Le marché du travail dans les économies développées est confronté à un défi persistant : comment créer non seulement plus d’emplois, mais aussi des opportunités d’emplois meilleurs et plus équitables. Les femmes continuent de subir des écarts de rémunération et les inquiétudes concernant la sécurité de l’emploi restent répandues.
Un environnement économique qui facilite la création et l’activité des jeunes entreprises – à savoir les entreprises de moins de cinq ans, généralement des start-ups et des petites entreprises – pourrait contribuer à relever ces défis. De récentes analyses de l’OCDE, utilisant des données françaises et portugaises, montrent que, pour des profils de travailleurs similaires, les jeunes entreprises n’offrent ni des salaires plus faibles ni des contrats moins sûrs. Elles contribuent aussi à l’inclusivité du marché du travail en réduisant l’écart salarial femmes-hommes et en recrutant des personnes nées à l’étranger, tout en jouant un rôle clé dans la création d’emplois et l’innovation.
Pour des profils équivalents les jeunes entreprises ne paient pas moins que les entreprises plus établies
Les données montrent que, si les jeunes entreprises semblent payer des salaires moyens plus faibles, cet écart disparaît – voire s’inverse – une fois prises en compte les caractéristiques des salariés et des entreprises. Les jeunes entreprises recrutent souvent des travailleurs plus jeunes et moins expérimentés, ce qui abaisse mécaniquement leur salaire moyen. Mais, à âge, ancienneté et expérience équivalents, les jeunes entreprises paient entre 0,4 % et 0,8 % de plus que les entreprises plus anciennes.
Cette prime salariale pourrait refléter la nécessité pour ces jeunes entreprises de concurrencer leurs pairs plus établis afin d’attirer les talents alors qu’elles font face à un risque économiqueplus élevé et offrent des perspectives de carrière moins diversifiées. Offrir une prime salariale serait ainsi un moyen d’attirer des employés en dépit de cette incertitude et suggère que les politiques de soutien à l’entrepreneuriat ne se font pas au détriment de la rémunération des salariés, et pourraient même l’améliorer.
Les jeunes entreprises offrent aussi des contrats plus sûrs à profil comparable
Bien que les jeunes entreprises soient plus exposées au risque de faillite, elles ont tendance à compenser en proposant des contrats plus stables. À profil de salarié équivalent, elles affichent une plus grande propension à embaucher en CDI plutôt qu’en CDD par rapport aux entreprises plus anciennes.
En France, en prenant en compte les caractéristiques des salariés et les différences sectorielles, la probabilité pour une jeune entreprise de proposer un contrat permanent était supérieur de 3,7 points de pourcentage à celle d’une entreprise plus mature et de 4,3 points au Portugal.
Cela a des implications importantes pour les politiques publiques. Les contrats à durée indéterminée offrent aux salariés une meilleure protection légale, un accès aux avantages sociaux et une stabilité de carrière, ce qui suggère que les jeunes entreprises cherchent activement à compenser l’incertitude par la sécurité contractuelle.
Les écarts de salaire entre femmes et hommes sont plus faibles dans les jeunes entreprises
Bien que la composition de la main-d’œuvre et le contexte institutionnel diffèrent entre la France et le Portugal, les écarts de salaire entre femmes et hommes sont systématiquement plus faibles dans les jeunes entreprises des deux pays. Même en tenant compte de l’âge, de l’expérience, du parcours des salariés et du type d’entreprise, ces différences persistent. À profil comparable, la réduction de l’écart salarial femmes-hommes va de 0,3 à 0,7 point de pourcentage dans les jeunes entreprises.
Cela suggère que, même si les jeunes entreprises n’emploient pas nécessairement plus de femmes, elles peuvent jouer un rôle pertinent pour promouvoir l’équité salariale entre les sexes. Pour les décideurs engagés dans des politiques d’égalité salariale femmes-hommes, encourager le dynamisme entrepreneurial semble donc complémentaire, et non concurrent, des objectifs d’équité.
Perspectives : que peuvent faire les décideurs ?
Renforcer les bases d’un environnement économique dynamique ne favorise pas seulement l’entrepreneuriat, la productivité et la croissance, mais peut aussi conduire à de meilleurs salaires et à des contrats plus sûrs pour les salariés.
Se concentrer sur les axes suivants, tout en continuant à promouvoir des marchés du travail inclusifs, pourrait donc générer un double dividende pour l’emploi et la croissance :
- Renforcer les compétences et le potentiel entrepreneurial en améliorant l’éducation à tous les niveaux, en soutenant la formation à l’entrepreneuriat et en encourageant la collaboration entre universités et entreprises.
- Réduire les obstacles pour les start-ups en facilitant l’accès au financement (y compris les capitaux d’amorçage et de démarrage).
- Créer un environnement favorable aux entreprises en allégeant les charges qui pèsent de manière disproportionnée sur les plus jeunes/petites entreprises, en simplifiant les procédures administratives, en réduisant les contraintes réglementaires, en favorisant la concurrence et en assurant l’efficacité des procédures d’exécution des contrats et de faillite.
Pour des conseils pratiques sur la conception de telles mesures, consultez notre blog compagnon “Comment mieux soutenir les start-ups”. Ce blog présente des options concrètes pour renforcer les écosystèmes entrepreneuriaux et maximiser les bénéfices que les jeunes entreprises apportent aux salariés et à l’économie au sens large.