bureau central des statistiques (SCB, Statistiska centralbyrån) suédois.
Le marché du travail a également pâti du ralentissement économique généralisé. L’emploi a bien résisté pendant et après la crise du COVID-19, dépassant à la fin de 2021 son niveau antérieur à la crise, et a continué de progresser jusqu’au premier semestre de 2023. Depuis, l’emploi a reculé et le chômage a augmenté, en partie du fait de la hausse du taux d’activité (Graphique 1.4, partie A). Le secteur de la construction a été particulièrement touché par les pertes d’emplois (partie B). L’atonie du marché du travail s’est poursuivie jusqu’au début de 2025.
Les effets du récent ralentissement économique sur le marché du travail n’ont pas été les mêmes pour les femmes et pour les hommes. L’écart de taux de chômage entre les genres, qui s’était creusé pendant la pandémie, s’est réduit entre 2023 et le début de 2025 (partie C). Cette tendance s’explique en partie par les effets sectoriels du ralentissement économique : les secteurs dominés par les hommes, comme la construction, ont enregistré un plus grand nombre de pertes d’emplois, tandis que les secteurs dominés par les femmes, tels que la santé et le travail social, sont restés relativement plus stables. Toutefois, les femmes, en particulier celles nées à l’étranger, continuent de connaître un taux de chômage de longue durée plus élevé que les hommes, ce qui montre qu’il existe des obstacles structurels sur le marché du travail (chapitre 4).
1. Écart entre le taux de chômage des hommes et le taux de chômage des femmes.
Note : Les parties A et C présentent les données de l’enquête sur les forces de travail (EFT), corrigées des variations saisonnières, pour la population âgée de 15 à 74 ans. La partie B montre l’emploi par secteur, d’après les comptes nationaux. La partie C présente les données de l’EFT, corrigées des variations saisonnières et lissées pour la population âgée de 15 à 74 ans.
Source : Bureau central des statistiques (SCB, Statistiska centralbyrån) suédois ; et Institut national de recherche économique (NIER, Konjunkturinstitutet) suédois.
À la suite d’un ralentissement rapide, l’inflation est tombée en deçà de l’objectif de 2 % de la Banque de Suède au second semestre de 2024 (Graphique 1.5, partie A). En décembre 2024, l’inflation mesurée par l’IPCC (indice des prix à la consommation à taux d’intérêt hypothécaire constant), qui est la variable d’inflation retenue par la Banque de Suède, s’est établie à 1.5 %, marquant le septième mois consécutif où la hausse des prix était inférieure à l’objectif. Le recul des prix de l’énergie a sensiblement contribué au reflux de l’inflation, qui avait culminé à la fin de 2022 (partie B). Si les anticipations d’inflation ont légèrement augmenté ces derniers mois, elles restent proches de l’objectif de 2 % à un horizon de cinq ans (partie C). Au début de 2025, l’inflation s’est hissée au-dessus de l’objectif, l’IPCC ayant atteint 2.2 % en glissement annuel en janvier et 2.9 % en février. Cette hausse s’explique en partie par l’augmentation plus forte que prévu des prix des produits alimentaires, principalement due à des facteurs externes, ainsi que par une repondération du panier de consommation, qui a contribué à hauteur d’environ 0.3 point de pourcentage.
1. Anticipations des acteurs du marché monétaire, sur la base d’entretiens téléphoniques avec des banques, des sociétés d’investissement, des fonds de pension, etc.
2. Moyenne pondérée par les échanges de 15 taux de change réels bilatéraux (la zone euro étant considérée comme une seule et même entité).
Source : Bureau central des statistiques (CSB, Statistiska centralbyrån) suédois ; et Banque de Suède (Sveriges Riksbank) ; Ekonomifakta ; et Banque des règlements internationaux.
La demande intérieure est restée faible, et l’inflation mesurée par l’IPCC est revenue à 2.3 % en mars et s’est maintenue au même niveau en avril. La progression des salaires devrait rester limitée en 2025-26. Travailleurs et employeurs du secteur industriel ont conclu un accord salarial biennal, qui prévoit une augmentation totale des salaires de 6.4 % sur cette période de deux ans. Cet accord définit explicitement la norme de progression des salaires à l’échelle de toute l’économie dans le cadre du système de négociation collective suédois. La couronne suédoise s’est appréciée par rapport à l’euro et à d’autres grandes devises (partie D), exerçant des pressions à la baisse sur l’inflation.
Des indicateurs récents laissent entrevoir une dégradation des perspectives au début de 2025. La confiance des entreprises et leurs intentions d’embauche sont en repli, reflétant l’incertitude croissante qui entoure les échanges mondiaux (Graphique 1.6, parties A et B). La confiance des ménages s’est dégradée encore plus fortement, ceux-ci étant désormais plus préoccupés par le chômage qu’il y a un an (parties A et B). Cette évolution s’explique non seulement par l’incertitude croissante, mais aussi par une inflation plus élevée que prévu en début d’année et par la dissipation des anticipations de nouvelles baisses des taux directeurs. Les tensions financières restent en outre importantes, ce qui incite de nombreux ménages à continuer d’épargner plutôt qu’à engager des dépenses (Konjunkturinstitutet, 2025[2]). Bien que le taux d’épargne ait diminué, il demeure élevé par rapport aux niveaux observés par le passé (Statistics Sweden, 2025[3]).
Note : Dans la partie A du graphique, les séries sont normalisées de manière à avoir une moyenne de 100 et un écart-type de 10. Dans la partie B, le solde correspond à la différence entre le pourcentage de personnes ayant donné une réponse positive à la question de l’enquête et le pourcentage de celles ayant donné une réponse négative. Il est donc compris entre 100 (si toutes les réponses sont positives) et -100 (si toutes les réponses sont négatives).
Source : Institut national de la recherche économique.
L’économie devrait enregistrer une croissance de 1.6 % en 2025 et de 2.3 % en 2026 (Tableau 1.1). À court terme, l’incertitude accrue freinera la demande intérieure, même si l’investissement devrait se redresser peu à peu parallèlement à l’amélioration de la confiance. La consommation privée se raffermira, soutenue par une hausse des revenus réels et par une amélioration de la situation du marché de l’emploi. L’inflation devrait se stabiliser autour de l’objectif à compter du second semestre de 2025, la persistance de ressources économiques inutilisées contribuant à limiter les tensions sur les prix. Le chômage devrait baisser régulièrement à mesure que la demande de main-d’œuvre augmentera.
Variation annuelle en pourcentage, sauf indication contraire¹, en volume (prix de 2009/10)
|
|
2022 |
2023 |
2024 |
2025 |
2026 |
|---|---|---|---|---|---|
|
Produit intérieur brut (PIB) |
1.6 |
0.1 |
0.7 |
1.6 |
2.3 |
|
Consommation privée |
2.9 |
-2.0 |
0.3 |
1.0 |
2.2 |
|
Consommation publique |
0.8 |
1.8 |
1.2 |
1.4 |
2.0 |
|
Formation brute de capital fixe |
0.4 |
-1.2 |
-1.2 |
2.4 |
3.0 |
|
Demande intérieure finale |
1.7 |
-0.8 |
0.2 |
1.5 |
2.4 |
|
Variation des stocks1 |
1.2 |
-1.5 |
0.3 |
0.0 |
0.0 |
|
Demande intérieure totale |
2.9 |
-2.3 |
0.6 |
1.4 |
2.4 |
|
Exportations de biens et de services |
6.2 |
4.0 |
2.4 |
2.3 |
1.7 |
|
Importations de biens et de services |
9.7 |
-0.5 |
1.7 |
1.5 |
1.9 |
|
Solde extérieur1 |
-1.2 |
2.4 |
0.4 |
0.5 |
0.0 |
|
Autres indicateurs (taux de croissance, sauf spécification contraire) |
|||||
|
Écart de production2 |
0.0 |
-1.7 |
-2.7 |
-2.7 |
-2.0 |
|
Taux de chômage3 |
7.5 |
7.7 |
8.4 |
8.7 |
8.3 |
|
Déflateur du PIB |
5.7 |
6.0 |
3.0 |
2.6 |
2.0 |
|
IPC |
8.4 |
8.5 |
2.8 |
1.3 |
2.0 |
|
IPCC4 |
7.7 |
6.0 |
1.9 |
2.8 |
2.0 |
|
Solde des paiements courants5 |
4.7 |
7.0 |
7.4 |
6.8 |
6.6 |
|
Solde budgétaire des administrations publiques5 |
1.0 |
-0.8 |
-1.5 |
-1.4 |
-1.1 |
|
Solde primaire sous-jacent des administrations publiques2 |
1.1 |
0.4 |
0.0 |
-0.2 |
-0.4 |
|
Dette brute des administrations publiques5, 6 |
45.2 |
42.3 |
46.3 |
46.5 |
46.7 |
|
Dette des administrations publiques, au sens de Maastricht6 |
33.9 |
31.6 |
33.5 |
33.7 |
33.9 |
1. Contributions aux variations du PIB réel. 2. En pourcentage du PIB potentiel. 3. En pourcentage de la population active. 4. Indice des prix à la consommation (IPC) calculé à taux d’intérêt hypothécaire constant. 5. En pourcentage du PIB. 6. Sur la base des comptes nationaux, hors engagements non capitalisés des régimes de retraite des fonctionnaires.
Source : Perspectives économiques de l’OCDE, n° 117.
L’incertitude demeure considérable et les risques sont orientés de manière prédominante à la baisse. S’agissant des risques à la hausse, une diminution plus marquée que prévu du taux d’épargne des ménages pourrait donner une impulsion supplémentaire à la consommation privée. À l’inverse, un ralentissement prolongé de l’activité chez les principaux partenaires commerciaux de la Suède et une spirale protectionniste pourraient peser davantage que prévu sur la croissance. Les effets directs pourraient être relativement modestes en raison de la diversification des exportations (Graphique 1.7), mais un fléchissement de la croissance mondiale nuirait à l’économie suédoise, sachant que celle-ci est très ouverte. Une augmentation plus persistante qu’on ne s’y attend de l’épargne de précaution pourrait freiner le redressement de la consommation des ménages.
En 2024, les exportations représentaient 55 % du PIB de la Suède, les exportations de biens contribuant à hauteur de 38 % du PIB et celles de services à hauteur de 17 %. Aucun des marchés d’exportation de la Suède ne représentait plus de 11 % du total des exportations de biens. Malgré les vents contraires qui soufflent sur l’économie mondiale, la Suède a conservé une part stable de 1 % du marché mondial des exportations ces dernières années, grâce à cette diversification (Business Sweden, 2024[4]) et à la faiblesse de sa monnaie. La proportion des exportations suédoises a augmenté dans 9 des 14 principaux groupes de produits, dont l’automobile, les produits chimiques et pharmaceutiques, les machines et l’électronique, et les produits en papier.
