Seul le prononcé fait foi.
Je vous remercie et vous souhaite également la bienvenue à tous.
Monsieur le vice-ministre,
Cher Bill, chers collègues, chers amis,
Je tiens à adresser des remerciements particuliers au gouvernement coréen, qui copréside ce forum.
Cette conférence offre une plateforme utile pour partager les expériences et les bonnes pratiques sur la construction de nouvelles centrales nucléaires à l’échelle et au rythme requis pour répondre aux besoins énergétiques à l’échelle mondiale, tout en nous conformant aux objectifs climatiques auxquels nous avons souscrit au titre de l’Accord de Paris.
L’énergie nucléaire est une nouvelle fois plébiscitée comme un élément clé et économiquement abordable de nos efforts visant à renforcer la sécurité énergétique tout en respectant nos objectifs climatiques, en préservant la compétitivité et en stimulant le développement et la croissance — dans un contexte où les sources d’énergie centrales, fiables et abordables revêtent une importance fondamentale pour la compétitivité des économies du monde entier.
Comme vous le savez tous, trente et un pays se sont engagés, dans le prolongement des dernières COP de Dubaï et Bakou, à tripler les capacités de production nucléaire d’ici 2050, voire, pour certains comme les États-Unis et le Royaume-Uni, à les multiplier par quatre.
Il s’agit d’une avancée très positive en direction du triplement de la capacité nucléaire installée à l’échelle mondiale d’ici 2050, nécessaire pour respecter notre objectif de zéro émission nette.
Pour mener à bien cette expansion ambitieuse et transformer leur vision en résultats concrets, les gouvernements ont besoin de cadres d’action appropriés qui
garantissent la stabilité et la prévisibilité des politiques, et l’équité des règles du jeu par rapport à d’autres formes de production d’énergie,
renforcent la coopération entre les organismes de réglementation afin de maintenir la sûreté et de préserver l’environnement,
mettent à profit l’investissement et l’innovation privés,
harmonisent les procédures de délivrance d’autorisations, les évaluations de projets et le contrôle de la réglementation afin de réduire les délais, d’abaisser les coûts de conformité et de faciliter la collaboration internationale, et
élément bien évidemment essentiel, assurent le développement de la main-d’œuvre nécessaire pour mener à bien cet accroissement des capacités nucléaires et les faire fonctionner.
L’OCDE est fière de compter en son sein l’Agence pour l’énergie nucléaire, une agence intergouvernementale spécialisée dont la mission est de renforcer la coopération internationale dans le domaine de l’énergie nucléaire afin d’accroître les financements, de diversifier les chaînes d’approvisionnement et de soutenir le développement de la main-d’œuvre.
Les discussions qui seront menées entre les gouvernements et les représentants de l’industrie au cours de cette conférence, au titre de l’initiative des Feuilles de route pour le nouveau nucléaire et sous l’égide de l’OCDE et de l’Agence pour l’énergie nucléaire, aboutiront à des partenariats concrets et des solutions pratiques et axées sur les résultats.
Premièrement, en mobilisant des capitaux privés par un meilleur partage des risques.
Une compréhension adéquate, une gestion optimale et une répartition équitable des différents risques, tels que le risque en matière de construction et le risque lié au prix, peuvent permettre de diminuer notablement les coûts en capital des projets de construction de nouvelles centrales nucléaires.
Les gouvernements ont un rôle important à jouer dans cette gestion optimale des risques, en participant à des projets électronucléaires dont ils estiment que les acteurs privés ne sont pas en position de concrétiser pleinement la valeur.
Le rapport de l’AEN consacré aux cadres et stratégies efficaces à l’appui du financement de nouvelles centrales nucléaires (Effective Frameworks and Strategies for Financing Nuclear New Build) souligne l’importance de réduire les risques liés à la construction nucléaire afin de diminuer le coût du capital et de mobiliser l’investissement privé, notamment en ayant recours à des financements publics ciblés et des outils de partage des risques tels que les garanties de prêts et le soutien de fonds souverains.
Deuxièmement, en garantissant la solidité des procédures réglementaires.
Des processus réglementaires prévisibles et efficients contribuent à réduire les retards éventuels, à éviter la dérive et à diminuer les coûts imprévus — autant d’éléments essentiels pour attirer les financements et finaliser les projets dans les délais et le budget impartis.
Des procédures d’autorisation simplifiées sont également essentielles pour encourager l’innovation, comme le déploiement de petits réacteurs modulaires préfabriqués en usine.
Troisièmement, en mettant en place des chaînes d’approvisionnement en énergie nucléaire fiables, transparentes et efficientes.
