Jon Pareliussen
OCDE
4. Renforcer les compétences et l’adéquation entre l’offre et la demande sur le marché du travail
Copier le lien de 4. Renforcer les compétences et l’adéquation entre l’offre et la demande sur le marché du travailDescription
Les investissements dans les compétences rehaussent la productivité, renforcent les avantages découlant des évolutions technologiques, favorisent la cohésion sociale et réduisent les vulnérabilités à la désinformation. L’Évaluation des compétences des adultes réalisée par l’OCDE montre que le niveau des compétences est élevé et qu’il s’améliore en Suède. Les travailleurs âgés sont plus instruits et obtiennent de meilleurs résultats sur le marché du travail qu’auparavant. Les cohortes plus jeunes ayant obtenu des résultats médiocres aux évaluations internationales des compétences par le passé ne montrent aujourd’hui que peu de signes de faiblesse en termes de compétences et de résultats sur le marché du travail. Il reste néanmoins possible d’améliorer l’efficience et l’équité de l’enseignement obligatoire, ainsi que l’attractivité et l’adéquation du deuxième cycle du système d’enseignement professionnel secondaire avec le marché du travail. La qualité de l’enseignement universitaire semble s’être dégradée, tandis qu’une augmentation de l’avantage de rémunération lié aux compétences risque d’accentuer la pénalité de la maternité. Les individus ayant un bas niveau de compétences sont peu nombreux par rapport à ce que l’on observe dans les autres pays de l’OCDE, mais les personnes concernées sont beaucoup plus susceptibles d’être au chômage. Les investissements dans les compétences peuvent accroître l’employabilité des non-diplômés du deuxième cycle du secondaire et des immigrés non originaires d’Europe et d’Amérique du Nord, mais les mécanismes d’intervention éprouvés et efficaces sont trop peu utilisés et trop tardivement. Un nouveau programme visant à accroître les aides financières à la formation des travailleurs expérimentés devrait être ajusté de façon à optimiser l’utilisation des ressources et à accroître la participation.
4.1. Contexte
Copier le lien de 4.1. ContexteLe modèle économique de la Suède donne lieu à toute une série de résultats favorables. Le taux d’activité élevé, notamment parmi les femmes et les personnes nées à l’étranger, conjugué à la faible dispersion des salaires et à un système de protection sociale complet, freine les inégalités de revenu, tandis que la croissance globale des salaires tend à être compatible à terme avec la stabilité des prix et la compétitivité-coûts des secteurs exportateurs.
Ce modèle repose sur un équilibre soigneusement conçu qui dépend d’une population très qualifiée participant activement au marché du travail. Après avoir été l’un des pays les mieux classés au Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) de l’OCDE au début des années 2000, la Suède a enregistré des scores légèrement inférieurs à la moyenne de l’OCDE dans chacune des trois matières en 2012, ce qui a suscité un certain nombre de réformes scolaires et s’est traduit par une amélioration des résultats par la suite. Le PISA a pour objet d’évaluer les compétences des jeunes de 15 ans en compréhension de l’écrit, en culture mathématique et en culture scientifique. Les résultats obtenus en Suède ont diminué en 2022, comme dans l’ensemble de la zone OCDE, en grande partie du fait des perturbations de l’éducation connues pendant la pandémie de COVID-19 (Graphique 4.1). Malgré ces « chocs PISA » et la part croissante de personnes nées à l’étranger dans la population, les adultes suédois sont en moyenne plus instruits aujourd’hui qu’il y a dix ans et ont considérablement amélioré leurs résultats par rapport à la moyenne de l’OCDE, ainsi qu’il ressort de l’édition 2023 de l’Évaluation des compétences des adultes réalisée par l’OCDE. Les cohortes qui avaient obtenu de médiocres résultats au PISA 2012 semblent avoir rattrapé leur retard et affichent désormais en moyenne un niveau de qualification élevé. Le niveau de compétences des travailleurs plus âgés est sensiblement plus élevé que celui des générations précédentes et leur situation sur le marché du travail est nettement meilleure.
Graphique 4.1. Les résultats de la Suède au PISA ont atteint leur plus bas niveau en 2012 puis ont diminué à nouveau en 2022
Copier le lien de Graphique 4.1. Les résultats de la Suède au PISA ont atteint leur plus bas niveau en 2012 puis ont diminué à nouveau en 2022Les compétences sont également utilisées à bon escient, le pays se classant au troisième rang des pays de l’OCDE pour ce qui est du taux d’activité et au dixième rang pour ce qui est du taux d’emploi. Le taux de chômage est élevé en termes de comparaison internationale, mais cela s’explique en grande partie par le fait que des segments de la population qui seraient considérés comme inactifs dans d’autres pays perçoivent en Suède des prestations subordonnées à la recherche d’un emploi. Ainsi, de nombreux étudiants à temps plein recherchent également un emploi à temps partiel, ce qui gonfle artificiellement le nombre de jeunes chômeurs.
Malgré ces bons résultats d’ensemble, la Suède ne doit pas céder à l’autosatisfaction. Les compétences donnent des moyens d’agir aux individus et leur permettent de gérer et d’accepter les situations complexes, contribuant ainsi à une prise de décision collective et à des choix stratégiques mieux éclairés. À l’heure où les technologies évoluent rapidement et où les tensions géopolitiques s’accentuent, les compétences en traitement de l’information jouent un rôle de plus en plus important pour tirer efficacement parti de technologies telles que l’intelligence artificielle (IA) et mener une réflexion critique sur un flux constant d’informations afin de distinguer le vrai du faux et de préserver la cohésion sociale (OECD, 2024[1]).
Les données du Programme pour l'évaluation internationale des compétences des adultes (PIAAC) font en outre apparaître certaines possibilités d’amélioration. L’avantage de rémunération lié à l’obtention d’un diplôme de l’enseignement supérieur a diminué au cours de la dernière décennie, le marché du travail exigeant de plus en plus des qualifications plus élevées. Le potentiel d’une proportion relativement importante de travailleurs ayant des niveaux de compétences et de qualification élevés n’est pas pleinement exploité, ce qui réduit leurs revenus d’activité et freine la productivité. On observe encore des écarts entre les genres, qui s’avèrent toutefois modestes par rapport à la moyenne de l’OCDE.
Bien qu’ils représentent une part relativement faible de la population suédoise, les individus peu qualifiés non seulement affichent des résultats relativement médiocres sur le marché du travail, mais se déclarent aussi en moins bonne santé, font moins confiance aux autres et se sentent marginalisés sur le plan politique (Pareliussen, 2025[2]). Les pénuries de main-d’œuvre et le chômage de longue durée ont augmenté en parallèle, dans la mesure où une part importante de la population d’âge actif affiche des compétences ou des qualifications trop faibles pour intéresser les employeurs. Il existe en outre des pénuries structurelles (de personnel de santé et d’enseignants, par exemple), notamment dans les zones rurales qui connaissent un vieillissement et un dépeuplement importants (OECD, 2023[3]). Certains groupes d’immigrés sont nettement moins susceptibles d’occuper un emploi et sont en moyenne moins rémunérés que les personnes nées dans le pays, ce qui s’explique en grande partie par des compétences en littératie plus faibles.
Dans ce contexte, ce chapitre apporte un éclairage sur les compétences et la situation du marché du travail en Suède, en s’appuyant sur de nouvelles données probantes issues de l’édition 2023 de l’Évaluation des compétences des adultes réalisée par l’OCDE (OECD, 2024[1] ; Pareliussen, 2025[2]). La section qui suit porte sur la répartition des compétences au sein de la population adulte et la manière dont les compétences se traduisent en termes d’emploi et de salaire. Quelques axes de réforme du système éducatif sont ensuite examinés dans la troisième section. Enfin, la dernière section s’intéresse à l’adéquation entre l’offre et la demande sur le marché du travail, à la proportion de personnes ayant un faible niveau de compétences, ainsi qu’au coût sociétal de différents types d’inadéquations, et met en évidence les conséquences pour l’action des pouvoirs publics afin d’optimiser l’utilisation des ressources dans les services de l’emploi et dans l’éducation et la formation des adultes.
4.2. L’Évaluation des compétences des adultes réalisée par l’OCDE montre que le niveau des compétences est globalement élevé en Suède
Copier le lien de 4.2. L’Évaluation des compétences des adultes réalisée par l’OCDE montre que le niveau des compétences est globalement élevé en SuèdeDe nouvelles données issues de la deuxième édition de l’Évaluation des compétences des adultes réalisée par l’OCDE (Encadré 4.1) peuvent apporter un éclairage sur des questions importantes, telles que les compétences des générations du « choc PISA », les compétences des personnes nées à l’étranger et des générations plus âgées et leur situation au regard du marché du travail, ainsi que sur des questions relatives à l’adéquation entre l’offre et la demande sur le marché du travail, à l’avantage de rémunération liée à l’éducation et aux compétences, et à l’incidence de la discrimination fondée sur le genre et le pays de naissance.
Encadré 4.1. L’Évaluation des compétences des adultes réalisée par l’OCDE
Copier le lien de Encadré 4.1. L’Évaluation des compétences des adultes réalisée par l’OCDELe deuxième cycle de l’Évaluation des compétences des adultes réalisée par l’OCDE, qui est un produit du Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes (PIAAC), s’est déroulé en 2022/23, soit onze ans après le premier cycle. L’Évaluation des compétences des adultes est le fruit d’une collaboration entre les pays et économies participant à l’évaluation, la Direction de l’éducation et des compétences et la Direction de l’emploi, du travail et des affaires sociales de l’OCDE, ainsi qu’un consortium international dirigé par Educational Testing Service (ETS). Vingt-neuf pays de l’OCDE, l’Angleterre et la Région flamande de Belgique y ont participé, la taille de l’échantillon national allant de 3 130 à 11 697 personnes.
L’Évaluation des compétences des adultes a pour objet d’évaluer les compétences en littératie, en numératie et en résolution adaptative de problèmes à partir de cadres conceptuels qui définissent ces compétences et décrivent comment concevoir des items d’évaluation permettant de les mesurer. Les modules d’évaluation des compétences sont associés à un questionnaire de base complet couvrant des variables telles que l’âge, le genre, la famille, le statut migratoire, le niveau d’études, la situation au regard de l’emploi et les résultats sur les plans sanitaire et social.
Les tâches évaluées témoignent de la manière dont les individus appliquent leurs compétences à l’ensemble des contenus, des contextes et des processus cognitifs concernés. Pour répondre à un item, il faut avoir accès aux informations fournies et les comprendre, les évaluer et raisonner de manière critique. Au sein de chaque module, les compétences sont mesurées sur une échelle de 500 points, un score plus élevé correspondant à un niveau de compétence plus élevé. L’échelle est divisée en niveaux de compétences fonctionnelles, chacun correspondant à 50 points sur l’échelle du PIAAC. Les individus qui se situent aux niveaux les plus bas (niveau 1 et inférieur, c’est-à-dire un score inférieur ou égal à 175 points) peuvent au mieux répondre à des tâches simples moyennant un traitement simple et peu d’informations hors propos. Les individus se classant aux niveaux les plus élevés (quatre et cinq, soit un score de 326 points ou plus) peuvent répondre à des tâches complexes et abstraites, les analyser, raisonner et mener une réflexion critique sur ces tâches, et distinguer les informations pertinentes des informations hors propos pour parvenir à la bonne réponse.
L’édition 2023 de l’Évaluation des compétences des adultes réalisée par l’OCDE a été conçue de manière à permettre une comparaison statistique des scores obtenus en littératie et en numératie avec ceux observés au sein du même module dans l’édition 2012. Il n’est pas possible de comparer les résultats entre les différents modules (littératie, numératie, résolution adaptative de problèmes), mais la corrélation des scores entre les différents items est en général très élevée, en particulier entre la littératie et la numératie.
Source : OCDE (2024[1]).
Dans l’ensemble, la Suède se situe bien à l’échelle internationale. Malgré des freins démographiques tels que le vieillissement de la population et la proportion croissante de personnes nées à l’étranger au sein de la population, la Suède se classe au troisième rang des pays de l’OCDE à l’aune des compétences en littératie des habitants âgés de 16 à 64 ans, juste derrière la Finlande et le Japon et juste devant la Norvège. Elle a amélioré quelque peu ses résultats depuis 2012, alors que la plupart des pays ont régressé (Graphique 4.2).
La Suède se classe également au troisième rang des pays de l’OCDE pour ce qui est des deux autres items d’évaluation, à savoir la numératie et la résolution avancée de problèmes. Les scores obtenus aux trois items sont fortement corrélés, ce qui indique qu’ils permettent de mesurer les capacités cognitives générales plutôt que les seules compétences en compréhension de l’écrit et en culture mathématique. Dans le cadre de l’évaluation des compétences en littératie, par exemple, le répondant doit lire un texte, le comprendre et réfléchir à son contenu plus ou moins complexe pour répondre aux questions. Les questions plus difficiles nécessitent un raisonnement logique poussé. Par souci de simplicité, les graphiques et les analyses contenus dans ce chapitre portent donc sur les compétences en littératie. Des chiffres et des résultats comparables relatifs aux compétences en numératie et en résolution adaptative de problèmes sont pour l’essentiel disponibles dans OCDE (2024[1]) et Pareliussen (2025[2]), et peignent un tableau presque identique.
Graphique 4.2. Le niveau de compétences des adultes est élevé en Suède
Copier le lien de Graphique 4.2. Le niveau de compétences des adultes est élevé en Suède4.2.1. L’éducation améliore la littératie et la situation au regard du marché du travail
Comme c’est le cas et comme cela devrait être le cas, l’enseignement et la formation sont des déterminants importants des compétences des adultes en Suède comme dans l’ensemble de l’OCDE (Graphique 4.3, partie A). L’avantage de rémunération lié à l’obtention d’un diplôme de l’enseignement supérieur par rapport à un diplôme du deuxième cycle de l’enseignement secondaire a diminué de sept points depuis 2012, et l’écart est statistiquement significatif. L’avantage de rémunération lié aux compétences dont bénéficient les personnes qui participent à des programmes de formation théorique et pratique pour adultes a augmenté, même si cela peut refléter dans une certaine mesure une causalité inverse. Dans le même temps, la part de la population diplômée de l’enseignement supérieur a considérablement augmenté au fil du temps pour s’établir bien au-dessus de la moyenne de l’OCDE (OECD, 2024[1]).
Graphique 4.3. La littératie, l’éducation et la formation transparaissent dans les revenus
Copier le lien de Graphique 4.3. La littératie, l’éducation et la formation transparaissent dans les revenus2023
Note : Les estimations sont obtenues au moyen de deux régressions standard distinctes (régression par moindres carrés ordinaires dans les parties A et C, et régression logistique dans la partie B), l’une pour les répondants issus des pays de l’OCDE ayant participé aux deux éditions du PIAAC, et l’autre pour les répondants de Suède. On a inclus des variables de contrôle telles que le genre et le type de ménage, l’âge, le niveau d’instruction de l’individu et celui de ses parents, la participation à des programmes de formation théorique et pratique des adultes, et le statut migratoire. La partie A comprend l’échantillon complet et le score en littératie obtenu dans le cadre de l’Évaluation des compétences des adultes réalisée par l’OCDE est la variable dépendante. Dans la partie B, les étudiants à temps plein sont exclus de l’échantillon et la variable dépendante est une variable indicatrice qui prend la valeur 1 pour les individus qui travaillent (définition utilisée dans l’enquête sur les forces de travail) ; la littératie fait office de variable de contrôle supplémentaire. Dans la partie C, les personnes sans emploi, les personnes âgées de 16 à 24 ans et les étudiants à temps plein sont exclus. Le logarithme naturel de la rémunération est la variable dépendante. Dans la partie C, la taille de l’entreprise, l’ancienneté dans l’emploi, le type de contrat et le fait de travailler dans le secteur public constituent des variables de contrôle supplémentaires. Consulter la source originale pour obtenir plus de détails. *** indiquent la signification statistique (bilatérale) au seuil de 2 %, ** au seuil de 5 % et * au seuil de 10 %.
Source : Pareliussen (2025[2]).
En Suède, la probabilité d’occuper un emploi est fortement corrélée aux compétences en littératie et au niveau d’instruction (Graphique 4.3, partie B). Il s’agit là d’un signe d’efficience de l’appariement entre l’offre et la demande, sachant que ces indicateurs mesurables des compétences sont aussi probablement de bons indicateurs indirects de la productivité des travailleurs (Pareliussen, 2022[4]). Par rapport à 2012, la corrélation entre les compétences en littératie et l’emploi est un peu moins forte, tandis que l’importance d’un diplôme de l’enseignement supérieur a sensiblement augmenté (Pareliussen, 2025[2]).
Les compétences en littératie, l’éducation et la formation sont également d’importants facteurs prédictifs de la rémunération, sous réserve de l’obtention d’un emploi. Si l’on tient compte d’une série de caractéristiques personnelles, du type de contrat et des caractéristiques de l’employeur, on observe qu’une hausse du score en littératie de 50 points – qui correspond à un niveau de compétence fonctionnelle en littératie complet et équivaut approximativement à l’écart-type des scores en littératie – se traduit par une augmentation de la rémunération horaire logarithmique de 6 % en Suède. Les diplômés du deuxième cycle de l’enseignement secondaire affichent une rémunération supérieure d’environ 7 % à celle des non-diplômés du deuxième cycle de l’enseignement secondaire, tandis que les diplômés de l’enseignement supérieur gagnent en moyenne 16 % de plus par heure. Le rendement des compétences et de l’éducation est inférieur à la moyenne de l’OCDE : une augmentation de 50 points du score obtenu au PIAAC est associée à un avantage de rémunération de 8 %, et les diplômés de l’enseignement supérieur gagnent environ 23 % de plus par heure que les diplômés du deuxième cycle de l’enseignement secondaire (Graphique 4.3, partie C). La même analyse montre que le rendement de l’enseignement supérieur a sensiblement augmenté depuis 2012 (Pareliussen, 2025[2]). Dans l’ensemble, les évolutions les plus marquantes concernent l’enseignement supérieur, pour lequel une corrélation de moins en moins forte avec la littératie est susceptible d’indiquer une baisse de la qualité des diplômes de l’enseignement supérieur, hypothèse qui est examinée plus en détail ci-après, tandis que le rendement de l’enseignement supérieur en termes d’emploi et de rémunération a augmenté.
