Seul le prononcé fait foi.
Madame la sénatrice Michaelia Cash, ma chère amie et ancienne collègue,
Madame la Présidente Heather Smith,
Mesdames et Messieurs, chers invités, chers amis,
Je vous remercie de m’avoir invité à prendre la parole à l’occasion de la Conférence nationale de l’Australian Institute for International Affairs pour vous livrer quelques éléments de réflexion au sujet de ce que l’avenir réserve aux institutions multilatérales compte tenu de la conjoncture mondiale incertaine et difficile que nous connaissons à l’heure actuelle.
Le monde fait face à des défis qui se multiplient ; or, notre capacité à relever ces défis de manière collective est de plus en plus souvent mise à l’épreuve.
Les principes mêmes sur lesquels l’ordre multilatéral s’est construit au sortir de la dernière guerre – le dialogue, la confiance et la recherche de solutions concertées aux problèmes – font l’objet d’une remise en cause que nous aurions eu peine à imaginer il y a 10 ans encore.
De la fragmentation géopolitique au rythme effréné du changement, le paysage dans lequel nous évoluons se caractérise par une complexité et une interdépendance plus fortes que jamais,
et les institutions créées afin de régir la coopération internationale sont sommées de s’adapter – sous peine de perdre leur raison d’être.
Nous vivons en effet une période de profonds changements.
Les perspectives de croissance à long terme changent, en raison d’investissements relativement faibles et d’une progression insuffisante de la productivité dans les économies avancées et émergentes au cours des deux dernières décennies.
La démographie change : le vieillissement de la population transforme nos marchés du travail ainsi que nos systèmes de retraite et de protection sociale, et pèse lourdement sur les finances publiques partout dans le monde.
La technologie change, en particulier avec l’IA qui ouvre des perspectives fabuleuses à la croissance, à l’innovation, aux gains d’efficience et à l’amélioration des services publics, mais qui s’accompagne aussi de risques nouveaux et en constante évolution ainsi que de possibles bouleversements qu’il faudra savoir contenir.
Les économies et les sociétés changent, sous l’effet du changement climatique et des mesures qui s’imposent pour lui faire face de manière plus efficace et plus cohérente à l’échelle mondiale.
Enfin, la structure des échanges mondiaux change elle aussi, en raison de la montée du protectionnisme, qui se double d’inquiétudes entourant les pratiques commerciales déloyales, les règles du jeu inéquitables, la sécurité des approvisionnements et la sécurité économique, sur fond de remise en question plus générale des bienfaits que peuvent procurer l’ouverture des marchés et le commerce mondial fondé sur des règles.
Pour faire face à tous ces changements, le système multilatéral qui, depuis des décennies, a été le ressort de la stabilité, de la prospérité et de la coopération internationales, va devoir s’adapter.
Le fait est que le multilatéralisme n’est jamais allé de soi – en ce sens qu’il exige des gouvernements nationaux, qui doivent des comptes à l’électorat sous-jacent, de faire des compromis dans la recherche de solutions efficaces à des défis plus vastes, d’envergure planétaire, et communs.
Et le multilatéralisme n’a jamais eu vocation à demeurer figé.
Il est appelé au contraire à se renouveler – pour mieux répondre aux besoins de sociétés qui évoluent et intégrer les valeurs qui nous unissent par-delà les frontières.
Et ce renouvellement est aujourd’hui plus urgent qu’à aucun moment dans l’histoire récente.
Qu’est-ce à dire ? D’abord et avant tout, que nous devons rétablir la confiance et la foi en la capacité des institutions multilatérales de parvenir à des progrès tangibles qui profiteront à tout un chacun.
À l’heure où le monde ne croit plus trop en elle, la coopération internationale doit faire la preuve de son efficacité concrète – à travers des échanges plus justes, ouverts et basés sur des règles, une croissance partagée, la connectivité numérique et des trajectoires de neutralité carbone à la fois efficaces et justes au niveau mondial.
L’OCDE cherche à contribuer à ce renouveau en promouvant l’ouverture, l’adoption de stratégies fondées sur des éléments factuels et éclairées par des données, ainsi que les partenariats et la coopération.