Part des exportations totales, 2024
La diversification à la fois des destinations et des produits permet d’amortir les effets négatifs potentiels d’un renforcement des obstacles aux échanges, mais du fait de son ouverture, la Suède est exposée aux perturbations des échanges internationaux. Il convient en particulier de noter que son exposition directe aux droits de douane des États-Unis est relativement élevée : les exportations vers les États-Unis représentent environ 4 % de son PIB, soit une proportion plus importante que dans de nombreux autres pays de l’OCDE (Graphique 1.8). Certains secteurs seraient particulièrement menacés, notamment les fournisseurs suédois de véhicules automobiles et d’acier, dont la plupart ne disposent pas d’installations locales de fabrication ou d’assemblage aux États-Unis. Ceux-ci sont donc moins à même de réduire les droits de douane effectifs en délocalisant leur production à court terme.
Exportations directes vers les États-Unis en 2023
Note : Les mesures des échanges en proportion sont fondées sur l’ensemble de données équilibrées sur les échanges internationaux de marchandises de l’OCDE pour 2023. Les exportations de biens en valeur nominale sont rapportées au PIB nominal, tel qu’il ressort des données des comptes nationaux.
Source : Perspectives économiques de l’OCDE (base de données) ; OCDE, Statistiques équilibrées sur les échanges internationaux de marchandises (2023) ; et calculs de l’OCDE.
Au-delà de ces effets de liaison en aval, la dépendance de la Suède à l’égard des importations de composants et de matières premières crée des vulnérabilités supplémentaires via les effets de liaison en amont. La Suède est particulièrement vulnérable face aux chocs perturbant l’offre de certaines matières premières, telles que les métaux de base (Schwellnus et al., 2023). La chaîne d’approvisionnement en matières premières est essentielle à la transition écologique et, comme de nombreuses économies, la Suède dépend de quelques pays clés pour ses importations de terres rares indispensables à l’électrification et à la fabrication de batteries (OCDE, 2023). L’impact global sur l’économie suédoise dépendra de divers facteurs, notamment de la dynamique des politiques commerciales, des ajustements des chaînes d’approvisionnement mondiales et des éventuelles évolutions géopolitiques. Toute évolution majeure de ces facteurs, en particulier une nouvelle montée du protectionnisme à l’échelle mondiale sous la forme de mesures commerciales de rétorsion, aurait probablement des conséquences complexes et de grande ampleur pour la Suède et ses principaux partenaires commerciaux (Tableau 1.2).
L’invasion de l’Ukraine par la Russie a mis en relief les risques pour la sécurité énergétique en Europe, y compris en Suède. Bien que l’exposition directe de la Suède à la Russie et à l’Ukraine soit relativement limitée, la guerre a indirectement fait grimper les prix de l’électricité, en particulier dans les régions du sud, mettant au jour d’importants déséquilibres dans la distribution d’énergie dus à des capacités de transport limitées. Si les écarts de prix se sont réduits au cours des derniers mois, des facteurs extérieurs, tels que la volatilité des marchés européens du gaz, les incertitudes géopolitiques et les phénomènes météorologiques extrêmes, pourraient raviver l’instabilité. Le renforcement des infrastructures de réseau et l’amélioration des solutions de stockage sont deux mesures qui étaient préconisées dans la précédente Étude économique de l’OCDE consacrée à la Suède (OCDE, 2023) et qui restent essentielles pour atténuer les risques et garantir la stabilité des prix de l’énergie à l’échelle nationale.
|
Choc |
Conséquences possibles |
|---|---|
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Montée en flèche des mesures protectionnistes de rétorsion |
À mesure que les échanges deviennent plus coûteux et plus compliqués, la demande mondiale de biens et de services pourrait diminuer, ce qui pèserait sur les exportations de la Suède vers de multiples marchés. Un climat d’incertitude économique pourrait faire baisser l’investissement et la consommation et, partant, freiner encore la croissance économique. Les taux de change pourraient fluctuer sensiblement, ce qui pourrait nuire à la compétitivité des exportations suédoises. |
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Cyberattaques et attaques hybrides contre les infrastructures critiques et les secteurs essentiels de la Suède |
Le degré élevé de transformation numérique de la Suède et l’infrastructure technologique de pointe dont elle dispose l’exposent à des cyberattaques et à des attaques hybrides, notamment contre des infrastructures physiques (sectionnement de câbles servant à la transmission de données et au transport d’électricité, par exemple). Dans un scénario extrême, des perturbations généralisées des réseaux électriques, des systèmes de transport et des télécommunications pourraient paralyser la vie quotidienne et le commerce. Des secteurs essentiels comme l’industrie manufacturière pourraient subir des interruptions d’activités et des violations de données. Les répercussions pourraient s’étendre à la sécurité nationale si les systèmes de défense sont touchés. |
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Catastrophes naturelles |
Les phénomènes météorologiques extrêmes, tels que les inondations et les tempêtes, sont devenus plus fréquents en Suède et devraient s’intensifier. Les catastrophes naturelles pourraient gravement perturber les infrastructures critiques, notamment les réseaux de transport, les réseaux électriques et les installations de fabrication, et entraver ce faisant la capacité de la Suède de produire et d’exporter des biens de manière efficace. Le gouvernement devrait en outre allouer d’importantes ressources aux efforts de reconstruction, ce qui pèserait sur les finances publiques. Le secteur de l’assurance pourrait devoir indemniser des sinistres dont le montant dépasse les réserves, ce qui pourrait entraîner des défaillances et déstabiliser le système financier dans son ensemble. À mesure que les assureurs s’efforcent d’atténuer les pertes et de s’adapter à l’augmentation des risques, il se peut que ceux-ci relèvent les primes et réduisent l’accès à la couverture, ce qui aurait pour effet d’alourdir encore la charge pesant sur les entreprises et les ménages, d’accroître l’incertitude économique et de ralentir la croissance. |
Les risques pesant sur la stabilité financière se sont atténués en Suède, mais les risques systémiques demeurent élevés. La dette des ménages a diminué (Graphique 1.9, partie A et le ), et le ratio dette/bénéfice des promoteurs d’immobilier commercial, qui avait bondi pendant la pandémie, a accusé un repli marqué sur l’année 2024 (Graphique 1.10). Le niveau d’endettement des ménages suédois reste toutefois élevé, tant par comparaison avec les autres pays que par rapport aux niveaux observés par le passé. La croissance des prêts au logement est repartie à la hausse à la fin de 2024, mais elle reste modeste pour le moment (Graphique 1.9, partie B). Compte tenu de la baisse des taux d’intérêt et du rebond des prix des logements, le risque existe que les ménages recommencent à emprunter de manière excessive.
Source : base de données des comptes nationaux de l’OCDE ; et Bureau central des statistiques (SCB, Statistiska centralbyrån) suédois.
Les niveaux d’endettement des sociétés immobilières demeurent également élevés, et le secteur reste confronté à des difficultés, telles que l’augmentation des taux de vacance et la baisse des revenus locatifs, qui entravent leurs activités (Graphique 1.10, partie A). Le segment de la location de bureaux est toujours particulièrement vulnérable, les taux d’inoccupation ayant continué de progresser pour atteindre des niveaux historiquement élevés à la fin de 2024, en grande partie en raison de la timidité de la reprise économique et de l’optimisation des espaces de bureaux par les entreprises (Riksbank, 2024[5]).
De plus, le marché obligataire est à présent plus exposé aux sociétés immobilières car ces dernières se financent de plus en plus en empruntant directement sur les marchés de capitaux (Graphique 1.10, partie B). Le secteur immobilier représentait environ 40 % des obligations d’entreprise en circulation sur le marché suédois en 2024 (Carlsquare, 2024 [7] ). Les banques suédoises sont aussi très exposées au secteur immobilier même si elles restent relativement bien capitalisées (Graphique 1.11). Si elles conservent des ratios élevés de fonds propres pondérés en fonction des risques, leur endettement global est plus élevé que dans de nombreux pays comparables de l’OCDE. Le faible ratio de densité moyen des banques suédoises s’explique principalement par le fait que leurs prêts sont concentrés dans des secteurs proportionnellement moins exposés au risque, comme les prêts hypothécaires et l’immobilier commercial, lesquels sont généralement bien garantis et soumis à des coefficients minimums de pondération des risques compris entre 25 % et 35 % (voir ci-après). Cela étant, une augmentation des défauts de paiement et des cas d’insolvabilité de sociétés du secteur de l’immobilier commercial pourrait entraîner des pertes sur prêts pour les banques, ce qui pourrait nuire à la stabilité financière dans le contexte d’un secteur bancaire fortement tributaire du financement par le marché (Finansinspektionen, 2024[6]).
2024 ou dernière année disponible
Les instruments macroprudentiels peuvent limiter l’accumulation de facteurs de vulnérabilité financière. La Suède a eu recours à plusieurs de ces instruments au fil du temps. En 2015, le volant de fonds propres contracyclique a été instauré et progressivement relevé jusqu’à 2.5 % en 2019. Il a été ramené à 0 % en 2020 pendant la pandémie, puis rétabli et fixé à 2 % à la mi-2023, niveau où il se situe encore actuellement. En outre, l’Autorité de surveillance financière (Finansinspektionen) a institué un plancher de pondération en fonction du risque de 25 % pour les prêts hypothécaires émis en Suède en 2018. L’application de cette mesure a été prolongée à plusieurs reprises depuis lors et restera en vigueur jusqu’en 2025. En 2023, un plancher de pondération en fonction du risque, de 35 % pour les expositions à l’immobilier commercial, et de 25 % pour les expositions à l’immobilier commercial garanti par des biens immobiliers résidentiels à usage locatif, a également été mis en place par l’Autorité de surveillance financière.
Au-delà des mesures visant les prêteurs, des outils concernant les emprunteurs ont également été déployés face à l’endettement élevé des ménages. En 2010, un plafonnement des prêts hypothécaires a été instauré, limitant le montant des prêts au logement à 85 % de la valeur du bien. De plus, l’Autorité de surveillance financière a instauré en 2016 des obligations d’amortissement selon lesquelles les nouveaux prêts hypothécaires dont la quotité de financement (ratio prêt/valeur du bien) est supérieure à 50 % doivent être amortis. L’amortissement minimum est de 2 % par an du montant total du prêt pour les prêts hypothécaires dont la quotité de financement est supérieure à 70 %, et de 1 % pour ceux dont la quotité est comprise entre 50 et 70 %. Des obligations d’amortissement plus strictes sont entrées en vigueur en mars 2018. Elles imposent aux emprunteurs dont la dette immobilière excède 4.5 fois leur revenu brut de majorer d’au moins 1 % l’amortissement prévu par les règles de base.