4.2.2. Les cohortes plus âgées ont amélioré leurs compétences, tandis que les scores médiocres obtenus au PISA ont eu des effets de stigmate limités
Dans les pays de l’OCDE, les compétences moyennes sont plus faibles chez les cohortes plus âgées. En Suède, ceci était nettement moins le cas en 2023, ce qui signifie que la formation tout au long de la vie au sens large fonctionne mieux dans ce pays qu’ailleurs. Les individus atteignent leur niveau de compétences maximal entre 30 et 40 ans, et celui-ci ne diminue que légèrement par la suite. À titre de comparaison, dans les pays de l’OCDE, les individus atteignent leur niveau de compétences maximal entre 20 et 30 ans en moyenne et diminuent ensuite beaucoup plus rapidement. Les Suédois âgés de 16 à 24 ans, par exemple, obtiennent des résultats nettement inférieurs à ceux du même groupe d’âge en Finlande, en Estonie, au Japon et en Norvège (Larsson, 2023[5]). La comparaison des deux cycles de l’Évaluation des compétences des adultes réalisée par l’OCDE montre une nette amélioration dans les cohortes plus âgées d’âge actif en Suède. Les personnes âgées de 45 ans et plus ont systématiquement obtenu des scores moyens plus élevés en 2023 que les personnes du même âge en 2012 ; des écarts statistiquement significatifs ont été observés dans les groupes d’âge de 50 ans et plus (Graphique 4.4, partie A). Il s’agit d’un effet de cohorte qui s’explique par le fait que les cohortes hautement qualifiées ont désormais onze ans de plus, tandis que les cohortes faiblement qualifiées ayant participé au PIAAC de 2012 ne font plus partie de l’échantillon. On ne voit aucune preuve d’amélioration des compétences au fil du temps au sein de ces cohortes, qui obtiennent le même score qu’en 2012 (partie B). Il s’agit néanmoins de scores supérieurs à la moyenne de la zone OCDE, où les scores en littératie ont considérablement diminué dans tous les groupes d’âge entre 2012 et 2023.
La Suède a connu son premier « choc PISA » en 2012. Alors qu’elle se situait bien au-dessus de la moyenne de l’OCDE dans toutes les matières (compréhension de l’écrit, culture mathématique et culture scientifique) en 2000 et en 2003, les résultats des élèves de 15 ans étaient inférieurs à la moyenne dans toutes les matières en 2012 (OECD, 2019[6]). Cette situation a donné lieu à une série de réformes scolaires (voir ci-après), et les résultats des élèves se sont considérablement améliorés en 2015 et 2018. La quasi-totalité des gains ont toutefois été effacés lors d’un deuxième choc PISA en 2022, un destin que la Suède a partagé avec un certain nombre d’autres pays de l’OCDE en raison des perturbations scolaires engendrées par la pandémie de COVID-19 (OECD, 2023[7]). La Suède n’a pas fermé ses établissements d’enseignement obligatoire, mais elle a connu des perturbations considérables du fait de l’absence d’élèves et d’enseignants et n’était pas préparée à l’enseignement sous forme hybride. D’autres facteurs, comme l’utilisation accrue des écrans et des médias sociaux, ainsi qu’une baisse de l’équité et l’augmentation du nombre d’élèves peu performants, sont également susceptibles d’avoir contribué à cette évolution. Dans ce contexte, il est encourageant de constater qu’en 2023, le groupe d’âge le plus jeune affichait des compétences moyennes supérieures à celles des individus du même âge en 2012, bien que leur scolarité ait été perturbée par la pandémie (Graphique 4.4, partie A), même si l’écart entre les coefficients estimés n’est pas statistiquement significatif. Si l’on compare les mêmes cohortes au fil du temps, la cohorte des 25-29 ans correspond à peu près à celle du PISA de 2012. Son score moyen au PIAAC a augmenté de 16 points depuis 2012 et se situe donc presque au même niveau que celui des 35-39 ans, soit le groupe d’âge le plus performant (partie B).
Graphique 4.4. Mesurés tout au long de la vie, les niveaux de compétences en Suède sont élevés par rapport à la moyenne de l’OCDE
Copier le lien de Graphique 4.4. Mesurés tout au long de la vie, les niveaux de compétences en Suède sont élevés par rapport à la moyenne de l’OCDE
Note : Dans la partie B, on compare les estimations pour une même cohorte à différents âges, tandis que dans les parties A et C, on compare différentes cohortes au même âge. Les estimations sont obtenues au moyen de deux régressions par moindres carrés ordinaires (MCO) standard distinctes, l’une pour l’échantillon complet des répondants issus des pays de l’OCDE ayant participé aux deux éditions du PIAAC, et l’autre pour les répondants de Suède. Le score en littératie est la variable dépendante et les groupes d’âge sont les seuls variables de contrôle dans les parties A et B. Dans la partie C, on a ajouté des variables de contrôle, telles que le genre et le type de ménage, l’âge, le niveau d’instruction des individus et de leurs parents, la participation à des programmes de formation théorique et pratique des adultes, et le statut migratoire. Consulter la source originale pour obtenir plus de détails. Les estimations relatives aux 16-19 ans et aux 20-24 ans ne sont pas prises en compte, car on ne peut pas s’attendre à ce que ces groupes d’âge aient terminé leurs études. Pour faciliter la lecture des chiffres, les intervalles de confiance se rapportent uniquement aux coefficients estimés pour l’édition 2023 en Suède. Le calcul des écarts des coefficients estimés entre les différentes éditions est disponible dans la source d’origine.
Source : Pareliussen (2025[2]).
L’évolution des résultats obtenus par les différents groupes d’âge semble bien s’expliquer par les autres variables contextuelles. En d’autres termes, l’évolution des scores en littératie entre 2012 et 2023 par groupe d’âge tient pour l’essentiel aux différents niveaux de qualification, à la participation aux programmes de formation théorique et pratique des adultes et à des caractéristiques personnelles, telles que le statut migratoire et le niveau d’études des parents, entre les cohortes, plutôt qu’à l’efficacité de l’apprentissage tout au long de la vie. La seule exception est le groupe d’âge le plus avancé, ce qui indique que la formation tout au long de la vie s’était améliorée pour ces cohortes par rapport à celles de cet âge en 2012 (partie C). Cela peut s’expliquer par le renforcement de la qualité du système éducatif et par l’amélioration de la situation des travailleurs seniors au regard de l’emploi, dans la mesure où ceux qui travaillent ont tendance à renforcer et entretenir leurs compétences davantage que les inactifs.
L’évolution générationnelle vers des niveaux de compétences et d’instruction plus élevés chez les personnes âgées se reflète également dans l’emploi. Le groupe d’âge le plus avancé a vu sa probabilité d’occuper un emploi augmenter de près de 12 points de pourcentage depuis 2012 (Pareliussen, 2025[2]) et les individus de ce groupe ne sont plus moins susceptibles d’occuper un emploi que ceux du groupe de référence (35-44 ans) lorsque l’on tient compte de leurs compétences et de leur situation (Graphique 4.5, partie A). La rémunération augmente aussi généralement en fonction de l’âge, ce que confirment les données du PIAAC. Les plus jeunes gagnent nettement moins que les seniors, le salaire horaire atteignant un sommet lorsque les individus ont entre 40 et 60 ans, aussi bien en Suède que dans la zone OCDE. Si l’on tient compte des différents niveaux d’instruction et de compétences à l’écrit, ainsi que d’autres caractéristiques, on constate que les salaires continuent d’augmenter tout au long de la vie (partie B).
Graphique 4.5. L’emploi et la rémunération varient moins selon l’âge en Suède
Copier le lien de Graphique 4.5. L’emploi et la rémunération varient moins selon l’âge en Suède2023
Note : Les estimations sont obtenues au moyen de deux régressions standard distinctes (régression logistique dans la partie A, et régression par moindres carrés ordinaires dans la partie B), l’une effectuée sur les répondants issus des pays de l’OCDE ayant participé aux deux éditions du PIAAC, et l’autre sur les répondants de Suède. On a inclus des variables de contrôle telles que le genre et le type de ménage, l’âge, le niveau d’instruction de l’individu et celui de ses parents, la participation à des programmes de formation théorique et pratique des adultes, et le statut migratoire. Dans la partie A, les étudiants à temps plein sont exclus de l’échantillon, la variable dépendante est une variable indicatrice qui prend la valeur 1 pour les individus qui travaillent (définition utilisée dans l’enquête sur les forces de travail), et la littératie fait office de variable de contrôle supplémentaire. Dans la partie B, les personnes sans emploi, les personnes âgées de 16 à 24 ans et les étudiants à temps plein sont exclus. Le logarithme naturel de la rémunération est la variable dépendante. Dans la partie B, la taille de l’entreprise, l’ancienneté dans l’emploi, le type de contrat et le fait de travailler dans le secteur public constituent des variables de contrôle supplémentaires. Consulter la source originale pour obtenir plus de détails. *** indiquent la signification statistique (bilatérale) au seuil de 2 %, ** au seuil de 5 % et * au seuil de 10 %.
Source : Pareliussen (2025[2]).
4.2.3. Les écarts d’emploi et de rémunération des immigrés s’expliquent en grande partie par les compétences
Les personnes nées à l’étranger obtiennent généralement des résultats nettement inférieurs à ceux des personnes nées en Suède aux évaluations des compétences en littératie. Cet écart, supérieur à la moyenne observée dans les pays de l’OCDE (Graphique 4.6), s’explique par la distance linguistique importante entre le suédois et la langue maternelle des immigrés, ainsi que par un niveau d’instruction plus faible en moyenne et vraisemblablement de moindre qualité que celui des Suédois (comme on le verra plus en détail dans la suite du document). Cela dit, l’ampleur de l’écart varie considérablement selon l’origine : en moyenne, les personnes nées en Europe occidentale et en Amérique du Nord obtiennent un score inférieur de 23 points à celui des natifs, contre 61 points pour celles originaires d’Europe centrale et orientale, et 83 points pour les immigrés venus d’autres régions du monde. Cela correspond à un niveau d’alphabétisme fonctionnel plus de 1 fois et demie inférieur à celui du groupe de référence composé de personnes nées dans le pays. Les immigrés ayant obtenu leur diplôme le plus élevé en Suède obtiennent en moyenne un score supérieur de 21 points à celui des personnes titulaires de diplômes étrangers, ce qui compense en partie ce désavantage (Graphique 4.7, partie A).
Comme nous le verrons plus en détail ultérieurement, les immigrés qui ne sont pas originaires d’Amérique du Nord et d’Europe ont une probabilité d’emploi plus faible que les natifs. Ces différences ne sont toutefois pas statistiquement significatives une fois que l’on prend en compte les compétences en littératie, le niveau d’études et d’autres variables contextuelles. Par ailleurs, outre l’incidence sur les compétences en littératie, les qualifications obtenues en Suède augmentent directement les probabilités d’emploi des immigrés (Graphique 4.7, partie B).
Graphique 4.6. Les immigrés de première et deuxième génération affichent un moindre niveau de compétences en littératie
Copier le lien de Graphique 4.6. Les immigrés de première et deuxième génération affichent un moindre niveau de compétences en littératieCompétences en littératie, 2023
Il existe aussi des écarts salariaux entre les personnes nées à l’étranger et celles nées en Suède. Un premier groupe d’immigrés, composé de personnes originaires d’Amérique du Nord et d’Europe occidentale, perçoit en moyenne un salaire supérieur de 9 % à celui des natifs. Cette prime est plus élevée qu’en 2012, mais nettement inférieure à celle observée dans la zone OCDE, où elle atteint 33 % en moyenne. Cette situation s’explique par les compétences en littératie, le niveau d’études, et d’autres variables contextuelles favorables de ce groupe. Un deuxième groupe d’immigrés, composé de personnes originaires d’Europe centrale et orientale, perçoit en moyenne un salaire inférieur de 12 % à celui des personnes nées en Suède. Cet écart est proche de celui observé en 2012, et conforme à la moyenne de l’OCDE. Contrairement à la situation de 2012, ce désavantage salarial s’explique par les compétences en littératie et le niveau d’études de ce groupe, qui comprend essentiellement des travailleurs immigrés en provenance de l’UE dans le cadre de l’accord sur la libre circulation (Graphique 4.7, partie C).
Graphique 4.7. Les écarts de revenus et d’emploi des immigrés s’expliquent par un niveau de compétences en littératie plus faible
Copier le lien de Graphique 4.7. Les écarts de revenus et d’emploi des immigrés s’expliquent par un niveau de compétences en littératie plus faible2023
Note : les estimations sont obtenues au moyen de deux régressions standard distinctes (régression par moindres carrés ordinaires dans les parties A et C, et régression logistique dans la partie B), l’une sur les répondants des pays de l’OCDE ayant participé aux deux éditions du PIAAC, et l’autre sur les répondants de Suède. On a inclus des variables de contrôle telles que le genre et le type de ménage, l’âge, le niveau d’instruction de l’individu et de ses parents, la participation à la formation des adultes et la situation au regard de l’immigration. La partie A comprend l’échantillon complet, le score en littératie obtenu dans le cadre Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes étant la variable dépendante. Dans la partie B, les étudiants à temps plein sont exclus de l’échantillon, la variable dépendante est une variable indicatrice qui prend la valeur 1 pour les individus qui travaillent (définition utilisée dans l’enquête sur les forces de travail), et la littératie fait figure de variable de contrôle supplémentaire. Dans la partie C, les personnes sans emploi, les personnes âgées de 16 à 24 ans et les étudiants à temps plein sont exclus. Le logarithme naturel de la rémunération est la variable dépendante. Dans la partie C, la taille de l’entreprise, l’ancienneté dans l’emploi, le type de contrat et le fait de travailler dans le secteur public constituent des variables de contrôle supplémentaires. Consulter la source originale pour obtenir plus de détails. *** indiquent la signification statistique (bilatérale) au seuil de 2 %, ** au seuil de 5 % et * au seuil de 10 %.
Source : Pareliussen (2025[2]).
Le troisième groupe comprend des personnes originaires de pays situés hors d’Europe ou d’Amérique du Nord. Alors que les deux premiers groupes se composent pour l’essentiel de différents profils de migrants économiques, celui-ci se caractérise par une forte concentration d’immigrés admis pour raisons humanitaires ou au titre du regroupement familial. Le motif de l’immigration peut en soi constituer un facteur de désavantage : les travailleurs migrants quittent leur pays d’origine pour des raisons d’emploi, tandis que les migrants pour raisons humanitaires le font parce qu’ils y sont contraints. À cela s’ajoute le fait que leurs compétences peuvent être inférieures à celles des natifs, soit en termes absolus en raison d’un niveau d’études plus faible ou de diplômes délivrés par des établissements de moindre qualité, soit du fait d’un décalage avec les compétences demandées sur le marché du travail en Suède. Il peut s’agir, par exemple, d’une maîtrise insuffisante du suédois, de l’absence de reconnaissance officielle des diplômes obtenus à l’étranger ou d’une compréhension imparfaite du contexte culturel et du marché du travail suédois (Pareliussen, 2017[8] ; Bussi et Pareliussen, 2017[9]). Certains immigrés peuvent être dans l’incapacité de produire des justificatifs de qualifications parce qu’ils ont quitté leur pays dans la précipitation, et ont parfois passé une longue période hors du marché du travail si le voyage a été long. On trouve dans ce groupe un grand nombre de personnes qui à leur arrivée n’avaient suivi aucun enseignement de type scolaire, bien qu’il existe des écarts importants selon le pays d’origine et le sexe. Parmi les immigrés arrivés en 2016-17 et inscrits au programme en faveur de l’établissement géré par le SPE, environ 40 % de ceux en provenance d’Afghanistan et 50 % de ceux venus de Somalie n’avaient reçu aucune instruction, contre 10 % pour ceux originaires de Syrie (Arbetsförmedlingen, 2024[10]).
En moyenne, les immigrés originaires de pays non européens ou d’Amérique du Nord gagnent 17 % de moins que les personnes nées en Suède. Ce chiffre, stable par rapport à 2012, est très différent de la moyenne de l’OCDE, où ce groupe ne subit pas de pénalité de rémunération significative, ce qui s’explique probablement dans une large mesure par des compositions différentes et des contextes nationaux variés (Pareliussen, 2025[2]). Contrairement à la situation de 2012, la pénalité de rémunération n’est plus significative lorsque l’on tient compte des compétences en littératie et du niveau d’études (Graphique 4.7, partie C). Autrement dit, le profil des immigrés originaires de pays situés hors d’Europe ou d’Amérique du Nord, occupant un emploi, est aujourd’hui moins favorable, même si leurs revenus sont comparables à ceux de personnes nées en Suède avec un profil et des compétences similaires. Il s’agit là de signes encourageants qui montrent que de plus en plus de personnes issues de ce groupe parviennent à accéder à l’emploi et à percevoir de justes rémunérations.
4.2.4. Des disparités entre les genres persistent en matière d’emploi et de rémunération
Le genre et la situation familiale ont une influence sur les compétences des individus. Les femmes célibataires affichent généralement des compétences en littératie inférieures à celles du groupe de référence, défini comme un homme dans un couple. L’écart le plus marqué par rapport au groupe de référence concerne toutefois les mères de jeunes enfants, qui obtiennent un score inférieur de 14 points en moyenne (Graphique 4.8, partie A). L’estimation de coefficient est significative, même si l’augmentation considérable depuis 2012 ne l’est pas.
Ce résultat n’est pas propre à l’immigration, car la tendance est la même chez les personnes nées en Suède et chez celles nées à l’étranger. Même si les interruptions de carrière liées à la maternité peuvent entraîner une perte de compétences, il semble peu probable que cet effet soit si important ni qu’il se soit accentué entre 2012 et 2023. Une explication plus plausible, cohérente avec la progression des rendements de l’éducation et la baisse des taux de fécondité observés ces dernières années, serait que le retour sur investissement croissant des compétences a conduit les femmes très qualifiées à donner de plus en plus la priorité à leur carrière au détriment de leur famille. Cette hypothèse est étayée par le fait que la baisse de la fécondité semble imputable aux femmes diplômées de l’enseignement supérieur. En Suède, la fécondité moyenne est plus élevée chez les femmes diplômées de l’enseignement supérieur que chez les femmes moins instruites, mais depuis 2010, elle n’a cessé de diminuer chez les premières, alors qu’elle est restée relativement stable chez les secondes. La tension entre aspirations professionnelles et vie familiale transparaît également dans le fait que les mères de jeunes enfants occupent des emplois pour lesquels elles sont probablement surqualifiées. Même en Suède, lorsqu’un parent doit sacrifier sa carrière ou la mettre entre parenthèses, voire opter pour un parcours professionnel moins exigeant pour raisons familiales, il s’agit le plus souvent de la mère (OECD, 2025[11]).
