Allocution du Secrétaire général de l'OCDE, M. Mathias Cormann, à l’occasion du lancement des résultats de PISA 2025, le 8 septembre, 2026.
Seul le prononcé fait foi.
Bonjour ou bonsoir à vous tous qui nous suivez d’un peu partout dans le monde.
Bienvenue à la présentation officielle du rapport PISA 2025 – le rapport du Programme international de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) pour le suivi des acquis des élèves.
L’enquête PISA de l’année dernière a été la plus importante jamais réalisée.
Plus de 760 000 élèves ont pris part aux évaluations, dans 91 pays et économies différents.
Nous n’évaluons pas tous les élèves, mais seulement un échantillon constitué avec soin dans chaque pays, comme on le ferait pour un sondage d’opinion.
Ces 760 000 élèves représentent donc ensemble quelque 33 millions de jeunes de 15 ans scolarisés dans des établissements du monde entier.
Ils ont été évalués en sciences, domaine phare de cette édition, ainsi qu’en compréhension de l’écrit et en mathématiques.
Pour la première fois, le PISA a servi également à évaluer leur manière d’apprendre et de résoudre des problèmes dans le monde numérique.
Qu’en est-il ressorti ?
Un tableau contrasté.
En sciences, les résultats sont restés stables entre 2022 et 2025.
Et c’est une bonne nouvelle. Les scores dans ce domaine étaient en effet en baisse depuis 2009.
Les sciences sont utiles à tous les élèves, quel que soit leur projet de vie.
Elles leur font découvrir les lois de la nature, la manière d’expérimenter des idées et celle de résoudre des problèmes concrets.
Il n’est toutefois pas suffisant d’avoir enrayé la baisse des résultats.
Nous devons regagner le terrain perdu au cours des quinze dernières années.
Quelques pays montrent que cela est possible.
Par rapport à 2022, les scores en sciences ont en effet progressé au Costa Rica, en Slovaquie, au Royaume-Uni et en Türkiye, ainsi que dans 12 autres pays et économies.
La Türkiye, qui se situait autrefois au-dessous de la moyenne OCDE dans ce domaine, est passée au-dessus en l’espace d’une vingtaine d’années.
Le Cambodge a quant à lui gagné 35 points – ce qui représente largement plus d’une année de scolarité – en trois ans seulement.
En mathématiques et en compréhension de l’écrit, en revanche, les nouvelles sont mauvaises.
Les scores, en nette baisse, sont les plus faibles jamais relevés dans le cadre du PISA.
En mathématiques, ils ont chuté de 9 points, entre 2022 et 2025, dans les pays de l’OCDE.
Ce recul équivaut pratiquement à la moitié d’une année de scolarité – et vient s’ajouter au décrochage sans précédent, de 15 points, observé entre 2018 et 2022.
L’effondrement est encore plus net en compréhension de l’écrit : 14 points.
Nous n’avions encore jamais rien vu de pareil entre deux cycles du PISA.
La compréhension de l’écrit est plus importante que tout, car elle est la voie d’accès à toutes les autres matières. Sans maîtrise de la lecture, il ne peut y avoir d’apprentissages solides – ni en sciences, ni en histoire, ni en mathématiques.
D’ailleurs, les pays où la compréhension de l’écrit s’est détériorée le plus nettement sont aussi ceux où le niveau en mathématiques et en sciences a le plus lourdement chuté.
Dans les pays de l’OCDE, un élève sur cinq est désormais peu performant dans chacun des trois domaines d’évaluation.
En 2022, la proportion était d’un sur six.
Ces élèves sont dépourvus des compétences élémentaires qui leur seront pourtant nécessaires pour la suite de leurs études, au travail et dans la vie quotidienne – par exemple, être capable de comprendre un énoncé simple ou de déterminer quel produit est le plus avantageux au supermarché.
Les conséquences excèdent largement le cadre scolaire.
Plus faible est le niveau de compétences, plus faible est la productivité, moindre est l’égalité des chances et plus douloureuse est l’adaptation à un monde que la technologie transforme.
