Seul le prononcé fait foi.
Monsieur le Président,
Chers et chères collègues,
Chères et chers ami·e·s,
Je vous remercie de m’avoir invité, à l’occasion du Forum annuel de l’ASIC, à m’exprimer sur la manière dont l’Australie peut s’orienter dans un monde en évolution constante, et sur ce qui constitue le socle solide d’un système financier performant propre à développer l’investissement, la productivité et la croissance.
La dernière édition des Perspectives économiques intermédiaires de l’OCDE, publiée en septembre, montre que malgré le niveau élevé des incertitudes liées à l’action publique, l’économie mondiale a continué de faire preuve de résilience tout au long du premier semestre de l’année.
Toutefois, des données récentes laissent entrevoir un essoufflement de la dynamique de croissance au niveau des échanges, de la production industrielle, des marchés du travail, de la confiance des consommateurs et des ventes au détail.
Selon nos projections, la croissance mondiale devrait se replier à 2.9 % l’année prochaine, tandis que les risques de divergence par rapport aux perspectives restent orientés à la baisse.
Pour l’Australie, nous tablons sur une croissance de 1.8 % cette année et de 2.2 % l’année prochaine, en hausse par rapport aux 1.1 % enregistrés l’année dernière.
De nouvelles augmentations des obstacles aux échanges, ou une incertitude prolongée liée à l’action publique, pourraient freiner encore l’investissement, la consommation et, partant, la croissance.
Cela est particulièrement vrai pour une économie ouverte, tournée vers le monde et axée sur les exportations comme l’est l’Australie.
Ce qui arrive à l’économie mondiale est important pour l’Australie.
C’est pourquoi elle devrait avoir comme objectif prioritaire de continuer à s’engager dans un dialogue constructif et dans la coopération internationale, afin d’aider à retrouver un meilleur niveau de prévisibilité de l’action publique et de stabilité.
De fait, nous conseillons vivement à tous les gouvernements, en particulier à ceux des démocraties de marché, de travailler de manière encore plus déterminée, à l’échelle bilatérale et multilatérale, afin de trouver les meilleures approches possibles pour améliorer l’équité et le fonctionnement de nos régimes d’échanges internationaux, en veillant à préserver les avantages économiques associés à des marchés ouverts et à un commerce mondial fondé sur des règles.
L’ouverture des marchés offre de réels avantages : croissance plus forte, revenus plus élevés, choix plus nombreux et plus judicieux, baisse des coûts et amélioration des niveaux de vie.
Cependant, nous devons aussi prendre acte de certaines des préoccupations réelles et légitimes qui ont été soulevées concernant certains aspects du fonctionnement pratique des accords commerciaux internationaux.
Un système commercial mondial équitable et stable, fondé sur des règles, doit permettre de trouver comment mieux remédier aux déséquilibres et aux distorsions, faire face à des pratiques déloyales et s’attaquer aux vulnérabilités des chaînes d’approvisionnement, tout en préservant l’ouverture des marchés.
Plus largement, l’Australie, comme d’ailleurs tous les pays de l’OCDE, doit progresser dans la mise en œuvre de réformes destinées à renforcer les perspectives de croissance à long terme, en berne depuis quelque temps.
Il s’agit notamment de redynamiser la croissance de la productivité.
Bien que le niveau de la productivité du travail de l’Australie, d’environ 70 USD de l’heure l’année dernière, soit légèrement supérieur à la moyenne OCDE, qui est de 66 USD de l’heure, il est très inférieur à celui des États‑Unis, de 98 USD de l’heure, et à ceux de l’UE et du Royaume-Uni (respectivement 73 USD et 74 USD de l’heure).
En outre, à 0.5 % par an entre 2010 et 2024, la croissance de la productivité du travail en Australie est inférieure à la moyenne déjà comparativement faible de l’OCDE, qui s’établit à 0.9 %.
L’Australie peut, et doit, mieux faire.
La faiblesse relative des gains de productivité en Australie s’explique en partie par une progression de l’investissement public et privé (1.8 %) plus modeste que celle enregistrée dans la zone OCDE (2.5 %) sur cette période.
La part de l’Australie dans les fonds propres levés grâce à des introductions en bourse au niveau de l’ensemble de l’OCDE est tombée de 4 % entre 2011 et 2020 à 1.9 % sur la période 2020-2024.
Des analyses faites par l’OCDE montrent que les levées de fonds imputables à des fonds de capital-investissement axés sur l’Australie ont sensiblement ralenti au cours des deux dernières années, après avoir atteint un pic en 2022.
Selon nous, plusieurs possibilités s’offrent à l’Australie pour renforcer l’investissement et la dynamique des marchés financiers à un horizon de moyen à long terme.
Elle doit aussi évaluer la compétitivité internationale de son cadre réglementaire et des paramètres de sa politique fiscale.
Premièrement, il lui faut réduire les charges administratives et les coûts supportés par les entreprises cotées.
Le nombre de sociétés cotées sur les marchés australiens a diminué ces quatre dernières années.
Entre 2021 et 2024, le nombre d’entreprises radiées de la cote a été supérieur à celui des entreprises introduites sur les marchés boursiers australiens, aboutissant à une diminution nette de 30 lignes de cotation.
L’initiative de l’ASIC annoncée en juin de cette année, qui vise à raccourcir le délai entre l’annonce d’une introduction en bourse et son lancement grâce à l’examen informel de la documentation avant sa soumission, constitue une mesure de facilitation bienvenue.