Ces mesures ont joué un rôle essentiel dans la réduction des risques pesant sur la stabilité financière en Suède. D’après les données, l’adoption d’obligations d’amortissement plus strictes en mars 2018 a eu une influence sur le comportement des ménages en matière d’emprunt (Thedéen, 2025[7]). La proportion d’emprunteurs affichant une quotité de financement élevée (plus de 70 %) et un ratio prêt/revenu également élevé (plus de 450 %) a diminué en 2018, même si l’exemption temporaire de cette obligation pendant la pandémie, conjuguée à l’assouplissement de la politique monétaire, a entraîné un renversement de cette tendance en 2020 et 2021 (Graphique 1.12, partie A ; et FMI, 2023). En outre, une part croissante des nouveaux emprunteurs hypothécaires semble plafonner le montant emprunté à exactement 450 % de leur revenu brut pour éviter d’être soumis à l’amortissement supplémentaire (partie B).
Source : Autorité de surveillance financière suédoise (Finansinspektionen) ; Banque de Suède (Sveriges Riksbank).
Un comité nommé par le gouvernement a récemment proposé d’assouplir l’obligation d’amortissement et de réduire la quotité de financement (Encadré 1.1). Il a attiré l’attention sur le fait que, bien que la réglementation soit conçue pour améliorer la stabilité financière, elle réduit également les marges de trésorerie des ménages et crée des obstacles pour les primo-accédants à la propriété. Le gouvernement devrait présenter sa réponse officielle à cette proposition avant l'été.
En novembre 2024, un comité formé par le gouvernement a procédé (dans le cadre d’une enquête publique) à un examen des obligations d’amortissement. Il a constaté qu’elles étaient efficaces pour freiner l’octroi de nouveaux prêts hypothécaires, mais toutefois souligné qu’elles restreignent la capacité des ménages de lisser leur consommation tout au long de leur cycle de vie et qu’elles créent des obstacles supplémentaires pour les primo-accédants. Au vu de ces conclusions, le Comité a proposé:
d’assouplir les obligations d’amortissement : en instaurant un taux d’amortissement uniforme de 1 % par an pour les prêts hypothécaires dépassant 50 % de la valeur du bien, en remplacement du système actuel à plusieurs niveaux.
de relever le plafond des quotités de financement : en le portant de 85 % à 90 % pour permettre aux emprunteurs d’accéder à des montants de prêts plus élevés par rapport aux prix des biens.
de plafonner le ratio prêt/revenu : en limitant le montant des prêts hypothécaires à 5.5 fois le revenu brut annuel de l’emprunteur pour assurer des emprunts responsables, mais en autorisant les banques à exempter de ce plafond jusqu’à 10 % du montant des nouveaux prêts pour des motifs liés à la «situation particulière de l’emprunteur».
Source : SOU (2024b) ; Swedish House of Finance (2024[8]).
Le gouvernement devrait évaluer avec soin les conséquences potentielles d’un assouplissement des mesures macroprudentielles visant les emprunteurs. Bien que celles-ci puissent soulager temporairement les ménages confrontés à des difficultés pour emprunter, notamment les jeunes ménages, elles risquent d’entraîner une nouvelle hausse des prix des logements qui pourrait en fin de compte compromettre l’objectif même d’une amélioration de l’accessibilité financière du logement. Par ailleurs, l’assouplissement des mesures visant les emprunteurs en période de repli des taux d’intérêt ne serait guère opportun, sachant que la baisse des taux accroît déjà la capacité d’emprunt et amplifie les tensions sur la demande sur un marché où l’offre ne réagit à la demande qu’avec un retard considérable (chapitre 3). L’analyse de l’Autorité de surveillance financière suédoise met en évidence le fait que ce sont les prix élevés des logements, plutôt que les mesures visant les emprunteurs, qui constituent le principal obstacle pour les primo-accédants à la propriété et les jeunes ménages (Ingefeldt and Thell, 2019[9]). Accroître le pouvoir d’achat financé par l’emprunt sur un marché où l’offre est limitée n’est pas une solution viable (Thedéen, 2025[7]).
De plus, les réformes proposées par le comité pourraient bénéficier de manière disproportionnée aux ménages les plus aisés qui ont une plus grande capacité d’emprunt. Elles prévoient par exemple que les banques soient autorisées à exempter du plafonnement du ratio prêt/revenu jusqu’à 10 % du montant des nouveaux prêts pour des motifs liés à la « situation particulière de l’emprunteur ». Historiquement, cette disposition a eu tendance à bénéficier aux emprunteurs les plus aisés plutôt qu’aux jeunes ménages présentant un potentiel de forte croissance future de leurs revenus. Au Royaume-Uni par exemple, ce sont principalement des emprunteurs à haut revenu ayant contracté des prêts d’un montant élevé qui ont échappé à l’application de ces règles (Riksbank, 2024[10]). En outre, de telles exemptions pourraient encourager les banques à assouplir leurs critères d’octroi de prêts dans le cadre de la concurrence qu’elles se livrent entre elles, ce qui pourrait alimenter une montée des prix de l’immobilier et alourdir encore l’endettement des ménages.
Si l’intention est d’aider les primo-accédants, il conviendrait de mettre en œuvre des mesures plus ciblées, associées à des réformes structurelles destinées à combattre les causes profondes du niveau élevé des prix des logements et de l’endettement des ménages. Ces réformes pourraient notamment consister à simplifier les règles d’occupation des sols et de zonage, à investir de manière contracyclique dans la montée en compétences des personnes travaillant dans les secteurs de l’offre de logements et de la construction, à supprimer progressivement l’encadrement des loyers et à limiter le biais fiscal en faveur de l’accession à la propriété (chapitre 3).
Si le gouvernement devait intervenir directement dans des domaines relevant actuellement du mandat de l’Autorité de surveillance financière, cela pourrait perturber le bon fonctionnement du cadre institutionnel, dans lequel les mesures macroprudentielles sont définies en toute indépendance, et saper la confiance dans la gestion économique et la stabilité financière à long terme de la Suède. Selon le cadre macroprudentiel suédois, c’est à l’Autorité de surveillance financière qu’est dévolu le pouvoir de proposer des mesures visant les emprunteurs. Le gouvernement examine ensuite ces propositions et décide en dernier ressort de leur mise en œuvre.
Il conviendrait de recueillir des microdonnées détaillées sur les bilans des ménages pour pouvoir mieux cibler les interventions prudentielles et repérer les facteurs de vulnérabilité émergents ainsi que pour améliorer l’évaluation des risques systémiques. On ne dispose malheureusement plus de ce type de données depuis la suppression de l’impôt sur la fortune en 2007. En l’absence de données complètes sur les actifs liquides des ménages, il est difficile, pour les autorités, d’apprécier les déséquilibres dus à l’endettement élevé des ménages et de calibrer efficacement les outils macroprudentiels (IMF, 2023[11]). Une proposition issue d’une enquête réalisée en 2022 à la demande du gouvernement et portant sur la création d’un registre complet des actifs et passifs des ménages a été abandonnée en raison d’inquiétudes relatives au respect de la vie privée. Autre piste, le Bureau central des statistiques suédois a récemment été chargé de soumettre des propositions sur l’enrichissement d’un modèle de microsimulation existant par l’intégration de données annuelles sur les prêts au logement et à la consommation accordés aux ménages par divers prêteurs et sur certains actifs. Certes digne d’intérêt, cette initiative met essentiellement l’accent sur les passifs et risque de ne pas donner un tableau complet du patrimoine net des ménages, en particulier à cause du peu d’informations à disposition sur les actifs liquides et financiers. Le modèle repose également sur des données imputées et des hypothèses, ce qui en amoindrit la précision, en particulier pour les ménages vulnérables. Compte tenu de ces inconvénients, la proposition de 2022 devrait être réexaminée. La Suède publie déjà régulièrement des données détaillées issues de registres pour des motifs légitimes dans le respect d’un cadre de protection de la vie privée qui remplit son office. Comme dans ces autres cas, les craintes à propos de la protection de la vie privée pourraient être apaisées à condition d’avoir recours à des techniques d’anonymisation et d’appliquer des cadres de gouvernance clairs permettant de garantir que les données seront utilisées uniquement au service de la recherche et de l’action publique, notamment lorsque celles-ci concernent la fiscalité et les mesures macroprudentielles.
En 2024, le secteur immobilier représentait environ 40 % de l’encours du marché obligataire suédois (Carlsquare, 2024 [7] ). Compte tenu de la part importante des prêts et des obligations liés à des promoteurs d’immobilier commercial, la fragilité de ce secteur présente des risques de contagion au système financier dans son ensemble. Il y a donc lieu de faire en sorte de renforcer la résilience du marché des obligations d’entreprise pour atténuer ces risques.
La faible liquidité du marché suédois des obligations d’entreprise s’explique par la caractère limité de la transparence des prix et par la forte proportion d’obligations non notées. Contrairement aux grands marchés internationaux, où le volume moyen des émissions est plus important et où il existe des systèmes solides d’établissement des prix et de négociation des obligations, la Suède ne dispose pas de mécanismes cohérents de découverte des prix. Bien que la directive MiFID II impose déjà des obligations de transparence pour les marchés obligataires et que l’Association suédoise des marchés de valeurs mobilières ait adopté en 2021, parallèlement à la plateforme Stamdata, une nouvelle réglementation, des difficultés subsistent lorsqu'il s’agit de garantir une découverte cohérente et rapide des prix. La plupart des obligations sont négociées de gré à gré, et rares sont les données qui sont rendues publiques sur les prix et les volumes de transactions, d’où le manque de fiabilité des valorisations boursières (OECD, 2024[12]). La proportion élevée et croissante d’obligations non notées réduit encore le vivier d’investisseurs potentiels car ces derniers exigent souvent que les notations de crédit soient conformes à des critères réglementaires et à leurs propres critères de gestion des risques (Graphique 1.13, parties A et B).
Note : Dans la partie C, les données relatives à la zone euro se rapportent au T4 2022.
Source : OCDE (2024).
L’homogénéité de la base d’investisseurs sur le marché suédois des obligations d’entreprise est également problématique. Contrairement aux marchés internationaux, où les investisseurs institutionnels à long terme comme les fonds de pension et les compagnies d’assurance occupent une place prépondérante, le marché suédois se compose en grande partie de fonds d’investissement privés de petite taille (Graphique 1.13, partie C). Ces fonds proposent généralement des remboursements quotidiens, ce qui les oblige à conserver des liquidités pour répondre aux demandes de sortie. Cette dynamique accroît la probabilité de bradages en période de tensions, ce qui amplifie la volatilité des prix et érode encore la confiance des marchés. Le volume relativement faible en moyenne des émissions obligataires limite également la participation des grands investisseurs institutionnels. En outre, il n’existe pas en Suède de critères de référence normalisés pour les obligations qui pourraient faciliter une participation plus large.
Pour consolider le marché suédois des obligations d’entreprise, plusieurs mesures doivent être prises face au double défi posé par la faible liquidité et l’homogénéité de la base d’investisseurs. C’est en multipliant les notations de crédit, en améliorant la transparence du marché et en diversifiant la base d’investisseurs que la Suède pourra renforcer la résilience et l’attractivité de son marché obligataire, comme indiqué dans de précédents rapports de l’OCDE (OECD, 2023[1]; OECD, 2024[12]).
