L'APD diminue dans les pays et territoires òu la pauvreté se concentre
Suite aux progrès significatifs réalisés en matière de réduction de la pauvreté au cours des trois dernières décennies, principalement en Chine et en Inde, les personnes vivant dans l'extrême pauvreté sont désormais principalement concentrées en Afrique subsaharienne et dans des contextes caractérisés par un degré élevé ou extrême de fragilité. Actuellement, 72 % des personnes en situation d'extrême pauvreté vivent en Afrique subsaharienne et 83 % dans des contextes de fragilité élevée ou extrême – des proportions qui, selon les projections de la Banque mondiale, devraient passer respectivement à 76 % et 88 % d'ici 2030. Ces régions sont également confrontées à des niveaux d'inégalité de revenus élevés.
La part de l'APD allouée par tous les donneurs officiels à ces pays et territoires reste significative, mais elle diminue. En 2023, 24 % ont été dirigés vers l'Afrique subsaharienne, contre 29 % en 2021 et un pic de 38 % en 2006. Par ailleurs, 36 % de l’aide ont été consacrés à des contextes caractérisés par une fragilité élevée ou extrême, contre 49 % en 2019. Selon les projections, l'APD des membres du Comité d'aide au développement (CAD) de l'OCDE aux pays subsahariens pourrait connaître une baisse de 16 à 28 % entre 2024 et 2025, tandis que l'APD aux contextes connaissant une fragilité élevée ou extrême pourrait diminuer de 18 à 29 % entre 2023 et 2025. La divergence croissante entre la géographie de la pauvreté et l’allocation de l'APD souligne un décalage grandissant entre les zones les plus affectées et celles où les ressources concessionnelles sont dirigées. Cette tendance risque de compromettre les efforts mondiaux visant à réduire la pauvreté, les inégalités et la vulnérabilité aux chocs climatiques.
L'APD versée aux pays présentant les taux de pauvreté et d'inégalité les plus élevés provient essentiellement d'un petit nombre de donneurs, dont certains ont annoncé des réductions
En 2023, l'Association internationale de développement (IDA) était le plus grand donneur d'APD aux 20 pays présentant à la fois les taux de pauvreté et d'inégalité les plus élevés. Les principaux donneurs bilatéraux d'APD aux 20 pays les plus touchés par l'extrême pauvreté en 2023 étaient le Royaume-Uni, la Suède, l'Australie, la Norvège et l'Allemagne ; pour les 20 pays présentant les inégalités de revenus les plus élevées, il s'agissait de l'Allemagne, de la Suède, du Royaume-Uni, de la Norvège et de la Belgique. Plusieurs de ces donneurs devraient réduire leur APD en 2025-2027, y compris des contributions allouées par biais d'organisations multilatérales, ce qui pourrait entraîner des réductions pour les pays présentant les taux de pauvreté et d'inégalité les plus élevés dans les années à venir.
L'APD par personne vivant dans l'extrême pauvreté ne reflète pas la distribution mondiale de la pauvreté : elle est la plus faible là où la pauvreté est la plus élevée
Les pays les moins avancés (PMA) ont historiquement reçu des volumes d'APD plus importants que les autres groupes de revenus. Cependant, si l'on mesure l'APD par personne en situation d'extrême pauvreté- un indicateur qui représente le montant d'APD que chaque personne vivant dans l'extrême pauvreté recevrait si l'APD totale était répartie de manière égale entre elles au sein d'un group spécifique, tel qu'un group de pays ou une région - la tendance s'inverse. En 2023, les PMA ont reçu trois fois moins d'APD par personne en situation d'extrême pauvreté que les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure (PRITS). Dix ans plus tôt, ils avaient reçu près de deux fois plus. Au cours de la dernière décennie, l'APD par personne en situation d'extrême pauvreté a stagné pour les PMA, tandis qu'elle a augmenté régulièrement pour les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure (PRITI) et les PRITS.