Le déclin dont nous parlons ne remonte pas seulement à la pandémie de COVID-19.
Dans de nombreux pays, les résultats fléchissaient déjà bien avant 2020. Le phénomène auquel nous assistons est plus profond.
En compréhension de l’écrit, l’allongement du temps d’écran et le recul de la lecture plaisir ont coïncidé avec l’érosion des résultats.
Depuis 2022, le pourcentage d’élèves qui passent plus d’une heure par jours sur les réseaux sociaux a augmenté de presque six points.
Nous observons par ailleurs que la « lecture hâtive » gagne du terrain – les élèves lisent l’énoncé de manière précipitée et donnent une réponse rapide, mais fausse. Le pourcentage de ces lecteurs trop pressés a pratiquement doublé par rapport à 2018.
Les outils numériques peuvent être une aide à l’apprentissage – ou un frein.
Tout dépend de la manière de les utiliser.
L’utilisation d’appareils numériques dans le cadre de l’apprentissage scolaire a un effet bénéfique sur les résultats en sciences – jusqu’à un certain point. Au-delà de cinq heures par jour, environ, cet effet commence à s’inverser.
Et lorsque les appareils servent à s’amuser pendant les cours, les résultats dégringolent.
Le manque d’attention est un problème indéniable.
Plus d’un élève sur quatre déclare que ses camarades de classe sont systématiquement ou quasi systématiquement distraits par les appareils numériques en cours de sciences.
L’environnement familial garde encore bien trop d’influence sur les résultats des élèves.
Dans les pays de l’OCDE, les élèves issus de familles aisées ont obtenu, en sciences, un score supérieur de 85 points à celui des enfants de familles modestes.
Cet écart correspond à quatre ans d’apprentissage environ.
Il s’est légèrement resserré entre 2022 et 2025, mais uniquement parce que le niveau des élèves favorisés s’est détérioré – et non pas parce que celui des élèves défavorisés se serait amélioré.
Impossible de parler ici de progrès.
Nous voulons que les uns et les autres fassent mieux.
Pour pouvoir parler de progrès, il faut tirer vers le haut les élèves défavorisés tout en conservant des attentes élevées à l’égard de tous.
C’est précisément ce que certains pays ont fait.
Au cours des dix dernières années, la Türkiye, les Émirats arabes unis, le Monténégro, le Qatar et la Slovaquie sont parvenus à réduire leur pourcentage d’élèves peu performants et à augmenter dans le même temps la proportion de très bons élèves.
Ce qui prouve qu’il est possible d’obtenir simultanément un niveau plus élevé et plus homogène.
Comment redresser la barre ? Six priorités se dégagent.
Premièrement, définir des attentes élevées et cohérentes pour chaque élève.
Enseigner moins de notions, mais les approfondir davantage. Il est préférable de se concentrer sur un éventail réduit de savoirs fondamentaux jusqu’à ce que les élèves les maîtrisent réellement plutôt que d’en survoler un ensemble pléthorique.
Et il faut veiller à ce que le programme, la pédagogie et les évaluations aillent tous dans le même sens.
Deuxièmement, donner aux enseignants ce dont ils ont besoin pour faire de leur mieux.
Les enseignants doivent pouvoir se former en continu – au sujet non seulement des contenus enseignés, mais aussi de la manière de les enseigner.
Les meilleurs d’entre eux peuvent servir de mentors à ceux qui ont besoin d’être aidés davantage.
Il est possible en outre d’alléger le travail administratif – notamment grâce à l’intelligence artificielle (IA) – pour que les enseignants puissent consacrer plus de temps à leurs élèves.
Troisièmement, faire participer les parents.
Le simple fait de demander à son enfant « qu’as-tu fait à l’école aujourd’hui ? » va de pair avec de meilleurs résultats en sciences et une attitude plus positive vis-à-vis de l’apprentissage.
Or cette question est posée de moins en moins souvent.
En 2022, 77 % des élèves déclaraient que leurs parents les interrogeaient sur leur journée de classe au moins une fois par semaine.
En 2025, ils n’étaient plus que 71 %. La baisse est particulièrement franche chez les garçons et chez les élèves issus de milieux défavorisés.