Pour faire baisser la forte proportion d’obligations non notées, les responsables de l’action publique pourraient inciter les émetteurs à demander à l’être. Promouvoir le développement d’agences de notation nationales à même de proposer, grâce au fait qu’elles sont implantées localement, que leurs frais généraux sont réduits et qu’elles ont une meilleure compréhension du marché régional, des évaluations de la solvabilité fiables et économiquement efficientes peut être un moyen d’aider les petites entreprises tout en observant les normes internationales (OCDE, 2023). Une telle démarche permettrait non seulement d’élargir la base d’investisseurs, mais aussi d’améliorer la stabilité du marché en réduisant les asymétries d’information. Conscients que les petits émetteurs ne sont pas incités à solliciter des notes de crédit, certains pays ont mis en place des systèmes dans lesquels celles-ci sont attribuées au niveau national pour un coût moindre (OCDE, 2024). En France, par exemple, la Banque de France gère depuis longtemps le système FIBEN (Fichier bancaire des entreprises), qui attribue une note de crédit pour une commission relativement faible.
Attirer des investisseurs institutionnels à long terme, tels que des fonds de pension et des compagnies d’assurance, permettrait de diversifier la base d’investisseurs. Poursuivre le développement d’un marché d’obligations de référence considérées comme telles parce qu’elles atteignent un volume d’émission minimum et font intervenir de multiples intermédiaires pourrait attirer davantage d’investisseurs internationaux. Une initiative en faveur du développement d’un marché d’obligations de référence a vu le jour en 2022, sous la forme d’un accord volontaire entre les acteurs du marché. Même s’il s’agit d’un pas important dans la bonne direction, un soutien constant des autorités et des principaux émetteurs est nécessaire pour renforcer l’activité sur ce marché. En diversifiant la base d’investisseurs, la Suède réduirait le risque de volatilité du marché et offrirait des conditions d’investissement plus stables.
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Principales recommandations récentes de l'OCDE |
Mesures prises ou prévues depuis l’Étude de 2023 |
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Envisager d’ajuster les mesures macroprudentielles lorsque les prix des logements auront cessé de diminuer et repartiront à la hausse. |
Le volant de fonds propres contracyclique a été relevé progressivement jusqu’à 2 % à la mi-2023. L’application du plancher temporaire de pondération en fonction du risque de 25 % pour les prêts hypothécaires prévue jusqu’en 2023 a été prolongée jusqu’en 2025. |
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Collecter des microdonnées sur les bilans des ménages, pour étayer des interventions plus ciblées des pouvoirs publics et mieux anticiper les risques qui se font jour en matière de stabilité financière. |
Au lieu de créer un registre complet des actifs et passifs des ménages, le Bureau central des statistiques suédois a été récemment chargé de la mission d’améliorer ses enquêtes par échantillonnage sur le logement, les prêts à la consommation et les actifs. |
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Assurer la résilience du marché des obligations d’entreprise, notamment en améliorant sa transparence grâce à une augmentation de la part des obligations d’entreprise faisant l’objet d’une notation et d’une intermédiation bancaire. |
Aucune mesure prise. |
En réponse au ralentissement de la croissance économique et à la stabilisation de l’inflation sous-jacente, la banque centrale a progressivement abaissé son taux directeur à partir de mai 2024, celui-ci passant d’un pic de 4.0 % à 2.25 % en janvier 2025 (Graphique 1.14, partie A). L’inflation a reflué à des niveaux jugés compatibles avec l’objectif de 2 % de la Banque de Suède en 2024 (partie B). La baisse des taux d’intérêt a eu un effet positif sur les finances des ménages et des entreprises, même si celui sur les charges d’intérêts et la demande n’a pas encore atteint son plein potentiel. Le marché du logement a également connu un léger rebond, le volume des transactions et les prix augmentant. L’inflation a augmenté au début de 2025 pour atteindre un niveau nettement supérieur à l’objectif (voir la section 1.1.2), mais, comme indiqué précédemment, cela s’explique en partie par une repondération technique de l’indice, et la demande intérieure reste faible.
Les marchés mondiaux de l’énergie, les tensions géopolitiques et la demande intérieure font peser des risques à la fois sur la stabilité de l’inflation et sur la reprise économique. Par exemple, une envolée inattendue des prix mondiaux des matières premières ou des perturbations des chaînes d’approvisionnement pourraient entraîner des tensions inflationnistes. De nouveaux obstacles aux échanges pourraient entraîner une hausse des prix des biens importés, alimentant ainsi l’inflation en Suède, ce qui compliquerait la politique monétaire. Cependant, une demande plus faible que prévu pourrait aussi maintenir l’inflation à un niveau modéré, et les droits de douane américains sur la Chine pourraient entraîner une réorientation de certaines exportations chinoises vers l’Europe, ce qui réduirait les tensions sur les prix. La Banque de Suède devrait donc pour le moment maintenir son taux directeur à son niveau actuel, celui-ci pouvant probablement être considéré comme globalement neutre. Elle devrait rester prête à abaisser encore son taux si la demande intérieure fléchit et si l’inflation tombe en deçà de l’objectif, ou à le relever si les risques de hausse de l’inflation se matérialisent.
1. Indice des prix à la consommation à taux d’intérêt constant.
2. Anticipations des acteurs du marché monétaire.
Source : Banque de Suède (Sveriges Riksbank) ; et Ekonomifakta.
La Banque de Suède a prévu des taux plus élevés que ceux anticipés par les marchés (Graphique 1.15, parties A et B). Les écarts importants entre la trajectoire du taux d’intérêt prévue par la Banque de Suède et les anticipations du marché ont soulevé des questions quant à la crédibilité de la banque centrale et à l’efficacité de la trajectoire des taux d’intérêt futurs comme outil de guidage prospectif (Hassler and Vestman, 2024[13]).
Note : Les anticipations du marché sont présentées sous la forme de moyennes trimestrielles.
Source : Banque de Suède (Sveriges Riksbank) ; et calculs des auteurs.
Les trajectoires de taux d’intérêt de la Banque de Suède laissaient entrevoir une politique monétaire nettement plus restrictive en 2024 et 2025, tant en termes nominaux qu’en termes réels, ce qui semblait incompatible avec ses propres prévisions économiques, qui tablaient sur une inflation atteignant l’objectif en 2024 et sur un écart négatif persistant du PIB. Le même problème s’est posé lors de la crise financière mondiale de 2007-08. La Banque de Suède a fourni des explications sur la trajectoire de son taux directeur, en citant des facteurs tels que la sous-estimation des tensions inflationnistes en 2022, qui a constitué un défi commun à de nombreuses banques centrales, et la forte incertitude qui a entouré en 2023 le comportement des entreprises en matière de fixation des prix et plus généralement les perspectives d’inflation (Riksbank, 2024[14]). Toutefois, il est possible que les raisons invoquées pour justifier le maintien d’une orientation aussi restrictive malgré ces projections n’aient pas été pleinement convaincantes, contribuant ainsi à la confusion quant aux intentions et au processus décisionnel de la Banque de Suède (Hassler and Vestman, 2024[13]).
Pour renforcer sa transparence et sa crédibilité, la Banque de Suède devrait veiller à ce que la trajectoire qu’elle prévoit pour ses taux soit plus étroitement alignée sur ses projections économiques et ses objectifs de politique monétaire. En outre, lorsque la trajectoire des taux d’intérêt s’écarte sensiblement des anticipations du marché ou semble incompatible avec les prévisions économiques, la Banque de Suède devrait fournir des explications plus détaillées sur la logique sous-jacente.
La situation financière de la Banque de Suède s’est dégradée ces dernières années en raison de plusieurs facteurs, notamment de moins-values enregistrées sur son portefeuille obligataire et de recettes de seigneuriage structurellement faibles (OCDE, 2023). En 2024, la Banque de Suède a été recapitalisée à hauteur de 25 milliards SEK (0.4 % du PIB annuel). Ces difficultés interrogent sur la capacité de la banque à conduire efficacement la politique monétaire et à maintenir son indépendance. Pouy y remédier, la loi sur la Banque de Suède a été modifiée en 2024 pour permettre à la Banque d’exiger des établissements de crédit qu’ils effectuent auprès d’elle des dépôts sans intérêt si ses fonds propres tombent en deçà d’un certain niveau cible. Cette mesure vise à accroître le revenu net d’intérêts de la Banque de Suède et à renforcer sa viabilité financière. Toutefois, l’imposition de dépôts sans intérêt peut avoir une incidence sur la liquidité et la rentabilité des établissements de crédit. Pour cette raison, la Banque de Suède devra surveiller attentivement ces effets pour s’assurer qu’elle n’exerce pas une pression excessive sur le secteur bancaire. Pour renforcer encore sa situation financière à long terme, la Banque de Suède pourrait envisager d’autres stratégies génératrices de recettes.
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Principales recommandations récentes de l’OCDE |
Mesures prises ou prévues depuis l’Étude de 2023 |
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Se tenir prêt à resserrer la politique monétaire en tant que de besoin pour réduire l’inflation et garantir l’ancrage des anticipations d’inflation. |
la Banque de Suède a relevé son taux directeur pour réduire les tensions inflationnistes, celui-ci atteignant un pic de 4 % en septembre 2023. |
Après avoir mené des politiques budgétaires expansionnistes dans le contexte de la pandémie de COVID, le gouvernement a endossé une approche prudente en 2023-24 en soutenant les efforts déployés par la Riksbank pour juguler l’inflation. Le budget 2024 était globalement neutre, le montant des mesures non financées se chiffrant à 40 milliards SEK (0.6 % du PIB). Les principales mesures englobaient le maintien des réductions d’impôt sur les carburants mises en place en 2022, la baisse des prélèvements sur le travail pour les contribuables à revenu faible ou intermédiaire via une majoration du crédit d’impôt sur les revenus d'activité, une diminution des impôts pour les retraités et des dotations supplémentaires aux collectivités locales. Pour compenser en partie l’effet de ces mesures, l’ajustement du seuil d’imposition national du revenu a été suspendu.
Dans le but de remédier à l'atonie de la demande intérieure, le budget 2025 est légèrement expansionniste, ainsi qu’il ressort de la variation du solde primaire des administrations publiques ajusté des variations saisonnières. Si l’on exclut le soutien militaire à l’Ukraine, le budget comprend de nouvelles mesures représentant au total près de 61 milliards SEK (0.9 % du PIB) visant à restaurer le pouvoir d’achat des ménages, rétablir le principe de la priorité à l’emploi et stimuler la croissance. Le budget pérennise certaines mesures antérieures, comme l'allègement des taxes sur les carburants et les réductions d'impôt en faveur des retraités. En outre, il majore le crédit d’impôt sur les revenus d'activité et abaisse les prélèvements sur les comptes d'épargne-placement. Des mesures de relance supplémentaires de 0.2 % du PIB ont été annoncées dans le projet de loi de finances du printemps présenté en avril, notamment un nouvel allégement fiscal au titre des travaux de rénovation des logements et une hausse des dépenses d’entretien des routes. Les dépenses de défense devraient augmenter en 2025 pour atteindre 2.4 % du PIB selon la définition de l’OTAN. Au vu de l'évolution de la situation sécuritaire et en prévision de l'augmentation des dépenses de défense des membres de l'OTAN, le gouvernement a proposé en mars 2025 de financer temporairement l'augmentation des dépenses de défense par un recours accru à l'emprunt. À la suite de cette proposition, le gouvernement a annoncé son intention de porter les dépenses de défense à 3.5 % du PIB d’ici 2030.