Les tendances régionales montrent des disparités similaires. L'Afrique subsaharienne reçoit les volumes d'APD les plus importants, mais elle reçoit l'APD par personne en situation d'extrême pauvreté la plus faible. En 2021, les pays éligibles à l'APD en Europe ont reçu 45 fois plus d'APD par personne en situation de pauvreté extrême que les pays d'Afrique subsaharienne, et en 2023, l'écart s'est creusé jusqu'à 600 fois plus en raison de l'augmentation spectaculaire de l'APD destinée à l'Ukraine.
Les pays caractérisés par une fragilité élevée ou extrême reçoivent plus d'APD en volume que ceux qui connaissent une fragilité moyenne à faible, et recevaient plus d'APD par personne en situation d'extrême pauvreté jusqu'en 2020. Depuis lors, cependant, l'APD par personne en situation d'extrême pauvreté dans des contextes de fragilité moyenne à faible a progressivement augmenté, et de manière rapide depuis 2022. Cette forte augmentation est largement due à l'aide apportée à l'Ukraine, qui est classée comme un pays présentant une fragilité moyenne à faible, malgré son exposition à une grave fragilité en matière de sécurité, compte tenu de sa forte résilience dans d'autres dimensions de la fragilité, mais la tendance persiste, bien que de manière beaucoup plus modérée, lorsque l'Ukraine est exclue.
L'APD par personne vivant dans l'extrême pauvreté varie considérablement d'un pays à l'autre
Entre 2010 et 2021, l'APD par personne en situation d'extrême pauvreté variait significativement d'un pays à l'autre, mais en 2022-2023, ces disparités se sont considérablement aggravées (mesurées par le coefficient de variation au carré). En 2023, à l'extrémité inférieure du spectre, entre 9 et 60 dollars par personne en situation d'extrême pauvreté ont été alloués à la République populaire démocratique de Corée, l'Angola, l'Inde, le Nigéria, la République démocratique du Congo et Madagascar ; à l'extrémité supérieure, 1,474 million et 329 000 dollars par personne en situation d’extrême pauvreté ont respectivement été alloués à l'Ukraine et la Moldavie. Aucun autre pays n'a reçu plus de 250 000 dollars par personne en situation d'extrême pauvreté entre 2010 et 2023, et seuls six autres pays ont reçu plus de 100 000 dollars.
Une part relativement limitée, et souvent en baisse, de l'APD est consacrée à des secteurs essentiels pour la réduction de la pauvreté et des inégalités
En 2023, l'APD destinée aux secteurs axés sur la pauvreté tels que définis par l'ODD 1.a.1 – santé et éducation de base, approvisionnement en eau et assainissement, services sociaux de base et aide alimentaire – représentait 12,7 % du total de l'APD allouable par secteur (20,5 milliards de dollars), bien en dessous de son pic de 17 % atteint en 2021 sous l'effet des dépenses de santé liées à la COVID-19, et plus proche des niveaux d'avant la pandémie.
Dans les trois dimensions de l'indice mondial de pauvreté multidimensionnelle (IPM) – santé, éducation et niveau de vie – les parts et les volumes d'APD ont diminué ces dernières années. En 2023, les volumes d'APD consacrés à ces dimensions ont atteint leur niveau le plus bas depuis 2015, et leur part a atteint son niveau le plus bas de toute la période 2010-2023.
De même, l'APD consacrée à d'autres objectifs clés liés à la pauvreté et aux inégalités – tels que la protection sociale, la mobilisation des recettes nationales, la justice, la sécurité alimentaire et le travail décent – a également atteint un pic entre 2020 et 2022, avant de connaître une baisse significative en 2023. À l'exception de la sécurité alimentaire, seule une fraction de l'APD sest allouée à ces secteurs.
Enfin, en 2022-2023, 46 % de l'APD des membres du CAD était consacrée à l'égalité des genres et 26 % à l'inclusion des personnes handicapées, soit comme objectif principal, soit comme objectif important. Le soutien à ces politiques publiques est important à l’heure où la discrimination augmente à l'échelle mondiale.