Les établissements scolaires et les pouvoirs publics doivent trouver des moyens nouveaux et originaux de remobiliser les parents.
Quatrièmement, garder nos meilleurs jeunes scientifiques dans le domaine scientifique.
Dans les 91 pays et économies considérés, environ 1.9 million d’élèves ont très bien réussi l’évaluation en sciences.
Or près de la moitié d’entre eux ne se voit pas travailler dans le domaine des sciences, des technologies, de l’ingénierie ou des mathématiques (STIM) à l’âge de 30 ans.
Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre ces jeunes talents.
Il faut à nos économies plus de compétences scientifiques et techniques, non pas moins – surtout dans le contexte du vieillissement démographique.
Les élèves ont besoin d’avoir un enseignement scientifique qui les enthousiasme et d’être mieux renseignés sur ce à quoi les sciences peuvent conduire.
Cinquièmement, apporter toute l’aide possible aux établissements et aux élèves qui en ont le plus besoin.
Dans les pays de l’OCDE, environ quatre élèves sur dix sont scolarisés dans un établissement dont la direction indique que le manque d’enseignants pénalise l’apprentissage.
La pénurie de moyens matériels et de personnel d’appui s’aggrave également – en particulier dans les établissements défavorisés.
Les moyens financiers, les enseignants expérimentés, le personnel d’appui et le matériel pédagogique devraient être affectés en priorité aux établissements dont les élèves rencontrent les difficultés les plus sérieuses.
Sixièmement, utiliser en classe l’IA et les outils numériques avec prudence, discernement et modération.
Les élèves qui utilisent l’IA pour rédiger un texte dans le cadre d’un devoir ont, en moyenne, de moins bons résultats que les autres en sciences.
L’IA a son utilité – par exemple, pour prendre un avis ou pour avoir des exercices personnalisés.
Cependant, on apprend en se confrontant à des questions difficiles et en s’efforçant d’y répondre par soi-même. L’IA devrait accompagner ce travail intellectuel et non s’y substituer.
Il faut également apprendre aux élèves à mettre en doute les affirmations de l’IA : vérifier les éléments factuels, les confronter avec des sources fiables et repérer les réponses erronées ou biaisées.
L’école doit aussi préparer les élèves à saisir les possibilités toujours plus nombreuses offertes par l’IA et l’informatique.
Notre nouveau module d’évaluation sur l’apprentissage dans le monde numérique permet de dresser un premier état des lieux.
Les résultats préliminaires de cette évaluation montrent que nous avons beaucoup à faire. Seuls 64 % des élèves atteignent un niveau que nous considérons comme satisfaisant en résolution de problèmes en contexte computationnel.
Nous publierons les résultats complets, avec les conséquences à en tirer pour l’action publique, en mai 2027.
Pour conclure,
Le PISA 2025 désigne un cap bien clair à nos systèmes éducatifs :
- Mettre l’accent sur la maîtrise des fondamentaux.
- Épauler les enseignants.
- Mobiliser les parents.
- Conserver les jeunes talents dans les domaines scientifiques et technologiques.
- Apporter toute l’aide possible aux établissements et aux élèves qui en ont le plus besoin.
- Utiliser la technologie pour approfondir l’apprentissage, non pour en faire l’économie.
L’OCDE continuera d’aider les pays à apprendre les uns des autres et à convertir ces éléments factuels en politiques meilleures et en pratiques meilleures.
Le déclin n’est pas inéluctable. Les pays qui progressent le plus rapidement nous en donnent la preuve.
Pour inverser le cours de choses, cependant, il faut agir, de manière déterminée et avec discipline.
Je laisse maintenant la parole à Andreas Schleicher, notre Directeur de l’éducation et des compétences, qui vous présentera les résultats en détail.
Je vous remercie de votre attention.
Coopérant avec plus d’une centaine de pays, l’OCDE est un forum stratégique international qui s’emploie à promouvoir des politiques conçues pour préserver les libertés individuelles et améliorer le bien-être économique et social des populations dans le monde entier.