Check against delivery.
La dernière édition des Perspectives économiques de l’OCDE souligne que, malgré une forte incertitude entourant l’action publique, l’économie mondiale a fait preuve d’une remarquable résilience au premier semestre 2025, avec une croissance annualisée du PIB atteignant 3.2 % sur les six premiers mois de l’année.
Néanmoins, les indicateurs à haute fréquence de l’activité laissent entrevoir pour l’avenir un ralentissement de la dynamique de la production industrielle, des marchés du travail et de la confiance des consommateurs.
Selon nos projections, la croissance mondiale devrait faiblir légèrement, à 2.9 % l’année prochaine, sachant que les risques de divergence à la baisse par rapport à ces prévisions restent importants.
Un nouveau renforcement des obstacles aux échanges ou une incertitude prolongée liée à l’action publique pourraient affaiblir encore la croissance mondiale, en alourdissant les coûts de production et en pesant sur l’investissement et la consommation. La multiplication des obstacles aux échanges risque en outre de fragiliser la résilience des chaînes d’approvisionnement mondiales, au lieu de la renforcer.
Selon nos estimations, les économies de la région Asie-Pacifique seraient parmi les plus pénalisées par une fragmentation accrue des échanges, compte tenu de leur profonde intégration dans les chaînes de valeur mondiales et de leur dépendance plus grande aux échanges de produits intermédiaires.
Un dialogue constructif entre les pays demeure une priorité essentielle pour parvenir à une résolution durable des tensions commerciales.
Toutes choses égales par ailleurs, lorsque les marchés mondiaux sont ouverts et fonctionnent bien, on observe un renforcement de la croissance, une hausse des revenus, un plus large choix, une baisse des coûts et une amélioration des niveaux de vie.
Les économies de l’APEC en sont un parfait exemple.
Depuis la création de l’APEC en 1989, la part des pays de l’APEC dans les échanges mondiaux de biens et de services n’a cessé d’augmenter, passant de 39 % à près de la moitié de la totalité des échanges mondiaux, ce qui a favorisé une amélioration remarquable des revenus et des niveaux de vie.
De fait, le PIB par habitant au sein de l’APEC en termes réels a plus que doublé depuis, passant de 8 000 USD à 19 000 USD entre 1989 et 2023.
Nous devons continuer de tirer parti de ces avantages très concrets sur le plan de la croissance, de l’innovation, des revenus et des niveaux de vie, sans perdre de vue les préoccupations réelles et légitimes concernant les problèmes que pose le fonctionnement actuel du système ;
la capacité à lutter contre les pratiques commerciales déloyales entraînant des distorsions sur les marchés ;
la nécessité de garantir des règles du jeu plus équitables et
d’assurer la sécurité et la fiabilité des chaînes d’approvisionnement mondiales et de renforcer la sécurité économique.
Nous recommandons instamment à tous les pays de redoubler d’efforts, au niveau bilatéral et multilatéral, afin de trouver les meilleures solutions possibles pour rendre nos régimes d’échanges internationaux plus équitables et en améliorer le fonctionnement, tout en préservant les avantages économiques de l’ouverture des marchés et d’un système commercial mondial fondé sur des règles.
Nous devons appuyer le rôle central que joue l’OMC pour préserver un système commercial international équitable, non discriminatoire, ouvert, stable et fondé sur des règles, mais aussi poursuivre les réformes de l’OMC et avec l’OMC afin de s’attaquer plus efficacement aux grands enjeux qui s’annoncent ;
parachever la réforme du corpus de règles de l’OMC relatives au commerce électronique et aux échanges numériques ;
réformer et renforcer le système de règlement des différends de l’OMC
mener des réformes visant à renforcer la résilience des chaînes d’approvisionnement et la sécurité économique, tout en préservant l’ouverture des marchés.
S’agissant de certaines priorités stratégiques qui nous paraissent essentielles pour le commerce mondial :
Tout d’abord, œuvrer en faveur d’une plus grande résilience des chaînes d’approvisionnement mondiales.
Il ressort de notre étude portant sur environ 4 800 biens échangés dans le monde que, depuis la fin des années 1990, la proportion des biens caractérisés par une forte concentration des importations a augmenté en moyenne de 50 % – par extension, il en va de même des risques de perturbation des chaînes d’approvisionnement.
Cela étant, se contenter de relocaliser la production ne permettra pas de répondre aux inquiétudes légitimes concernant les risques liés à cette concentration des importations.
En effet, selon nos estimations, s’attaquer à la forte concentration en misant uniquement sur une relocalisation de la production sur le territoire national entraînerait une diminution de plus de 5 % du PIB réel mondial et engendrerait de nouvelles vulnérabilités face aux chocs.
Nous préconisons plutôt une approche équilibrée, visant à renforcer la résilience des chaînes d’approvisionnement par leur diversification et leur modernisation, tout en préservant les avantages d’un système commercial ouvert et fondé sur des règles.
