Seul le prononcé fait foi.
Chères et chers participant·e·s,
Chères et chers collègues,
Chères et chers ami·e·s,
Je vous souhaite la bienvenue à la huitième table ronde de l’OCDE sur l’investissement et le développement durable, qui s’inscrit dans le cadre de nos emblématiques « Journées de l’investissement durable ».
Les discussions qui auront lieu aujourd’hui vous offriront l’occasion d’échanger sur les leviers dont disposent les pouvoirs publics pour mobiliser de nouveaux investissements de qualité à l’appui d’une croissance économique plus forte et plus durable.
L’investissement, tant public que privé, a accusé une forte baisse depuis la crise financière mondiale de 2008, en dépit des coûts d’emprunt historiquement bas et des bénéfices élevés réalisés par les entreprises pendant une grande partie de cette période.
Dans les économies avancées, le volume total de l’investissement réel a été, l’an dernier, inférieur de 22 % à son niveau tendanciel d’avant la crise,
et même inférieur de 7 % à celui d’avant la pandémie de COVID-19.
Du côté des entreprises, les investissements dans des actifs corporels, notamment dans des infrastructures et des machines, sont en recul depuis 2000, en proportion du chiffre d’affaires.
Cette évolution a contribué à un ralentissement marqué de la croissance de la productivité et assombri les perspectives de croissance à long terme de nos économies.
La croissance du PIB potentiel par habitant dans la zone OCDE est estimée actuellement à 1.3 %, alors qu’elle s’établissait aux alentours de 2.4 % dans les années 90.
Les incertitudes récentes liées à l’action publique, le durcissement des conditions financières, les tensions géopolitiques et la multiplication des restrictions aux échanges et à l’investissement international pèsent à présent davantage sur la confiance des consommateurs, des entreprises et des investisseurs, assombrissant encore les perspectives de croissance future.
Les données les plus récentes dont nous disposons, publiées la semaine dernière, montrent que les flux mondiaux d’investissement direct étranger étaient inférieurs de 6 % au premier semestre de 2025 à leurs niveaux du premier semestre de 2024.
On assiste à un ralentissement du rythme des opérations transnationales de fusion et d’acquisition, en particulier dans les économies avancées
où la valeur des transactions réalisées pendant le premier semestre de 2025 est en repli de 9 %, et le nombre de transactions conclues de 6 %, par rapport à la deuxième partie de 2024.
Par ailleurs, pour la première fois depuis 2018, l’Indice de restrictivité de la réglementation applicable à l’investissement direct étranger (IDE) élaboré par l’OCDE a attesté une légère augmentation des restrictions l’année dernière.
Celle-ci s’explique par l’instauration de nouvelles restrictions dans des secteurs stratégiques comme l’énergie, les ressources minérales critiques et les services financiers.
La priorité absolue doit rester le retour à davantage de certitude en matière de politique économique et commerciale et à l’apaisement des tensions commerciales par le dialogue et la coopération, pour contribuer à insuffler un élan à la croissance mondiale,
et aussi redynamiser les flux d’investissement dans le monde entier.
Nous conseillons vivement aux gouvernements de tous les pays d’œuvrer plus résolument, aux niveaux bilatéral et multilatéral, à la recherche des meilleures options envisageables pour que les accords commerciaux internationaux conclus soient plus équitables et permettent de mieux préserver les avantages économiques que procurent l’ouverture des marchés et un commerce mondial fondé sur des règles.
L’investissement direct étranger est un puissant moteur de la dynamique des entreprises au niveau national.
Lorsqu’une entreprise reçoit des investissements étrangers, les retombées positives qu’ils génèrent ont souvent un effet stimulant sur la productivité des entreprises qui leur sont proches.
Les entreprises multinationales étrangères, dont les atouts sont leur taille et un meilleur accès à la technologie et au capital, sont aussi plus productives, de 70 % en moyenne, que les entreprises nationales.
En outre, l’investissement direct étranger est un facteur d’innovation, en particulier dans les secteurs de l’économie verte et de l’économie numérique, lesquels ont attiré globalement la moitié des flux mondiaux d’investissements directs étrangers de création entre 2021 et 2024.
Nous devons donc continuer de tirer parti de ces bénéfices bien tangibles que produit l’investissement direct étranger, tout en apportant des réponses à des préoccupations légitimes portant sur l’iniquité des règles du jeu, la résilience des chaînes d’approvisionnement et la sécurité économique.
C’est dans cette optique que l’OCDE apporte un soutien sans équivalent aux responsables de l’action publique en mettant à leur disposition des données, des analyses et des conseils sur l’action à mener fondés sur des données factuelles, ayant trait aux aspects suivants :
Premièrement, nous devons trouver un meilleur équilibre entre la nécessité d’accroître les flux d’investissements étrangers ayant des retombées bénéfiques et celle de prendre en compte des considérations relatives à la sécurité nationale.
La liste des secteurs dans lesquels le filtrage des investissements directs étrangers a été durci s’est allongée au fur et à mesure de la mise en évidence de nouveaux risques pour la sécurité nationale, notamment dans les secteurs de l’énergie, des technologies nouvelles et émergentes et des infrastructures de santé.
Or, nombre de secteurs dans lesquels un examen plus rigoureux des investissements est requis sont également ceux dans lesquels il faut investir davantage.