Le triplement de la capacité nucléaire nécessitera une hausse des investissements dans la chaîne d’approvisionnement — ce qui entrainera des difficultés particulières dont seule la coopération internationale pourra venir à bout de la manière la plus efficace possible.
Le Groupe de travail de l’AEN sur la chaîne d’approvisionnement encourage la coopération entre les organismes de réglementation, les services publics et les fournisseurs, sur des aspects tels que la supervision des prestataires, l’assurance qualité, les fraudes et contrefaçons, et l’intégration de nouvelles technologies.
Les ateliers organisés par l’AEN permettent en outre à des experts internationaux d’échanger des bonnes pratiques sur les normes du secteur, les stratégies de coordination de la chaîne d’approvisionnement des petits réacteurs modulaires et l’amélioration de la qualité — et contribuent ainsi à maintenir la fiabilité et l’efficience des chaînes d’approvisionnement en énergie nucléaire, en veillant à ce qu’elles soient adaptées à la transition vers la neutralité carbone.
Quatrièmement, et surtout, en investissant dans le capital humain.
L’essor du secteur nucléaire dépend de l’existence d’une main-d’œuvre hautement qualifiée.
Une étude OCDE-AEN a calculé qu’un seul gigawatt de capacité de production nucléaire (soit à peu près la taille d’un gros réacteur) a besoin, tout au long de son cycle de vie, d’environ 200 000 années de travail — de la conception et la construction au démantèlement et à la gestion des déchets, en passant par l’exploitation et la maintenance.
Les investissements dans le capital humain et les mesures que nous prenons pour garantir l’existence de la main-d’œuvre qualifiée dont nous aurons besoin à l’avenir passent à côté d’un potentiel considérable — celui représenté par les femmes, qu’il conviendrait d’attirer davantage dans les carrières du nucléaire.
Les femmes ne représentent en effet que 25 % de la main-d’œuvre du nucléaire, et n’occupent que 18 % des postes de direction dans ce secteur.
Les étudiants — en particulier les étudiantes — en science et ingénierie ne sont pas assez nombreux.
Mais je me réjouis de voir autant de jeunes femmes dans les rangs des Jeunes professionnels, ce qui est très encourageant pour l’avenir.
De manière plus générale, toutefois, il nous faut intensifier nos efforts.
La Recommandation de l’OCDE sur la promotion de l’équilibre entre les genres dans le secteur nucléaire, adoptée en 2023 et reposant sur les données de l’AEN et l’expérience des pays, fournit une feuille de route pour attirer et retenir les femmes dans les professions du nucléaire, et y promouvoir leur avancement.
Cinquièmement, en mettant à profit le financement du développement et l’assistance technique pour renforcer l’accès des économies en développement à l’énergie nucléaire.
La demande en électricité des pays en développement devrait plus que doubler d’ici 2035, une évolution qui nécessitera de multiplier par plus de deux les investissements annuels dans la production, les réseaux et le stockage, qui s’élèvent aujourd’hui à 280 milliards USD.
« Common Journey », une nouvelle initiative pilotée conjointement par l’AEN et notre Centre de développement, vise à soutenir les efforts déployés par les pays africains pour étudier l’énergie nucléaire dans le cadre d’un mix énergétique propre.
En rassemblant les membres de l’AEN et des partenaires d’Afrique, nous favorisons l’instauration d’un environnement propice à la coopération technique, au partage de connaissances et de bonnes pratiques, au développement de la main-d’œuvre et à la durabilité sur le long terme.
En conclusion,
La hausse des capacités nucléaires dont le monde a besoin dépend de politiques prévisibles, de cadres d’action solides, de chaînes d’approvisionnement résilientes et d’une main-d’œuvre compétente, soutenus par des partenariats public-privé et une coopération internationale robustes.
Au cours des deux prochaines journées, vous aurez la possibilité de participer à des débats stimulants et tournés vers la recherche de solutions, et de définir des pistes concrètes pour l’avenir, concernant la coordination et le déploiement nécessaires pour redynamiser le secteur nucléaire mondial à l’heure actuelle,
de manière à ce que le nucléaire puisse concrétiser tout son potentiel pour assurer notre sécurité énergétique, nos objectifs économiques et, dans les faits, nos objectifs climatiques.
Je vous remercie de m’avoir donné l’occasion de prononcer ces quelques remarques d’introduction et vous adresse tous mes vœux de succès pour des échanges positifs et productifs au cours des deux jours à venir.
Coopérant avec plus d’une centaine de pays, l’OCDE est un forum stratégique international qui s’emploie à promouvoir des politiques conçues pour préserver les libertés individuelles et améliorer le bien-être économique et social des populations dans le monde entier.