Le multilatéralisme du XXIe siècle devra, en outre, être plus inclusif à l’échelle mondiale – et pour cela répondre non seulement aux attentes des économies avancées, mais aussi à celles des économies émergentes et en développement qui sont leurs partenaires.
Les réponses aux défis liés à la fracture numérique, à la résilience des chaînes d’approvisionnement et à la transition écologique ne peuvent être apportées par une minorité ; elles devront être le fruit de la collaboration du plus grand nombre.
Voilà pourquoi l’élargissement de notre Organisation et le resserrement de ses liens avec les pays non Membres sont des impératifs stratégiques.
Qui dit renouvellement, dit aussi innovation – dans le fonctionnement des institutions et dans la manière de rendre compte de leur action.
Nous devons tirer parti des données et de la technologie pour améliorer la transparence des politiques, aborder de nouvelles disciplines et placer les individus au cœur de nos cadres de mesure.
Née de crises, l’OCDE est vouée à la coopération. Aujourd’hui, nous nous trouvons une fois de plus à la croisée des chemins. Notre mission – promouvoir des politiques meilleures pour une vie meilleure – est toujours aussi essentielle, mais il faut désormais, pour l’accomplir, un nouveau contrat social fondé sur la confiance : entre les nations, entre les gouvernements et les citoyens, et entre les générations.
Nous continuerons d’apporter aux responsables de l’action publique les données prospectives, les éléments factuels et les occasions d’apprendre les uns des autres dont ils ont besoin pour affronter l’incertitude. Et nous le ferons guidés par la conviction que le multilatéralisme n’est pas seulement un mécanisme diplomatique, mais un choix – le choix de croire que ce qui rassemble les humains est plus fort que ce qui les divise. Chacune des problématiques que j’ai évoquées transcende les frontières et exige une action coordonnée reposant sur la confiance, sur la transparence et sur le partage des responsabilités.
L’histoire de l’OCDE est, fondamentalement, celle de la coopération multilatérale internationale en temps de crise.
En 1948, l’Organisation européenne de coopération économique, ancêtre de l’OCDE, a été créée pour administrer le Plan Marshall et soutenir la reconstruction de l’Europe au sortir de la Seconde Guerre mondiale.
Elle a contribué au relèvement d’économies en ruines, favorisé la collaboration entre les ennemis de la veille et jeté les bases de la paix et de la prospérité.
Devenue l’OCDE en 1961, elle a vu sa composition s’élargir progressivement, au-delà du continent européen, à des pays tels que l’Australie et la Nouvelle‑Zélande, les États‑Unis, le Canada, le Mexique, le Japon, la Corée du Sud, et bien d’autres.
Les valeurs communes autour desquelles ces pays se sont réunis alors restent, aujourd’hui encore, à la racine même de nos travaux :
Un engagement commun en faveur de la préservation des libertés individuelles, de la démocratie, des droits de la personne humaine, de l’état de droit et des principes de l’économie de marché.
L’OCDE est aujourd’hui une organisation intergouvernementale unique en son genre qui réunit 38 démocraties de marché se reconnaissant dans les mêmes grandes valeurs.
D’autres démocraties de marché souhaitent vivement se joindre à elles – huit nouveaux pays à l’heure actuelle ont engagé leur processus d’adhésion à l’Organisation – dont l’Indonésie et la Thaïlande, première et seconde économies d’Asie du Sud-Est.
Notre mission est simple : aider les pouvoirs publics à concevoir et mettre en œuvre des politiques meilleures pour une vie meilleure.
Les données objectives et les analyses reposant sur des éléments factuels constituent le socle de nos travaux – c’est d’elles, en effet, que nous tenons notre capacité d’impulser une coopération multilatérale se voulant fructueuse.
Nous diffusons les bonnes pratiques à imiter et encourageons l’apprentissage mutuel.
Nous créons les conditions d’une coopération technique stratégique qui contribue à ouvrir aux entreprises de nouveaux horizons, à ménager l’argent du contribuable et à renforcer l’efficacité de l’action publique.