Graphique 4.8. Des disparités entre les genres persistent en matière d’emploi et de rémunération
Copier le lien de Graphique 4.8. Des disparités entre les genres persistent en matière d’emploi et de rémunération2023
Note : les estimations sont obtenues au moyen de deux régressions standard distinctes (régression par moindres carrés ordinaires dans les parties A et C, et régression logistique dans la partie B), l’une sur les répondants des pays de l’OCDE ayant participé aux deux éditions du PIAAC, et l’autre sur les répondants de Suède. On a inclus des variables de contrôle telles que le genre et le type de ménage, l’âge, le niveau d’instruction de l’individu et de ses parents, la participation à la formation des adultes et la situation au regard de l’immigration. La partie A comprend l’échantillon complet, le score en littératie obtenu dans le cadre Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes étant la variable dépendante. Dans la partie B, les étudiants à temps plein sont exclus de l’échantillon, la variable dépendante est une variable indicatrice qui prend la valeur 1 pour les individus qui travaillent (définition utilisée dans l’enquête sur les forces de travail), et la littératie fait figure de variable de contrôle supplémentaire. Dans la partie C, les personnes sans emploi, les personnes âgées de 16 à 24 ans et les étudiants à temps plein sont exclus. Le logarithme naturel de la rémunération est la variable dépendante. Dans la partie C, la taille de l’entreprise, l’ancienneté dans l’emploi, le type de contrat et le fait de travailler dans le secteur public constituent des variables de contrôle supplémentaires. Consulter la source originale pour obtenir plus de détails. *** indiquent la signification statistique (bilatérale) au seuil de 2 %, ** au seuil de 5 % et * au seuil de 10 %.
Source : Pareliussen (2025[2]).
Les hommes ont des probabilités d’emploi plus élevées que les femmes, et les hommes salariés perçoivent en moyenne une rémunération supérieure à celle des femmes. En 2023, les femmes vivant en couple gagnaient environ 14 % de moins par heure que les hommes, après prise en compte des compétences en littératie et de diverses caractéristiques liées à la personne et à l’entreprise. Les femmes célibataires gagnaient environ 7 % de moins que les hommes célibataires. Les écarts entre les genres sont relativement faibles en Suède comparés à ceux observés dans les autres pays de l’OCDE, où les femmes vivant en couple gagnaient environ 21 % de moins que les hommes en 2023, et les femmes célibataires environ 13 % de moins que les hommes célibataires (Graphique 4.7, parties B et C). Malgré tout, ces écarts corrigés entre les genres n’ont pas varié depuis 2012, ce qui indique que les progrès accomplis vers l’égalité des genres ont été lents au cours de la dernière décennie (Pareliussen, 2025[2]). Les femmes restent sous-représentées dans les conseils d’administration des entreprises privées, aux postes de direction, dans de nombreuses professions bien rémunérées et influentes, ainsi que parmi les entrepreneurs (Entreprenörskapsforum, 2023[12] ; Ekonomifakta, 2025[13]).
En Suède, le fait d’avoir des enfants de moins de trois ans n’entraîne pas de pénalité directe significative en matière d’emploi ou de rémunération (Graphique 4.7, parties B et C). Néanmoins, les écarts constatés entre les genres en termes d’emploi et de rémunération sont très corrélés à la maternité, même s’ils ne sont pas directement imputables à la présence d’enfants âgés de moins de trois ans. Par exemple, une étude d’Åslund, Karimi et Sundberg (2025[14]) montre que les revenus professionnels diminuent d’environ 40 % au moment de la naissance d’un enfant, et qu’ils ne remontent que progressivement et partiellement au cours de la décennie suivante. Cette persistance bien au-delà de la petite enfance pourrait expliquer pourquoi les pénalités liées à la maternité, telles que définies ici, ne sont pas statistiquement significatives, puisque les femmes qui ont des enfants plus âgés font partie du groupe de référence.
Le statut migratoire n’influe guère sur les écarts de rémunération et d’emploi entre les genres. Si l’on tient compte des compétences en littératie, du niveau d’études et des autres covariables, ces écarts ne sont pas significativement plus élevés pour les groupes d’immigrés (Pareliussen, 2025[2]). Ce résultat est cohérent avec les conclusions de l’étude d’Åslund, Karimi et Sundberg (2025[14]). Même si les données détaillées issues des registres montrent des différences statistiquement significatives dans les pénalités liées à la maternité entre les femmes originaires des pays les moins égalitaires et leurs homologues nées en Suède, ces écarts restent de faible ampleur, et sont atténués par les similarités entre les groupes. Par ailleurs, la Suède est un des rares pays où il existe également des pénalités liées à la paternité, particulièrement prononcées chez les hommes appartenant aux ménages les plus égalitaires (l’égalité entre les conjoints étant mesurée par la part du congé parental prise par le père) et chez les pères de garçons par rapport aux pères de filles (Sundberg, 2024[15]). Cette pénalité est similaire chez les pères nés en Suède et chez ceux nés à l’étranger, indépendamment du niveau d’égalité entre les genres dans leur pays d’origine (Åslund, Karimi et Sundberg, 2025[14]).
4.3. Orientations pour améliorer l’offre de compétences en Suède
Copier le lien de 4.3. Orientations pour améliorer l’offre de compétences en SuèdeLe niveau élevé des compétences des adultes, qui culminent plus tard dans la vie que dans l’OCDE en moyenne et déclinent moins avec l’âge, est probablement lié à un système scolaire dans lequel les élèves apprennent à être curieux et à accéder à de nouvelles connaissances (« apprendre à apprendre » par opposition à « apprendre par cœur »). De bons résultats en matière d’emploi pour tous les groupes d’âge sont également utiles en la matière, car si des compétences élevées améliorent les perspectives d’emploi, l’emploi permet également de développer et de maintenir les compétences. Une culture de travail horizontale encourageant l’indépendance d’esprit et facilitant l’apprentissage par la pratique, et surtout des investissements continus dans les compétences, sont des facteurs supplémentaires. Caractéristique particulière de la Suède, la participation des adultes à la formation liée à l’emploi culmine aux alentours de 50 ans, alors que la moyenne de l’OCDE est d’environ 30 ans (Graphique 4.9). Il est néanmoins possible d’adopter des réformes supplémentaires pour améliorer encore les compétences et la productivité des Suédois, qui en majorité obtiennent déjà de bons résultats, en améliorant le système de formations initiale ordinaire et en garantissant l’accès à des programmes adaptés de formation des adultes.
Graphique 4.9. La participation des adultes à des programmes de formation théorique ou pratique est élevée en Suède
Copier le lien de Graphique 4.9. La participation des adultes à des programmes de formation théorique ou pratique est élevée en Suède2023
4.3.1. Rationaliser la coordination au sein du système d’offre de compétences
L’offre de compétences est une question intrinsèquement complexe dans n’importe quel pays de l’OCDE, où un éventail d’acteurs, publics et privés, participent à des activités formelles de formation, à des activités informelles d’apprentissage et à la formation en cours d’emploi. La Suède est dotée d’un système de compétences décentralisé, les ministères étant responsables de l’élaboration des politiques et de l’orientation générale quand des organismes publics et des administrations infranationales (régions et communes) sont responsables de leur mise en œuvre et du service rendu. Dans le modèle de gouvernance suédois, les agences fonctionnent selon des décisions gouvernementales collectives, et elles disposent d’une indépendance opérationnelle quant à la manière de remplir leur mandat. Cela signifie que les différents acteurs sont plus proches des réalités locales et peuvent être plus réactifs en s’adaptant à des besoins spécifiques. En revanche, ce modèle peut créer des doublons en raison de mandats qui se chevauchent, et il accroît le risque que les différents acteurs optimisent leur fonctionnement sur le fondement étroit de leur mandat et de leurs intérêts, aboutissant ainsi à un résultat global sous-optimal (OECD, 2019[6] ; OECD, 2024[16]).
Afin de mieux structurer la coordination au sein du système d’offre de compétences au sens large et de tirer ainsi le meilleur parti de la décentralisation tout en réduisant au minimum les doublons, le gouvernement suédois a chargé en 2022 sept agences nationales, toutes investies de certaines responsabilités concernant divers aspects de l’action publique en matière de compétences, de former la Structure de coopération interinstitutionnelle pour les compétences et l’apprentissage tout au long de la vie (Myndighetssamverkan för kompetensförsörjning och livslångt lärande , MSV). La MSV pourrait devenir une plateforme pour la coordination du système de compétences suédois. Une première étape consisterait pour les agences participantes à formaliser le rôle de la MSV comme principal forum de promotion de la coordination entre agences de l’action publique en matière de compétences, au moyen d’une déclaration conjointe relative au mandat, aux rôles, aux responsabilités et aux fonctions de la MSV. La structure organisationnelle existante pourrait également gagner en souplesse en remplaçant la majorité des groupes de travail actuels par des groupes de réflexion axés sur les résultats et limités dans le temps (OECD, 2024[16]).
4.3.2. La réforme des classes et des tests nationaux peut renforcer la scolarité obligatoire
Le système suédois de formation initiale commence par l’enseignement préscolaire (förskola), qui est facultatif et accessible aux enfants âgés de un à cinq ans. La scolarité obligatoire commence par une classe d’accueil (förskoleklass) à l’âge de 6 ans, suivie de l’enseignement primaire obligatoire et du premier cycle du secondaire (grundskola) de 7 à 15 ans, dispensés par les communes ou des prestataires privés agréés. Les communes organisent des activités périscolaires (fritidshem), jusqu’à la sixième année (OECD, 2024[16]).
À la suite du « choc du PISA » de 2012, d’importants travaux d’analyse ont été menés, qui ont permis de définir des priorités de réforme qui s’articulent en grande partie autour de trois catégories : i) financement et gouvernance : mieux coordonner, voire recentraliser partiellement, les financements et la gouvernance pour faire en sorte que les communes de tout le pays puissent fournir aux élèves les ressources et le personnel qualifié nécessaires pour assurer leur apprentissage, quel que soit leur milieu d’origine ; ii) concurrence entre établissements scolaires et choix de l’établissement : piloter la concurrence et le choix de l’établissement afin de réduire la ségrégation scolaire et de servir l’intérêt général, en veillant à ce que les notes reflètent équitablement les compétences et les connaissances des élèves, et ; iii) profession d’enseignant : renforcer l’attractivité de l’enseignement en renforçant la base de recherche et la pratique pédagogique pendant la formation initiale, en clarifiant les parcours professionnels et en renforçant la coopération, le retour d’information et le soutien entre collègues, étant clairement entendu que les enseignants doivent rendre compte des principaux résultats obtenus (OECD, 2019[6]).
Un certain nombre de réformes ont été mises en œuvre conformément à ces recommandations, notamment avec l’ouverture de six bureaux régionaux par l’Agence nationale pour l’éducation dans le cadre d’un nouveau « dialogue de qualité » visant à améliorer la gestion des établissements scolaires. Les programmes « Renforcement en mathématiques » et « Renforcement en lecture », mis en œuvre respectivement à partir de 2013 et de 2015, étaient des programmes de renforcement des capacités visant à améliorer l’enseignement dans ces matières en se fondant sur la préparation et l’évaluation collégiales des cours sous la supervision d’un enseignant expérimenté. Ces deux programmes ont contribué à améliorer les résultats dans les matières respectives (Grönqvist, Öckert et Rosenqvist, 2021[17] ; Holmlund, Häggblom et Lindahl, 2024[18]). Des subventions ont été mises en place pour cibler les financements sur les établissements où les élèves issus de milieux défavorisés sont surreprésentés, et pour proposer des parcours professionnels dans le cadre de la réforme « Nouvel enseignant » (Statskontoret, 2021[19]). Cette réforme semble avoir réussi à promouvoir des enseignants hautement qualifiés et bien rémunérés, à réduire les cessations d’emploi et à améliorer les résultats des élèves (Grönqvist, Hensvik et Thoresson, 2022[20]).
La Suède n’a pas encore établi de référence objective pour les résultats des élèves, les tests nationaux ayant jusqu’à présent été notés par leurs propres enseignants de la matière concernée. Dans un système de choix d’établissement où le financement suit l’élève, une notation clémente peut constituer une stratégie pour attirer les élèves. Cela réduit la qualité moyenne de l’enseignement et fait que les étudiants accèdent de manière inéquitable et sous-optimale à l’enseignement supérieur. La notation externe des tests nationaux par des évaluateurs formés devrait commencer en 2026. Cela permettra de créer une référence objective pour les résultats des établissements, renforçant ainsi la possibilité d’une gouvernance efficace et d’une concurrence loyale entre les prestataires de services d’enseignement. Il convient de noter qu’une mesure objective des résultats n’est pas la même chose qu’une mesure de la valeur ajoutée au niveau des établissements, même si elle constitue un prérequis pour mesurer précisément celle-ci. Une enquête gouvernementale a proposé de modifier le système de notation, notamment en pondérant de manière symétrique les notes élevées et les notes faibles, en supprimant l’obligation de réussir dans certaines matières pour entrer dans le deuxième cycle de l’enseignement secondaire, et en ajustant les notes au niveau de l’établissement en fonction des résultats moyens de celui-ci aux tests nationaux (Regeringskansliet, 2025[21]). Les modifications qu’il est proposé d’apporter à l’échelle de notation et la suppression de l’obligation de réussir les tests dans certaines matières rendront le système de notation plus équitable et plus efficace et devraient être mises en œuvre sans délai. Il semble également justifié d’ajuster les notes des établissements en fonction des notes obtenues aux tests nationaux pour que la clémence dans la notation ne puisse plus constituer un moyen d’attirer les élèves et les financements, mais il peut y avoir des problèmes pratiques à résoudre pour mettre en œuvre cette proposition. Par exemple, des garde-fous doivent être mis en place pour éviter que les établissements scolaires ne demandent aux élèves peu performants de rester chez eux le jour du test, et les tests nationaux peuvent s’avérer avoir des effets démesurés sur les notes finales dans les établissements comptant peu d’élèves.
Des efforts supplémentaires pourraient être déployés pour compenser le handicap socio-économique. L’enseignement obligatoire et le deuxième cycle du secondaire sont assurés à la fois par les communes et par des prestataires privés à but lucratif ou non lucratif (« établissements indépendants »). Tous les établissements sont entièrement financés par la commune. Lors de la création de nouveaux établissements indépendants ou de l’augmentation des capacités des établissements existants, il convient de tenir compte des effets attendus sur la diversité des élèves au sein des établissements voisins. L’admission dans les établissements privés reste à la discrétion du prestataire, qui attribue le plus souvent les places selon le principe du « premier arrivé, premier servi ». Le système de liste d’attente qui en résulte est injuste parce qu’il favorise les élèves issus de milieux socio-économiques favorisés et qu’il est discriminatoire à l’égard des élèves venant d’autres régions ou immigrés. Il serait utile d’attribuer les places par tirage au sort dans les établissements qui reçoivent des demandes en surnombre, comme c’est le cas dans les charter schools aux États-Unis (Encadré 4.2), ou de réserver des quotas aux élèves issus de milieux socioéconomiques défavorisés (OECD, 2019[6]).
Encadré 4.2. Choix de l’établissement et financement public des établissements privés dans d’autres pays de l’OCDE
Copier le lien de Encadré 4.2. Choix de l’établissement et financement public des établissements privés dans d’autres pays de l’OCDELe système suédois est unique dans le contexte de l’OCDE. De nombreux pays comptent une forte proportion d’établissements privés tributaires de financements publics, mais la plupart des autres pays de l’OCDE limitent les dividendes et/ou l’entrée de prestataires d’enseignement à but lucratif. Seule la Suède dispose d’un vaste secteur à but lucratif financé sur fonds publics, après que le Chili a mis fin au financement public des établissements à but lucratif pour des raisons d’équité avec la loi de 2015 sur l’inclusion et l’équité. Le secteur de l’enseignement privé connaît une forte croissance en Suède, et presque exclusivement dans le segment à but lucratif.
Le système scolaire tchèque s’est ouvert à l’enseignement privé au début des années 90, comme en Suède, une grande partie des établissements privés tchèques dépendant des financements publics. Toutefois, les critères d’entrée des établissements bénéficiant de financements publics ont été durcis dans une loi de 1995. Les établissements à but lucratif ne sont pas autorisés et les fonds publics ne couvrent pas les dépenses d’investissement.
Le secteur scolaire privé est relativement important au Danemark, financé par un système de chèques-éducation similaire à celui de la Suède. Toutefois, les établissements privés danois financés sur fonds publics sont à but non lucratif, ils reçoivent juste un peu plus que 70 % du coût moyen par élève dans les écoles publiques et sont autorisés à percevoir des frais de scolarité.
Les Pays-Bas eux aussi une longue tradition d’enseignement privé. L’accès des établissements privés n’est pas restrictif, et les établissements privés sont financés de la même manière que les établissements publics, mais contrairement à la Suède, seuls les établissements à but non lucratif reçoivent des fonds publics.
Les charter schools au niveau infranational des États-Unis présentent de fortes similitudes avec le système suédois. Le District de Columbia et 41 États et autorisent ces établissements sous contrat. Les lois relatives à ces établissements varient d’un État à l’autre, mais les caractéristiques partagées avec le système suédois sont qu’ils ne peuvent pas percevoir de frais de scolarité ni imposer des conditions d’admission discriminatoires. Une différence essentielle par rapport à la Suède est que si les charter schools reçoivent plus de demandes qu’elles n’ont de places, elles doivent sélectionner les élèves par tirage au sort. Même si les charter schools n’obtiennent pas en moyenne de meilleurs résultats que les établissements publics lorsqu’on tient compte du milieu d’origine des élèves, de nombreuses charter schools et certains districts de charter schools (comme la ville de New York) semblent obtenir de meilleurs résultats que les établissements publics traditionnels selon diverses mesures, certains établissements et le secteur dans son ensemble semblant s’améliorer au fil du temps. Plusieurs États ont mis en place des programmes de chèques-éducation ou des crédits d’impôt pour compenser le coût de fréquentation des établissements privés.
Source : OCDE (2019[6]).