Compte tenu d’un écart de production négatif qui se réduit mais qui reste important, l'orientation légèrement expansionniste de la politique budgétaire est appropriée pour soutenir la reprise économique. En outre, le budget ménage un juste équilibre entre la stimulation de la croissance et la préservation de la discipline budgétaire, le déficit budgétaire devant se résorber légèrement pour s'établir à 1.4 % du PIB en 2025.
Même si l’orientation budgétaire est appropriée, les mesures concrètes pourraient être mieux ciblées. Les baisses de taxes sur les carburants ne contribueront guère à atténuer les tensions sur le coût de la vie, ce qui était leur objectif déclaré. On peut s’interroger sur leur nécessité, surtout compte tenu de la récente diminution des coûts énergétiques. Selon le Bureau central des statistiques suédoise, près de 95 % des ménages les plus aisés (quintile supérieur) supportent des dépenses en carburant, contre seulement la moitié des ménages les plus modestes (quintile inférieur). Par conséquent, la baisse d’impôt est régressive, accroît les inégalités et ne bénéficie guère aux ménages à faibles revenus. En outre, la proposition compromet les objectifs environnementaux de longue date de la Suède en abaissant les taxes sur les combustibles fossiles et sur le transport aérien, qui sont d’importances sources d'émissions de carbone.
La baisse des impôts prélevés sur les comptes d’épargne-placement (ISK, Swedish Investeringssparkonto) risque d'aggraver les inégalités économiques. Depuis le 1er janvier 2025, la première tranche de 150 000 SEK placée sur un compte d'épargne ou de placement ISK est exonérée d’impôt sur les revenus du capital, et le seuil d’exonération sera porté à 300 000 SEK en 2026. Cette pratique, dont le coût est estimé à 7 milliards SEK (0.1 % du PIB) par an (Konjunkturinstitutet, 2024[15]), vise à encourager l’épargne à long terme et à améliorer la résilience financière, surtout des ménages à revenus faibles et moyens. Toutefois, le seuil d’exonération est beaucoup plus élevé que le niveau médian d'épargne (78 000 SEK), de sorte que cette disposition bénéficie avant tout aux personnes qui épargnent déjà (Jansson, 2024[16]). De surcroît, les ménages aisés ont davantage les moyens d'épargner des sommes importantes, tandis que les ménages modestes n’ont souvent pas les moyens de cotiser. Les effets précis sur la répartition de l’épargne et sur le volume d'épargne supplémentaire généré par cette disposition restent incertains, mais les incitations découlant du relèvement du seuil d'exonération pourraient néanmoins aggraver les disparités dans l’accumulation des richesses dans la durée. Par ailleurs, cette pratique risque de favoriser la planification fiscale, avec un transfert de richesse au sein des familles ou le transfert de fonds de comptes imposables vers les comptes ISK afin d’éviter l’impôt sur les revenus du capital (voir la section 1.6). Ce phénomène risque d’entraîner une concentration de la richesse parmi les ménages déjà aisés. Sachant en outre que les ménages suédois ont déjà un taux d'épargne relativement élevé par rapport à d’autres pays de l’OCDE et à avant la pandémie, de nouvelles incitations à épargner ne devraient peut-être pas être une priorité.
Pour réduire les risques de transfert de revenus et mieux aligner les réformes sur leurs objectifs, le gouvernement devrait repenser la conception du seuil d’exonération. L’exonération générale actuelle pourrait être remplacée par une déduction d'épargne sous condition de ressources ciblant plus efficacement les ménages à revenu faible et moyen. Cela encouragerait les catégories de la population les plus défavorisées à épargner, tout en réduisant les coûts budgétaires et en colmatant les brèches qui favorisent la planification fiscale.
Le gouvernement a progressivement élargi le crédit d’impôt sur les revenus d’activité (EITC) depuis son adoption en 2007, avec deux extensions intervenues en 2024 et 2025. Le principal objectif de l’EITC est d’inciter les personnes sans emploi ou sous-employées à rejoindre le marché du travail, en leur offrant une incitation financière qui rend le travail payant. Il contribue à réduire les taux d’imposition de l’activité pour les bas salaires, ce qui rend le travail plus attractif que les prestations sociales. Toutefois, une nouvelle augmentation de l’EITC entraînera des coûts budgétaires considérables et aura probablement des effets négligeables sur l’emploi. Des données empiriques donnent à penser qu’une distribution resserrée des revenus, comme celle observée en Suède, alourdit beaucoup le coût d’une modification des incitations au travail visant un groupe particulier, et rend de ce fait les mesures susceptibles d’être prises soit coûteuses, soit inefficaces (Immervoll and Pearson, 2009). Remettre au travail une fraction importante du demi-million de Suédois sans emploi (à l’exclusion de ceux qui sont au chômage depuis moins de six mois) via l’EITC aurait un coût considérable pour les finances publiques. En outre, les principaux obstacles à l’emploi des travailleurs à faible revenu en Suède ne sont pas les incitations financières, mais les déficits de compétences et l’inadéquation entre les compétences des demandeurs d’emploi et les attentes des employeurs (Fiscal Policy Council, 2024[17]). Au lieu d’étendre l’EITC, remédier à l’inadéquation des compétences serait beaucoup plus efficace pour améliorer la situation sur le marché du travail (chapitre 4).
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Principales recommandations récentes de l'OCDE |
Mesures prises ou prévues depuis l’Étude de 2023 |
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Supprimer progressivement les mesures d’aide liées à la crise énergétique. |
Plusieurs mesures d'aide liées à la crise énergétique ont été progressivement supprimées, y compris la compensation des coûts de l’électricité pour les ménages et les entreprises. Toutefois, le taux réduit de la taxe sur le gazole et l’essence est toujours en vigueur. |
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Encourager le Conseil de politique budgétaire à évaluer en temps réel les décisions prises en matière de fiscalité et de dépenses en dehors de la procédure budgétaire normale, pour déterminer si elles se justifient pour faire face à des chocs majeurs. |
Aucune mesure prise. |
Les finances publiques de la Suède sont remarquablement stables, avec un excédent budgétaire annuel moyen d’environ 0.5 % du PIB depuis la fin des années 90 jusqu'au début de la pandémie. Cette situation contraste avec la moyenne de l’OCDE, qui accusait un déficit annuel médian de -3 % du PIB au cours de la même période. Le cadre de politique budgétaire solide, mis en place après la crise économique des années 90, constitue un pilier de la réussite de la Suède. Ce cadre repose sur l’objectif d’excédent évalué sur l’ensemble du cycle économique. Son respect est mesuré à l’aune des économies structurelles, le solde financier étant ajusté pour tenir compte des variations cycliques et des effets ponctuels. Le cadre budgétaire est mis à jour tous les huit ans. En 2019, l’objectif d’excédent a été ramené de 1 % du PIB à 0.33 %, tandis que le cadre a été renforcé avec l’introduction d’un ancrage de la dette fixé à 35 % qui sert de point de référence à moyen terme afin de suivre les niveaux de la dette publique. L’objectif d’excédent joue un rôle d’orientation opérationnelle, tandis que l’ancrage sert de garde-fou pour garantir la viabilité des finances publiques à long terme.
L’augmentation de la demande de dépenses publiques, liée notamment au vieillissement et aux initiatives climatiques, interroge sur la pertinence de l’objectif d’excédent, compte tenu des importantes marges de manœuvre budgétaires et du faible niveau de la dette publique de la Suède (Calmfors, 2024[18]). En outre, la trajectoire descendante du taux d’intérêt réel neutre réduit l’efficacité de la politique monétaire (Calmfors, Hassler and Seim, 2023[19]). Pour aggraver le problème, l’efficacité des stabilisateurs automatiques de la Suède s'amenuise depuis le début des années 2000, contribuant à transférer à la politique budgétaire discrétionnaire le soin de gérer les fluctuations du cycle économique et de maintenir la stabilité économique (Mossfeldt and Shahnazarian, 2024[22]). Dans le même temps, l’exacerbation des tensions géopolitiques en Europe accroît les dépenses militaires parmi les membres de l’OTAN.
Consciente de ces défis, la Suède envisage de passer d’un objectif d’excédent à un objectif d’équilibre budgétaire. Six des huit groupes parlementaires ont exprimé leur soutien à ce changement, qui prendrait effet au cours de la prochaine période du cadre budgétaire débutant en 2027, avec un réexamen prévu tous les huit ans. Le but est d’offrir une plus grande flexibilité budgétaire tout en préservant la viabilité à long terme. Par rapport à l’objectif d’excédent, l’objectif d'équilibre procure des marges de manœuvre budgétaires supplémentaires en autorisant environ 20 milliards SEK (0.3 % du PIB) de dépenses annuelles supplémentaires. L’objectif de budget équilibré devrait maintenir la dette publique à des niveaux raisonnables, laquelle devrait d'après les simulations atteindre environ 37 % du PIB d’ici 2034 (Fiscal Policy Council, 2024[20]). Même avec un objectif de déficit modéré de -0.5 % du PIB, la dette publique devrait rester bien en deçà du seuil de 50 % considéré comme sûr par le Conseil de politique budgétaire. Cette réorientation est également en phase avec le cadre budgétaire révisé de l’UE qui est entré en vigueur en avril 2024, qui offre davantage de souplesse tout en imposant aux États membres de maintenir leur déficit budgétaire sous les 3 % du PIB et la dette publique sous le seuil de 60 %.
Des arguments convaincants plaident en faveur du passage à un objectif de budget équilibré. En principe, les pays devraient épargner et emprunter pour lisser les prélèvements et les dépenses dans la durée, tout en investissant au gré de l'évolution des besoins. Dans ce contexte, dépenser davantage à mesure que les cohortes de l’après-guerre vieillissent et ont besoin de plus de services financés sur fonds publics et réaliser des investissements limités dans le temps pour accomplir la transition verte et doper les capacités de défense semble raisonnable. Toutefois, la hiérarchisation des dépenses au sein de l’enveloppe budgétaire globale doit rester la pierre angulaire des efforts budgétaires visant à répondre aux enjeux sociétaux. Augmenter les prêts n’est en soi pas suffisant pour résoudre les défis sociétaux urgents mentionnés ci-dessus, et on peut craindre qu’accroître les marges de manœuvre budgétaires en recourant à l’emprunt entraîne des dépenses inefficaces, érode la discipline budgétaire et aboutisse à des déficits structurels à plus long terme. La perception d’un affaiblissement de la discipline budgétaire pourrait se répercuter négativement sur les coûts d’emprunt et sur la confiance internationale à une échéance plus lointaine.
