Les progrès de l’IA et leurs conséquences pour la société sont insuffisamment compris. Dans le secteur éducatif, de vifs débats ont lieu à propos de ce dont l’IA est capable pour transformer l’offre d’enseignement, mais on en sait peu sur la manière dont elle modifie les règles du jeu quant à ce que les élèves devraient apprendre pour compléter efficacement les capacités de l’IA. Si l’on souhaite que l’élaboration des politiques publiques ne se résume pas à une adaptation des programmes et du système d’enseignement en réaction à l’arrivée de chaque nouvel outil d’IA sur le marché, il faut s’employer activement à anticiper l’évolution de ces capacités.
C’est précisément le but de la méthodologie exposée dans le présent rapport. Celle-ci fournit une série d’indicateurs correspondant aux principales dimensions des aptitudes humaines, dont chacun décrit l’évolution de l’IA vers une équivalence parfaite avec l’humain. Ces indicateurs portent sur les éléments suivants : langage, interactions sociales, résolution de problèmes, créativité, métacognition, connaissance/apprentissage/mémoire, vision, manipulation et intelligence robotique. Ils sont présentés sous la forme d’échelles à cinq niveaux, au sommet desquelles figurent les aptitudes qui posent le plus de difficultés aux systèmes d’IA. Cette approche, qui repose sur la psychologie humaine, offre une perspective structurée et de haut niveau sur l’évolution de l’IA.
Mettre en lien les capacités de l’IA et les aptitudes humaines permet aux décideurs d’évaluer le rôle que pourrait jouer l’IA dans l’enseignement. Par exemple, dans quelle mesure l’IA peut-elle reproduire les aptitudes sociales qui caractérisent le travail des enseignants, et donc pour quelles tâches peut-elle venir en remplacement ou en complément des enseignants ? Et quelles seront les implications lorsque les capacités de l’IA progresseront encore d’un cran ?
Ces indicateurs permettront aux ministres de discuter des conséquences de l’IA sur l’avenir de l’enseignement, depuis la conception des programmes scolaires jusqu’à la pédagogie en passant par la configuration spatiale, temporelle, humaine, technologique et relationnelle afin de créer un environnement pédagogique qui prépare les apprenants à leur avenir et non à notre passé.
Au-delà de l’enseignement, les indicateurs fournissent un cadre permettant aux ministres de discuter des répercussions de l’IA dans d’autres secteurs : emploi, participation civique, loisirs et vie quotidienne. Dans tous ces domaines, les politiques publiques doivent adopter une vision tournée vers l’avenir et non ancrée dans le passé.
Andreas Schleicher,
Directeur de l'éducation et des compétences de l’OCDE