Nous offrons à nos Membres un espace où dialoguer de manière franche, ouverte et constructive, entre eux comme avec des pays partenaires du monde entier.
Nous définissons des normes qui embrassent le vaste champ des politiques économiques, sociales et environnementales – et viennent étayer le système international fondé sur des règles.
Il est important de noter que nous prenons nos décisions par consensus.
Bien que l’environnement stratégique mondial soit plus complexe et plus compliqué qu’il ne l’a jamais été depuis des décennies, il est réconfortant de constater que nos Membres et nos partenaires ont toujours le même désir de se réunir et de se pencher ensemble sur les problématiques que nous étudions.
Les travaux de l’OCDE portent sur pratiquement tous les domaines de la politique économique et sociale.
Ils visent notamment à promouvoir le bon fonctionnement des marchés mondiaux et l’équité des règles du jeu grâce à un système commercial fondé sur des règles et en bon état de marche.
Dans la dernière édition en date de ses Perspectives économiques, publiée au mois de septembre, l’OCDE indique qu’en dépit de la forte incertitude liée à l’action publique, l’économie mondiale a continué de faire preuve d’une remarquable résilience tout au long du premier semestre de cette année, la croissance annualisée s’établissant à 3.2 %.
Néanmoins, les données laissent entrevoir un ralentissement de la dynamique de la production industrielle, des marchés du travail et de la confiance, celle des consommateurs comme celle des investisseurs.
Selon nos projections, la croissance mondiale devrait se replier à 2.9 % cette année, tandis que les risques de divergence par rapport aux perspectives restent orientés à la baisse.
L’accroissement des obstacles aux échanges ou une incertitude prolongée pourraient freiner encore l’investissement, la consommation et, partant, la croissance.
Un dialogue constructif entre les pays demeure une priorité essentielle.
L’ouverture des marchés offre de réels avantages : croissance plus forte, revenus plus élevés, choix plus nombreux et plus judicieux, baisse des coûts et élévation des niveaux de vie.
Cependant, nous devons aussi prendre acte de certaines des préoccupations réelles et légitimes qui ont été soulevées concernant certains aspects du fonctionnement pratique des accords commerciaux internationaux.
Un système commercial mondial équitable et stable, fondé sur des règles, doit permettre de trouver de meilleurs moyens de remédier aux déséquilibres et aux distorsions, de faire face à des pratiques commerciales déloyales et de s’attaquer aux vulnérabilités des chaînes d’approvisionnement, tout en préservant l’ouverture des marchés.
Il doit rendre sûres et fiables les chaînes d’approvisionnement mondiales et renforcer la sécurité économique tout en stimulant la croissance et en ouvrant davantage de possibilités aux individus, où qu’ils soient dans le monde.
Nous conseillons vivement à tous les gouvernements de travailler plus dur, de manière bilatérale et multilatérale, afin de trouver les meilleures approches possibles pour que nos régimes d’échanges internationaux soient plus équitables et fonctionnent mieux, d’une manière qui préserve les avantages économiques de marchés ouverts et d’un commerce mondial fondé sur des règles.
Ils éviteront ainsi, au milieu de préoccupations légitimes et de projets de réforme, de jeter le bébé avec l’eau du bain.
C’est dans le même esprit que nous avons demandé instamment de ne pas remettre en question le rôle central de l’Organisation mondiale du commerce, organisation multilatérale de premier plan.
L’OMC a pour mission de faire en sorte que le système commercial international reste équitable, non discriminatoire, ouvert, stable et fondé sur des règles.
Certes, des réformes s’imposent, mais il doit s’agir des réformes de l’OMC, que nous mènerons avec l’OMC, dans le but de mieux répondre à certains des grands défis qui nous attendent.
En tant qu’organisation internationale réunissant les pays du G7 et 31 autres démocraties de marché du monde entier, l’OCDE peut jouer un rôle important à cet égard en mettant à disposition des données, des analyses et des outils uniques en leur genre pour nourrir un dialogue constructif sur ces réformes,
et notamment sur celles qui visent à lutter plus efficacement contre les pratiques commerciales déloyales et à renforcer la résilience des chaînes d’approvisionnement tout en préservant l’ouverture des marchés.