Une surveillance prudente peut contribuer à garantir que les dépenses supplémentaires seront affectées à bon escient et contribueront à la prospérité à long terme. À cette fin, plusieurs mesures pourraient être mises en œuvre. Premièrement, élaborer et déployer une méthodologie harmonisée d'évaluation des performances budgétaires permettrait d'améliorer la transparence et le suivi budgétaire. À l’heure actuelle, il n’existe pas de méthode normalisée pour le calcul du solde structurel, faisant intervenir des hypothèses concernant le PIB potentiel et les effets cycliques. Le gouvernement a changé de méthode d'évaluation du solde structurel en 2022, sans diffuser de documentation claire ni communiquer sur le sujet. Ce manque de clarté a non seulement pour effet de compliquer l’évaluation des performances budgétaires par le Conseil de politique budgétaire, mais freine aussi les comparaisons internationales et affaiblit la confiance dans le cadre de politique budgétaire de la Suède (SOU, 2024[41] ; Conseil de politique budgétaire, 2024). Établir clairement les hypothèses relatives au PIB potentiel, à l'écart de production et aux mesures ponctuelles, conformément aux normes internationales et de façon cohérente dans la durée, permettrait d'améliorer la situation. En outre, toute modification apportée à la méthodologie d'évaluation devrait s'accompagner d’une documentation détaillée et être portée à la connaissance des parties prenantes en temps voulu.
Deuxièmement, des mesures s’imposent pour faire en sorte que les réponses contracycliques soient à la fois opportunes et efficaces pour empêcher tout dérapage budgétaire. Une approche pourrait consister à confier au Conseil de politique budgétaire la tâche de mener des évaluations en temps réel du respect de la règle budgétaire. Une proposition visant à codifier la pratique de longue date consistant à considérer qu’un écart du solde structurel de 0.5 % du PIB potentiel constitue une dérive importante par rapport à l’objectif budgétaire pourrait aussi clarifier le seuil à respecter. Si ce seuil est dépassé, le gouvernement est tenu d’expliquer au Riksdag (Parlement) les raisons qui motivent cet écart. Toute nouvelle mission assignée au Conseil de politique budgétaire devrait s’accompagner d’une évaluation de la nécessité d’accroître ses ressources, dans la mesure où ses effectifs et son financement sont limités (OECD, 2023[1]).
Dans un premier temps, le gouvernement compte financer l’augmentation des dépenses de défense principalement par le recours à l’emprunt, ce qui entraînera une dérive temporaire par rapport à l’objectif de solde budgétaire des administrations publiques. Le budget de la défense devrait passer de 2.4 % du PIB en 2024 à 3.5 % d’ici 2030, soit une augmentation annuelle d’environ 0.2 % du PIB. Ces hausses peuvent être financées sans s’écarter de l’objectif de solde budgétaire des administrations publiques (Conseil de politique budgétaire, 2025[45]). La Suède révise systématiquement à la baisse le volet dépenses, dégageant ainsi des marges de manœuvre budgétaires automatiques qui procurent une réserve plus que suffisante pour absorber ces coûts de défense supplémentaires en respectant l’objectif de budget équilibré (Encadré 1.2). L'augmentation des dépenses militaires n’est pas une réponse ponctuelle à une crise temporaire, mais constitue une tendance durable d'accroissement des dépenses de base. Le cadre budgétaire est conçu de façon à garantir que ces hausses ne soient pas financées par l’emprunt. Le non-respect de ce principe aurait pour conséquence de transférer la charge budgétaire aux générations et aux gouvernements futurs, ce qui saperait le principe fondamental d’équité intergénérationnelle qui sous-tend le cadre budgétaire de la Suède. Aussi, le gouvernement devrait réexaminer son intention d’emprunter pour financer ses dépenses militaires, même temporairement.
Les marges de manœuvre budgétaires dites automatiques de la Suède s'expliquent par le fait que les recettes tendent à croître avec l'économie, tandis que les dépenses diminuent généralement en pourcentage du PIB. Ces marges de manœuvre budgétaires automatiques correspondent à l'épargne structurellement ajustée, à règles inchangées, dans le cadre de l'objectif d'excédent budgétaire.
La majorité des impôts sont directement liés à leur assiette d’imposition. Des assiettes d’imposition étendues, comme celles sur la consommation et les revenus du travail, évoluent pour l’essentiel conformément au PIB dans la durée, de sorte que le total des recettes fiscales augmente au même rythme que le PIB si les règles demeurent inchangées. Seuls quelques impôts de moindre importance sont fixés en valeur nominale, comme les droits prélevés sur l’alcool et le tabac.
Les dépenses ne sont pas directement liées à la croissance économique selon le même schéma. Les dépenses de l’administration centrale suédoise se divisent en trois principales catégories :
Les dépenses déterminées nominalement sont dominées par les subventions générales aux collectivités locales. Si les règles demeurent inchangées, ces dépenses resteront inchangées en valeur nominale d’une année sur l'autre.
Les dépenses fondées sur des règles se composent principalement de paiements de transfert aux ménages. Certaines prestations sont revalorisées en fonction de l’inflation, d'autres (notamment celles destinées aux personnes d’âge actif) ne le sont pas systématiquement, alors que certaines pensions sont revalorisées en fonction d’un indice salarial, par exemple. Aussi, les prestations évoluent en partie au gré des variations en volume (nombre de bénéficiaires), mais aussi des variations des prix, selon leurs règles de revalorisation. Même à volumes inchangés, ces dépenses augmenteront donc quelque peu chaque année, mais diminueront en proportion du PIB dans la durée parce que le PIB nominal augmente généralement plus vite que les prix.
Les dépenses institutionnelles augmentent chaque année sur la base d’un « ajustement en fonction des prix et des salaires », qui reflète les variations de ces deux facteurs mais inclut également une déduction au titre des gains de productivité. Ces dépenses, qui se rattachent principalement aux institutions de l'administration centrale, augmentent donc normalement plus lentement que le PIB nominal.
Aussi, un ratio dépenses/PIB inchangé implique en théorie qu’il existe une marge de manœuvre pour engager des mesures actives. En 2019, la marge de manœuvre budgétaire ainsi dégagée était estimée à environ 0.4 % du PIB par an.
Source Konjunkturinstitutet (2019[21]).
Même si, selon les projections, la dette devrait rester faible à moyenne échéance même avec l’adoption de la proposition d’objectif de budget équilibré, des défis à long terme tels que le vieillissement de la population, l'adaptation au changement climatique et son atténuation ainsi que la hausse des dépenses de défense devraient rudement éprouver les finances publiques à moyen et long terme. L'augmentation des coûts de défense constitue une préoccupation immédiate, compte tenu de l'évolution de la situation sécuritaire et des engagements au sein de l’OTAN. Le vieillissement de la population devrait aussi exercer des tensions importantes sur les dépenses, bien qu’à un degré moindre que dans de nombreux autres pays de l’OCDE, en partie grâce à certains mécanismes d’ajustement automatique de son système de retraite (Graphique 1.16, partie A).
Note : Le scénario de référence ne tient pas compte des règles budgétaires actuelles et futures. L’hypothèse de politiques inchangées a été retenue, et les coûts liés à l'âge estimés au moyen du modèle à long terme de l’OCDE sont absorbés par une augmentation de l’emprunt. Le scénario des réformes structurelles intègre des recommandations essentielles portant sur les retraites, la fiscalité et le marché du travail, telles que formulées dans la présente Étude. Ces recommandations sont notamment les suivantes : accroître le poids relatif des pensions liées à la rémunération antérieure, supprimer progressivement la déductibilité des intérêts d’emprunt hypothécaire, réduire l’écart de recettes d’impôts sur le patrimoine par rapport à la moyenne de l’OCDE d’un tiers d’ici à 2030, combler à moitié l’écart entre le coin fiscal sur le travail mesuré en Suède et la moyenne de l’OCDE d’ici à 2030, assouplir la réglementation des loyers et renforcer les politiques actives du marché du travail. Le scénario des règles budgétaires suppose également l’adoption de l’objectif de budget équilibré. Les paramètres du modèle sont fondés sur des hypothèses simplifiées, harmonisées pour tous les pays de l’OCDE.
Source : Calculs de l’OCDE basés sur le modèle à long terme de l'OCDE ; Guillemette et Château (2023).
Ces coûts étant pour la plupart permanents par nature, miser exclusivement sur le recours à la dette ne serait pas viable. De même, recourir uniquement aux marges de manœuvre budgétaires automatiques n’est pas une solution viable à long terme, car cela réduirait l’efficacité de la protection sociale et aggraverait les déficits de financement des collectivités locales (Encadré 1.2). Les communes sont légalement tenues de fournir des services tels que les soins de santé et l'assistance sociale, qui seront soumis à des pressions croissantes dues au vieillissement démographique. On ne peut pas non plus compter sur les gains de productivité dans la prestation de services pour combler le déficit de financement. Des financements supplémentaires seront nécessaires, soit en ajustant les dotations de l'administration centrale au rythme de l'augmentation des tensions sur les dépenses, soit en renforçant le pouvoir d'imposition des communes, par exemple sur l’immobilier, comme l’expliquent les chapitres 2 et 3.
L'augmentation des recettes fiscales et la réduction des dépenses d’une façon économiquement efficiente et favorable à la croissance seront essentielles pour maintenir la stabilité budgétaire. La nécessité d'accroître les impôts et de réduire les dépenses peut être atténuée en mettant en œuvre des réformes structurelles, notamment en remédiant à l’inadéquation des compétences, en abaissant les prélèvements sur le travail et en relevant les impôts fonciers et les taxes environnementales, conformément aux recommandations de la présente Étude (Graphique 1.16, partie B ; Encadré 1.3).
Cet encadré résume les effets potentiels à long terme sur le PIB et sur les finances publiques de certaines des recommandations figurant dans la présente Étude (Tableau 1.6). Néanmoins, il est difficile d’estimer précisément les effets des réformes recommandées, faute de modèles théoriques ou empiriques adéquats. La quantification présentée ici repose donc sur des scénarios qui ne prennent en compte que certains aspects de ces réformes. Il convient de noter que les effets estimés sont indiqués à titre purement indicatif et entourés d’une grande incertitude.