La somme des réformes paraît avoir eu un effet positif, même si certaines réformes importantes n’ont pas encore abouti. Les résultats de la Suède à l’enquête PISA se sont améliorés jusqu’en 2018, mais ont chuté davantage que la moyenne de l’OCDE en 2022, annulant ainsi en grande partie les progrès accomplis depuis 2012. Reste à savoir dans quelle mesure cette situation est due au COVID-19. La Suède n’a pas fermé ses établissements d’enseignement obligatoire, mais elle a connu des perturbations importantes en raison de l’absence d’enseignants et d’élèves, et l’enseignement hybride n’était pas au point. Le fait que les cohortes ayant eu approximativement l’âge de passer les tests du PISA en 2012 aient rattrapé les autres cohortes à la fois en termes de compétences et de résultats sur le marché du travail devrait apporter un certain réconfort, et la proportion de jeunes qui ne sont ni en emploi, ni scolarisés, ni en formation reste faible. Toutefois, certains éléments indiquent que les élèves proches d’obtenir le diplôme de fin d’enseignement obligatoire ou de deuxième cycle de l’enseignement secondaire au moment de la pandémie de COVID-19 ont du mal à remplir les conditions requises pour accéder à l’université ainsi qu’à l’enseignement et la formation professionnels. Cela pourrait entraîner la permanence de compétences moindres et stigmatiser les personnes concernées sur le marché du travail. Il pourrait être utile de recenser systématiquement ces personnes et de les suivre soit dans le système scolaire ordinaire, soit dans le système municipal de formation des adultes. Toutefois, le risque existe que ceux qui ne cherchent pas de leur propre initiative à exploiter les possibilités existantes d’améliorer leurs résultats ne soient pas réceptifs à ces efforts.
4.3.3. L’enseignement professionnel secondaire de deuxième cycle peut s’inspirer de l’enseignement professionnel supérieur
L’enseignement secondaire de deuxième cycle (gymnasieskola) accueille les élèves de 16 à 19 ans. Il existe 18 programmes nationaux, 12 programmes professionnels et 6 programmes de préparation aux études supérieures. Le deuxième cycle du secondaire est, comme l’enseignement scolaire obligatoire, organisé par les communes et par des prestataires privés. L’un des problèmes fondamentaux que la Suède partage avec de nombreux pays de l’OCDE est que les programmes d’éducation et de formation professionnelles (EFP) du deuxième cycle du secondaire ne constituent généralement pas le premier choix des élèves. Un tiers seulement des élèves sont inscrits en filière professionnelle (OECD, 2024[22]). Ce chiffre est nettement inférieur à la moyenne de l’UE, alors que la bonne situation des diplômés de cette filière au regard de l’emploi indique que leurs compétences sont recherchées. Le taux d’emploi des diplômés de l’EFP (âgés de 20 à 49 ans) s’élève à 88.3 % (2021), soit 3 points de pourcentage de plus que la moyenne de l’UE, 5.2 points de plus que les diplômés de la filière générale de l’enseignement secondaire de deuxième cycle et 19.4 points de plus que les titulaires d’un diplôme de niveau inférieur (2023) (Eurostat, 2023[23]).
En 2011, une réforme a réduit le programme d’études dans les cursus d’EFP et ce nouveau programme est devenu l’option par défaut, privant les élèves des compétences requises pour accéder à l’enseignement supérieur, sauf s’ils avaient expressément choisi de suivre des cours facultatifs supplémentaires de suédois et d’anglais. Cette réforme a de fait réduit les choix de carrière possibles pour les élèves en filière professionnelle et renforcé la propension préexistante des élèves à se tourner vers des programmes de préparation aux études supérieures, en particulier lorsque leurs notes étaient relativement élevées. Depuis 2023, le programme d’études dotant l’ensemble des élèves des compétences requises pour accéder à l’enseignement supérieur a été rétabli et constitue l’option par défaut pour tous les cursus, les élèves ayant la possibilité de s’abstenir de suivre certains cours. À ce jour toutefois, cette mesure ne s’est pas traduite par un intérêt accru significatif pour les programmes d’EFP. Il n’est pas certain que ce revirement stratégique permette de réduire la stigmatisation associée aux programmes d’EFP et, partant, d’accroître le nombre d’inscriptions à l’avenir.
En dépit d’une coopération volontaire étroite entre les communes, le modèle de financement de l’EFP s’est révélé être source de problèmes. En principe, la commune de résidence des élèves est tenue de verser à la commune ou au prestataire privé où ils sont scolarisés une somme calculée sur la base du coût réel du programme d’enseignement ou du coût qu’impliquerait sa mise en place dans les établissements publics de la commune de résidence. Ces règles incitent les communes à proposer des programmes moins coûteux par élève et laissent une marge d’interprétation considérable, d’où des différends relativement fréquents en matière de financement (OECD, 2019[6] ; Gustafsson, Sörlin et Vlachos, 2016[24]).
Les marchés du travail sont régionaux, et favoriser une bonne adéquation entre l’offre de compétences et la demande des employeurs en la matière nécessite une coordination à l’échelle nationale et régionale. Les élèves qui entrent dans l’enseignement secondaire de deuxième cycle prennent activement part à la décision portant sur le choix de leur établissement, même s’ils sont encore jeunes et qu’ils connaissent mal les besoins du marché du travail, ce qui augmente le risque de faire des choix qu’ils regretteront plus tard. Les données du PIAAC montrent que l’inadéquation du domaine d’études est négativement corrélée à l’âge auquel une qualification a été obtenue, et ce de manière étroite (Pareliussen, 2025[2]). Certains signes montrent une mise en place à outrance de programmes demandés par les élèves mais pas par les employeurs, ce qui contribue aux inadéquations observées, tandis que l’adéquation entre les compétences acquises au deuxième cycle du secondaire en filière professionnelle et l’emploi est très variable d’un programme à l’autre (SCB, 2018[25]). Il est donc nécessaire d’améliorer la coordination des programmes d’EFP proposés aux niveaux régional et national, notamment en orientant plus activement la création d’établissements privés et en renforçant l’orientation professionnelle (SOU, 2017[26] ; OECD, 2019[6]). La présence régionale renforcée de l’Agence nationale pour l’éducation pourrait faciliter la coopération régionale, et la Structure de coopération interinstitutionnelle pour les compétences et l’apprentissage tout au long de la vie pourrait également contribuer de manière générale à une meilleure coordination entre les différents acteurs du système d’offre de compétences, comme évoqué plus haut. Les récentes modifications apportées à la législation, qui clarifient les responsabilités des communes en matière de coopération dans le cadre de la planification et de la conception de l’enseignement secondaire de deuxième cycle et précisent que les programmes que les communes décident d’offrir devraient être fondés sur les besoins du marché du travail régional, constituent un pas dans la bonne direction. Toutefois, les établissements privés, qui sont financés par les communes en fonction du nombre d’élèves et suivent les mêmes programmes d’études, ne sont pas tenus de prendre part à cette coopération. Il existe un risque que les investissements des communes dans une offre d’EFP mieux adaptée soient compromis par la mise en place de programmes moins onéreux par des prestataires privés, ces programmes étant en apparence attrayants pour les jeunes élèves mais suscitant moins de demande de la part des employeurs, et ayant ainsi un effet délétère sur les incitations à investir dans les programmes d’EFP, aux coûts plus élevés.
La Suède, comme de nombreux autres pays de l’OCDE, dont le Danemark, la Finlande et les Pays-Bas, propose un enseignement professionnel post-secondaire. Dans son système performant, un organisme dédié finance les programmes de formation professionnelle qui correspondent à un besoin clair du marché du travail sur une durée donnée, à la demande des communes et des prestataires privés. Ce modèle fait actuellement l’objet d’un essai pilote dans le cadre de programmes d’éducation des adultes au niveau du deuxième cycle du secondaire. La Suède devrait le tester également pour l’enseignement professionnel secondaire de deuxième cycle. À la suite d’une évaluation approfondie de ces programmes pilotes et compte tenu des retombées des réformes récentes sur la qualité et la popularité des programmes d’EFP du deuxième cycle du secondaire, la Suède devrait envisager d’appliquer ce modèle à l’ensemble de son système d’EFP au niveau du deuxième cycle du secondaire. Elle pourrait ainsi réduire les problèmes de coordination et renforcer le lien avec la demande sur le marché du travail, dans ce dernier cas sans que ce soit au détriment des compétences générales, et le programme d’études devrait continuer, en tant qu’option par défaut, à doter les élèves des compétences nécessaires pour accéder à l’enseignement supérieur.
En Suède, l’enseignement professionnel supérieur (Yrkeshögskolan) a remplacé l’enseignement professionnel qualifié (kvalificerad yrkesutbildning) vers le début des années 2010. Les étudiants doivent être titulaires d’un diplôme du deuxième cycle du secondaire ; ils peuvent aussi être acceptés sur la base d’une évaluation de leurs compétences existantes. Les programmes sont généralement proposés pour une ou deux années et permettent d’obtenir des qualifications formelles de niveau post-secondaire (niveau 4 de la CITE) et supérieur (niveau 5 de la CITE). Des formations plus courtes, d’une durée de six mois maximum, sont également proposées pour répondre aux besoins du marché du travail (Eurydice, 2024[27]).
Les programmes doivent correspondre aux besoins réels du marché du travail et sont dispensés en étroite coopération avec les employeurs et le secteur d’activité concerné, ce qui signifie que l’éventail des programmes et des spécialisations évolue au fil du temps, les nouveaux programmes débutant et les anciens s’achevant dans un délai de sept ans maximum et les admissions en première année étant ouvertes pendant cinq années maximum, à mesure que le marché du travail évolue. Les prestataires d’enseignement privés dispensent un peu plus de la moitié des programmes, mais accueillent environ 80 % des étudiants. Les communes dispensent près de la moitié des programmes, mais accueillent seulement quelque 20 % des étudiants. Un nombre limité d’établissements d’enseignement supérieur proposent également un enseignement professionnel supérieur. Environ 80 % des places offertes aux étudiants concernent les cinq domaines suivants : économie, administration et vente ; soins de santé et action sociale ; construction et aménagement du territoire ; technologie et fabrication ; et technologies de l’information et de la communication (MYH, 2024[28] ; Eurydice, 2024[27]).
Le nombre de places a plus ou moins doublé depuis 2013 et en 2023, 35 000 places étaient disponibles pour de nouveaux étudiants. À la suite de cette expansion rapide, les résultats se sont légèrement dégradés, mais restent bons. On compte environ deux candidats qualifiés pour chaque place. Parmi les candidats acceptés, 13 % ne possèdent pas de qualifications formelles, mais sont acceptés sur la base d’une évaluation de leurs compétences. L’âge moyen des étudiants affiche une tendance à la hausse, atteignant 31 ans en 2023. La part des étudiants nés à l’étranger a augmenté, ce qui est largement à l’image de la part de la population totale née à l’étranger. La répartition entre les genres est équilibrée au sein de la population estudiantine. Les rôles traditionnellement assignés à chaque genre continuent d’influencer la manière dont les étudiants sont répartis dans les différents programmes, mais beaucoup moins que dans l’enseignement professionnel du deuxième cycle du secondaire, où, par exemple, 12 % de femmes étudiaient la construction en 2023, alors que ce chiffre s’élevait à 33 % dans les filières construction et aménagement du territoire dans l’enseignement professionnel supérieur (Graphique 4.10).
La proportion de femmes est en hausse dans la construction et l’aménagement du territoire ainsi que dans les technologies de l’information et de la communication depuis ces cinq dernières années (MYH, 2024[28]). Le modèle Yrkeshögskolan est largement considéré comme une réussite. Près de 67 % des étudiants obtiennent leur diplôme, 8 % échouent et les 25 % restants n’achèvent pas leurs études. Environ 90 % des diplômés trouvent un emploi dans l’année suivant l’obtention de leur diplôme (MYH, 2024[28]).
Graphique 4.10. Les choix d’études sont moins déterminés en fonction du genre dans l’enseignement professionnel supérieur
Copier le lien de Graphique 4.10. Les choix d’études sont moins déterminés en fonction du genre dans l’enseignement professionnel supérieur2023
4.3.4. La qualité de l’enseignement supérieur a probablement baissé au cours des dernières décennies
L’enseignement supérieur est accessible aux diplômés de l’enseignement secondaire de deuxième cycle. Il est dispensé par des établissements d’enseignement supérieur, notamment des universités (universitet) et des instituts universitaires (högskola). En Suède, les établissements d’enseignement supérieur peuvent être publics ou privés. Ils jouissent d’une autonomie importante dans le cadre de la législation nationale. Ils décident en toute indépendance d’aspects comme le contenu des programmes d’études, la plupart des critères d’admission des étudiants et les domaines de recherche. Toutefois, ils doivent aussi répondre à la demande des étudiants et aux besoins du marché du travail (OECD, 2024[16]). Tous les établissements d’enseignement supérieur doivent disposer de systèmes d’assurance qualité. Au niveau national, la qualité de l’enseignement supérieur est contrôlée par l’Autorité suédoise de l’enseignement supérieur. Le système national d’assurance qualité de l’enseignement supérieur et de la recherche est constitué de quatre éléments : l’examen institutionnel de l’enseignement et de la recherche, l’évaluation des programmes, l’évaluation des habilitations à délivrer des diplômes et les évaluations thématiques (Higher Education Authority, 2024[29]).
Le nombre d’étudiants inscrits dans des établissements d’enseignement supérieur en Suède est en forte hausse depuis le milieu des années 90, l’enseignement supérieur étant désormais accessible à davantage de segments de la population (Graphique 4.11). Le fait que la qualité de l’enseignement pourrait être compromise par un nombre croissant de jeunes poursuivant des études supérieures est une préoccupation qui revient régulièrement à l’ordre du jour dans le pays. L’augmentation des inscriptions pourrait réduire les ressources pédagogiques par élève, et le niveau moyen d’aptitude au moment de l’entrée dans les études supérieures pourrait être moindre si les procédures d’entrée sont moins sélectives – une préoccupation accentuée par la baisse des résultats scolaires mesurés dans le cadre de l’enquête PISA. Une autre préoccupation soulevée concerne le fait que même si la formule de financement repose en partie sur les besoins en compétences de la société, l’acquittement des droits de scolarité par étudiant inscrit et par étudiant diplômé incite également les universités à proposer des diplômes moins pertinents sur le marché du travail du moment où il existe une forte demande de la part des étudiants, et à faire en sorte que le plus grand nombre d’étudiants possible obtiennent leur diplôme, potentiellement aux dépens de la qualité.
Graphique 4.11. Le niveau de formation s’est élevé au fil du temps
Copier le lien de Graphique 4.11. Le niveau de formation s’est élevé au fil du tempsCes préoccupations sont parfois fondées. Comme évoqué plus haut, la maîtrise de l’écrit associée à l’obtention d’un diplôme de l’enseignement supérieur a quelque peu diminué entre 2012 et 2023. Un examen plus approfondi de cette tendance révèle que les compétences à l’écrit des diplômés de l’enseignement supérieur en 2020-23 étaient inférieures de 20 points en moyenne à celles des étudiants diplômés dix ans auparavant, alors que la moyenne de l’OCDE s’est, elle, globalement maintenue au même niveau (Graphique 4.12, partie A). Si l’on prend en compte les effets de composition potentiels, la conclusion est la même, le niveau moyen de compétences des diplômés de l’enseignement supérieur ayant apparemment atteint un pic dans les années 90 en Suède, tandis qu’au sein de l’OCDE, le niveau moyen de maîtrise de l’écrit des titulaires de diplômes de l’enseignement supérieur est dans l’ensemble resté constant au cours de la période considérée (partie B). Il convient de noter qu’en raison de l’ampleur des écarts types et de la taille limitée de l’échantillon, les différences entre les cohortes ne sont pas statistiquement significatives et devraient uniquement être considérées comme une indication du moment où la valeur ajoutée d’un diplôme de l’enseignement supérieur a atteint un pic. En revanche, la baisse des compétences à l’écrit associées à un diplôme de l’enseignement supérieur entre 2012 et 2023 est statistiquement significative, comme le prouvent les données qualitatives. Cela étant, la Suède investit des ressources considérables par étudiant de l’enseignement supérieur par rapport à la moyenne de l’OCDE et le niveau global élevé de compétences des adultes suédois indique que le système éducatif du pays, dans son ensemble, affiche un niveau de qualité élevé.
Corroborant l’hypothèse selon laquelle la valeur ajoutée d’un diplôme de l’enseignement supérieur a diminué, on constate également que les nouvelles universités, qui ont largement contribué à l’expansion de l’enseignement supérieur en Suède, accueillent généralement des étudiants qui possèdent moins de connaissances et sont issus de milieux sociaux moins favorisés, tandis que les universités plus anciennes comptent généralement une plus forte proportion d’étudiants ayant obtenu de bonnes notes d’admission et dont les parents ont un niveau élevé de qualification. Les établissements qui comptent une forte proportion d’étudiants aux besoins élevés par enseignant ont tendance à faire baisser les normes d’enseignement en modifiant le contenu des programmes et en recourant davantage à des enseignements et des examens qui nécessitent moins de ressources. Dans ces conditions, les enseignants ont un sentiment d’inadéquation : ils sont au fait des exigences liées à un enseignement de qualité, mais n’ont pas la capacité d’agir en conséquence (Brommesson, Nordmark et Ödalen, 2024[30]). Seule la moitié des étudiants en ingénierie obtiennent leur diplôme, alors que les ressources dépensées ne représentent que 60 % environ de ce qu’elles étaient dans les années 90. Cette situation se traduit par une réduction des heures d’enseignement par rapport à la pratique antérieure et à d’autres pays comme la France et la Suisse (Sveriges Ingenjörer, 2023[31]). Il convient de noter que la profession d’ingénieur n’est pas réglementée en Suède. Aussi, une partie des étudiants qui n’obtiennent pas leur diplôme peuvent toujours travailler dans ce domaine, et en période de forte demande d’ingénieurs qualifiés, les étudiants peuvent se voir proposer un emploi avant même d’avoir obtenu leur diplôme.
Graphique 4.12. La qualité de l’enseignement supérieur pourrait avoir baissé
Copier le lien de Graphique 4.12. La qualité de l’enseignement supérieur pourrait avoir baissé
Note : Les estimations sont obtenues au moyen de deux régressions par moindres carrés ordinaires (MCO) standard distinctes, l’une pour l’échantillon complet des répondants issus des pays de l’OCDE ayant participé aux deux éditions du PIAAC, et l’autre pour les répondants de Suède. Les données du Cycle 1 (2012) et du Cycle 2 (2023) sont combinées, en tenant compte des effets fixes par pays-année. Les valeurs sont calculées sur la base d’estimations de coefficients de variables qualitatives prenant la valeur 1 si l’individu en question a obtenu son diplôme le plus élevé au cours de la période indiquée. Seuls les diplômés de l’enseignement supérieur sont pris en compte et les étudiants à temps plein sont exclus. On a inclus des variables de contrôle telles que le genre et le type de ménage, l’âge, le niveau d’instruction de l’individu et celui de ses parents, la participation à des programmes de formation théorique et pratique des adultes, et le statut migratoire. Le score en littératie est la variable dépendante.
