Seul le prononcé fait foi.
Bonjour,
Et bienvenue au lancement des Perspectives économiques intermédiaires de l’OCDE.
Malgré la forte incertitude liée à l’action publique, l’économie mondiale est restée résiliente tout au long du premier semestre de 2025, puisque la croissance annualisée du PIB s’est établie à 3.2 % au cours des six premiers mois de l’année.
La croissance a été forte dans plusieurs économies de marché émergentes, notamment au Brésil et en Inde.
Les échanges, en particulier aux États-Unis, se sont accélérés par anticipation, en amont des hausses de droits de douane attendues.
Les investissements liés à l’intelligence artificielle (IA) ont également stimulé la croissance aux États‑Unis.
Et en Chine, l’orientation expansionniste de la politique budgétaire a largement compensé l’effet de freinage lié aux échanges et à l’atonie du marché immobilier.
Néanmoins, les données relatives aux échanges et plusieurs indicateurs à haute fréquence de l’activité laissent entrevoir un ralentissement économique dans les temps à venir.
D’après nos analyses, à la fin du mois d’août, le taux moyen des droits de douane appliqués aux marchandises importées aux États-Unis était estimé à 19.5 % – soit un taux supérieur à tous ceux mesurés entre le milieu des années 30 et 2024.
On cernera plus clairement les effets de ces hausses de droits de douane dans toute leur ampleur à mesure que les entreprises réduiront les stocks qu’elles ont constitués après l’annonce de ces hausses, et que l’application de ces droits de douane plus élevés se poursuivra.
Les indicateurs de l’activité intérieure se sont dégradés ces derniers mois pour plusieurs économies :
- la production industrielle a reculé en Allemagne, au Brésil et en Corée ; et
- la croissance des ventes au détail a diminué en Chine, aux États-Unis et dans la zone euro.
Après une croissance de 3.3 % l’année dernière, nous prévoyons maintenant une croissance mondiale de 3.2 % cette année et de 2.9 % l’année prochaine.
Par rapport à nos dernières Perspectives économiques de juin, ces projections ont été revues à la hausse de 0.3 point de pourcentage pour cette année, et sont restées inchangées pour l’année prochaine.
Parmi les pays de l’OCDE couverts par ces Perspectives économiques intermédiaires, les révisions à la hausse les plus importantes concernent le Japon, le Mexique et la Türkiye.
Le ralentissement attendu de la croissance mondiale au cours de la période 2024-2026 tient en partie au niveau élevé des obstacles aux échanges et de l’incertitude liée à l’action publique, qui devrait continuer de freiner l’investissement des entreprises et les échanges.
L’inflation devrait diminuer dans la plupart des économies du G20, compte tenu du fléchissement de la croissance et de la détente des marchés du travail.
Dans les pays du G20 considérés dans leur ensemble, nous prévoyons un recul de l’inflation globale de 6.2 % l’année dernière à 3.4 % cette année, puis à 2.9 % l’année prochaine.
Les États‑Unis constituent une exception à cet égard, sachant que les droits de douane devraient y faire monter l’inflation – de 2.5 % l’année dernière à 2.7 % cette année, puis à 3.0 % l’année prochaine.
Les risques – liés notamment aux échanges, à l’inflation et aux marchés financiers – restent importants.
De nouvelles augmentations des obstacles aux échanges, ou une incertitude prolongée liée à l’action publique, pourraient affaiblir la croissance, en alourdissant les coûts de production et en pesant sur l’investissement et la consommation.
Des tensions inflationnistes pourraient réapparaître, par exemple si une accentuation des restrictions aux échanges ou des tensions géopolitiques tirait les prix vers le haut.
Dans les pays de l’OCDE, l’inflation des biens a légèrement augmenté au cours de l’année écoulée – notamment du fait du renchérissement des produits alimentaires – et l’inflation des services demeure élevée.
La valorisation élevée de divers actifs, notamment des valeurs technologiques et des crypto-actifs comme le Bitcoin, accentue également la vulnérabilité des marchés financiers aux chocs négatifs.
À l’inverse, des mesures réduisant les obstacles aux échanges et inversant le mouvement de hausse des droits de douane pourraient améliorer la confiance et soutenir l’activité.
Nous devons trouver le bon dosage des politiques publiques pour réduire l’incertitude et relancer la croissance.
Premièrement, un dialogue constructif entre les pays demeure une priorité essentielle pour parvenir à une dissipation durable des tensions commerciales.
Toutes choses égales par ailleurs, des marchés mondiaux ouverts fonctionnant bien vont de pair avec un renforcement de la croissance, une hausse des revenus, une baisse des coûts et une amélioration des niveaux de vie.