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Recommandation |
Effets sur le niveau du PIB par habitant en 2050 (en %) |
Effet budgétaire net en 2050 (variation du solde primaire, en points de PIB) |
|---|---|---|
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Mettre en œuvre les recommandations sur les retraites formulées dans la présente Étude (Accroître le poids relatif des pensions liées à la rémunération antérieure)¹ |
+ 0.6 |
0.3 |
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Mettre en œuvre une réforme fiscale sans incidence sur les recettes pour réduire le coin fiscal sur le travail, accroître les impôts sur le patrimoine, réduire les incitations à requalifier des revenus du travail en revenus du capital, et revenir sur les baisses des impôts sur les carburants² |
+ 2.1 |
0 |
|
Assouplir le contrôle des loyers, rationaliser les réglementations du secteur du bâtiment, de l’aménagement du territoire et des marchés de produits affectant les activités de construction, et accélérer les investissements climato-compatibles³ |
+ 4.0 |
+ 0.9 |
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Stimuler les politiques actives du marché du travail, notamment en s'attaquant aux déficits de compétences des chômeurs en temps opportun et de manière ciblée. |
+ 0.3 |
+ 1.6 |
Notes : 1. Il est supposé que l’augmentation du poids relatif des pensions liées à la rémunération antérieure se traduit par un report de quatre mois du départ en retraite en moyenne d’ici à 2050, dans la mesure où elle incite les individus à travailler plus longtemps. 3. On pose les hypothèses suivantes : l’écart de coin fiscal sur le travail observé par rapport à la moyenne de l’OCDE pour les personnes ayant des revenus d’activité supérieurs à la moyenne est réduit de moitié d’ici à 2030 ; le taux d’imposition des dividendes en Suède enregistre une augmentation correspondant à un tiers de l’écart par rapport à la moyenne de l’OCDE d’ici à 2030 ; un tiers de l’écart de recettes d’impôts sur le patrimoine par rapport à la moyenne de l’OCDE est comblé d’ici à 2030 ; la déductibilité des intérêts d’emprunt hypothécaire est progressivement supprimée d’ici à 2030. Il est supposé que la réforme fiscale est calibrée de telle sorte que les rentrées supplémentaires d’impôts sur le patrimoine, les dividendes et les carburants compensent la diminution des recettes d’impôt sur le revenu des personnes physiques. 3. On pose l’hypothèse que le niveau de la rigueur de l’encadrement des loyers devient le même qu’en Norvège, où le montant initial du loyer peut être librement négocié et les augmentations de loyer sont réglementées. Cette réforme se traduirait par un accroissement de l’offre de logements locatifs en permettant une utilisation plus efficiente du parc immobilier d’habitation actuel et en favorisant une augmentation des investissements dans le logement locatif. Il est supposé que l’indicateur de réglementation des marchés de produits de l’OCDE relatif aux obstacles à l’investissement (qui varie sur une échelle de 1 à 6) est réduit de 0.4.
Source : Simulations effectuées par l’OCDE à partir du cadre élaboré par Egert et Gal (2017); Cournède, Fournier et Hoeller (2018[22]) ; et Guillemette et Turner (2020).
Maintenir un taux d’emploi élevé est indispensable pour remédier à la contraction de la population active liée au vieillissement démographique et à ses conséquences budgétaires négatives, et pour préserver la viabilité du système de protection sociale suédois. La Suède se caractérise par le troisième taux d’activité le plus élevé et le dixième taux d’emploi le plus haut des pays de l’OCDE. La plupart des personnes au chômage et inactives en âge de travailler sont relativement incitées à travailler, mais le chômage de longue durée est resté constamment élevé au cours de la dernière décennie, traduisant des déficits de compétences, notamment chez les personnes ayant un faible niveau d'éducation et les immigrés non originaires de pays d’Europe ou d’Amérique du Nord. Les travailleurs âgés sont plus qualifiés et obtiennent de meilleurs résultats sur le marché du travail qu’il y a dix ans (chapitre 4), mais les récentes réformes du système de retraite ont affaibli les incitations à continuer de travailler, allant à l’encontre de diverses initiatives visant à prolonger la durée de la vie professionnelle, comme le relèvement progressif de l’âge minimum pour bénéficier des prestations publiques de pension de vieillesse de 62 ans en 2020 à 64 ans en 2026.
Malgré une légère baisse, le coin fiscal sur le travail reste parmi les plus élevés des pays de l’OCDE (Graphique 1.17). C’est surtout le cas pour les personnes percevant des revenus supérieurs à la moyenne. L’impôt national sur le revenu, prélevé à un taux forfaitaire de 20 % sur les revenus supérieurs au salaire moyen, combiné à l’impôt municipal de 32 % en moyenne, aboutit à un taux marginal d’imposition supérieur d’environ 52 %, soit bien plus que la moyenne de l’OCDE de 35 %. En revanche, les revenus du capital, tels que les dividendes et les plus-values, sont généralement imposés à un taux forfaitaire de 30 % qui peut être ramené à environ 20 % dans des cas spécifiques, notamment pour les sociétés à actionnariat restreint et les ventes de logements, voire même aux alentours de 10 % pour les comptes d’épargne spéciaux (ISK) créés en 2012.
Coin fiscal moyen sur le travail1
1. Pour un célibataire rémunéré au salaire moyen.
2. Pour un célibataire percevant 167 % du salaire moyen.
Source : OCDE, base de données fiscales.
Le différentiel important de taux d’imposition entre les revenus du travail et du capital peut favoriser le transfert de revenus, par lequel certains contribuables requalifient des revenus du travail en revenus du capital afin de bénéficier d’un taux d'imposition plus faible. De fait, des études empiriques laissent penser que le transfert de revenus est largement répandu en Suède, surtout pour les propriétaires de sociétés à actionnariat restreint (Alstadsæter et Jacob, 2016[26] ; Selin, 2024[29]). Ce comportement a non seulement pour effet d’aggraver les inégalités, puisque ce sont généralement les personnes aisées qui pratiquent le transfert de bénéfices, mais aussi d’entraîner d’importantes pertes de recettes fiscales potentielles. Ainsi, les inégalités de revenu se sont creusées au cours des dernières décennies en Suède (Graphique 1.18, partie A), en grande partie en raison des plus-values (partie B).
1. Sur la base du revenu disponible équivalent des ménages, corrigé de l’IPC. 1995-2019 pour le Danemark.
2. Coefficients de Gini calculés pour la distribution des revenus équivalents des ménages.
Source : OCDE, base de données sur la distribution des revenus ; et Bureau central des statistiques (SCB, Statistiska centralbyrån) suédois.
Réduire le coin fiscal sur le travail renforcerait les incitations à travailler. En janvier 2025, le gouvernement a ramené le taux marginal supérieur d'imposition de 55 % à 52 % en supprimant la dégressivité du crédit d’impôt sur les revenus d'activité pour les titulaires de hauts revenus. Des réductions supplémentaires de ce taux pourraient être envisagées. L’impôt national sur le revenu génère environ 64 milliards SEK de recettes, soit environ 2 % du financement total du secteur public (Waldenström, 2024[23]). Les études montrent systématiquement qu’une baisse des taux marginaux d’imposition accroît les revenus avant impôt, surtout pour les titulaires de hauts revenus (Waldenström, 2024[23]; Kleven et al., 2023[24]), même si les avis divergent sur le point de savoir si cet effet est dû à un renforcement des incitations à travailler et de l'activité économique, à une plus grande incitation pour les titulaires de hauts revenus à négocier plus durement une hausse de leur rémunération, ou à une requalification des revenus (Hope and Limberg, 2022[25]).
Dans le même temps, la Suède devrait rapprocher plus étroitement la fiscalité des revenus du capital sur celle des revenus du travail afin d'améliorer l'équité fiscale et d'accroître les recettes. Une approche possible consiste à mettre en place un système dual et progressif d'imposition des revenus, dans lequel le revenu du travail est taxé à des taux progressifs et le revenu du capital est lui aussi imposé séparément selon un barème de taux progressifs. Historiquement, le système dual d'imposition des revenus de la Suède, avec ses taux minorés applicables au revenu du capital, était destiné à lutter contre la fuite des capitaux et à stimuler le dynamisme des entreprises. Toutefois, les progrès de la coopération fiscale internationale, avec notamment l’échange automatique de renseignements relatifs aux comptes financiers entre les administrations fiscales, ont beaucoup réduit les risques de fuite des capitaux et de fraude fiscale (OECD, 2023[1]). En outre, l’expérience de la Norvège démontre que la mise en cohérence de la fiscalité des revenu du travail et du capital est efficace pour résorber les inégalités (Thoresen et al., 2011[26]).
La Suède devrait également envisager de supprimer progressivement la déductibilité fiscale des charges d’intérêt afin d'élargir la base d'imposition et d’inciter les entreprises à adopter des structures de financement plus équilibrées. Selon les règles actuelles d'imposition des sociétés, les charges d’intérêt sur les prêts sont fiscalement déductibles, tandis que le coût des fonds propres ne l’est pas, ce qui génère un biais indésirable en faveur du financement par la dette (Regeringskansliet, 2024[27]). Ce traitement préférentiel a non seulement pour effet de réduire la base d'imposition, mais aussi d’encourager un endettement excessif, susceptible d'aggraver les vulnérabilités financières pour les entreprises et l'économie en général.
Les recettes d’impôts sur le patrimoine de la Suède figurent parmi les plus faibles de la zone OCDE. Cela s’explique en grande partie par le plafonnement de l’impôt périodique sur l’immobilier résidentiel à un bas niveau (OCDE, 2023[1] ; et chapitre 3). Compte tenu de la hausse relativement rapide des prix de l’immobilier d’habitation observée au cours des dernières décennies, ce système, conjugué à un régime généreux de déductibilité des intérêts d’emprunt hypothécaire, avait de lourdes conséquences en termes de recettes. Le gouvernement devrait envisager de supprimer ou d'éliminer progressivement le plafonnement actuel de l’impôt périodique sur la propriété immobilière afin que le prélèvement réalisé corresponde mieux aux valeurs du marché, ou de réduire la déductibilité des intérêts d’emprunt hypothécaire. Une solution pour surmonter les résistances politiques éventuelles à l’imposition des logements occupés par leur propriétaire et pour diversifier les recettes des communes serait de transférer le pouvoir d'imposer la propriété immobilière aux communes (chapitre 3). La déduction fiscale pour les réparations, l’entretien et l'amélioration du logement est une subvention fiscale supplémentaire qui avantage les propriétaires. Le gouvernement envisage de porter temporairement la déduction fiscale de 30 % à 50 % entre mai 2025 et la fin de l'année, afin de soutenir la reprise économique.
Il est également important d’allonger la durée de la vie active à mesure que l’espérance de vie augmente pour renforcer les finances publiques et garantir à la population des pensions de retraite suffisantes. En général, les Suédois travaillent plus longtemps que de nombreux autres pays de l’OCDE, et une série de réformes visant à allonger la durée de la vie active ont été mises en œuvre en Suède. L’« âge cible de départ à la retraite », mis en place en 2019 pour encourager les décisions de départ à la retraite, a été fixé à 67 ans à compter de 2026, après quoi il augmentera de deux tiers des gains d’espérance de vie. L’âge minimum pour percevoir une pension publique a été relevé de 62 à 63 ans en 2023, et le gouvernement compte le porter à 64 ans d’ici 2026. L’âge minimum pour percevoir la pension garantie a également augmenté de 65 à 66 ans en 2023, et évoluera en fonction des gains d’espérance de vie à partir de 2026. En 2024, le Parlement a approuvé une proposition autorisant les retraités à suspendre les décaissements de leur régime professionnel de retraite au cours des cinq premières années de leur perception. Cette souplesse vise à encourager les seniors à travailler plus longtemps en leur permettant de moduler leurs pensions versées selon leurs besoins.