Source : Pareliussen (2025[2]).
Malgré une qualité potentiellement inférieure de l’enseignement, les avantages en termes d’emploi et de rémunération associés à l’obtention d’un diplôme de l’enseignement supérieur se sont accrus au cours de la même période en Suède. L’emploi et les salaires reflètent la productivité, qui dépend non seulement du capital humain, mais aussi de l’efficience avec laquelle ce capital est employé et de l’évolution de la demande de produits et de services produits dans les différentes professions. Il est possible que ces facteurs du marché aient renforcé la demande de compétences, accroissant par là même les avantages en termes de rémunération et d’emploi associés à l’obtention d’un diplôme, même si les compétences requises pour l’obtention d’un diplôme ont légèrement diminué. Hensvik et Skans (2019[32]) constatent par exemple que le nombre de professions pour lesquelles un diplôme de l’enseignement supérieur est nécessaire a augmenté en Suède entre 2001 et 2013. Des travaux de recherche ont également montré que les compétences non cognitives, comme l’aptitude à interagir avec les autres et à les diriger, constituent un bon facteur prédictif des résultats sur le marché du travail suédois (Edin et al., 2022[33] ; Lindqvist et Vestman, 2011[34]).
Il importe de bien déterminer et comprendre les causes de la baisse possible de la qualité de l’enseignement supérieur pour continuer à accroître la productivité par l’innovation et l’adoption de nouvelles technologies et de pratiques optimales. Cette tendance s’explique probablement en partie par la baisse du taux d’encadrement, qui crée également un conflit, en termes de temps, entre les travaux de recherche et les activités d’enseignement (Brommesson, Nordmark et Ödalen, 2024[30]). En plus de réduire la qualité des diplômes de l’enseignement supérieur, cette situation entrave la capacité de la Suède d’innover et d’assimiler rapidement les innovations correspondant à la pointe du progrès scientifique mondial.
Pour remédier à ces contraintes temporelles, il conviendrait d’accorder des financements supplémentaires aux universités, soit en augmentant les crédits qui leur sont alloués, soit en leur permettant de percevoir des frais de scolarité. Comme démontré plus haut, les gains individuels associés à l’obtention d’un diplôme de l’enseignement supérieur sont importants, tandis que les études en Suède sont gratuites pour les citoyens de l’UE/EEE et les titulaires d’un permis de séjour permanent. Le principe de la gratuité de l’enseignement est profondément ancré en Suède, et on pourrait aussi faire valoir que l’imposition progressive sur le revenu revient à imposer les avantages tirés par un individu de l’obtention d’un diplôme de l’enseignement supérieur. Encourager les étudiants de l’UE/EEE à rester en Suède après l’obtention de leur diplôme permettrait de conserver une part plus importante du coût d’investissement lié à leur éducation. Pour les autres, les frais de scolarité annuels se situent généralement entre 80 000 et 140 000 SEK (9 000 et 17 000 USD). Permettre aux universités et aux instituts universitaires de percevoir des frais de scolarité constitue un autre moyen d’accroître le financement des établissements d’enseignement supérieur. Pour préserver l’égalité d’accès à l’éducation, les frais de scolarité devraient être plafonnés et intégralement compensés par une augmentation des prêts étudiants. L’attribution de subventions ou de bourses supplémentaires en fonction des besoins pourrait également être envisagée, même si ces systèmes sont généralement plus complexes à mettre en œuvre que le système universel actuellement en vigueur en Suède. L’aide aux étudiants pourrait également être utilisée plus activement pour remédier aux pénuries de compétences en apportant un soutien accru aux étudiants inscrits dans des domaines prioritaires comme l’enseignement, l’ingénierie et les soins infirmiers (OECD, 2022[35]).
Dans les pays de l’OCDE, y compris les pays nordiques, les universités jouent un rôle majeur dans la croissance et l’offre de main-d’œuvre à l’échelle régionale. Elles favorisent la constitution de réseaux de connaissances, soutiennent souvent l’entrepreneuriat et les jeunes entreprises, et contribuent à la constitution et au maintien d’un vivier de compétences local, ce qui accroît le dynamisme des entreprises et leur capacité d’absorption de connaissances et permet d’attirer et de fidéliser autant les travailleurs qualifiés que les entreprises, avec à la clé une hausse de la productivité. Les technoparcs coréens et les pôles régionaux aux Pays-Bas constituent autant d’exemples de coopération fructueuse, pilotée par les pouvoirs publics, entre diverses parties prenantes, dans le but de favoriser l’innovation et la croissance régionales et de renforcer la résilience de l’économie face aux chocs externes sectoriels (OECD, 2021[36]).
Les universités jouent un rôle essentiel en fournissant une main-d’œuvre qualifiée adaptée aux besoins du marché du travail local. L’importance de cette fonction est soulignée par les pénuries de main-d’œuvre au niveau régional et sectoriel, par exemple les pénuries d’enseignants, d’ingénieurs et de personnel soignant (voir ci-après). Les domaines de recherche et d’études qui répondent aux besoins du marché du travail local sont particulièrement pertinents pour favoriser l’innovation et retenir les diplômés, qui quittent de plus en plus leur lieu d’études après avoir obtenu leur diplôme, en particulier lorsque ce lieu se situe en dehors des grandes métropoles. Ainsi, plus de 70 % des étudiants de l’université d’Umeå ont quitté la ville après avoir obtenu leur diplôme en 2013. Des efforts supplémentaires visant à traduire les travaux de recherche en innovations concrètes, notamment en hissant les établissements les moins performants au niveau de leurs pairs les plus performants, exigeraient une participation accrue des établissements d’enseignement supérieur dans les réseaux locaux d’innovation, en particulier grâce à des dispositifs d’incitation et de soutien renforcés. Il pourrait également être utile de faciliter plus avant la commercialisation des résultats de la recherche ainsi que les synergies avec les programmes de recherche de l’UE (OECD, 2021[36]).
4.4. Adéquation, déficits de compétences, et éducation et formation des adultes
Copier le lien de 4.4. Adéquation, déficits de compétences, et éducation et formation des adultesComme indiqué plus haut, la probabilité d’occuper un emploi est fortement corrélée aux compétences en littératie et au niveau d’études, ce qui témoigne de l’efficience de l’appariement entre offres et demandes d’emploi. Toutefois, des marges d’amélioration sont possibles. Ainsi, certaines personnes très qualifiées sont sous-employées. Le marché du travail connaît par ailleurs de graves pénuries de main-d’œuvre, alors qu’il existe un vivier de chômeurs de longue durée ou d’inactifs potentiellement disposés à travailler. La crise financière mondiale de 2007-08 a affecté l’efficience de l’appariement entre offres et demandes d’emploi, une tendance qui s’est poursuivie entre 2011 et 2017 en raison d’une forte immigration de personnes en provenance de pays extraeuropéens, peu compétitives sur le marché du travail suédois. Ces immigrés ont gagné en compétitivité au fil du temps, ce qui a permis d’améliorer l’efficience de l’appariement entre 2017 et 2022 (Böhlmark et Waisman, 2024[37] ; Arbetsförmedlingen, 2024[38]). La diversité de l’offre d’enseignement et de formation des adultes en Suède peut contribuer à réduire les inadéquations, et à en atténuer les conséquences négatives (Encadré 4.3). La plupart de ces dispositifs sont financés sur fonds publics, et des compléments de revenu sont proposés aux personnes qui entreprennent des études ou une formation. Il reste néanmoins possible de mieux aligner les ressources investies dans les individus sur la création de valeur attendue pour la société.
Encadré 4.3. Éducation et formation des adultes en Suède
Copier le lien de Encadré 4.3. Éducation et formation des adultes en SuèdeLa Suède propose un large éventail formations destinées aux adultes, répondant à des besoins variés.
Les universités et les établissements d’enseignement supérieur jouent un rôle important dans le système d’éducation et de formation des adultes. Le système d’enseignement supérieur suédois est relativement flexible. L’enseignement y est en grande partie organisé en modules, et de nombreux établissements d’enseignement supérieur proposent des formations à distance, permettant aux étudiants de suivre l’intégralité d’un cursus en ligne. Ces établissements proposent également une offre de formation professionnelle continue ou des programmes d’enrichissement personnel, qui ne débouchent pas nécessairement sur un diplôme de l’enseignement supérieur.
L’enseignement professionnel supérieur (Yrkeshögskolan) fait également partie intégrante du système d’éducation et de formation des adultes, notamment pour la montée en compétences ou la reconversion. Une large proportion d’étudiants dispose déjà d’une expérience professionnelle : en 2023, 74 % d’entre eux exerçaient une activité avant d’entamer une formation. Les deux motivations le plus souvent avancées pour entreprendre une formation étaient leur souhait de changer de carrière ou d’améliorer leurs perspectives professionnelles dans leur domaine actuel.
Les communes ont l’obligation de proposer une offre de formation pour adultes. L’enseignement municipal pour adultes (kommunal vuxenutbildning, komvux) offre la possibilité aux adultes de suivre des cours au niveau du second cycle du secondaire. En 2020, les critères de priorité ont été révisés, la priorité n’étant plus donnée aux personnes peu diplômées, mais à celles dont les besoins sont les plus pressants, notamment les demandeurs d’emploi ou les personnes en reconversion. L’enseignement municipal pour adultes comprend notamment la formation professionnelle pour adultes de niveau secondaire (yrkesvux), des cours adaptés aux personnes présentant une déficience intellectuelle (komvux som anpassad utbildning), ainsi que des cours de suédois pour les immigrés récemment arrivés (Svenska för invandrare).
Les universités populaires (folkhögskola) remplissent deux fonctions principales dans le cadre du système d’éducation pour adultes. Elles sont une alternative à l’offre municipale, car elles doivent proposer aux personnes qui n’ont pas achevé leur scolarité obligatoire ou aux non-diplômés du deuxième cycle de l’enseignement secondaire des cours conçus pour leur permettre d’acquérir les qualifications de base pour accéder à l’enseignement supérieur. Elles jouent par ailleurs un rôle central dans le système d’éducation populaire destiné aux adultes (folkbildning), qui propose des formations non formelles, non sanctionnées par un diplôme universitaire : arts, artisanat, musique, théâtre, sciences sociales ou encore formation professionnelle. Depuis 2010, les universités populaires proposent également des cours destinés à remotiver les demandeurs d’emploi qui ne possèdent ni diplôme du secondaire ni ne remplissent les conditions minimales pour accéder à l’enseignement supérieur. Les universités populaires attirent un nombre relativement important d’élèves en situation de handicap, et adaptent leurs méthodes pédagogiques pour répondre à leurs besoins.
Les neuf associations indépendantes pour l’éducation (studieförbund) constituent l’autre grand pilier du système d’enseignement populaire pour adultes. Elles proposent trois types d’activités : des cercles d’étude, des événements culturels et d’autres types d’activités, accessibles à tous. Le Conseil national suédois de l’éducation des adultes (Folkbildningsrådet), une organisation non gouvernementale, est chargé de distribuer les subventions publiques aux universités populaires et aux associations pour l’éducation.
La formation au marché du travail (arbetsmarknadsutbildning, AUB), gérée par le service public de l’emploi suédois (Arbetsförmedlingen, SPE), s’adresse principalement aux chômeurs ayant besoin d’une reconversion ou d’une montée en compétences. Le SPE cible les personnes éloignées du marché l’emploi ainsi que les chômeurs de longue durée, et fait appel à des prestataires externes pour dispenser les formations. Il est également chargé d’élaborer et de mettre en œuvre des plans d’intégration individualisés destinés aux immigrés, en coordination avec d’autres prestataires, tels que les services municipaux de formation des adultes, responsables des cours de suédois pour les immigrés.
Source : Regeringskansliet (2020[39]) ; OECD (2015[40]) ; OCDE (2024[16]) ; MYH (2024[28]).
4.4.1. L’inadéquation des compétences et des qualifications est proche de la moyenne de l’OCDE
Pour que la Suède puisse pleinement valoriser son niveau élevé de compétences, dans l’intérêt des individus et de la société, il est essentiel que les qualifications et les compétences des travailleurs correspondent à celles exigées par l’emploi qu’ils occupent. Les travailleurs en situation d’adéquation ont tendance à percevoir des salaires plus élevés et à être plus satisfaits. Au niveau macroéconomique, l’inadéquation fait baisser la productivité, car elle empêche les pays de tirer pleinement profit de leurs investissements dans le capital humain (OECD, 2024[1] ; Adalet McGowan et Andrews, 2017[39]). Dans une économie, un certain degré d’inadéquation est inévitable, car les travailleurs ont besoin de temps pour trouver un emploi qui leur correspond. C’est particulièrement vrai pour les jeunes travailleurs ou ceux qui entrent ou réintègrent le marché de l’emploi. Certaines personnes peuvent choisir d’occuper des emplois qui ne correspondent pas à leur niveau de compétences, de qualifications ou de diplôme pour des raisons personnelles, géographiques ou familiales.
Les conséquences des inadéquations varient selon leur nature. Du point de vue de la société, les inadéquations les plus préjudiciables sont celles qui empêchent les individus d’exploiter pleinement leur potentiel, soit en les maintenant hors de l’emploi, soit en les cantonnant à des postes où leurs compétences sont sous-utilisées. Les données internationales issues de l’Évaluation des compétences des adultes réalisée par l’OCDE indiquent que la part des travailleurs surqualifiés ou surcompétents en Suède est proche de la moyenne de l’OCDE (Graphique 4.13, parties A et B).
Graphique 4.13. L’inadéquation des compétences et des qualifications est proche de la moyenne de l’OCDE
Copier le lien de Graphique 4.13. L’inadéquation des compétences et des qualifications est proche de la moyenne de l’OCDELorsque les travailleurs sont surqualifiés ou surcompétents au regard des exigences de l’emploi occupé, cela engendre non seulement un coût macroéconomique, mais aussi un coût personnel, car ils perçoivent en moyenne des salaires inférieurs, et sont moins satisfaits de leur vie que ceux dont le profil est en adéquation avec leur poste (OECD, 2024[1]). Dans les pays de l’OCDE, les pénalités les plus importantes en matière de rémunération sont associées au phénomène de surqualification. En Suède, les personnes surqualifiées perçoivent des revenus inférieurs de 11 % à ceux des travailleurs en situation d’adéquation, contre 21 % pour la moyenne de l’OCDE. Les travailleurs surcompétents gagnent en moyenne 8 % de moins que les travailleurs en situation d’adéquation. Ce désavantage salarial est légèrement supérieur à la moyenne de l’OCDE (6 %), même si l’écart est négligeable (Graphique 4.14).
Un travailleur surqualifié ou surcompétent répond malgré tout aux besoins de son employeur. Ainsi, lorsque les employeurs suédois, comme ceux d’autres pays, signalent régulièrement des difficultés à recruter des personnes ayant les compétences requises, ils font référence à un autre type d’inadéquation. Le recrutement de personnes qui n’ont pas les qualifications ou les compétences requises ne représente un coût pour la société que si cela écarte des candidats plus aptes à occuper les postes en question. Les entreprises rivalisent pour attirer capitaux et talents, et les employeurs les moins performants seront moins à même d’offrir des conditions attractives aux travailleurs qualifiés. Cela favorise des changements structurels propices aux gains de productivité. Il peut être bénéfique pour les travailleurs comme pour la société que des personnes ne disposant pas initialement des compétences et des qualifications demandées soient recrutées, et qu’elles acquièrent ce savoir-faire par l’expérience et l’apprentissage sur le terrain. La Suède compte 18 % de travailleurs sous-qualifiés, soit le deuxième taux le plus élevé de l’OCDE. Ils gagnent dans l’ensemble 6 % de plus que les travailleurs en situation d’adéquation, contre 12 % en moyenne dans la zone OCDE (Graphique 4.14). Les travailleurs sous-qualifiés et sous-compétents font état d’un niveau de satisfaction à l’égard de la vie légèrement inférieur en Suède, et dans la moyenne dans les pays de l’OCDE. Cela tient probablement à un sentiment d’impréparation pour exercer leur emploi, lié à une formation insuffisante pour améliorer leurs compétences (OECD, 2024[1]).
Graphique 4.14. Les conséquences des inadéquations varient selon leur nature
Copier le lien de Graphique 4.14. Les conséquences des inadéquations varient selon leur natureÉcart de rémunération horaire, par rapport aux travailleurs en situation d’adéquation, 2023
Note : les estimations sont obtenues au moyen de deux régressions par moindres carrés ordinaires (MCO) standard distinctes, l’une sur l’échantillon complet de répondants de l’échantillon des pays de l’OCDE participant aux deux éditions du PIAAC, et l’autre sur les répondants de Suède. On a inclus des variables de contrôle telles que le genre et le type de ménage, l’âge, le niveau d’études de la personne et de ses parents, la participation à la formation des adultes, la situation au regard de l’immigration, la taille de l’entreprise, l’ancienneté, le type de contrat et le fait de travailler dans le secteur public. Consulter la source originale pour obtenir plus de détails. Le logarithme naturel de la rémunération est la variable dépendante. Les personnes sans emploi et les étudiants à temps plein sont exclus. *** indiquent la signification statistique (bilatérale) au seuil de 2 %, ** au seuil de 5 % et * au seuil de 10 %.
Source : Pareliussen (2025[2]).
Trouver le bon talent pour un poste n’est pas qu’une question de niveau d’études et de compétences. Il s’agit également de repérer les personnes possédant les compétences spécifiques requises pour un poste donné. Ces compétences peuvent être acquises par l’enseignement, la formation ou l’expérience. Au sein de la population active, la proportion d’adultes dont le niveau de qualification le plus élevé dans un domaine ne correspond pas à l’emploi occupé (l’inadéquation du domaine d’études) est l’une des plus faibles de l’OCDE (Graphique 4.15). Cela peut sembler paradoxal au regard des pénuries de travailleurs signalées dans les professions très demandées, comme les infirmiers, les enseignants et les ingénieurs (OECD, 2023[3]). Toutefois, ces pénuries s’expliquent par des facteurs structurels, tels que le vieillissement de la population, le dépeuplement des campagnes, et d’une manière générale la faible attractivité de certains emplois publics, probablement liée au pouvoir de monopsone des employeurs, comme on le verra plus en détail ci-après.
