Seul le prononcé fait foi.
Madame la Première Dame Nausėdienė,
Mesdames, Messieurs les conjoints des chefs d’État et de gouvernement présents aujourd’hui,
Madame la Première ministre Inga Ruginienė, Mesdames et Messieurs les ministres, Mesdames et Messieurs, chers participants, chers collègues et chers amis,
Je vous remercie de votre accueil chaleureux à Vilnius et de votre invitation à intervenir à l’occasion de ce Sommet, placé sous le thème « Construire l’avenir démographique de l’Europe en investissant dans les familles et les enfants ».
L’avenir de nos sociétés et de nos économies dépend de notre capacité à investir dans les familles, les jeunes et les enfants.
Il est vrai que ces investissements contribuent à assurer le bien-être individuel, familial et social, mais ils jettent aussi les bases de la croissance économique, de la cohésion sociale et de l’équité entre les générations pour demain.
En apportant un soutien aux familles, aux jeunes et aux enfants, nous contribuons à assurer la sécurité économique, à accroître le taux d’activité, à réduire la pauvreté des enfants et des familles et à doter les enfants et les jeunes des compétences essentielles pour réussir tout au long de la vie.
Les politiques publiques qui facilitent l’emploi des parents et l’accès aux services d’éducation et d’accueil des jeunes enfants se traduisent par des revenus plus élevés pour les ménages et une stabilité économique globale.
Les investissements ciblés sur les familles et les enfants vulnérables non seulement réduisent considérablement le risque de pauvreté, en particulier pour les familles monoparentales, mais ils favorisent également l’égalité des chances.
Il faut investir pour veiller à ce que chacun puisse accéder aux meilleures possibilités en matière d’éducation et sur le marché du travail, aujourd’hui comme demain. Faire en sorte que chacun ait toutes les chances de vivre pleinement sa vie, en contribuant à l’intérêt commun.
Il faut investir pour conserver une main-d’œuvre en bonne santé, dynamique et d’âges divers, qui soit à la fois productive et tournée vers l’innovation.
Il faut investir pour jeter les bases de la croissance économique sans compromettre la viabilité budgétaire.
Et il faut investir pour faire face à certains des changements structurels qui transforment nos économies et nos sociétés.
Aujourd’hui dans les pays de l’OCDE, les taux de natalité sont inférieurs de plus de moitié à ce qu’ils étaient il y a soixante ans.
Le taux de fécondité diminue en moyenne dans les pays de l’OCDE, et il est passé de 3.3 enfants par femme en 1960 à 1.5 enfant en 2022.
En Lituanie, il est même inférieur, s’établissant à 1.3 enfant par femme, contre 2.4 en 1960.
À l’exception d’Israël, les taux de natalité des pays de l’OCDE, y compris des pays Membres européens, sont inférieurs au niveau requis pour maintenir une population constante.
S’agissant de la santé physique à la naissance, les données issues du Panorama de la santé de l’OCDE, qui est paru jeudi dernier, témoignent des progrès considérables accomplis dans la réduction de la mortalité des très jeunes enfants.
Le taux de mortalité infantile dans les pays de l’OCDE, c’est-à-dire la proportion d’enfants qui décèdent avant leur premier anniversaire, a reculé pour passer de 3.7 % en 1960 à 0.4 % en 2023.
L’évolution a été tout aussi positive en Lituanie, où le taux de mortalité infantile s’élevait à 0.3 % l’année dernière, ce qui est inférieur à la moyenne de l’OCDE et en net recul par rapport aux 3.8 % enregistrés en 1960.
Pour autant, ce Sommet et la Journée mondiale de la prématurité nous rappellent que les naissances prématurées et les naissances d’enfants de faible poids restent un défi de taille.
En 2019, l’année la plus récente pour laquelle nous disposons de données comparables à l’échelle de l’ensemble des pays de l’OCDE, 7.5 % de toutes les naissances vivantes étaient prématurées, c’est-à-dire à moins de 37 semaines de grossesse.
Elles sont en fait en légère hausse par rapport aux 6.9 % enregistrés en 1990.
