Seul le prononcé fait foi.
Bonjour,
Bienvenue au lancement de ces Perspectives économiques de l’OCDE. La croissance mondiale est restée résiliente, alimentée par les échanges réalisés par anticipation des hausses de droits de douane en début d’année, la vigueur des investissements dans l’intelligence artificielle (IA) et l’orientation expansionniste des politiques macroéconomiques.
Néanmoins, nos Perspectives mettent en exergue des facteurs de fragilité importants qui se profilent à l’horizon :
L’ampleur des restrictions aux échanges, de l’incertitude liée à l’action publique et des préoccupations relatives à la sécurité des chaînes d’approvisionnement ;
L’accentuation des tensions sur les dépenses publiques découlant de l’augmentation des besoins en matière de défense ainsi que des répercussions économiques et budgétaires grandissantes du vieillissement démographique ; et
Les facteurs de vulnérabilité associés à la valorisation élevée des actifs financiers, comme les investissements dans l’IA et les cryptomonnaies.
Nous prévoyons maintenant une croissance du PIB mondial de 3.2 % cette année, qui n’est que légèrement inférieure au taux de 3.3 % enregistré l’année dernière.
L’an prochain, la croissance mondiale devrait refluer à 2.9 %, compte tenu de l’alourdissement des coûts des entreprises dû aux hausses des droits de douane appliqués par les États-Unis et la Chine, qui freinera la croissance des échanges et des investissements.
Pour 2027, nous anticipons un léger rebond de la croissance à 3.1 %, étant donné que les effets des hausses de droits de douane s’atténueront après avoir atteint leur apogée et que l’inflation diminuera.
La croissance des pays de l’OCDE est environ deux fois moins rapide que la croissance mondiale, tandis que la convergence économique dans le reste du monde, en particulier dans les pays émergents d’Asie, reste le principal moteur de l’expansion économique mondiale.
L’activité a été dynamique dans le secteur des technologies, sous l’effet des fortes hausses des investissements consacrés à l’IA et aux autres technologies numériques.
La fabrication de produits informatiques et électroniques a augmenté bien davantage que la production industrielle totale dans les différents pays et régions.
Aux États‑Unis, les investissements technologiques, alimentés en particulier par les importations de produits liés aux technologies de l’information et de la communication (TIC), ont été un moteur essentiel de l’activité économique au premier semestre de cette année.
Les politiques budgétaire et monétaire ont soutenu l’activité.
Le déficit primaire des pays de l’OCDE – c’est-à-dire le déficit budgétaire des administrations publiques hors charges d’intérêts – est toujours nettement plus élevé qu’en 2022.
L’orientation de la politique monétaire s’est assouplie dans la plupart des économies avancées au cours de l’année écoulée, ce qui a fait diminuer les taux débiteurs des banques pour les entreprises et les ménages, étayant la croissance du crédit.
Le taux moyen des droits de douane prévus par la loi appliqués aux marchandises importées aux États-Unis était estimé à 14.9 % en novembre, en nette hausse par rapport au niveau de 2.3 % auquel il s’établissait en janvier, mais en baisse par rapport au taux de 16.0 % mesuré en septembre, du fait de plusieurs nouveaux accords commerciaux.
On cernera plus clairement les effets de ces hausses de droits de douane dans toute leur ampleur depuis le début de l’année à mesure que les entreprises réduiront les stocks qu’elles ont constitués après l’annonce de ces hausses en 2025, et que ces droits de douane plus élevés seront appliqués.
Jusqu’ici, notre estimation du taux de droits de douane appliqué actuellement par les États-Unis, fondée sur les dernières données disponibles concernant les droits de douane enregistrés et les importations, est inférieure au taux prévu par la loi.
Ce qui nous laisse à penser que le recouvrement des droits de douane va probablement augmenter au cours des mois à venir.
La situation des marchés du travail reste relativement tendue, même si l’on observe des signes de détente.
Le nombre d’emplois vacants est retombé au niveau auquel il se trouvait en 2019, avant la pandémie.
Néanmoins, le taux de chômage dans l’ensemble de la zone OCDE s’établissait à 4.9 % au deuxième trimestre et à 5.0 % en septembre, soit un niveau à peine supérieur au point bas record de 4.8 % auquel il était tombé en juin 2023.