Graphique 4.15. L’inadéquation du domaine d’études est très répandue dans les pays de l’OCDE
Copier le lien de Graphique 4.15. L’inadéquation du domaine d’études est très répandue dans les pays de l’OCDEDans les pays de l’OCDE, environ 30 à 50 % des travailleurs occupent un emploi sans rapport direct avec leur domaine d’études (Graphique 4.15), mais ce type d’inadéquation n’entraîne pas forcément d’effets négatifs. Dans le meilleur des cas, ces inadéquations peuvent refléter la transférabilité des compétences, la liberté pour chacun de mettre à profit ses talents et de réaliser ses aspirations, même si cela ne correspond pas totalement à son plus haut niveau de qualification, ou encore la capacité des employeurs à recruter les profils les plus aptes à occuper un poste, indépendamment des diplômes détenus. Ces situations peuvent toutefois aussi résulter d’une mauvaise orientation vers des filières saturées ou de changements structurels rendant certaines qualifications obsolètes. Par exemple, 30 à 35 % des personnes licenciées en Suède retrouvent un emploi dans un autre domaine. Cela se traduit généralement par une perte de revenu pour les personnes concernées, mais permet de réduire la durée du chômage, voire de l’éviter (Fredriksson et al., 2023[40]). Dans sa lettre de cadrage budgétaire pour 2024 et 2025, le gouvernement a chargé le SPE d’encourager une plus grande mobilité professionnelle et géographique. Ainsi, le SPE impose de plus en plus aux demandeurs d’emploi de recherche un emploi en dehors de leur secteur professionnel et de leur zone de résidence afin de conserver leur droit aux allocations de chômage. Si une telle stratégie fonctionne, elle contribuera à réduire le chômage et l’inadéquation géographique, mais elle pourrait accroître l’inadéquation du domaine d’études.
Lorsque les individus sont contraints d’accepter des emplois pour lesquels ils sont moins qualifiés, moins compétents ou moins motivés, ils se retrouvent en situation de surqualification ou de surcompétence, ou les deux. Cette inadéquation génère des effets négatifs, tant pour les personnes concernées que pour la société dans son ensemble, comme évoqué précédemment (Montt, 2015[41]). En Suède, comme dans l’OCDE en moyenne, les personnes dont le domaine d’études n’est pas en adéquation avec l’emploi qu’elles occupent sont beaucoup plus susceptibles d’être déclassées (Pareliussen, 2025[2]). La pénalité de rémunération liée à l’inadéquation du domaine d’études est faible et statistiquement non significative en Suède, contrairement à la moyenne de l’OCDE (Graphique 4.14), et les personnes concernées font état d’un niveau de satisfaction à l’égard de la vie légèrement supérieur à celui des personnes en situation d’adéquation formation-emploi (OECD, 2024[1]), ce qui indique que le préjudice moyen résultant de ce type d’inadéquation est faible.
4.4.2. Le niveau d’études ou de compétences des personnes, lorsqu’il est faible, est mal adapté aux emplois disponibles
La répartition globale des compétences est relativement égalitaire en Suède. Seuls 14 % environ de la population adulte ne sont pas titulaires d’un diplôme du deuxième cycle de l’enseignement secondaire, ce chiffre étant inférieur à la moyenne de l’OCDE, qui est de 19 %. Il existe un lien étroit entre les diplômes officiels et les compétences générales des adultes telles que celles mesurées dans le cadre de l’Évaluation des compétences des adultes réalisée par l’OCDE, et le pays se classe au deuxième rang de ceux qui affichent la part la plus faible d’individus dotés de compétences fonctionnelles très faibles dans les trois domaines, derrière le Japon et juste devant la Finlande et la Norvège (Graphique 4.16).
Graphique 4.16. Peu d’adultes ont un niveau de compétences très faible en Suède
Copier le lien de Graphique 4.16. Peu d’adultes ont un niveau de compétences très faible en SuèdeVentilation de la population par niveau de compétence fonctionnelle en littératie (2023)
La Suède fait également bon usage de son capital humain. La part de la population d’âge actif dans la population active de la Suède place celle-ci au troisième rang des pays de l’OCDE classés à l’aune de cet indicateur, et au dixième rang pour ce qui est du taux d’emploi (Graphique 4.17). Le taux de chômage est élevé en termes de comparaison internationale, mais ce niveau s’explique en grande partie par le fait que beaucoup de personnes qui suivent des études à temps plein recherchent aussi un emploi à temps partiel, et que des segments de la population qui seraient considérés comme inactifs dans d’autres pays perçoivent en Suède des prestations subordonnées à la recherche d’un emploi (Fiscal Policy Council, 2024[42]).
Les inadéquations à l’échelon macroéconomique sont étroitement liées à la proportion de personnes ayant un faible niveau de compétences. Environ 500 000 personnes, soit 7.5 % de la population d’âge actif (16-64 ans), qui sont vraisemblablement en mesure de travailler restent au chômage de longue durée ou en dehors de la population active, non compris les personnes qui suivent des études à temps plein et les personnes en congé de maladie (Fiscal Policy Council, 2024[42]). Parallèlement, les pénuries de compétences observées à l’heure actuelle concernent aussi bien les ingénieurs que les enseignants, le personnel infirmier et les ouvriers du transport. La situation varie toutefois selon les régions, comme l’illustrent les pénuries considérables observées dans le nord de la Suède, où une transition écologique rapide devrait accroître la demande d’ouvriers d’usine et de travailleurs fournissant des services publics complémentaires (OECD, 2023[3]). En général, les jeunes ont tendance à migrer vers les villes pour étudier et travailler. Conjuguée au vieillissement de la population, cette situation crée des pénuries de main-d’œuvre dans les zones rurales, notamment dans les secteurs de l’éducation, de la santé et des soins de longue durée (OECD, 2021[36]).
Graphique 4.17. La Suède se classe au troisième rang des pays de l’OCDE selon le critère du taux d’activité
Copier le lien de Graphique 4.17. La Suède se classe au troisième rang des pays de l’OCDE selon le critère du taux d’activitéT4 2024
Pour l’essentiel, cette réserve de main-d’œuvre potentielle est soumise à des incitations au travail satisfaisantes, dans la mesure où probablement moins de 12 000 travailleurs en équivalent année pleine bénéficiaires de l’aide sociale sont soumis à des taux d’imposition de l’activité supérieurs à 80 % après des années de lente revalorisation des prestations destinées aux personnes d’âge actif et de renforcement du crédit d’impôt sur les revenus du travail (Fiscal Policy Council, 2024[42]). Certaines personnes peuvent encore être incitées de manière relativement faible à travailler. Par exemple, les deuxièmes actifs à bas revenu bénéficiant de l’aide sociale peuvent perdre jusqu’à 85 % de leurs revenus en raison de la fiscalité, ainsi que de la dégressivité des prestations, s’ils prennent un emploi après une période d’inactivité, ce qui peut contribuer au taux d’emploi relativement faible des femmes immigrées. Malgré tout, le taux d’emploi de ces femmes a connu une progression impressionnante de six points de pourcentage, passant de 60 % en 2021 à 66 % en 2023, soit une augmentation nettement plus rapide que pour les femmes nées dans le pays (un point de pourcentage) et un taux d’emploi supérieur à celui qui est constaté dans d’autres pays de l’OCDE s’agissant des femmes nées dans le pays (OECD, 2023[3] ; OECD, 2025[43]).
La plupart des personnes qui constituent cette réserve de main-d’œuvre potentielle ne travaillent pas parce qu’elles ne possèdent pas les compétences exigées par les employeurs ou parce que des asymétries d’information les empêchent de signaler aux employeurs qu’elles sont suffisamment qualifiées. Au cours des 15 dernières années, le chômage en Suède s’est concentré de plus en plus fortement au sein de groupes de population dotés d’une faible compétitivité sur le marché du travail. D’après la définition du service public de l’emploi suédois (SPE), ces groupes de population correspondent aux personnes n’ayant pas achevé le deuxième cycle de l’enseignement secondaire, aux personnes nées en dehors de l’Europe, aux chômeurs de plus de 55 ans et aux personnes souffrant d’un handicap qui compromet leur capacité à travailler. En 2010, les personnes appartenant à ces groupes représentaient environ la moitié des chômeurs inscrits. En 2024, cette proportion avait augmenté pour atteindre un peu plus de 70 %, et le nombre de chômeurs inscrits appartenant à ces groupes avait progressé légèrement, tandis que le nombre de chômeurs ne présentant aucun de ces facteurs de risque avait diminué de moitié environ dans le contexte d’un marché du travail dynamique. Les personnes présentant un ou plusieurs de ces facteurs de risque connaissent souvent de longues périodes de chômage et sont également nettement surreprésentées parmi les personnes qui ne font pas partie de la population active (Fiscal Policy Council, 2024[42]).
L’inadéquation des compétences revêt également une dimension sectorielle, les candidats étant peu nombreux par rapport au nombre d’emplois vacants dans certains secteurs qui nécessitent une main-d’œuvre hautement qualifiée, notamment la santé, l’informatique et l’éducation, et plus nombreux que les emplois à pourvoir dans les secteurs où le niveau de compétences requis est faible, tels la restauration et le service à la clientèle. Il existe aussi dans les secteurs eux-mêmes une inadéquation entre le profil de qualifications des candidats disponibles et les compétences exigées dans les offres d’emploi. Dans le secteur de la santé, par exemple, à mesure que le nombre d’emplois vacants a augmenté, le nombre de chômeurs possédant au moins un diplôme pertinent du deuxième cycle de l’enseignement secondaire a diminué, tandis que le nombre de demandeurs d’emploi peu qualifiés dans le secteur a augmenté parallèlement au nombre d’emplois vacants. Cette tendance transparaît en outre dans l’économie dans son ensemble, ce qui indique que les compétences recherchées ne sont pas suffisamment disponibles parmi les demandeurs d’emploi (Fiscal Policy Council, 2024[42]).
Le pouvoir de monopsone des employeurs, notamment dans les services publics, peut contribuer à ce déséquilibre. Au cours de la dernière décennie, les pouvoirs publics ont tenté de remédier aux pénuries de main-d’œuvre dans les professions nécessitant un diplôme de l’enseignement supérieur en chargeant les universités d’augmenter le nombre de places dans les programmes préparant à des métiers très demandés, notamment dans les domaines de l’enseignement, des soins infirmiers et de l’ingénierie. Cette entreprise n’a été que partiellement couronnée de succès (National Audit Office, 2021[44]). Comme indiqué dans la précédente Étude économique de l’OCDE consacrée à la Suède (2023[3]), un problème fondamental de la politique évoquée ci-dessus est qu’elle ne remédie pas au manque d’attractivité qui freine la demande des étudiants. Le secteur public est un employeur de premier plan dans les domaines de la santé, de l’accompagnement social et de l’éducation. On a constaté que le pouvoir de monopsone des employeurs du secteur public, notamment en dehors des principales agglomérations, entraînait une baisse des salaires des professionnels de santé qualifiés, comme les infirmiers, par rapport à ceux des soignants peu qualifiés, probablement par le biais de la négociation collective (Söderqvist et Eklund, 2024[45]). Dans ce contexte, les autorités devraient s’attacher en priorité à renforcer l’attractivité des métiers en tension, notamment dans les domaines de l’enseignement, de l’accompagnement social et des soins infirmiers, non seulement en termes de rémunération, mais aussi en ce qui concerne les perspectives de carrière et les conditions de travail. Par exemple, 15 % à 17 % des enseignants qualifiés et des enseignants du niveau préscolaire ne travaillent pas dans le secteur éducatif, alors qu’une part considérable d’entre eux envisageraient de reprendre l’enseignement si l’offre d’emploi était plus attractive (Lindqvist, Boström et Gidlund, 2022[46]). Environ la moitié des travailleurs du secteur privé et 30 % des travailleurs du secteur public dans les secteurs des services sociaux et des soins travaillent à temps partiel, tandis qu’un tiers des travailleurs à temps partiel souhaiteraient travailler davantage (Larsson, 2023[47]).
Certaines personnes peuvent être si peu qualifiées que leur productivité n’est pas suffisamment élevée pour justifier l’exercice d’un emploi, même payé au salaire minimum sectoriel, dans les secteurs les moins bien rémunérés comme la restauration et les services à la clientèle. À l’inverse, leur productivité peut être suffisante, mais leurs qualifications, leur expérience professionnelle et leur parcours, d’après les justificatifs correspondants, ne suffisent pas à convaincre les employeurs de leur potentiel. Dans ces secteurs aussi, le nombre d’emplois vacants et le nombre de chômeurs ont augmenté de concert, et les employeurs ont évité de recruter des personnes issues des groupes de population susmentionnés, associés à différents facteurs de risque, même si beaucoup de ces emplois ne nécessitent pas de qualifications particulières. Il semble donc qu’il n’y ait absolument aucune demande pour faire travailler certains groupes de population aux niveaux de rémunération actuels (Fiscal Policy Council, 2024[42]).
Les données du Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes (PIAAC) montrent que tous les groupes de population « à risque » ont des compétences en littératie inférieures à la moyenne de la population, ce qui indique, sans surprise, que les personnes appartenant à ces différents groupes ont également une productivité plus faible en moyenne. Les habitants de la Suède qui n’appartiennent pas à ces groupes « à risque » obtiennent environ 300 points en moyenne au test de littératie du PIAAC. Ce score place leurs compétences au milieu du niveau 3 d’alphabétisme fonctionnel, ce qui correspond à des compétences fonctionnelles de niveau intermédiaire. Les personnes qui appartiennent aux groupes de population à risque réalisent un score inférieur à 250 points en moyenne, chiffre inférieur de plus d’un niveau entier d’alphabétisme fonctionnel à la moyenne du reste de la population, et qui se situe dans la fourchette la plus basse en termes de compétences fonctionnelles suffisantes (Graphique 4.18, partie A).
Graphique 4.18. Les groupes exposés à un risque de chômage de longue durée et d’inactivité ont en moyenne un faible niveau de compétences en littératie
Copier le lien de Graphique 4.18. Les groupes exposés à un risque de chômage de longue durée et d’inactivité ont en moyenne un faible niveau de compétences en littératie2023
Note : la définition des groupes à risque est aussi proche que possible de celle des groupes de population dotés d’une faible compétitivité sur le marché du travail qui a été établie par le service public de l’emploi suédois (SPE), sans toutefois être identique. Très peu de personnes appartenant à la catégorie des chômeurs de 55 ans ou plus ou à celle des individus qui souffrent d’une invalidité permanente ont une activité professionnelle, de sorte que les différences entre la population et la population inactive doivent être interprétées avec prudence pour ces deux groupes.
Source : Pareliussen (2025[2]).
Les employeurs qui ne sont pas en mesure d’évaluer avec précision les niveaux de compétences individuels au sein d’un de ces groupes associés à des facteurs de risque peuvent se montrer réticents à recruter des membres du groupe, par conséquent. En revanche, si les employeurs sont mieux à même d’évaluer les compétences individuelles au sein de ces groupes, les individus les plus qualifiés de chaque groupe seraient plus susceptibles d’être recrutés, tandis que les moins qualifiés resteraient au chômage (Pareliussen, 2025[2]). On relève pour tous les groupes de population à risque des signes de sélection pour l’emploi des individus ayant des compétences élevées en littératie, car les personnes qui sont sans emploi affichent en moyenne un niveau de littératie faible. Ces signes de sélection pour l’emploi en fonction des compétences en littératie sont particulièrement marqués pour les personnes nées ailleurs qu’en Europe et qu’en Amérique du Nord (Graphique 4.18, partie A). Ce constat est conforme à la conclusion exposée plus haut selon laquelle les pénalités en termes d’emploi – et de revenus – que subit ce groupe de population par rapport aux personnes nées en Suède reflètent en grande partie les profils de qualifications de ses membres.
Près de la moitié (47 %) de la population âgée de 16 à 64 ans qui n’est ni en emploi, ni dans un cursus d’études à temps plein, appartient à un ou plusieurs de ces groupes à risque. Parmi ces personnes, 85 % sont soit des individus ayant un faible niveau d’études, soit des immigrés ne provenant ni d’Europe ni d’Amérique du Nord, ou des personnes qui présentent une combinaison de facteurs de risque, dont l’un des deux facteurs précités (Graphique 4.18, partie B). Du point de vue des priorités d’action des pouvoirs publics, ces chiffres indiquent que le plus fort potentiel de développement de l’emploi réside dans le déploiement d’efforts en faveur de ces deux groupes.
En ce qui concerne les personnes nées ailleurs qu’en Europe ou en Amérique du Nord, les données du PIAAC montrent que les résultats médiocres sur le marché du travail sont étroitement liés aux différences entre individus en matière de littératie, ce qui s’explique probablement par la conjugaison de faibles compétences en suédois, compte tenu des origines étrangères de ces individus, avec un niveau plus faible de compétences en littératie et en traitement de l’information en chiffres absolus. La priorité reste de renforcer les compétences en littératie en mettant en place un programme, adapté en fonction de chaque individu, qui associerait des cours de suédois, un enseignement débouchant sur un diplôme officiel et un apprentissage en milieu professionnel. À cet égard, la création d’emplois subventionnés pourrait jouer un rôle utile de tremplin vers l’emploi. S’il est encourageant de constater que l’adéquation entre l’offre et la demande sur le marché du travail s’améliore pour ce groupe depuis 2012, les résultats présentés ci-dessus montrent que les compétences en littératie n’ont pas enregistré de progrès significatifs, ce qui met en évidence la persistance de lacunes dans le dispositif d’enseignement du suédois pour les immigrés (Svenska för invandrare, ou SFI), malgré les efforts de réforme déployés précédemment (OECD, 2015[48] ; OECD, 2017[49]). D’importantes lacunes tiennent au fait que les immigrés pouvant bénéficier du SFI forment un groupe diversifié. Souvent, les cours dispensés ne sont pas suffisamment adaptés au profil des destinataires ni suffisamment souples pour être compatibles avec leurs autres engagements. En outre, l’apprentissage à distance peut ne pas être suffisamment propice à l’apprentissage du suédois à l’oral. Sur les 30 prestataires de cours soumis à un contrôle de la qualité en 2023, 24 ne répondaient pas aux critères de qualité définis par l’Inspection scolaire (Skolinspektionen, 2023[50]). Une intensification des contrôles de la qualité du dispositif SFI, et leur utilisation pour recenser et diffuser les bonnes pratiques en matière d’enseignement et d’organisation, pourraient contribuer au règlement de ces problèmes.
