Seul le prononcé fait foi.
Monsieur le Commissaire Magnus Brunner,
Mesdames et Messieurs, chers collègues,
Je suis ravi de vous accueillir à l’occasion de la présentation officielle des Perspectives des migrations internationales de l’OCDE, la publication annuelle phare de notre Organisation sur les flux et les politiques migratoires.
Je vous remercie, Monsieur le Commissaire Brunner, de votre présence aujourd’hui et de la coopération de longue date entre la Commission européenne et l’OCDE concernant les politiques relatives aux migrations et à l’intégration.
Des politiques judicieuses dans le domaine des migrations et de l’intégration sont en effet des leviers essentiels que les pouvoirs publics peuvent actionner pour combler les pénuries de main‑d’œuvre, tenir compte de certains des effets économiques et budgétaires du vieillissement démographique et favoriser une croissance plus forte et un niveau de vie plus élevé,
tout en faisant face aux pressions qui s’exercent sur les services publics essentiels, comme l’accès à la santé et à l’éducation, ainsi que sur la disponibilité et l’accessibilité financière des logements, qui peuvent être causées par les flux migratoires.
Cette édition des Perspectives livre nos données et analyses les plus récentes, et sert donc de base factuelle aux pays pour définir leurs politiques publiques dans le contexte des grandes tendances à l’œuvre, des principaux défis à relever et des possibilités nouvelles dans le domaine des migrations.
Trois grandes conclusions se dégagent de notre rapport.
D’abord, l’immigration dans les pays de l’OCDE a reculé l’année dernière, mais elle est restée à un niveau historiquement élevé.
Au total, les pays de la zone OCDE ont enregistré 6.2 millions de nouvelles entrées permanentes en 2024.
Ce chiffre est supérieur de 15 % au niveau de 2019, mais inférieur de 4 % à celui de 2023.
L’an dernier, les États-Unis ont enregistré environ un quart du total de l’immigration permanente dans les pays de l’OCDE.
En 2024, le nombre de nouveaux immigrés permanents aux États-Unis a été supérieur de 20 % à celui de 2023, et de 38 % à celui de 2019.
Cette hausse s’explique en partie par une augmentation du nombre de personnes autorisées à séjourner aux États‑Unis pour leur protection, et par un nombre record de réinstallations de réfugiés en provenance de pays de premier asile.
À l’inverse, les nouvelles arrivées à caractère permanent au Royaume‑Uni ont baissé de 41 % en 2024 par rapport à 2023,
sous l’effet d’un net recul de l’immigration de travail après le durcissement des règles d’embauche dans le secteur médicosocial.
L’immigration permanente a aussi baissé dans la plupart des pays de l’UE Membres de l’OCDE : on peut notamment citer -16 % en Italie, -12 % en Allemagne, -3 % en France et -2 % en Espagne.
Pour ce qui concerne les motifs d’immigration dans l’OCDE,
nos données montrent que, dans l’ensemble de la zone, 44 % des nouveaux immigrés permanents ont été admis pour des raisons familiales, c’est-à-dire parce qu’ils ont rejoint des membres de leur famille déjà présents dans le pays d’accueil ou qu’ils ont accompagné un parent travailleur migrant.
Les migrations de travail ont par ailleurs représenté 17 % du total des entrées permanentes, les migrations pour raisons humanitaires 13 %, et 19 % supplémentaires ont concerné les personnes qui se sont déplacées au sein de zones de libre circulation, sans avoir à indiquer de motif, principalement dans l’Espace économique européen.
Intéressons-nous maintenant aux flux d’immigration temporaire.
L’an dernier, 2.3 millions de travailleurs étrangers ont obtenu une autorisation ou un permis de travail temporaire dans les pays de l’OCDE, soit à peu près autant qu’en 2023.
Les pays de l’OCDE ont en outre enregistré 1.9 million de nouveaux étudiants en mobilité internationale, soit 13 % de moins qu’en 2023, quelques-uns des principaux pays d’accueil ayant en effet renforcé les restrictions à la mobilité des étudiants, notamment l’Australie, le Canada et le Royaume-Uni.
Le nombre de nouvelles demandes d’asile dans les pays de l’OCDE a en revanche augmenté de 13 % par rapport à son précédent record de 2023, pour s’établir à 3.1 millions de demandes en 2024.
Ensuite, nos analyses montrent que nous devons faire plus pour offrir aux immigrés de bonnes perspectives d’emploi et leur permettre de réussir sur le marché du travail.
La situation des immigrés au regard de l’emploi était généralement stable l’an dernier dans l’OCDE : 70.9 % d’entre eux occupaient un emploi, soit légèrement moins que les personnes nées dans le pays, dont le taux d’emploi s’élevait à 72.1 %.
L’écart de rémunération entre les travailleurs immigrés et les travailleurs nés dans le pays est toutefois marqué.
D’après nos estimations, dans les 15 pays de l’OCDE pour lesquels des données sont disponibles, les immigrés qui arrivent sur le marché du travail gagnent 34 % de moins que les travailleurs nés dans le pays, si l’on compare des individus du même genre et du même âge.