Si, par exemple, nous voulons atteindre nos objectifs de neutralité carbone d’ici à 2040, il faudra réaliser des investissements dans les énergies propres se chiffrant au total à plus de 4 500 milliards USD à l’échelle mondiale d’ici à 2030. Ce montant équivaut à deux fois et demie celui de l’ensemble des investissements dans les énergies propres réalisés à ce jour.
L’investissement direct étranger est essentiel pour satisfaire ces besoins de financement et pour financer de nouveaux projets de production, de transport et de stockage d’énergies renouvelables et d’électrification des transports.
Les investissements directs étrangers de création ont représenté près de la moitié de l’investissement mondial dans les énergies renouvelables en 2023, soit près du double des 25 % enregistrés en 2015.
Pour aider les pouvoirs publics à mieux concilier la nécessité d’intensifier l’investissement étranger et les considérations liées à la sécurité nationale, l’OCDE a élaboré des « Lignes directrices sur les politiques d’investissement des pays d’accueil relatives à la sécurité nationale » qui contiennent des orientations sur la manière de s’assurer que les mesures de sauvegarde et les dispositifs de filtrage liés à la sécurité nationale sont non discriminatoires, transparents, prévisibles et proportionnés.
Un véritable effort de promotion de l’investissement est également de mise pour aider les entreprises à se conformer aux mesures de protection de la sécurité nationale et à faire face à l’incertitude liée à l’action publique.
Hier, lors de la dixième réunion du Réseau des agences de promotion de l’investissement, les discussions ont porté sur la façon dont ces agences peuvent perfectionner les services rendus aux investisseurs et optimiser leurs stratégies dans l’environnement complexe qui prévaut actuellement.
Deuxièmement, il convient d’instaurer un cadre d’action favorable pour attirer des investissements dans la transformation numérique et l’IA.
Les investissements dans les technologies nouvelles et émergentes sont principalement le fait de grandes entreprises multinationales et sont concentrés sur un nombre limité de marchés, ce qui risque d’accentuer les disparités existantes dues à des écarts entre les niveaux de développement et d’adoption des nouvelles technologies.
Depuis le début de l’année, les États-Unis sont à l’origine de 79 % de l’ensemble des investissements en capital-risque liés à l’IA dans la zone OCDE.
La lourdeur des procédures de filtrage des investissements étrangers, la complexité des cadres juridiques régissant les investissements dans les technologies numériques et le développement insuffisant de l’écosystème des start-ups et de l’IA, entrepreneurs comme investisseurs, sont des obstacles majeurs à l’orientation des flux d’investissement vers d’autres marchés.
Le Cadre d’action de l’OCDE sur les qualités de l’IDE à l’appui de la transformation numérique qui sera publié prochainement regroupera des orientations sur les moyens à mettre en œuvre pour améliorer le plus possible les conditions d’investissement dans la transformation numérique, en s’appuyant sur :
- des politiques de concurrence rigoureuses, des régimes de protection de la propriété intellectuelle et des mécanismes de facilitation des flux transfrontières de données permettant d’assurer l’équité des règles du jeu entre les entreprises,
- des incitations ciblées et des activités de renforcement des capacités pour aider les petites et moyennes entreprises à adopter les technologies, et
- la simplification des processus administratifs et l’amélioration des services de facilitation utilisés pour mettre en relation les investisseurs potentiels et les entreprises nationales.
Troisièmement, il y a lieu de s’assurer que les incitations fiscales à l’investissement sont en phase avec les priorités de développement économique, tout en évitant des mises en concurrence dommageables pour les finances publiques.
Les incitations fiscales sont l’un des dispositifs les plus couramment employés pour attirer l’investissement direct étranger.
L’année dernière, l’ensemble des 70 économies couvertes par la base de données de l’OCDE sur les incitations fiscales à l’investissement, à l’exception de trois, ont accordé au moins une incitation à l’investissement prenant la forme d’une exonération d’impôt.
Si ces mesures sont bien conçues, elles peuvent aider à pallier les défaillances du marché entravant des investissements indispensables pour honorer les priorités des pouvoirs publics, mais dans le cas contraire, elles peuvent se révéler vaines ou préjudiciables à l’équité des règles du jeu, et entraîner de ce fait des coûts budgétaires et économiques non négligeables.
Le Guide pratique consacré aux incitations fiscales à l’investissement, que l’OCDE s’apprête à publier, proposera des conseils, étape par étape, qui seront utiles aux pouvoirs publics, en particulier à ceux des économies en développement et émergentes, aux stades de la conception, de la mise en œuvre, du suivi et de l’évaluation des régimes d’incitations fiscales à l’investissement.
En conclusion,
des initiatives ambitieuses de réforme des politiques et de facilitation de l’investissement s’imposent pour débloquer de nouveaux investissements et, à terme, stimuler la productivité et la croissance, tout en préservant la sécurité nationale et en progressant vers la réalisation de nos objectifs de durabilité.
L’OCDE continuera à cet effet de produire des données et de formuler des recommandations fondées sur des données probantes.
Je vous souhaite à toutes et tous des débats animés, constructifs et fructueux.
Je vous remercie de votre attention.
Coopérant avec plus d’une centaine de pays, l’OCDE est un forum stratégique international qui s’emploie à promouvoir des politiques conçues pour préserver les libertés individuelles et améliorer le bien-être économique et social des populations dans le monde entier.