D’après nos projections, la croissance du PIB mondial devrait ralentir pour passer de 3.2 % cette année à 2.9 % l’an prochain, avant de rebondir légèrement pour s’établir à 3.1 % en 2027.
Par rapport à nos Perspectives économiques de juin, nos projections ont été revues à la hausse de 0.3 point de pourcentage pour cette année, et sont restées inchangées pour l’année prochaine.
Je vais maintenant me pencher plus spécifiquement sur les évolutions prévues dans certaines économies :
Aux États-Unis, la croissance devrait refluer de 2.0 % cette année à 1.7 % l’an prochain, à mesure que les hausses de droits de douane prendront pleinement effet, tandis que pour 2027, nous prévoyons un léger rebond, à 1.9 %.
Pour l’économie du Japon, nous prévoyons une croissance vigoureuse de 1.3 % cette année, et de 0.9 % en 2026 comme en 2027, grâce à une demande intérieure résiliente.
Dans la zone euro, la croissance devrait s’établir à 1.3 % cette année, à 1.2 % l’an prochain et à 1.4 % en 2027, étant donné que l’accentuation des frictions commerciales devrait être compensée par les dépenses d’investissement financées par la facilité pour la reprise et la résilience et l’accroissement des dépenses de défense.
En Chine, la croissance devrait refluer de 5.0 % cette année à 4.4 % l’an prochain, puis à 4.3 % en 2027, compte tenu de la hausse des droits de douane appliqués aux exportations vers les États-Unis, de la poursuite de l’ajustement du secteur immobilier et de la diminution de l’orientation expansionniste de la politique budgétaire.
L’inflation devrait continuer à refluer progressivement.
Pour la zone OCDE, nous prévoyons une inflation de 4.2 % cette année, de 3.5 % l’an prochain, et de 2.8 % en 2027.
Les États‑Unis constituent une exception à cet égard, sachant que les droits de douane devraient y faire monter l’inflation, de 2.7 % cette année à 3.0 % l’an prochain.
D’ici à la mi-2027, l’inflation devrait revenir vers l’objectif de la banque centrale dans la plupart des grandes économies.
Ces perspectives restent fragiles, compte tenu de risques importants.
Les perspectives d’évolution des échanges et de la politique commerciale sont particulièrement incertaines. On estime que les mesures de restriction des importations de biens adoptées depuis le début de 2009 touchent 16.8 % des importations à l’échelle mondiale, alors que cette proportion s’établissait à 0.6 % en 2009 et à 2.8 % en 2016.
Un renforcement des obstacles aux échanges dégraderait les perspectives de croissance et tirerait probablement l’inflation vers le haut dans les pays imposant des droits de douane.
À l’inverse, des mesures réduisant les obstacles aux échanges et inversant le mouvement de hausse des droits de douane amélioreraient la confiance et soutiendraient l’activité.
Une autre préoccupation fondamentale réside dans la résilience des chaînes d’approvisionnement mondiales, compte tenu de la forte concentration de la production de certains intrants essentiels, notamment des terres rares et des ressources minérales critiques.
Ainsi, la Chine représente à l’échelle mondiale plus de 50 % de l’extraction totale de terres rares et du lithium, et plus de 90 % de l’ensemble de la fabrication d’aimants et du graphite.
Une perturbation soudaine des approvisionnements pour ces intrants essentiels pourrait faire chuter la production dans des secteurs comme l’énergie, l’IA et les technologies de l’information et de la communication, la défense et l’automobile.
L’augmentation des besoins de dépenses – imputable aux impératifs de défense et au vieillissement démographique – accentue les risques budgétaires.
Les pays de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) prévoient de consacrer au moins 3.5 % de leur PIB aux dépenses militaires proprement dites d’ici à 2035.
Le vieillissement démographique devrait faire nettement augmenter le taux de dépendance des personnes âgées dans les pays de l’OCDE considérés dans leur ensemble, de 33 adultes âgés de 65 ans ou plus pour 100 personnes aujourd’hui à 52 en 2050.
Cela aura des conséquences économiques, sociales et budgétaires énormes.
D’après les estimations présentées dans les Perspectives de l’emploi de l’OCDE de cette année, le recul de l’emploi dû au vieillissement démographique réduira le niveau du PIB de 14 % d’ici à 2060 à politiques inchangées.
