Seul le prononcé fait foi.
Monsieur le Président [Paul] Atkins,
Mesdames et Messieurs, chères et chers invité·es,
Chères et chers ami·e·s, Mesdames, Messieurs,
Je vous souhaite la bienvenue à la première Table ronde de l’OCDE sur les marchés financiers mondiaux.
Ces tables rondes, que nous organiserons deux fois par an pendant la Semaine de l’OCDE sur les marchés financiers, offrent une enceinte de dialogue sans pareil aux décideurs publics, autorités de réglementation et acteurs des marchés financiers.
Cet après-midi, vous examinerez ensemble comment libérer la compétitivité et la croissance grâce à des marchés de capitaux solides, dynamiques et performants.
Nous faisons actuellement face à des perspectives économiques incertaines en raison :
de la forte incertitude liée à l’action publique,
des tensions géopolitiques et commerciales,
du relèvement des obstacles aux échanges, qui accroît les coûts,
du durcissement des conditions financières,
de la fragilisation de la confiance des entreprises, des consommateurs ET des investisseurs, qui pèse sur l’investissement mondial et les perspectives de croissance.
Alors que nous nous efforçons de relever ces défis et que nous coopérons pour restaurer la lisibilité de l’action publique, nous devons aussi redoubler d’efforts pour redynamiser les perspectives de croissance à long terme de nos économies, qui ont été trop atones au cours des vingt dernières années.
Dans la zone OCDE, le taux de croissance du PIB potentiel par habitant — autrement dit après élimination des fluctuations conjoncturelles — se situe cette année à 1.3 % selon les estimations, contre 2 % environ dans les années 90.1
La forte baisse de l’investissement public et privé depuis la crise financière de 2008 est l’une des principales explications de cette évolution, malgré les coûts d’emprunt historiquement bas et les bénéfices élevés des entreprises pendant une grande partie de la période.
Selon nos estimations, la contribution de l’investissement à la croissance du PIB potentiel par habitant dans la zone OCDE a reculé de plus de moitié depuis la crise financière mondiale.
Dans les économies avancées, les investissements réels totaux en volume ont été, l’an dernier, inférieurs de 22 % à leur niveau tendanciel d’avant la crise financière mondiale, et de 7 % inférieurs à leur niveau tendanciel pré-COVID.
Dans les entreprises, les investissements dans des actifs corporels, comme les infrastructures et les machines, ont même diminué depuis 2000 en proportion du chiffre d’affaires.
Pour améliorer nos perspectives de croissance et faire face à l’accentuation des tensions budgétaires dues au vieillissement démographique, aux besoins de financement des secteurs de la défense et des infrastructures, à l’adoption des technologies numériques et à la réalisation de nos objectifs climatiques, nous devons trouver de meilleurs moyens de remédier à la faiblesse structurelle persistante de l’investissement,
en mettant en œuvre une série de réformes ambitieuses visant à :
stimuler la concurrence et relancer la dynamique des entreprises afin de promouvoir l’investissement productif,
encourager les entreprises à réinvestir leurs bénéfices quand cela est nécessaire, au lieu de privilégier les rachats de participations,
approfondir les marchés de capitaux en vue de procurer davantage de possibilités de financement aux entreprises et d’intensifier la concurrence entre les prêteurs — en particulier en Europe, en développant davantage l’union de l’épargne et de l’investissement.
De nouveaux investissements privés seront particulièrement essentiels à l’heure où les pouvoirs publics sont aux prises avec la montée des tensions budgétaires.
Selon notre Rapport sur la dette mondiale 2025, la dette négociable des administrations centrales devrait atteindre 85 % du PIB dans la zone OCDE, soit plus de 10 points de pourcentage de plus qu’en 2019 et deux fois plus qu’en 2007.
Le coût du service de la dette a déjà augmenté en pourcentage du PIB dans environ deux tiers des pays de l’OCDE en 2024, pour s’établir à 3.3 % en moyenne [contre 3.0 % en 2023], et devrait encore s’accroître cette année et la suivante.
Les banques centrales se retirant peu à peu des marchés de la dette, il faudra que les investisseurs privés viennent absorber une offre croissante d’obligations d’État.