Le fait que les immigrés travaillent dans des secteurs et des entreprises où les salaires sont peu élevés explique environ les deux tiers de cet écart.
Toutefois, l’écart de rémunération en défaveur des immigrés diminue d’un tiers environ, pour passer de 34 à 21 %, après cinq ans passés dans le pays d’accueil, et de près de la moitié après un séjour de dix ans, à mesure que les immigrés accèdent à de meilleurs emplois au sein de leurs entreprises ou à des entreprises plus rémunératrices et plus productives.
L’écart marqué entre les travailleurs immigrés et les travailleurs nés dans le pays en termes de rémunération, surtout à l’entrée sur le marché du travail, souligne l’importance de reconnaître les titres étrangers, de favoriser l’apprentissage de la langue et de mettre en œuvre des politiques de développement des compétences.
Faciliter la mobilité professionnelle des immigrés, en offrant de meilleurs services d’orientation professionnelle et en mettant davantage d’informations à disposition sur les outils de recherche d’emploi et les besoins de main-d’œuvre à l’échelon local, permettrait de relever les rémunérations et d’améliorer la qualité des emplois.
Enfin, les immigrés jouent un rôle de plus en plus important en contribuant à combler les pénuries de main-d’œuvre dans le secteur de la santé.
Avec le vieillissement démographique, la demande de personnels de santé augmente ; c’est pourquoi les pays ont relancé la formation et le recrutement de professionnels de la santé, y compris depuis l’étranger.
Dans les 30 pays de l’OCDE pour lesquels des données sont disponibles, 22 % des médecins et 17 % des infirmiers sont nés à l’étranger.
En Australie, au Luxembourg et en Nouvelle-Zélande, ce sont plus de la moitié des médecins qui sont nés à l’étranger.
Ce phénomène résulte de la hausse considérable enregistrée ces vingt dernières années : en effet, entre 2000 et 2021, le nombre de médecins et d’infirmiers nés à l’étranger a augmenté respectivement de 86 % et de 136 % dans les pays de l’OCDE.
C’est en Allemagne, au Royaume-Uni et aux États-Unis que le nombre de professionnels de santé étrangers a le plus augmenté en chiffres absolus.
Les politiques migratoires ont évolué de façon à faciliter le recrutement à l’international dans le secteur de la santé.
Les pays ont en effet recours à des listes de métiers en tension, à des accords bilatéraux spécifiques en matière d’emploi et à des voies d’entrée dédiées pour faciliter les admissions de professionnels de santé.
Pour accélérer encore l’entrée sur le marché du travail des professionnels de santé formés à l’étranger, il faut faire plus pour simplifier les procédures d’évaluation et de reconnaissance des titres étrangers, qui demeurent souvent longues et complexes.
Une coopération internationale étroite est en outre essentielle pour combler les pénuries mondiales de personnels de santé et s’assurer que les flux d’émigration ne créent pas de pénuries dommageables dans les pays à faible revenu.
Un bon exemple est l’initiative de l’Union européenne de mettre en œuvre des partenariats destinés à attirer les talents, qui a été annoncée dans le Pacte de l’UE sur la migration et l’asile et qui vise à stimuler la mobilité internationale de la main-d’œuvre en apportant des avantages à la fois aux pays d’accueil et aux pays d’origine.
Ces partenariats non seulement facilitent la reconnaissance des diplômes, mais favorisent aussi les possibilités de formation, l’intégration des travailleurs immigrés en Europe et la réintégration des migrants de retour dans leur pays d’origine avec de nouvelles compétences.
En conclusion,
la nouvelle édition des Perspectives des migrations internationales met en évidence un niveau toujours élevé de l’immigration dans les pays de l’OCDE et présente les moyens dont disposent les pouvoirs publics pour gérer efficacement ces flux.
L’OCDE mettra à profit ces éléments probants et continuera de fournir de nouvelles analyses aux responsables de l’action publique pour étayer leurs travaux, notamment dans le cadre de notre coopération étroite avec la Commission européenne.
Par exemple, nous présenterons officiellement l’année prochaine nos indicateurs les plus récents sur l’intégration des immigrés dans les pays de l’UE et de l’OCDE, ainsi que de nouveaux éclairages sur les cadres de gouvernance à l’appui des politiques d’intégration, et des recommandations clés sur la meilleure façon de gérer les migrations de travail.
Nous nous réjouissons à l’idée de continuer à travailler de concert à l’optimisation des politiques migratoires, en vue d’améliorer les perspectives offertes aux immigrés, d’offrir des services publics de qualité, d’assurer la santé des populations et de renforcer la croissance.
Je vous remercie.
Coopérant avec plus d’une centaine de pays, l’OCDE est un forum stratégique international qui s’emploie à promouvoir des politiques conçues pour préserver les libertés individuelles et améliorer le bien-être économique et social des populations dans le monde entier.