S’agissant des conséquences budgétaires :
Nous estimons que la perte de croissance économique due au vieillissement démographique se traduirait en 2060 par des recettes fiscales inférieures de 14 % environ au niveau auquel elles s’établiraient en son absence.
D’après des simulations fondées sur le modèle à long terme de l’OCDE, faute de mesures prises par les pouvoirs publics, l’augmentation des dépenses de retraite et de santé imputable au vieillissement démographique fera grimper la dette publique nette de la zone OCDE de 75 % du PIB environ aujourd’hui à 230 % en 2060, alors qu’elle s’établirait à 150 % du produit intérieur brut en l’absence de vieillissement de la population.
Le niveau de valorisation des actifs, en particulier des entreprises technologiques domiciliées aux États-Unis, est élevé, ce qui tient à l’optimisme considérable suscité par l’IA et les gains de productivité qui pourraient en résulter.
Depuis 2020, les anticipations de bénéfices ont augmenté trois fois plus vite dans le secteur technologique que dans les autres branches d’activité.
Si ces anticipations se concrétisaient, la croissance économique pourrait être plus forte que dans nos projections.
En revanche, si les gains attendus de l’IA devaient être moindres qu’on ne l’anticipe ou retardés, un réajustement brutal des prix des actifs pourrait avoir lieu.
La taille des établissements financiers non bancaires – comme les sociétés d’assurance, les fonds de pension, les fonds spéculatifs et les organismes de placement collectif – a sensiblement augmenté au cours des deux dernières décennies.
Certains de ces établissements, notamment les sociétés d’investissement immobilier et les sociétés de développement d’entreprises, sont à la fois caractérisés par un fort effet de levier et moins réglementés que les banques, ce qui les rend vulnérables aux chocs.
L’utilisation des cryptomonnaies a aussi considérablement augmenté.
Ainsi, le volume de transactions en jetons de valeur stable (stablecoins) a plus que doublé de 2023 à 2024.
Les émetteurs de stablecoins sont devenus des détenteurs majeurs de bons du Trésor des États-Unis.
Une perturbation potentielle du marché ou un changement d’attitude des investisseurs vis-à-vis des cryptomonnaies pourrait conduire à des ventes massives de bons du Trésor, qui mettraient à rude épreuve la liquidité du marché des obligations d’État.
Passons maintenant aux priorités de l’action publique.
Un dialogue constructif entre les pays est essentiel pour garantir une dissipation durable des tensions commerciales.
Toutes choses égales par ailleurs, des marchés mondiaux ouverts fonctionnant bien vont de pair avec une amélioration du niveau de vie des populations et un renforcement de la croissance.
Nous devons continuer d’exploiter ces avantages très concrets, tout en nous attaquant aux préoccupations légitimes suscitées par les pratiques commerciales déloyales, les règles du jeu inéquitables, la résilience des chaînes d’approvisionnement, en particulier pour les gammes de produits stratégiques essentielles, et la sécurité économique de manière plus générale.
Nous conseillons vivement à tous les gouvernements de travailler ensemble, de manière bilatérale et multilatérale, afin de trouver les meilleures approches possibles pour que nos régimes d’échanges internationaux soient plus équitables et fonctionnent mieux, d’une manière qui préserve les avantages économiques de marchés ouverts et d’un commerce mondial fondé sur des règles.
Nos simulations par modélisation soulignent les avantages d’une telle collaboration :
Une baisse généralisée à l’échelle mondiale de 1.5 point de pourcentage des taux de droits de douane pourrait se traduire par une augmentation du PIB mondial de près de 0.3 % au bout de 3 ans, tout en réduisant l’inflation annuelle à l’échelle mondiale de plus de 0.2 point de pourcentage au cours des 3 premières années.
Les banques centrales doivent rester vigilantes.
Il est opportun de continuer d’abaisser les taux d’intérêt si l’inflation est fermement ancrée au niveau de l’objectif retenu ou revient vers celui-ci, mais les banques centrales doivent être prêtes à changer de cap en cas de regain de tensions inflationnistes ou de fléchissement inattendu du marché du travail.
Dans la plupart des économies avancées, nous tablons sur une poursuite de la diminution des taux, ou sur leur maintien au même niveau, au cours des prochains trimestres.