Il se peut également que des cours plus adaptés exigent des ressources accrues. L’Étude économique de l’OCDE consacrée à la Suède (2021[36]) a montré que les municipalités avaient généralement des difficultés à respecter les normes fixées par l’administration centrale dans certains domaines, en particulier l’aide à la personne et l’intégration des immigrés. L’administration centrale finance entièrement l’intégration des immigrés pendant les deux premières années suivant leur arrivée, lorsqu’ils sont inscrits au programme d’accueil. La personne immigrée continue de bénéficier de ce financement après cette période, par exemple dans le cadre du système de péréquation des dépenses et des revenus et par l’intermédiaire de subventions au titre de services spécifiques. Compte tenu du faible taux d’emploi des immigrés après la période d’intégration de deux ans et du fait que les municipalités sont financièrement responsables des personnes qui sollicitent une aide sociale, il peut être nécessaire de réexaminer le financement de l’intégration.
Pour ce qui est des personnes dont le niveau de formation est inférieur au deuxième cycle de l’enseignement secondaire, l’effet de signal semble relativement plus important étant donné que leurs compétences en littératie jouent un rôle moindre dans la sélection pour l’emploi. Doter les individus d’un diplôme du deuxième cycle du secondaire devrait être un moyen efficace d’améliorer leurs perspectives sur le marché de l’emploi, mais il faudrait alors que les individus en question aient la capacité et la motivation pour étudier. C’est pourquoi cette initiative risque de ne pas porter ses fruits, ni d’être envisageable, pour tout le monde. Il a été observé que des activités d’amélioration des compétences plus courtes clairement en phase avec les besoins du marché du travail (Arbetsmarknadsutbildning, ou AUB), associées à des services de conseil et d’aide à la recherche d’emploi fournis par le service public de l’emploi, constituaient une combinaison efficace pour ce groupe, comme on l’évoquera plus loin (Fredriksson et al., 2023[40] ; Fiscal Policy Council, 2024[42]).
4.4.3. Les personnes peu qualifiées appartenant à des groupes vulnérables ont besoin d’interventions intensives et efficaces
Les personnes faisant partie des groupes à risque décrits ci-dessus ont besoin d’interventions intensives et efficaces pour renforcer leur capital humain. Comme mentionné précédemment, les incitations au travail sont pour la plupart appropriées. Aussi, des réductions supplémentaires des prestations ne pourront qu’accroître les vulnérabilités financières, y compris pour les familles avec enfants, sans générer de gains d’emploi substantiels. Une première mesure qui permettrait de remédier aux faiblesses du capital humain consiste à mettre en place un système de suivi régulier avec les personnes concernées. La Suède est bien placée à cet égard, car les prestations y sont largement subordonnées à l’inscription au chômage et à la participation aux politiques actives du marché du travail. Sur les quelque 500 000 personnes faisant partie de la population active latente (en 2022), 210 000 sont enregistrées comme chômeurs de longue durée. Les autres sont des personnes parties en retraite anticipée (80 000), des aides à domicile (40 000), des demandeurs d’emploi ne répondant pas à la définition de l’EFT (50 000) ou des personnes inactives (100 000) (Fiscal Policy Council, 2024[42]). Il peut y avoir des chevauchements entre ces groupes, car les données sont collectées auprès de différentes sources, et l’emploi a augmenté dans les années qui ont suivi. Néanmoins, l’application de définitions similaires aux données issues de l’enquête sur les forces de travail pour le groupe d’âge de 20 à 64 ans implique que la population active latente ainsi définie comptait toujours plus de 350 000 personnes en 2024. Hormis les chômeurs de longue durée, ces groupes ne sont pas soumis à la conditionnalité des prestations et sont donc plus difficiles à atteindre. Il est toutefois possible de les identifier et d’assurer leur suivi par le biais de leurs contacts avec d’autres services publics, tels que les services de santé et les services sociaux. Le projet pilote intitulé « pour l’égalité d’établissement » (voir ci-dessous) peut aussi servir de modèle. Ce programme visait à offrir des services ciblés d’orientation et de mise en relation non seulement aux immigrés réfugiés, mais aussi à leurs proches.
Les données laissent à penser que les politiques actives du marché du travail fonctionnent bien en Suède. Par exemple, la responsabilité de l’intégration des immigrés a été transférée des communes au service public de l’emploi (SPE) en 2011. Comme mentionné précédemment, les données du PIAAC ne montrent pas d’amélioration significative du niveau de littératie des immigrés entre 2012 et 2023, mais l’adéquation entre l’offre et la demande sur le marché du travail semble s’être améliorée, car les écarts de revenus et d’emploi reflètent désormais pleinement le niveau d’études, les compétences et d’autres caractéristiques qui ne sont pas liées au statut d’immigré. En outre, la période qui s’écoule entre le moment où un immigré arrive en Suède et le moment où il trouve un emploi a été raccourcie en moyenne (NIER, 2023[51]). Cela tient peut-être au fait que les systèmes sont devenus plus réactifs grâce à la baisse du nombre de nouveaux immigrés, et que la composition des immigrés est peut-être mieux adaptée au marché du travail suédois. Par exemple, les immigrés arrivés de Syrie entre 2014 et 2016 s’en sortent bien, car ils possèdent en moyenne un niveau de qualifications plus élevé que certains autres groupes qui étaient plus nombreux par le passé.
Dans l’idéal, les politiques actives du marché du travail devraient fonctionner comme une chaîne dans laquelle les interventions ciblant le marché du travail et les besoins individuels ont lieu au bon moment et bénéficient à la bonne personne. Il devrait être possible d’améliorer l’efficacité du processus par rapport à la situation actuelle en Suède. Le Conseil de politique budgétaire (2024[42]) fait observer que des obstacles bureaucratiques empêchent actuellement de prendre en temps utile des mesures adaptées aux circonstances individuelles.
Un diagnostic précoce, visant à appréhender la situation individuelle des personnes lorsqu’elles s’inscrivent au chômage ou même lorsqu’elles reçoivent un préavis de licenciement, est la première étape pour les affecter aux politiques actives du marché du travail correctement et en temps opportun. Les facteurs de risque évoqués ci‑dessus sont bien connus et devraient, en lien avec les informations complémentaires dont dispose le SPE, faciliter le repérage précoce d’une grande partie des personnes exposées au risque de chômage de longue durée, ainsi que des facteurs de risque spécifiques en question. Ce type de diagnostic est déjà une pratique courante au sein du SPE, qui classe les chômeurs en trois groupes de risque (A, B et C) en fonction de leur vulnérabilité au chômage de longue durée, déterminée à partir de leurs données enregistrées et des évaluations des travailleurs sociaux. Toutefois, cet outil de diagnostic n’est appliqué qu’aux chômeurs qui sont confiés à des prestataires privés de services d’appariement, ce qui ne se produit qu’après une période de chômage (OECD, 2023[52] ; Arbetsförmedlingens, 2024[53]). Procéder à un filtrage mécanique de tous les chômeurs au moment de leur inscription pourrait faciliter la détection précoce de ceux ayant besoin de mesures intensives. L’amélioration du partage d’informations avec les conseils de sécurité de l’emploi, qui sont établis par convention collective pour aider les travailleurs touchés par des changements structurels et des licenciements (Encadré 4.4), peut aussi être un moyen peu coûteux d’identifier rapidement les personnes exposées au risque de chômage de longue durée.
Encadré 4.4. Les conseils de sécurité de l’emploi en Suède
Copier le lien de Encadré 4.4. Les conseils de sécurité de l’emploi en SuèdeLes conseils de sécurité de l’emploi sont des fondations à but non lucratif créées par convention collective en vue d’administrer les aides prévues dans les accords de sécurité de l’emploi conclus entre les syndicats et les employeurs, notamment pour apporter un soutien aux salariés ayant reçu un préavis de licenciement (collectif). Ils ont vu le jour dans les années 70, sur fond de détérioration de la situation économique en Suède à la fin des années 60 et de pertes massives d’emplois parmi les employés dans le sillage de la crise pétrolière de 1973. Dans ce contexte, le service public de l’emploi n’était pas considéré par les employeurs comme apportant une aide suffisante à ces employés pour trouver un nouvel emploi. En vertu de l’amendement de 2022 à l’accord de Saltsjöbaden, les conseils de sécurité de l’emploi sont devenus d’importants acteurs chargés de contrôler l’accès au nouveau programme de financement des études en faveur de la transition et du recyclage professionnel. Dans ce contexte, un nouveau conseil public de la sécurité de l’emploi a été créé par l’Agence des services juridiques, financiers et administratifs pour les travailleurs non couverts par une convention collective.
Le conseil se compose de représentants des différents partenaires participant à la convention collective, les sièges étant répartis à parts égales entre les représentants des employeurs et ceux des salariés. Sa mission est de définir la portée et le contenu de l’aide à accorder. Le système fonctionne comme un mécanisme d’assurance et les primes versées par chaque entreprise varient selon les secteurs et les catégories professionnelles (telles que définies par les syndicats). Environ 0.3 % de la masse salariale est à la charge de chaque entreprise affiliée.
Les conseillers et consultants qui travaillent au sein du conseil de sécurité de l’emploi jouissent d’une grande liberté dans la préparation du soutien personnalisé pour chaque employé concerné. Les mesures proposées sont flexibles et les activités de soutien sont adaptées aux besoins de chaque individu, en tenant compte de ses qualifications, de ses intérêts professionnels et de ses préférences et préoccupations personnelles. Le plus souvent, les activités de soutien débutent par une réunion d’orientation ou d’accompagnement, ou par un séminaire consultatif, visant à déterminer les caractéristiques et les capacités de la personne, ainsi que les opportunités et les difficultés qu’elle rencontre. Ces activités initiales sont généralement suivies d’autres mesures, sous la forme d’une formation ou d’un enseignement, d’activités de développement personnel, d’études ou d’une aide à la création d’entreprise.
Les salariés licenciés peuvent également bénéficier d’une indemnité financière, qui vient s’ajouter aux allocations de chômage du régime général. Les participants au nouveau programme de financement des études en faveur de la transition et du recyclage professionnel peuvent également recevoir de leur conseil des compléments aux bourses et aux prêts accordés par la Commission suédoise de soutien économique aux études, conformément à la convention collective.
Dans certaines conventions, les activités de soutien durent cinq ans au maximum, ou jusqu’à ce que l’employé trouve un nouvel emploi ou décide de mettre fin à sa relation avec le conseil. Toutefois, l’aide est généralement apportée pour une période de six à huit mois.
Source : Perspectives de l’emploi de l’OCDE (2018[54]); Eurofound (2022[55]) ; mises à jour de l’auteur.
L’enjeu suivant consiste à faire bon usage de ces informations dans la chaîne d’activation. Des cours de formation professionnelle des actifs (AUB) de plus courte durée, de l’ordre de six mois, ont fait la preuve de leur efficacité en période de pénurie de main-d’œuvre. Les cours dans les domaines des transports, des machines, des soins de santé et des TIC comptent parmi les plus rentables, suivis de ceux dans les secteurs des arts et de l’artisanat, de la construction et de l’administration. Les cours dans les domaines du commerce de détail et de la restauration, de la culture, des médias et de l’agriculture présentent un faible rapport coût-efficacité. La valeur ajoutée de ces formations s’avère particulièrement élevée pour les personnes en situation de précarité sur le marché du travail, comme celles n’ayant pas suivi le deuxième cycle de l’enseignement secondaire, les chômeurs de longue durée et les personnes nées à l’étranger (Arbetsförmedlingen, 2025[54]). Cette formation devrait être prescrite plus fréquemment dans la situation actuelle où les pénuries de main-d’œuvre et le chômage de longue durée augmentent en parallèle. Toutefois, le nombre de chômeurs participant à ce programme reste faible, et le nombre de ceux qui suivent une formation professionnelle, y compris l’AUB et l’enseignement professionnel municipal pour les adultes (Yrkesvux), est resté pratiquement constant (Sundén, 2022[55]).
Les principales raisons pour lesquelles l’AUB n’est pas déployée à plus grande échelle semblent être de nature bureaucratique, notamment le manque de flexibilité du financement au sein du SPE, une stratégie explicite visant à éviter de reproduire des programmes de formation offerts par l’Yrkesvux, et les appels en faveur du recours aux prestataires de l’AUB. Les candidats inscrits à l’AUB perçoivent l’allocation de soutien à l’activité, dont le budget est plafonné par les crédits annuels. Cette allocation remplace l’allocation de chômage, qui est fondée sur des règles et n’est donc pas plafonnée. Cela pourrait inciter le SPE à attendre l’expiration des droits aux allocations de chômage (Fiscal Policy Council, 2024[42]). Toutefois, le financement de l’AUB semble avoir été suffisant ces dernières années, et si l’AUB n’a pas été déployée à plus grande échelle comme prévu, c’est probablement parce que le SPE ne disposait pas de capacités suffisantes en interne (compte tenu des crédits alloués à l’administration) pour identifier les candidats pouvant bénéficier de l’AUB. En outre, environ 30 % des participants à l’AUB abandonnent après une première phase de test et de bilan des connaissances. Dans le budget 2025, le gouvernement a augmenté les crédits alloués au SPE de 79 millions SEK et a annoncé de nouvelles hausses en 2026 et 2027.
De même, les services d’orientation professionnelle et de placement fournis par le SPE sont comptabilisés dans le crédit de l’administration, qui est généralement entièrement souscrit, tandis que l’achat de services de placement privés est comptabilisé dans un crédit distinct plus important, qui lui ne l’est pas. Cela contribue à orienter les politiques actives du marché du travail vers les services de placement privés, même si leur supériorité n’est pas démontrée. Une réorganisation du SPE en un modèle acheteur-prestataire a été mise en œuvre vers 2020, ce qui a encore accéléré le recours aux services privés.
Les évaluations montrent que des interventions privées et publiques similaires aboutissent à des résultats similaires en matière d’emploi en Suède, tandis que l’offre privée accroît la satisfaction des utilisateurs (Lundin, Söderström et Sibbmark, 2024[56]). Egebark et al. (2024[57]) constatent que les prestataires externes obtiennent des résultats similaires à ceux du SPE en termes de taux d’emploi, d’emploi durable et de salaires, mais que leurs coûts sont supérieurs de 46 % à ceux des mêmes services fournis par le système public pour aider les demandeurs d’emploi plus proches du marché du travail et de 71 % pour aider ceux qui en sont plus éloignés. Au vu de ces résultats d’évaluation, le gouvernement suédois entend affiner encore le système en 2025, en réduisant à nouveau la part des services de l’emploi externalisés et en augmentant la part de ceux fournis en interne. Par ailleurs, l’offre de formation des prestataires privés de services de l’emploi est relativement limitée, de sorte que les chômeurs peuvent se retrouver avec une chaîne d’interventions moins adaptée à leurs besoins réels lorsque le SPE recourt trop massivement aux prestataires extérieurs (Sundén, 2022[55]).
À titre d’exemple, un projet pilote intitulé « pour l’égalité d’établissement » ciblait les immigrés réfugiés et leurs proches entre 2018 et 2021 avec un service d’appariement sur mesure (« Matching from day one »), par lequel leurs préférences et leurs compétences, y compris celles acquises de manière informelle, étaient analysées par un courtier, puis mises en correspondance avec un registre des besoins de recrutement des employeurs. Ce projet pilote a augmenté la probabilité de trouver un emploi ou de suivre des études d’environ huit points de pourcentage par rapport au soutien régulier du Service de l’emploi (OECD, 2023[3]). Malgré cela, le programme a été interrompu, en partie en raison du passage à un modèle acheteur-prestataire à l’époque. En outre, le programme faisait un usage intensif du personnel du SPE, notifié au titre des crédits de l’administration, et a donc été jugé trop coûteux, même si l’évaluation ex post a montré que le coût moyen était légèrement inférieur à celui des participants confiés à des prestataires privés (Fiscal Policy Council, 2024[42]).
Certains éléments indiquent que les régions éloignées et faiblement peuplées ne sont pas suffisamment couvertes par les prestataires du secteur privé après la réforme du SPE (OECD, 2023[58]). Par ailleurs, les communes n’ont pas encore été autorisées à proposer des services d’appariement entre les offres et les demandes d’emploi, car leur champ d’intervention est restreint par la loi aux limites géographiques de leur territoire, alors que les zones desservies par appel d’offres chevauchent souvent plusieurs communes. Pour renforcer la concurrence dans ces régions, la Suède pourrait simplifier les obligations relatives aux demandes pour les prestataires déjà actifs dans d’autres régions et assouplir les obligations de présence dans les zones rurales. Il conviendrait en outre de trouver des solutions pragmatiques pour permettre aux communes de fournir des services d’appariement entre les offres et les demandes d’emploi dans des conditions de concurrence équitables avec les prestataires privés (OECD, 2023[3]). Yrkeshögskolan est un exemple de modèle où les communes et les prestataires privés se livrent concurrence sur un pied d’égalité pour fournir des services financés sur fonds publics dont les utilisateurs chevauchent plusieurs communes.
Les programmes de placement subventionnés se sont également révélés efficaces, mais les employeurs rechignent à y participer, par méconnaissance, idées préconçues concernant les compétences des chômeurs et sentiment que la participation sera freinée par les lourdeurs administratives. Ces préjugés ne semblent pas fondés, car les employeurs qui ont effectivement participé se déclarent satisfaits des personnes qu’ils emploient et ne pas être accablés par les formalités administratives (Fiscal Policy Council, 2024[42]). Ces subventions salariales sont plafonnées, et le plafond n’a pas été revalorisé en fonction de la hausse des salaires, ce qui réduit progressivement leur attractivité. Les emplois de démarrage (Etableringsjobben), un programme associant des emplois subventionnés et une formation pour les personnes les plus éloignées du marché du travail pour une durée maximale de deux ans, sont un nouveau dispositif mis en place en 2024 et géré par les partenaires sociaux, qui bénéficie de subventions de l’État. Ce nouveau modèle pourrait permettre de résoudre certaines difficultés évoquées précédemment, mais le nombre de participants est jusqu’à présent très faible et l’enjeu est toujours de passer à l’échelle supérieure.