Les enfants nés avant terme sont davantage exposés à certains risques pour la santé, notamment aux troubles respiratoires et cardiaques après la naissance, aux difficultés d’apprentissage ou aux maladies chroniques à l’âge adulte.
De même, la proportion d’enfants pesant moins de 2.5 kg à la naissance a aussi légèrement augmenté dans les pays de l’OCDE, passant de 6.3 % en 2000 à 6.7 % en 2023.
Il est de notre responsabilité commune d’investir dans la santé des enfants et des familles.
C’est aussi un impératif pour les pouvoirs publics compte tenu des retombées économiques, budgétaires et sociales du vieillissement démographique.
Le Panorama des pensions de l’OCDE, qui sera publié jeudi prochain, met en lumière l’ampleur de l’augmentation attendue des taux de dépendance des personnes âgées.
Il y a 25 ans, en 2000, on comptait 22 adultes âgés de 65 ans et plus pour 100 personnes d’âge actif dans les pays de l’OCDE.
Aujourd’hui, en 2025, ils sont au nombre de 33 pour 100 personnes d’âge actif.
Et dans 25 ans seulement, ce nombre aura encore augmenté pour atteindre 52 pour 100 personnes d’âge actif, ce qui signifie que la population des 65 ans et plus représentera alors plus de la moitié de la population d’âge actif.
Les conséquences économiques, sociales et budgétaires du vieillissement démographique sont considérables.
Nous estimons que le recul de l’emploi induit par le vieillissement démographique débouchera sur un PIB par habitant inférieur de 14 % à ce qu’il aurait été autrement, ce qui aura des répercussions notables sur les niveaux de vie.
Pour ce qui est des retombées budgétaires, un ralentissement de la croissance est synonyme de baisse des recettes pour l’État alors même que les dépenses publiques devront augmenter dans les domaines de la santé, des soins de longue durée et des retraites du fait du vieillissement de la population.
Selon notre évaluation, une baisse du PIB et un ralentissement de sa croissance sous l’effet du vieillissement démographique entraîneraient en effet une réduction de 14 % des recettes fiscales d’ici à 2060 par comparaison avec un scénario de statu quo.
Au cours des quinze prochaines années, si les paramètres actuels de la politique publique restent inchangés, nous estimons que l’augmentation des dépenses relatives aux pensions sous l’effet du vieillissement démographique entraînera une hausse du niveau moyen de la dette publique correspondant à 10 % du PIB et une augmentation des dépenses de santé et de soins de longue durée équivalant à 9 % du PIB.
Pour soutenir les familles, promouvoir le bien-être des enfants et faire face au vieillissement de la population, quatre grandes priorités d’action se dessinent.
Premièrement, il convient de dispenser un accompagnement complet aux familles, notamment pour la garde des jeunes enfants.
Les politiques qui permettent de concilier vie professionnelle et vie familiale peuvent réduire les coûts associés aux enfants, faciliter les prises de décision des parents, et faire en sorte que l’aide aux familles soit à la hauteur des avantages que représentent les enfants pour la société.
Le Panorama de la société publié l’année dernière par l’OCDE mettait en évidence une corrélation statistiquement significative entre les investissements dans l’éducation et l’accueil des jeunes enfants, le congé parental et les allocations familiales d’une part, et des taux de natalité plus élevés de l’autre.
Les politiques familiales ont aussi un effet positif sur l’emploi et le temps de travail des parents, en particulier des femmes.
En parallèle, il est important d’améliorer l’accessibilité financière du logement pour épauler les ménages désireux d’avoir plus d’enfants.
Les coûts locatifs ont augmenté plus rapidement que les revenus des ménages depuis 15 ans dans 14 des 19 pays européens de l’OCDE pour lesquels on dispose de données.
Deuxièmement, il faut améliorer la santé néonatale et infantile.
Face aux conséquences des naissances prématurées et d’enfants de faible poids, et pour améliorer la santé des enfants, des mesures ciblées peuvent être utiles.
L’accès rapide à des soins prénatals, postnatals et pédiatriques de qualité permet, à moindre coût, de prévenir les problèmes graves et de limiter les dépenses de santé ultérieures pendant l’enfance et à l’âge adulte.