Des marchés de capitaux dynamiques et performants ont donc plusieurs rôles essentiels à jouer pour relever les défis actuels, qu’il s’agisse de favoriser un regain de l’investissement des entreprises ou d’assurer la liquidité et la viabilité du marché de la dette souveraine.
Vous examinerez aujourd’hui trois domaines d’action essentiels dans lesquels il existe encore un potentiel inexploité sur les marchés de capitaux — ainsi que les cadres d’action nécessaires pour en tirer parti.
Le premier domaine d’action vise à accroître encore la participation de certains grands investisseurs institutionnels — tels que les fonds de pension adossés à des actifs et les compagnies d’assurance — aux marchés d’actions, tout en protégeant leurs bénéficiaires et en garantissant une gestion appropriée des risques.
Les pensions adossées à des actifs ont plus que triplé en valeur au cours des deux dernières décennies, passant de 15 000 milliards USD en 2001 à 56 000 milliards USD en 2022.2
Les actifs d’assurance, quant à eux, ont doublé, passant de 12 900 milliards USD en 2009 à 25 500 milliards USD en 2023 dans les 30 pays de l’OCDE pour lesquels des données sont disponibles.3
À mesure qu’ils se sont développés, ces investisseurs ont accru leurs prises de participation, injectant de précieuses liquidités dans les marchés boursiers et levant des capitaux privés indispensables au financement de projets à long terme, notamment dans les infrastructures.
En 2023, les actions représentaient 27.1 % de l’investissement total des fonds de pension dans la zone OCDE, soit une hausse de 8.4 points de pourcentage par rapport à 2008.4
Cette tendance est une bonne nouvelle pour les investisseurs. En effet, selon notre analyse portant sur 38 pays Membres de l’OCDE ou non dotés de régimes de retraite à cotisations définies, les fonds de pension qui investissent en actions génèrent souvent de meilleurs revenus à la retraite.5
Il est possible d’aller encore plus loin, en libérant une plus grande part des investissements dont nos économies ont besoin tout en améliorant leurs performances.
Toutefois, un recours accru aux prises de participation peut également amplifier le profil de risque et la volatilité des investissements.
Il est donc essentiel de mettre en place des réglementations préservant les intérêts des bénéficiaires, en particulier en vue de garantir l’existence de stratégies de gestion saines visant à empêcher que des replis des marchés d’actions survenant peu avant l’âge de départ à la retraite d’une personne n’affectent gravement ses revenus par la suite.
Afin d’assurer un juste équilibre entre risque et rendement, dans le cas des retraites par exemple, l’OCDE recommande dans ses travaux que les autorités de réglementation autorisent les prestataires à proposer des stratégies d’investissement fondées sur le cycle de vie prévoyant une réduction progressive de l’exposition aux marchés d’actions à mesure que les personnes approchent de l’âge de la retraite. Ces stratégies incitent en outre les prestataires à innover pour adapter la gestion des fonds aux besoins individuels.
Le deuxième domaine d’action a pour objet d’améliorer la qualité des produits de financement durable sans imposer aux entreprises des contraintes excessives en matière de communication d’informations.
Les produits de financement durable continuent de prendre de l’ampleur.
Ainsi, à la fin de 2023, les émissions d’obligations durables par des entreprises ont atteint 2 300 milliards USD et les émissions d’État 2 000 milliards USD.6
Les montants ainsi émis ont été multipliés par six entre 2019 et 2023.7
En raison de l’essor du marché des produits de financement durable, les taxonomies et les normes de diffusion d’informations se sont multipliées, compliquant l’évaluation, par les investisseurs, des performances des émetteurs en matière de durabilité, tout en imposant à ceux-ci d’importantes charges administratives qui finissent par les dissuader de recourir à ce type de produits.
Dans le cadre de vos discussions du jour, vous examinerez comment nous pouvons agir afin que les intermédiaires aient accès aux données dont ils ont besoin pour prendre des décisions d’investissement éclairées sur les produits durables et pour faire reculer l’écoblanchiment, sans trop alourdir la charge déclarative des entreprises et en assurant l’équité des règles du jeu.
Enfin, le troisième domaine d’action consiste à favoriser une utilisation sûre, sécurisée et digne de confiance de l’IA dans la finance, tout en protégeant les consommateurs et les marchés.