Le gouvernement devrait consacrer davantage de ressources à l’éducation et à la formation dans le cadre des politiques actives du marché du travail. Les dépenses allouées par la Suède aux politiques actives du marché du travail (PAMT) s’élèvent actuellement à 2.2 % du PIB, un niveau proche de la moyenne de l’OCDE, et les dépenses par chômeur en pourcentage du PIB par habitant placent la Suède aux alentours de la médiane de l’OCDE (Graphique 4.19, partie A). Au cours de la dernière décennie, les dépenses consacrées aux politiques actives du marché du travail ont diminué en pourcentage du PIB, alors même que le chômage de longue durée a augmenté et que le nombre de participants aux programmes a baissé (OECD, 2024[59]). Les dépenses sont fortement orientées vers les incitations à l’emploi et l’aide à la recherche d’emploi par l’intermédiaire de prestataires privés plutôt que vers la formation (partie B). Sur la base des conclusions ci-dessus, il semble nécessaire de rééquilibrer les ressources en faveur des mesures de formation, de préférence en augmentant l’enveloppe globale des PAMT, ou bien en réorientant les dépenses consacrées aux PAMT en se détournant des services d’appariement fournis par des prestataires extérieurs et des incitations à l’emploi.
Du fait de la réticence à faire double emploi avec l’enseignement professionnel déjà dispensé par le système municipal de formation des adultes (Komvux), l’offre de formation et d’enseignement fournie aux chômeurs est globalement trop faible et entraîne des inégalités de genre. 80 % des places d’études en EFP offertes par le programme de formation professionnelle géré par le SPE (AUB) concernent des professions dominées par des hommes, tandis que l’EFP pour adultes dans les professions dominées par les femmes est principalement dispensé par Komvux. Dans le premier cas, les participants perçoivent une aide à l’activité pendant leurs études, tandis que dans le second cas, ils doivent subvenir eux-mêmes à leurs besoins en souscrivant des prêts étudiants. Le SPE peut également imposer aux chômeurs de longue durée de demander une formation municipale pour adultes à titre de mesure active du marché du travail, auquel cas ils recevront la même prestation d’aide à l’activité que les participants à l’AUB. En principe, les chômeurs de longue durée peuvent recevoir la bourse dite d’entrée dans le système éducatif pour suivre une formation municipale pour adultes, mais cette aide est rarement utilisée, et le gouvernement a annoncé qu’elle serait supprimée en 2026. Pour l’heure, les femmes qui fréquentent le deuxième cycle du système d’enseignement professionnel secondaire le font généralement dans des conditions financières moins favorables que les hommes (Fiscal Policy Council, 2024[42]). Toutefois, le SPE pourrait réduire cette inégalité des genres en matière de financement des études en orientant les chômeurs de longue durée vers des programmes municipaux de formation des adultes.
Graphique 4.19. Les politiques actives du marché du travail pourraient être mieux ciblées
Copier le lien de Graphique 4.19. Les politiques actives du marché du travail pourraient être mieux ciblées2022
4.4.4. Une augmentation importante du financement de la formation des adultes nécessite un recalibrage
La révision de 2022 de l’accord de Saltsjöbaden a révolutionné la formation théorique et pratique des adultes en Suède en élargissant sensiblement les droits des travailleurs à bénéficier d’un congé de formation rémunéré dans le cadre du nouveau programme de financement des études en faveur de la transition et du recyclage professionnel, financé en grande partie par le gouvernement. En contrepartie, les partenaires sociaux sont convenus de simplifier la législation sur la protection de l’emploi, notamment pour limiter le recours aux contrats de travail atypiques et faciliter les dérogations au principe « premier entré, premier sorti » en cas de licenciement (OECD, 2023[3]). Ces réformes ont été négociées et adoptées comme un ensemble. Les changements visant à améliorer ses différentes composantes risquent donc de rouvrir le débat sur ce qui constitue globalement un ensemble de mesures très judicieuses. Cette réserve étant faite, il est possible d’optimiser le programme de financement des études en faveur de la transition et du recyclage professionnel afin qu’il soit accessible à davantage de personnes et mieux ciblé sur les travailleurs exposés au risque de chômage.
Le nouveau programme offre des subventions pouvant atteindre 80 % du salaire pendant 44 semaines pour les études à temps plein, ou plus longtemps pour les études à temps partiel. La subvention est plafonnée, mais des prêts étudiants sont disponibles pour compléter le financement à hauteur de 100 % du salaire précédent (également soumis à un plafond). La participation est subordonnée à au moins huit ans d’expérience professionnelle. Ce soutien est administré par le CSN, le Conseil suédois du financement des études. Ce dispositif est rapidement devenu populaire dans un large éventail de professions, en particulier parmi les travailleurs d’âge moyen. Certains problèmes initiaux sur le plan administratif sont en cours de résolution.
Les conseils de sécurité de l’emploi établis par convention collective pour soutenir les travailleurs touchés par les changements structurels et les licenciements sont des acteurs importants du contrôle de l’accès au programme. Ces conseils apportent aide et soutien au développement des compétences, par exemple par le biais de l’orientation scolaire et professionnelle gratuite, et peuvent dans certains cas accorder des bourses d’études supplémentaires aux participants au programme. Innovation résultant du nouveau programme, un conseil public de la sécurité de l’emploi a été créé par l’Agence des services juridiques, financiers et administratifs pour les travailleurs non couverts par une convention collective.
Le programme est devenu très populaire. Les candidatures peuvent être déposées deux fois par an, et sur plus de 21 000 demandes à l’automne 2023, seulement 14 % ont été acceptées. Les deux tiers des candidats étaient des femmes, avec des taux d’acceptation similaires selon le genre. 50 % ont postulé dans l’enseignement professionnel supérieur, 40 % dans l’enseignement supérieur non professionnel et le reste dans d’autres filières, notamment dans le système municipal de formation des adultes et les établissements populaires d’enseignement secondaire. Les parts respectives des demandes acceptées étaient approximativement du même ordre de grandeur. La tranche d’âge 40-44 ans constituait la médiane chez les candidats comme chez les étudiants acceptés (SCB, MYH and UKÄ, 2024[60]).
Alors que les Suédois sont de plus en plus nombreux à continuer de travailler dans leur soixantaine bien avancée, voire à plus de 70 ans, dans un contexte d’évolution technologique rapide, il est justifié de renforcer les investissements dans la formation théorique et pratique des adultes pour la rendre largement accessible aux travailleurs expérimentés également. La participation à des programmes de formation théorique et pratique des adultes peut atténuer l’inadéquation entre le domaine d’études et l’emploi, améliorer les perspectives de carrière dans le domaine d’études actuel, ou permettre aux individus d’évoluer vers un domaine qui offre de meilleures perspectives de carrière ou qui correspond tout simplement davantage à leurs intérêts personnels.
Quoi qu'il en soit, le soutien apporté devrait être proportionné aux avantages pour la société et ciblé de manière à optimiser l’utilisation des ressources. L’amélioration des compétences et la reconversion s’accompagnent d’un coût d’investissement composé du coût de l’offre de l’activité de formation et du coût de la main-d’œuvre perdue. Si ce coût est presque entièrement couvert par les subventions et les transferts publics, il existe un risque de surinvestissement dans les compétences des adultes pour les groupes qui ont une forte préférence pour l’investissement dans les compétences et qui sont déjà hautement qualifiés. Les personnes occupant un emploi qui ont un niveau d’études et de compétences relativement élevé sont généralement plus à même de repérer et d’évaluer par elles-mêmes les possibilités d’investissement dans les compétences qui s’offrent à elles et d’y accéder. Les gains que la société retire de ces investissements sont équivalents aux augmentations progressives des bénéfices et revenus du travail avant impôts, une grande partie de ces gains revenant à l’individu et potentiellement à son employeur, qui sont donc incités à investir dans leurs propres compétences de leur propre chef.
La situation est différente pour les personnes en situation de précarité sur le marché du travail. Ils sont généralement moins à même d’évaluer correctement leurs besoins en compétences, d’évaluer les possibilités de formation et d’y accéder. Ils seront davantage susceptibles d’avoir besoin d’interventions personnalisées pour répondre à leurs besoins spécifiques, que ceux-ci soient liés à des compétences linguistiques faibles, à un faible niveau d’études ou à des problèmes de santé. Ils peuvent sous-estimer le rendement des investissements dans les compétences et ne pas avoir la trésorerie nécessaire pour réaliser ces investissements par eux-mêmes. Par exemple, le gain pour la société lorsqu’une personne passe du chômage de longue durée à un emploi à temps plein dépasse de loin les gains privés. En termes monétaires, cette personne ne gagnera que la différence entre le revenu du travail après impôt et les transferts sociaux qu’elle percevait, tandis que le gain pour la société équivaudra à la valeur totale du revenu d’un salaire à temps plein avant impôt et de l’accroissement des bénéfices avant impôt de l’employeur, éventuellement majorés des retombées bénéfiques en termes, par exemple, de réduction de l’exclusion sociale et d’amélioration de la santé. Cibler les interventions sur les personnes en situation de précarité sur le marché du travail et sur celles qui ont reçu un préavis de licenciement permet ainsi d'optimiser l’utilisation des ressources, même si le coût de l’investissement est plus élevé et le taux de réussite plus faible que pour les personnes plus qualifiées qui sont bien établies sur le marché du travail.
L’expérience des deux premiers cycles de soutien montre qu’il faudrait réduire le niveau de la subvention pour la rendre accessible à un plus grand nombre de personnes et mieux l’aligner sur les autres aides disponibles pour investir dans les compétences, et que l’administration du programme devrait être ajustée pour mieux cibler les personnes exposées au risque de chômage. Premièrement, le programme est coûteux par rapport aux autres aides disponibles. Ce programme a reçu 2.84 milliards SEK dans le budget de l’État pour 2024, ce qui représente environ 15 % du financement global des études fourni par le CSN. La montant maximum de la subvention accordée aux participants est plus de cinq fois supérieure à celle attribuée dans le cadre du système ordinaire d’aide aux étudiants. Les chômeurs qui suivent des programmes d’activation comparables reçoivent généralement une indemnisation d’un montant à peu près équivalent, mais ont généralement davantage besoin d’un recyclage professionnel. Deuxièmement, ce programme bénéficie dans une large mesure à des individus ayant un niveau de formation élevé, peu exposés au risque de chômage comme aux perturbations pouvant résulter des évolutions technologiques et de l’IA. La probabilité de faire une demande augmente avec le risque de chômage, tandis que la probabilité d’être accepté dans le programme diminue. En effet, les personnes ayant un niveau d’études élevé et présentant un faible risque de chômage sont susceptibles de postuler tôt et de présenter une lettre de leur conseil de sécurité de l’emploi certifiant que la formation prévue renforcera leur position sur le marché du travail. Le CSN attribue les fonds selon le principe « premier arrivé, premier servi », en donnant la priorité aux demandeurs qui peuvent présenter une telle déclaration. Troisièmement, après la demande, le revenu des personnes qui se voient accorder une aide évolue grosso modo de la même manière que celui des personnes qui se la voient refuser, ce qui indique une valeur ajoutée limitée dans le cadre de la conception actuelle (Fredriksson et Seim, 2024[61]). Ces résultats donnent à penser que le système devrait être recalibré en réduisant fortement la part des subventions, en particulier pour les candidats hautement qualifiés et à faible risque, éventuellement en compensant par une augmentation de la part des prêts étudiants. Le système devrait également accorder la priorité aux personnes ayant un niveau d’études plus faible et présentant un risque plus élevé de chômage dans le cadre de la procédure de demande.
Tableau 4.1. Recommandations pour améliorer les compétences et la situation du marché du travail
Copier le lien de Tableau 4.1. Recommandations pour améliorer les compétences et la situation du marché du travail|
CONCLUSIONS (principales conclusions en gras) |
RECOMMANDATIONS (principales recommandations en gras) |
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Améliorer encore la qualité du système d’offre de compétences |
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Les tests nationaux organisés dans des matières fondamentales donnent lieu à une notation locale, ce qui crée des biais tant au sein des établissements scolaires qu’entre eux. |
Mettre en place un système de notation externe concernant les tests nationaux pour créer une norme objective d’évaluation des résultats des établissements d’enseignement, comme prévu, et supprimer les différences de notation liées à une indulgence variable. |
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L’échelle actuelle de notation dans le premier cycle de l’enseignement secondaire donne un poids démesuré aux notes éliminatoires, et peut empêcher arbitrairement les élèves d’entrer dans le deuxième cycle de l’enseignement secondaire. |
Pondérer de manière symétrique les notes hautes et basses et supprimer l’obligation de réussir dans certaines matières pour pouvoir entrer dans le deuxième cycle de l’enseignement secondaire. |
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Le gradient socio-économique des scores à l’enquête PISA a continué de croître. |
Dans les établissements privés recevant plus de demandes qu’ils n’ont de places, affecter les élèves par tirage au sort ou en réservant des quotas aux élèves issus de milieux socioéconomiques défavorisés. |
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Le deuxième cycle du système d’enseignement professionnel secondaire est impopulaire, et il pose des problèmes de coordination ainsi que de surabondance de programmes peu adaptés aux besoins du marché du travail. Il est moins réactif aux besoins du marché de l’emploi que l’enseignement professionnel supérieur. |
Mener un projet pilote de coordination centralisée du deuxième cycle de l’enseignement secondaire professionnel, sur le modèle de ce qui est fait pour l’enseignement professionnel supérieur, en vue de faire passer l’ensemble du système à ce nouveau modèle si l’essai est concluant. |
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La maîtrise de l’écrit associée à l’obtention d’un diplôme de l’enseignement supérieur semble avoir diminué depuis les années 1990. |
Étudier l’ampleur et les causes de la baisse de la qualité de l’enseignement supérieur. |
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Les universités jouent un rôle essentiel pour la capacité de la Suède d’innover et d’internaliser rapidement les innovations correspondant à la pointe du progrès scientifique mondial. |
Envisager d’instaurer des modalités de financement qui permettraient de favoriser une augmentation du nombre d’heures de recherche et d’enseignement par étudiant. |
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Les universités contribuent à des degrés divers au développement régional en favorisant l’innovation et en aidant à retenir les talents au niveau local. |
Renforcer les incitations et les aides afin d’accroître la contribution des universités à l'offre de travail, au développement des connaissances et à l’innovation au niveau régional. |
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Le système décentralisé d’offre de compétences de la Suède peut entraîner des redondances et un manque de coordination, ce qui se traduit par des résultats globaux sous-optimaux. |
Renforcer la coordination horizontale des agences et des parties prenantes intervenant dans l’offre de compétences par le biais de la Structure de coopération interinstitutionnelle pour les compétences et l’apprentissage tout au long de la vie. |
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Cibler les ressources pour réduire l’incidence de la faiblesse des compétences et optimiser l’utilisation des ressources |
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Les financements consacrés aux politiques actives du marché du travail ont diminué, tandis que le nombre de chômeurs de longue durée a augmenté. La part des fonds affectée à la formation est très faible. |
Renforcer les politiques d’activation et privilégier les activités de développement des compétences et de recyclage professionnel. |
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Une part croissante des chômeurs a clairement besoin de monter en compétences, mais les formalités administratives limitent l’utilisation de formations et d’aides à l’emploi dont l’efficacité est avérée. |
Organiser les politiques d’activation en fonction de leur efficacité et des besoins des chômeurs regroupés par catégorie de risque, et non suivant une logique de cloisonnement budgétaire et organisationnel. |
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Souvent, les prestataires de l’enseignement du suédois pour les immigrés (Swedish Tuition for Immigrants) n’adaptent pas suffisamment les cours à la diversité des origines des individus. L’enseignement à distance apporte de la flexibilité, mais ne peut pas se substituer entièrement aux cours sur place. |
Intensifier les inspections de la qualité de l’enseignement du suédois pour les immigrés et les utiliser pour recenser et diffuser les bonnes pratiques en matière d’enseignement et d’organisation, notamment le recours à l’apprentissage à distance. |
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La formation professionnelle assurée par le service public de l’emploi est à prédominance masculine et s’accompagne d’allocations de chômage, tandis que les femmes financent en grande partie la formation avec des prêts étudiants dans le cadre de la formation des adultes dispensée par les communes. |
Recourir davantage à la formation des adultes dispensée par les communes comme politique active du marché du travail. |
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Le nouveau programme de financement des études en faveur de la transition et du recyclage professionnel permet à des travailleurs expérimentés de bénéficier de subventions cinq fois supérieures aux aides financières classiques offertes aux étudiants. |
Réduire la part de l’aide accordée sous forme de subventions dans le cadre du nouveau programme de financement des études en faveur de la transition et du recyclage professionnel, afin qu’il soit davantage en phase avec les mécanismes normaux de financement des études et qu’il soit accessible à davantage de participants. |
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Le nouveau programme de financement des études en faveur de la transition et du recyclage professionnel bénéficie en grande partie aux personnes ayant un niveau d’études élevé et présentant un faible risque de chômage. |
Donner la priorité aux personnes présentant un risque de chômage élevé pour l’accès au nouveau programme en faveur de la transition et du recyclage professionnel. |
Références
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[25] SCB (2018), Matchningen på arbetsmarknaden - sambandet mellan utbildning och yrke, Statistics Sweden.
[62] SCB, MYH et UKÄ (2024), Studerande med omställningsstudiestöd vid yrkeshögskolan och högskolan - Myndigheten för yrkeshögskolan, Statistics Sweden, Swedish National Agency for Higher Vocational Education et Swedish Higher Education Authority.
[50] Skolinspektionen (2023), Undervisning inom kommunal vuxenutbildning i svenska för invandrare, Swedish School Inspectorate.
[45] Söderqvist, C. et J. Eklund (2024), « Wage effects from employer concentration and collective bargaining in Swedish labor markets », In thesis: Essays on exit, voice, and technology: Industrial relations in modern Swedish labor markets, Blekinge Institute of Technology.
[26] SOU (2017), Samling för skolan - Nationell strategi för kunskap och likvärdighet, Swedish Government Official Reports.
[19] Statskontoret (2021), Olika vägar till likvärdig skola – Utvärdering av likvärdighetsbidraget till skolan. Slutrapport, The Swedish Agency for Public Management.
[15] Sundberg, A. (2024), The child penalty in Sweden: evidence, trends, and child gender, IFAU Working Paper 2024:12.
[57] Sundén, A. (2022), Yrkesutbildning löser matchningsproblemen, Swedish Trade Union Confederation.
[31] Sveriges Ingenjörer (2023), Minskade resurser til utbildning hotar Sveriges ställning som ledande ingenjörsland.