Troisièmement, il faut améliorer les résultats sur le plan de l’éducation.
Pour assurer la croissance, la mobilité sociale fondée sur le mérite et l’égalité des chances et offrir aux jeunes de meilleures perspectives d’emploi, il est fondamental d’investir dans un enseignement scolaire de qualité et un passage sans heurts de l’école à la vie active.
Notre Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) met en évidence une baisse significative des résultats des élèves dans les pays de l’OCDE entre 2018 et 2022.
Les résultats aux tests des élèves de 15 ans ont reculé d’un niveau équivalant à neuf mois de scolarité en mathématiques, et à 6 mois de scolarité en compréhension de l’écrit.
Les enseignants qualifiés sont l’un des piliers de la performance des systèmes éducatifs, comme en témoignent les conclusions de la dernière Enquête internationale sur l’enseignement et l’apprentissage de l’OCDE.
Il faut continuer de renforcer la formation des enseignants et les outils à leur disposition, y compris ceux qui sont fondés sur l’IA et d’autres technologies numériques, afin de veiller à ce que les élèves acquièrent les compétences requises dans des économies et des marchés du travail en mutation.
Enfin, il faut s’attaquer aux conséquences économiques et budgétaires de la baisse des taux de natalité.
Dans la mesure où nous vivons plus longtemps et en meilleure santé, nous devons travailler plus longtemps.
Pour pallier les effets négatifs sur les taux d’activité, et donc sur la productivité, il est impératif de relever l’âge effectif de la retraite et d’offrir davantage de possibilités de travailler plus longtemps, en limitant les contre-incitations à la poursuite de la vie active dans les régimes de retraite.
Il est aussi essentiel de poursuivre les réformes réglementaires propices au jeu de la concurrence et d’investir davantage dans les infrastructures, les équipements et les technologies sources de gains de productivité, notamment l’IA et d’autres technologies numériques, pour permettre à un plus petit nombre de travailleurs de faire plus en moins de temps.
Et sur le plan budgétaire, compte tenu de la part croissante de personnes de 65 ans et plus par rapport à la population d’âge actif, il n’y a en réalité que trois possibilités pour assurer la viabilité financière des régimes de retraite : augmenter les cotisations, cotiser plus longtemps ou accepter des revenus moindres à la retraite. Alors que nous vivons plus longtemps et en meilleure santé, allonger la vie active et la durée de cotisation semble être le moyen le plus réaliste de faire face à l’impact du vieillissement démographique sur la viabilité financière des régimes de retraite.
L’OCDE continuera d’accompagner étroitement les pays dans les efforts qu’ils déploient pour faire face à la baisse des taux de natalité et au vieillissement démographique, et pour améliorer le bien-être des enfants.
Ainsi, le Centre OCDE de Crète sur les dynamiques démographiques, fondé en 2023, mène des travaux de recherche et formule des conseils axés sur l’action publique concernant les problématiques démographiques et leurs effets sur la prospérité économique.
Nous préparons en outre une « Recommandation sur la promotion du bien-être des enfants en période de mutations profondes », qui contient des orientations pratiques sur le bien-être des enfants fondées sur les expériences en matière d’action publique de l’ensemble des pays de l’OCDE.
En conclusion, il nous faut, pour nous adapter au vieillissement démographique et à la baisse des taux de natalité et pour apporter un soutien aux familles, agir dans les domaines des politiques économiques et familiales, mais aussi de la santé, de l’éducation et des retraites.
Ce Sommet est l’occasion d’échanger des vues sur la manière d’optimiser nos investissements dans ces outils afin d’obtenir les meilleurs résultats pour nos enfants, et, en fin de compte, assurer notre avenir commun.
Je me réjouis à la perspective de participer à ces échanges positifs et constructifs, et je vous remercie de votre attention.
Coopérant avec plus d’une centaine de pays, l’OCDE est un forum stratégique international qui s’emploie à promouvoir des politiques conçues pour préserver les libertés individuelles et améliorer le bien-être économique et social des populations dans le monde entier.