Par exemple, notre base de données sur les groupes et les entreprises industriels (MAGIC, pour MAnufacturing Groups and Industrial Corporations) est un outil au service de la transparence et d’une riposte concrète aux distorsions des échanges, à travers les données qu’elle contient sur les subventions publiques.
L’Examen de l’OCDE sur la résilience des chaînes d’approvisionnement apporte quant à lui des éléments factuels et des éclairages sans équivalent sur les dépendances commerciales.
L’analyse que nous développons dans cette publication met en évidence les possibilités de remédier à la concentration des chaînes d’approvisionnement par la diversification des marchés d’importation et d’exportation, la suppression des obstacles aux échanges et l’introduction d’une plus grande souplesse dans ces chaînes grâce à un allégement des formalités administratives et à des procédures douanières plus efficientes.
L’Australie a donné, à cet égard, un excellent exemple aux autres pays, elle qui a supprimé les droits de douane sur environ 500 produits l’année dernière et qui a fait savoir qu’elle envisageait de supprimer ces droits sur quelque 500 produits supplémentaires.
Ces décisions sont favorables aux ménages et entreprises australiens et plus généralement à l’économie.
Elles envoient en outre au monde un signal puissant, montrant que l’Australie demeure attachée à l’ouverture des marchés et à un système d’échanges fondé sur des règles.
Au-delà des échanges, l’OCDE continue d’apporter son soutien à une coopération multilatérale efficace :
Coopération pour relancer la croissance de la productivité, en encourageant l’apprentissage mutuel et le partage d’expérience au sujet des mesures propres à stimuler la dynamique des entreprises et la concurrence – à travers l’innovation, la réduction de la fragmentation des politiques, l’harmonisation de la réglementation et l’acquisition par les travailleurs des compétences exigées par nos marchés du travail en pleine évolution.
Coopération pour garantir l’adoption sûre, sans risque et dans la confiance de l’IA et d’autres technologies numériques, à travers nos Principes sur l’IA, qui servent de référence en la matière et sous-tendent des cadres de gouvernance interopérables faisant appel à des approches solides, fondées sur les risques et le respect des droits de la personne humaine, et à travers notre Partenariat mondial sur l’intelligence artificielle, qui aide les pays à se conformer à ces Principes.
Coopération pour promouvoir une action climatique plus cohérente et plus efficace – grâce à notre Forum inclusif sur les approches d’atténuation des émissions de carbone, qui rassemble les 38 pays Membres de l’OCDE et 22 pays partenaires et qui vise à optimiser les retombées, à l’échelle mondiale, des efforts déployés par chacun de ces pays et territoires pour réduire les émissions, au moyen de données de meilleure qualité, du partage d’information et d’un apprentissage mutuel et d’un dialogue multilatéral étayés par des données probantes.
Ce ne sont là que quelques exemples du soutien que l’OCDE apporte à ses Membres et à ses partenaires, sous la forme de conseils fondés sur des données factuelles et de recommandations de politique générale, pour répondre aux grands enjeux et priorités structurels mondiaux.
En conclusion :
Le monde traverse une période d’incertitude économique, de tensions géopolitiques et de transformation technologique.
Jamais la coopération n’a été plus justifiée.
À l’OCDE, nous demeurons fidèles à notre mission première – aider les gouvernements à poser des choix à la lumière d’éléments factuels, promouvoir un dialogue fondé sur la confiance et favoriser la coordination des stratégies des pouvoirs publics afin que l’économie mondiale de demain soit forte, résiliente, durable et inclusive.
En travaillant ensemble – avec l’Australie et avec nos partenaires du monde entier – nous pouvons faire en sorte que le multilatéralisme reste adapté à sa finalité au XXIe siècle et continue d’être le vecteur d’un progrès partagé et d’une prospérité commune.
Je vous remercie de votre attention.
Coopérant avec plus d’une centaine de pays, l’OCDE est un forum stratégique international qui s’emploie à promouvoir des politiques conçues pour préserver les libertés individuelles et améliorer le bien-être économique et social des populations dans le monde entier.