D’après les dernières estimations de l’OCDE, les gains de productivité attendus de l’adoption de l’IA dans le secteur financier sont parmi les plus élevés, tous secteurs confondus. Ils y représenteront en effet 12 % de la croissance de la productivité dans les économies du G7 au cours des dix prochaines années.
Les technologies utilisant l’IA permettent déjà de réaliser d’importants gains d’efficience dans la gestion d’actifs et de titres, notamment en optimisant la gestion de portefeuille, en automatisant les transactions et en procurant des analyses de risques plus précises.
L’IA peut également contribuer à une plus grande inclusion financière en ouvrant aux populations délaissées ou traditionnellement exclues l’accès aux services financiers.
Dans le même temps, l’utilisation de l’IA générative amplifie les risques de fraude et d’escroquerie financières, ainsi que de cyberattaques, entre autres préoccupations auxquelles sont confrontés consommateurs et entreprises.
L’utilisation de l’IA sur les marchés financiers peut également en accentuer la volatilité si un nombre important de participants s’appuient sur les mêmes modèles d’IA, générant une convergence des stratégies de négociation et des boucles de rétroaction entre les modèles.8
Vos discussions porteront sur les modes de surveillance conciliant la promotion d’une IA responsable dans le secteur financier avec les objectifs de stabilité et d’intégrité des marchés et de protection financière des consommateurs.
En conclusion,
les marchés de capitaux peuvent fortement contribuer à améliorer la croissance, la productivité et les perspectives de nos économies, car ils permettent d’investir dans l’innovation et la diffusion des technologies ainsi que dans les infrastructures, aussi bien que dans la création d’entreprises et dans leur expansion.
Pour cela, nous avons besoin d’un cadre d’action sain qui élargisse la participation aux marchés de capitaux et y favorise l’innovation, tout en assurant la protection des intérêts des consommateurs et la stabilité du système financier.
Je vous souhaite à toutes et tous des débats animés, constructifs et fructueux.
Je laisse maintenant la parole à M. [Paul] Atkins pour son allocution.
1 Perspectives économiques de l’OCDE, Volume 2025, numéro 1.
2 OCDE (2024), Pension Markets in Focus 2024, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/b11473d3-en.
3 Source : Statistiques de l’OCDE sur les assurances au niveau mondial. Les sept pays de l’OCDE suivants ont été exclus en raison de l’indisponibilité des données pour l’une des deux années : Canada, Costa Rica, Irlande, Islande, Lituanie, Nouvelle-Zélande et Türkiye.
4 OCDE (2024), Pension Markets in Focus 2024, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/b11473d3-en.
5 Albanie, Arménie, Australie, Bulgarie, Chili, Colombie, Costa Rica, Croatie, Danemark, Espagne, Estonie, États-Unis, Finlande, Grèce, Hong Kong, Hongrie, Islande, Italie, Lettonie, Liechtenstein, Lituanie, Luxembourg, Malawi, Maldives, Mexique, Nigéria, Macédoine du Nord, Pakistan, Pérou, Pologne, Portugal, République slovaque, République tchèque, Roumanie, Serbie, Slovénie, Türkiye, Zambie. Source : OCDE (2024), OECD Pensions Outlook 2024 : Improving Asset-backed Pensions for Better Retirement Outcomes and More Resilient Pension Systems, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/51510909-en.
6 OCDE (2024), OECD Pensions Outlook 2024: Improving Asset-backed Pensions for Better Retirement Outcomes and More Resilient Pension Systems, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/51510909-en.
7 OCDE (2024), OECD Pensions Outlook 2024: Improving Asset-backed Pensions for Better Retirement Outcomes and More Resilient Pension Systems, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/51510909-en.
8 Un marché à sens unique ou unilatéral est un marché sur lequel la cotation d’un titre par les teneurs de marché n’est déterminée que par le cours acheteur ou par le cours vendeur. Les marchés à sens unique désignent une situation du marché dans laquelle l’évolution du prix d’un titre évolue fortement dans une direction donnée. À l’inverse, sur un marché bilatéral, la cotation est déterminée à la fois par les cours acheteur et vendeur.
Coopérant avec plus d’une centaine de pays, l’OCDE est un forum stratégique international qui s’emploie à promouvoir des politiques conçues pour préserver les libertés individuelles et améliorer le bien-être économique et social des populations dans le monde entier.