Ces efforts devraient s’accompagner d’un assouplissement des obligations relatives aux prospectus au bénéfice des entreprises de taille plus modeste, par exemple en les remplaçant par des documents d’information simplifiés, comme c’est déjà le cas dans d’autres pays de l’OCDE.
Il faudrait également réduire les frais de cotation supportés par les petites entreprises, qui sont parmi les plus élevés de ceux pratiqués dans des économies comparables à l’Australie.
Ainsi, pour une introduction en bourse d’une valeur de 10 millions USD, les entreprises australiennes doivent acquitter des frais de 0.24 %, contre 0.05 % en Chine et 0.07 % en France.
Deuxièmement, il faut continuer de stimuler la concurrence dans le secteur financier.
En raison d’importants obstacles à l’entrée, de nouveaux acteurs numériques innovants dans la banque et les services de paiement n’arrivent pas à atteindre l’échelle qui leur permettrait de rivaliser avec les grandes banques australiennes en place - d’ailleurs, les quatre plus grands établissements du pays détiennent plus de 75 % des principaux marchés de la banque de détail.
Renforcer les obligations de portabilité des données, recourir davantage à des bacs à sable réglementaires et mieux proportionner les obligations en matière d’agrément dans le secteur des paiements sont autant de mesures qui faciliteraient l’entrée de nouveaux acteurs sur le marché, abaisseraient les coûts pour les consommateurs et renforceraient plus généralement la dynamique du secteur financier australien.
Troisièmement, une plus forte mobilisation des investisseurs institutionnels s’impose pour financer des projets à long terme, notamment dans les infrastructures.
Avec des actifs représentant 135 % du PIB, les fonds de pension australiens se classent parmi les plus gros systèmes de retraite par capitalisation de la zone OCDE.
Ils constituent une source majeure de financement des projets d’infrastructures en Australie, et environ la moitié de leurs investissements sont destinés à des projets et des actifs nationaux.
L’Australie a la possibilité d’aller encore plus loin dans la mobilisation de nouveaux financements institutionnels dans des projets d’infrastructure, en particulier en :
- mettant en place des réserves de projets d’infrastructures plus complètes, plus transparentes et davantage inscrites dans la durée, accompagnées d’informations détaillées sur les projets, de façon à étayer la prise de décision des investisseurs ;
- continuant d’adapter les instruments de financement des infrastructures aux attentes des fonds de pension en termes de risques et de calendriers ; et
- en veillant à garantir la stabilité réglementaire dans des secteurs en évolution rapide comme les énergies renouvelables.
Le quatrième axe d’action consiste à favoriser une utilisation sûre, sécurisée et digne de confiance de l’IA dans la finance, tout en protégeant les consommateurs et les marchés.
D’après les dernières estimations de l’OCDE, les gains de productivité attendus de l’adoption de l’IA dans le secteur financier sont parmi les plus élevés tous secteurs confondus : ils y représenteront en effet 12 % de la hausse de la productivité dans les économies du G7 au cours des dix prochaines années.
Les technologies utilisant l’IA permettent déjà de réaliser d’importants gains d’efficience dans la gestion d’actifs et de titres, notamment d’optimiser la gestion de portefeuille, d’automatiser les transactions et de fournir des analyses de risques plus précises.
Dans le même temps, l’utilisation de l’IA générative amplifie les risques de fraude et d’escroquerie financières ainsi que de cyberattaques, entre autres préoccupations auxquelles sont confrontés consommateurs et entreprises.
L’utilisation de l’IA sur les marchés financiers peut également en accentuer la volatilité si un nombre important de participants s’appuient sur des modèles similaires, générant une convergence des stratégies de négociation et des boucles de rétroaction entre les modèles.
L’OCDE encourage le dialogue et fournit des analyses pour aider les pays à faire en sorte que leurs cadres de surveillance permettent bien de réglementer l’utilisation de l’IA dans le secteur financier, notamment de promouvoir l’innovation tout en gérant les risques potentiels.
Nous soutenons également l’échange de bonnes pratiques en matière d’utilisation d’outils fondés sur l’IA pour améliorer la supervision des marchés de capitaux.
Enfin, pour stimuler l’investissement et, par là même, la productivité et la croissance, l’Australie devrait reconsidérer son modèle de fiscalité des entreprises, et notamment la manière dont il se compare à celui d’autres économies plus productives comme les États-Unis et le Royaume-Uni.
En conclusion,
les perspectives de croissance à long terme de l’Australie, comme celles de nombreux autres pays membres de l’OCDE, dépendront du relèvement de la productivité et de la mobilisation de nouveaux investissements dans les activités commerciales et l’innovation.
La bonne nouvelle, c’est que nous disposons déjà de tous les outils pour y parvenir, et à cet égard, une politique saine vis-à-vis des marchés de capitaux peut jouer un rôle déterminant.
L’OCDE est à même d’apporter aux responsables de l’action publique et aux autorités de réglementation les éléments dont ils ont besoin pour utiliser ces outils, en leur fournissant une base d’éléments de comparaison factuels et en favorisant l’échange de données d’expérience et la coopération.
L’Australie occupe une place majeure dans ces efforts, et nous nous réjouissons à la perspective de poursuivre nos relations productives avec l’ASIC et d’autres parties prenantes.
Je vous souhaite à toutes et tous des débats animés, constructifs et fructueux dans le cadre du Forum.
Coopérant avec plus d’une centaine de pays, l’OCDE est un forum stratégique international qui s’emploie à promouvoir des politiques conçues pour préserver les libertés individuelles et améliorer le bien-être économique et social des populations dans le monde entier.