Nous devons continuer d’exploiter ces avantages très concrets, tout en répondant aux préoccupations légitimes suscitées par les pratiques commerciales déloyales, les règles du jeu inéquitables, la résilience des chaînes d’approvisionnement, en particulier pour les gammes de produits stratégiques essentielles, et la sécurité économique de manière plus générale.
Nous conseillons vivement à tous les gouvernements, en particulier à ceux des démocraties de marché, de travailler ensemble, à l’échelle bilatérale et multilatérale, afin de trouver les meilleures approches possibles pour que nos régimes d’échanges internationaux soient plus équitables et fonctionnent mieux, d’une manière qui préserve les avantages économiques de marchés ouverts et d’un commerce mondial fondé sur des règles.
Deuxièmement, les banques centrales devraient rester vigilantes compte tenu du niveau élevé de l’incertitude.
Les autorités monétaires doivent réagir rapidement aux changements d’évolution de la situation économique ou financière susceptibles de compromettre la stabilité des prix.
Il faudrait continuer d’abaisser les taux directeurs dans les économies où l’inflation devrait refluer vers l’objectif de la banque centrale, sous réserve que les anticipations d’inflation restent bien ancrées.
Troisièmement, les gouvernements doivent faire preuve de discipline budgétaire afin de préserver la viabilité de la dette à long terme, de conserver des marges de manœuvre budgétaires pour faire face aux tensions structurelles sur les dépenses, et de réagir aux chocs.
L’accentuation des tensions sur les dépenses – notamment imputable au vieillissement démographique et aux besoins de défense – intervient alors que la dette publique représente déjà 112 % du PIB dans la zone OCDE, contre 73 % en 2007.
Le coût du service de la dette augmente, à mesure que des titres d’emprunt à faible rendement arrivent à échéance et doivent être remplacés par de nouvelles émissions assorties de taux plus élevés.
Des examens systématiques et réguliers des dépenses, un renforcement des pratiques de passation des marchés publics, une utilisation accrue des technologies numériques et une amélioration du ciblage des prestations sociales permettraient de renforcer l’efficience des dépenses publiques, et de libérer des ressources pouvant être réaffectées à des usages plus propices à l’élargissement du champ des possibles et à la croissance.
Quatrièmement, il importe de mettre en œuvre des réformes structurelles ambitieuses pour améliorer les perspectives de croissance à moyen et long terme.
La croissance du PIB potentiel par habitant dans la zone OCDE est estimée actuellement à 1.3 %, alors que cette estimation s’établissait aux alentours de 2.4 % dans les années 90.
Pour ouvrir la voie à un renforcement de la croissance et du dynamisme de l’économie, nous devons stimuler la concurrence entre les entreprises, faciliter le développement des compétences, et rehausser l’investissement des entreprises – notamment dans l’IA et les autres technologies numériques, ainsi que dans la recherche-développement (R-D).
L’investissement dans le numérique doit s’accélérer, en particulier en Europe et au Japon par rapport aux États‑Unis.
Ainsi, au cours des 10 dernières années, l’investissement réel des entreprises dans les logiciels et les données a augmenté de 159 % aux États-Unis, alors qu’il n’a progressé que de 55 % en Europe, et de 8 % au Japon.
Nous estimons que même dans un scénario d’adoption lente de l’IA, celle-ci contribuera à hauteur de 0.2 à 0.4 point de pourcentage à la croissance annuelle de la productivité du travail dans les pays du G7 au cours des dix prochaines années.
Des mesures permettant une adoption plus rapide de l’IA et des outils numériques complémentaires, tels que les logiciels connexes, se traduiraient par des gains supplémentaires compris entre 0.7 et 0.9 point de pourcentage.
En conclusion
Bien que l’économie mondiale soit restée résiliente jusqu’ici, les signes de fléchissement de l’activité soulignent l’importance de la coopération multilatérale en matière commerciale, de la vigilance des autorités monétaires, de la discipline budgétaire et de la mise en œuvre de réformes structurelles ambitieuses.
En agissant avec détermination, les pouvoirs publics peuvent réduire les risques, renforcer la résilience et, en définitive, améliorer durablement le niveau de vie des populations.
Je vous remercie de votre attention. Je passe maintenant la parole à notre Chef économiste, Alvaro Pereira, qui va présenter nos analyses plus en détail.
Coopérant avec plus d’une centaine de pays, l’OCDE est un forum stratégique international qui s’emploie à promouvoir des politiques conçues pour préserver les libertés individuelles et améliorer le bien-être économique et social des populations dans le monde entier.