Le Japon constitue une exception à cet égard, puisque le taux directeur devrait s’y hisser de 0.5 % à 2 % d’ici à la fin de 2027, tandis que l’inflation s’ancrera plus fermement à l’objectif de la banque centrale.
Compte tenu de l’importance grandissante des établissements financiers non bancaires, le crédit privé – c’est-à-dire les prêts accordés par des établissements non bancaires aux ménages et aux entreprises – a considérablement augmenté, pour s’établir aux alentours de 11 % des prêts bancaires aux entreprises l’année dernière.
Les autorités de réglementation financière devraient assurer une surveillance effective des établissements financiers non bancaires, en collectant des données en temps voulu et en réalisant des tests de résistance pour cerner l’exposition aux risques et atténuer les risques systémiques.
La discipline budgétaire est nécessaire pour s’attaquer au niveau de plus en plus élevé de la dette publique et conserver des marges de manœuvre budgétaires permettant de réagir aux futurs chocs.
L’année dernière, la dette publique de la zone OCDE a représenté 111 % du PIB, alors qu’elle s’établissait à 73 % en 2007.
Au cours de la même période, la dette publique des économies de marché émergentes du Groupe des Vingt (G20) s’est hissée de 54 % à 70 % du PIB.
Le coût du service de la dette publique est également orienté à la hausse.
Les charges d’intérêts des administrations publiques ont augmenté en proportion du PIB dans environ deux tiers des pays de l’OCDE en 2024, pour s’établir en moyenne à 3.3 %.
Les plans budgétaires devraient être axés sur la maîtrise de la croissance des dépenses, l’amélioration de l’efficience des dépenses, le ciblage des prestations sociales sur les personnes qui en ont besoin, et la réaffectation de certaines dépenses à des usages plus propices à l’élargissement du champ des possibles et à la croissance.
Il est essentiel de mettre en œuvre des réformes structurelles ambitieuses pour ouvrir la voie à une amélioration des perspectives de croissance économique.
Le taux de croissance du PIB potentiel par habitant est estimé à 1.4 % dans la zone OCDE cette année, alors que cette estimation se situait aux alentours de 2.2 % à la fin des années 1990.
Les créations d’emplois ont stimulé la croissance ces dernières années, tandis que les contributions des gains de productivité et surtout de l’investissement ont nettement diminué.
Les réformes de la réglementation – qui font l’objet du chapitre spécial de ces Perspectives économiques – peuvent constituer un vecteur particulièrement puissant de renforcement de la croissance.
Pour 37 des 55 pays examinés dans les Perspectives, alléger les formalités administratives et simplifier la réglementation constituent une priorité essentielle.
Réformer la conception et le contrôle de la réglementation et réduire les obstacles à l’entrée dans les secteurs de services sont deux autres priorités d’action qui sont relativement courantes pour les pays considérés.
De nouvelles estimations empiriques de l’OCDE mettent en lumière les gains économiques considérables qui résulteraient d’un assouplissement de la réglementation.
Ainsi, faire converger la réglementation du commerce de détail vers celle des trois pays de l’OCDE où elle est la plus propice au jeu de la concurrence déboucherait sur une hausse de la productivité du travail de 2.3 % dans les pays de l’OCDE considérés dans leur ensemble sur le long terme.
Et un assouplissement de la réglementation des services professionnels se traduirait par un gain de productivité du travail de 1.6 % en moyenne.
En conclusion,
D’après cette édition des Perspectives économiques de l’OCDE, les récents chocs commerciaux et la forte incertitude devraient avoir un effet négatif relativement modeste sur l’économie mondiale au cours des deux prochaines années, même si les facteurs de fragilité sont importants et la croissance restera faible par rapport aux niveaux observés par le passé.
Pour renforcer la croissance économique et améliorer durablement le niveau de vie des populations, les pays doivent agir avec détermination, et coopérer, pour s’attaquer aux risques sous-jacents, préserver la viabilité budgétaire et faire progresser les réformes structurelles.
Je vous remercie de votre attention.
Coopérant avec plus d’une centaine de pays, l’OCDE est un forum stratégique international qui s’emploie à promouvoir des politiques conçues pour préserver les libertés individuelles et améliorer le bien-être économique et social des populations dans le monde entier.