Il faut repérer et recenser en amont les fragilités majeures au sein des chaînes d’approvisionnement, diversifier les fournisseurs en répartissant les sources d’approvisionnement dans plusieurs régions, et éviter toute dépendance excessive à un seul pays, en particulier pour les biens ou ressources critiques.
Favoriser la mise en place de stratégies de gestion des risques et de normes d’approvisionnement responsable dans les entreprises.
Intensifier l’investissement dans des outils de gestion des risques et la transformation numérique afin d’accroître la transparence des chaînes d’approvisionnement, faciliter une constitution sélective et coordonnée de stocks et l’adoption de mesures destinées à aider les petites et moyennes entreprises (PME) à s’imposer davantage dans les chaînes de valeur mondiales.
Promouvoir l’interopérabilité réglementaire et les gains d’efficience, en particulier en ce qui concerne les contrôles à l’exportation et le filtrage des investissements.
Combiner les politiques commerciales, industrielles et de sécurité, en veillant à ce que les exceptions au titre de la sécurité nationale soient clairement balisées et ne servent pas d’obstacles déguisés aux échanges. Les mesures prises par les pouvoirs publics doivent être proportionnées, fondées sur l’analyse des données, et cohérentes, afin d’éviter un éparpillement de l’action publique susceptible d’affaiblir la résilience.
Et, très concrètement, renforcer les outils de facilitation des échanges pour éliminer les goulets d’étranglement aux frontières.
Les Indicateurs de facilitation des échanges de l’OCDE montrent que les économies de l’APEC ont considérablement réduit les points de blocage et les formalités administratives aux frontières depuis 2017.1
Mais il est possible d’aller plus loin, en automatisant davantage les procédures douanières, en promouvant des systèmes de guichet unique et en encourageant une coordination plus poussée entre les organismes présents aux frontières.
Dématérialiser les procédures aux frontières et supprimer les procédures papier inefficaces peut permettre d’accélérer les approbations douanières, d’alléger les coûts administratifs, de mieux repérer les goulets d’étranglement potentiels et même d’accroître les flux d’échanges.
Nous estimons qu’une amélioration de 10 %, à l’échelle mondiale, de l’automatisation des procédures aux frontières et de la rationalisation des processus numériques, mesurée par les Indicateurs de facilitation des échanges de l’OCDE, pourrait donner un coup de pouce ponctuel aux exportations mondiales de biens pouvant atteindre 18 %.2
Ensuite, nous recommandons de lever les obstacles aux échanges de services numériques afin de renforcer l’agilité des entreprises et leur réactivité face aux perturbations.
Les outils numériques, dont l’intelligence artificielle, peuvent être un moyen puissant de renforcer la résilience des chaînes d’approvisionnement en aidant les entreprises à mieux anticiper les perturbations, à optimiser la logistique et à s’adapter en temps réel à l’évolution de la situation du marché.
Cela étant, l’indice OCDE de restrictivité des échanges de services numériques montre que le niveau moyen de restrictions aux échanges numériques dans la plupart des pays de l’APEC a augmenté de 8 % au cours de la dernière décennie, soit plus que la moyenne de l’OCDE.
Ces restrictions alourdissent les coûts, compliquent la gestion des activités transfrontières pour les entreprises et, en définitive, réduisent la flexibilité des chaînes d’approvisionnement.
Parmi les principaux leviers pour libérer davantage les échanges de services numériques figurent la réduction des obstacles à l’investissement et à la concurrence dans les services de communication, ainsi que la promotion de l’harmonisation et de l’interopérabilité des réglementations encadrant les flux transfrontières de données, assorties de garde-fous bien calibrés et efficaces.
Enfin, nous recommandons de lever les principaux obstacles aux échanges de services dans le transport et la logistique.
Dans ces secteurs, les obstacles aux échanges, comme les restrictions à la concurrence dans les services portuaires, progressent, ce qui accroît les coûts et compromet la capacité d’adaptation des chaînes d’approvisionnement manufacturières.
Selon nos estimations, l’abaissement des obstacles aux échanges des services liés aux chaînes d’approvisionnement mondiales pourrait réduire les coûts des échanges de 5 % à 14 % en moyenne dans les différentes économies, et c’est dans le transport aérien que l’impact serait le plus fort puisqu’il pourrait atteindre 24 %.
En conclusion,
L’OCDE se réjouit à la perspective de continuer à soutenir l’APEC grâce à ses données et analyses sans équivalent, qui couvrent l’ensemble de vos priorités et ouvrent la voie à une meilleure connectivité et une résilience plus forte, au service d’un avenir plus résilient, plus innovant et plus prospère pour la région Asie-Pacifique et le reste du monde.
1 Valeurs exactes des indicateurs sur une échelle de 0 à 2 – moyenne régionale de l’APEC (toutes les économies membres sauf le Taipei chinois) : 1.47 en 2017 et 1.67 en 2024.
2 OCDE (2025), « The digitalisation of trade documents and processes: Going paperless today, going paperless tomorrow », Documents de travail de l’OCDE sur la politique commerciale, n° 297, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/64872f25-en.
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