Toutefois, la Suède a récemment mis en œuvre une réforme des retraites qui risque d'affaiblir les incitations au travail, sapant ainsi ces efforts. En 2021, la Suède a mis en place un nouveau complément de retraite financé par les recettes fiscales, venant s’ajouter à la pension publique liée à la rémunération antérieure. Ce complément est destiné aux retraités qui, après une longue vie active, n’ont acquis que des droits à pension limités. Leurs droits à pension liés à leur rémunération antérieure ne doivent toutefois pas dépasser un certain seuil. Cela signifie que l’allongement de la durée de la vie active peut, dans certains cas, réduire le complément de retraite (OECD, 2023[1]; Fiscal Policy Council, 2022[28]). Pour la plupart des Suédois, le départ à la retraite ne se traduit pas par une baisse marquée de leur revenu, et les travailleurs à faible revenu voient souvent leur revenu augmenter au moment de leur retraite. La précédente Étude économique de l’OCDE (OECD, 2023[1]) recommandait un rééquilibrage en faveur du système de pensions liées à la rémunération antérieure pour préserver les incitations au travail et la viabilité des finances publiques, mais aucune mesure n’a encore été prise.
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Principales recommandations récentes de l'OCDE |
Mesures prises ou prévues depuis l’Étude de 2023 |
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Réduire les incitations à la requalification des revenus en taxant plus lourdement les dividendes et en réduisant le taux marginal supérieur d’imposition des revenus du travail. |
Le taux marginal supérieur d’imposition a été ramené de 55 % à 52 % en janvier 2025. |
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Relever progressivement le seuil de revenu de la tranche d’imposition marginale supérieure. |
Aucune mesure prise. |
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Accroître le poids relatif des pensions liées à la rémunération antérieure, par exemple en réduisant l’indexation de la pension de base et en ajustant le nouveau complément de retraite. |
Aucune mesure prise. |
La Suède connaît un faible niveau de corruption selon les indices mondiaux, et ses citoyens ont une confiance relativement élevée dans les institutions publiques et dans leurs pairs (OECD, 2024[29]). La lutte contre le blanchiment de capitaux est efficace et les politiques menées pour contrer la corruption sont généralement considérées comme exemplaires parmi les pays de l’OCDE (Graphique 1.19). Néanmoins, les organismes publics signalent que les risques de corruption, d’infiltration par des gangs criminels et de fraude aux prestations sociales augmentent dans l'administration publique, notamment à l'échelon local (Gunnarson, 2023[30]). En outre, un récent rapport de l’OCDE (OECD, 2024[31]) souligne que la Suède a certes récemment amélioré la réglementation applicable à la corruption transnationale et au lobbying, mais que les politiques menées ne constituent pas encore des pratiques exemplaires. Peu d’enquêtes visant des affaires de corruption transnationale aboutissent à des poursuites, et celles-ci se sont soldées par un nombre élevé d’acquittements de personnes physiques et par aucune sanction à l’encontre de personnes morales. En outre, les autorités publiques, y compris l'administration fiscale et les agences chargées des crédits à l’exportation et de l'aide au développement, ne contribuent pas encore aux efforts de détection des cas de corruption transnationale, de sorte qu'il est sûrement possible de renforcer les mécanismes nationaux de détection.
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Principales recommandations récentes de l'OCDE |
Mesures prises ou prévues depuis l’Étude de 2023 |
|---|---|
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Favoriser un renforcement du dialogue et de la coordination entre les institutions publiques locales concernant les initiatives de lutte contre la corruption. |
Le nouveau plan d'action suédois contre la corruption, adopté en juillet 2024, met l'accent sur un renforcement du dialogue et de la coordination à différents niveaux. Deux mesures (renforcement des contrôles internes et amélioration de la protection des élus face aux menaces et aux violences) devraient entrer en vigueur à la mi-2025. |
Note : La partie B présente l’estimation ponctuelle et la marge d’erreur. La partie D met en évidence les sous-composantes par secteur de l’indicateur de « Maîtrise de la corruption » du Projet Varieties of Democracy (V-Dem). La partie E synthétise l’évaluation globale qui est faite de l’échange de renseignements, telle qu’elle ressort des examens mutuels menés par le Forum mondial sur la transparence et l’échange de renseignements à des fins fiscales. Ces examens mutuels permettent d’apprécier la capacité des juridictions membres à garantir la transparence de leurs entités et structures juridiques et à coopérer avec d’autres administrations fiscales, conformément aux normes internationales. Le graphique montre les résultats du deuxième cycle en cours lorsqu’ils sont disponibles, et dans le cas contraire, les résultats du premier cycle. La partie F fait apparaître les notations issues des évaluations mutuelles de chaque membre du GAFI pour évaluer le degré d’application des Recommandations du GAFI. La notation attribuée montre dans quelle mesure les mesures prises par un pays sont efficaces au regard de 11 résultats immédiats. « Enquêtes et poursuites¹ » renvoie au blanchiment de capitaux. « Enquêtes et poursuites² » renvoie au financement du terrorisme.
Source : Partie A - Transparency International ; parties B et C : Banque mondiale, Indicateurs de gouvernance mondiaux ; partie D : Projet Varieties of Democracy, base de données V-Dem v12 ; parties E et F : calculs du Secrétariat de l’OCDE à partir des informations provenant du Forum mondial sur la transparence et l’échange de renseignements à des fins fiscales ; et OCDE, Groupe d’action financière (GAFI).
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CONCLUSIONS (principales conclusions en gras) |
RECOMMANDATIONS (principales recommandations en gras) |
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Renforcer la résilience face aux risques financiers |
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Le niveau d’endettement hypothécaire des ménages reste élevé. Le calibrage actuel des dispositifs macroprudentiels contribue à la stabilité financière et à l’accessibilité financière du logement. |
Conserver les obligations d’amortissement actuelles ainsi que les plafonds applicables au ratio prêt/revenu et à la quotité de financement (ratio prêt/valeur du bien). |
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L’intervention directe de l’État dans le mandat de l’Autorité de surveillance financière risque de saper l’intégrité institutionnelle et d’éroder la confiance dans la gestion économique et la stabilité financière de la Suède. |
Le gouvernement devrait maintenir le cadre institutionnel actuel des politiques macroprudentielles. |
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Le manque de microdonnées sur les bilans des ménages entrave des interventions macroprudentielles plus ciblées et plus opportunes. Une proposition issue d’une enquête du gouvernement réalisée en 2022 et visant à créer un registre complet des actifs et passifs des ménages a été abandonnée. |
Créer un registre centralisé des microdonnées précises sur les bilans des ménages, tout en tenant dûment compte des préoccupations relatives à la protection de la vie privée. |
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La proportion des prêts et des obligations liés à des promoteurs d’immobilier commercial est relativement élevée, tandis que le marché suédois des obligations d’entreprise se caractérise par une faible liquidité et une base d’investisseurs homogène. |
Renforcer le marché des obligations d’entreprise en améliorant la transparence des prix et en diversifiant la base d’investisseurs. |
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La politique monétaire dans un contexte d’incertitude |
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Après un épisode de désinflation qui a duré jusqu’à la fin de 2024, l’inflation s’est hissée au-dessus de l’objectif de 2 % retenu par la Banque de Suède (Sveriges Riksbank) au début de 2025. La demande intérieure reste atone, tandis que les perturbations des chaînes de valeur internationales pourraient faire augmenter les prix. |
Maintenir le taux directeur à son niveau actuel pour le moment, mais rester réactif et ajuster la politique monétaire en fonction des nouvelles données recueillies. |
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Des divergences constantes et importantes entre les trajectoires de taux d’intérêt prévues par la Banque de Suède et les anticipations du marché peuvent nuire à l’efficacité de ses indications prospectives. |
Veiller à ce que la trajectoire prévue des taux d’intérêt soit plus étroitement alignée sur les prévisions économiques et les objectifs de la Banque de Suède, et expliquer les divergences éventuelles. |
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Maintenir une politique budgétaire responsable |
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Le budget 2025 intègre des baisses de taxes sur les carburants et des modifications du seuil de non-imposition de l’épargne qui sont mal ciblées. |
Cibler plus efficacement les mesures fiscales sur les ménages à faible revenu, notamment en revenant sur l’allègement des taxes sur les carburants. |
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L’écart de production demeure ample et la demande intérieure est faible. |
Continuer à mener une politique budgétaire légèrement expansionniste pour le moment, afin de soutenir la reprise. |
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Actuellement, il n’existe pas de méthodologie standardisée pour calculer le solde budgétaire structurel, ce qui complique l’évaluation des résultats budgétaires par le Conseil de politique budgétaire. |
Élaborer et mettre en œuvre une méthodologie normalisée de calcul du solde budgétaire structurel. |
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La Suède pourrait financer une hausse de ses dépenses de défense sans emprunter davantage. |
Éviter une dérive temporaire par rapport à l’objectif de solde budgétaire pour financer une augmentation pérenne des dépenses de défense. |
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Le système fiscal actuel incite à requalifier certains revenus pour les transférer d’une base d’imposition à une autre. |
Réduire les possibilités de requalification des revenus en taxant plus lourdement les dividendes et en réduisant le taux marginal supérieur d’imposition des revenus du travail. |
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La mise en place d’un complément de retraite réduit les incitations à travailler davantage, dans la mesure où le dépassement de certains seuils réduit les prestations de retraite. |
Accroître le poids relatif des pensions liées à la rémunération antérieure pour préserver les incitations au travail et la viabilité budgétaire. |
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Maintenir la corruption à un bas niveau |
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Les principales autorités publiques, dont l’administration fiscale et les organismes d’exportation et d’aide au développement, ne contribuent pas activement aux efforts de détection des cas de corruption transnationale. |
Renforcer les mécanismes nationaux de détection en associant toutes les autorités publiques concernées à la détection et au signalement des cas de corruption transnationale. |
[26] Alstadsæter, A. et M. Jacob (2016), « Dividend Taxes and Income Shifting », The Scandinavian Journal of Economics, vol. 118, n° 4, pp. 693-717.
[4] Business Sweden (2024), Global export 2024 - Sweden a winner in declining world trade, https://www.business-sweden.com/insights/global-analysis/global-exports/ (consulté le 10 février 2025).
[18] Calmfors, L. (2024), Should the Surplus Target be Replaced by a Deficit Target?, The Swedish Economic Association.
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