Seul le prononcé fait foi.
Mesdames, Messieurs,
Chers collègues,
Chers amis,
Je vous remercie de m’avoir invité à cette discussion sur l’ordre international fondé sur des règles et la question de son avenir.
Voilà plusieurs décennies que l’ordre international fondé sur des règles que nous avons instauré après la deuxième guerre mondiale sert judicieusement nos intérêts en formant un solide socle de stabilité, de développement, de croissance, de hausse des revenus et d’élévation du niveau de vie.
Pourtant, aujourd’hui, cet ordre fondé sur des règles est mis à rude épreuve.
Voilà déjà un certain temps que l’on voit les tensions géopolitiques et la concurrence stratégique exercer une pression sur la structure des échanges et entretenir un risque de fragmentation économique.
La pandémie est venue exacerber la situation à plusieurs égards.
À cela s’ajoutent : une guerre de grande envergure en Europe, désormais dans sa troisième année ;
la poursuite des conflits au Moyen-Orient ;
l’apparition de nouvelles tensions protectionnistes ;
sans oublier l’inquiétude grandissante autour de la coercition économique, de la sécurité des approvisionnements et de la concentration des marchés, compte tenu notamment, et en particulier, de la forte hausse de la demande mondiale dont font l’objet les différents produits indispensables à la transition écologique et numérique.
Malgré ce contexte globalement très difficile, l’économie mondiale fait montre d’une résilience remarquable.
La croissance est toujours au rendez-vous, quoiqu’à un niveau historiquement plus faible.
Les pays émergents de l’Asie, à savoir la Chine, l’Inde, l’Indonésie et les économies asiatiques dynamiques, continuent de représenter plus de la moitié de la croissance mondiale.
Bien qu’encore faibles, les échanges internationaux montrent des signes d’amélioration.
L’inflation globale et l’inflation sous-jacente continuent de reculer.
Les conditions financières ont commencé à s’assouplir.
Mais ces signes encourageants ne doivent pas nous faire relâcher nos efforts.
Il nous faut restaurer la confiance à l’égard du système commercial mondial.
Nous devons rétablir l’OMC dans son rôle de lieu de négociation et d’établissement des règles ainsi que dans ses fonctions juridictionnelles.
Nous devons empêcher l’économie mondiale de se fragmenter en différents blocs.
Il y a beaucoup à faire, c’est vrai, mais nous sommes capables de faire beaucoup.
Quel peut être le rôle de l’OCDE ?
Nous devons faire les bons choix stratégiques afin d’améliorer les perspectives de croissance à moyen et long termes, tout en relevant les défis mondiaux communs.
Ces défis sont les suivants : il faut dynamiser la productivité, actuellement stagnante, notamment en s’attaquant à tout ce qui fait inutilement obstacle aux flux d’échanges et d’investissement internationaux ainsi qu’à la poursuite de l’innovation.
Il faut s’attaquer au changement climatique de manière efficace et équitable à l’échelle mondiale.
Il faut aborder la transformation numérique et l’IA sous l’angle de l’action publique de manière à en faire bénéficier le plus grand nombre et à faciliter l’innovation dans ces domaines, tout en faisant le nécessaire pour atténuer et gérer comme il faut l'évolution des risques et les bouleversements qui en découlent.
Il faut traiter les conséquences économiques, budgétaires et sociales du vieillissement de la population.
Pour gérer tous ces défis, nous avons impérativement besoin de marchés mondiaux fonctionnant de manière appropriée, de règles du jeu équitables à l’échelle mondiale et d’un système commercial fondé sur des règles en bon état de marche.
Dans la dernière édition de nos Perspectives économiques, publiée le 2 mai, nous montrons que la croissance des échanges se redresse petit à petit.
Au quatrième trimestre de l’an dernier, la forte croissance de la Chine, de la Corée et des États‑Unis a fait progresser le commerce mondial.
Les chiffres récents des indicateurs à haute fréquence des échanges de marchandises et des commandes à l’exportation donnent à penser que la reprise du commerce international va se poursuivre cette année.
Pourtant, la libéralisation des échanges n’est plus défendue, en tout cas pas avec des arguments suffisamment robustes et convaincants.
Certes, la libéralisation des échanges a permis d’accroître durablement les revenus et les niveaux de vie, partout dans le monde. Par exemple en Australie, d’après les estimations, le PIB a augmenté de façon permanente d’au moins 5.4 %, et les salaires réels d’au moins 7.4 %.
La multiplication actuelle des mesures de restriction des échanges va nuire à l’activité commerciale, à la croissance, à la convergence des revenus et aux coûts de la transition écologique. L’an dernier, 11.8 % des importations des pays du G20, exprimées en valeur, ont pâti des restrictions en place depuis 2009.
Nous devons relancer les efforts de libéralisation des échanges partout dans le monde.
Mondialisation, ouverture des marchés, libéralisation des échanges et des investissements dans le monde… L’expansion du commerce mondial a très largement favorisé l’amélioration des revenus et des niveaux de vie et contribué à sortir des centaines de millions de personnes de la pauvreté.
La mondialisation et l’ouverture des marchés sont incontestablement des vecteurs de croissance, car elles favorisent l’exercice de la concurrence, l’innovation, les gains de productivité et l’efficience.
Quand les échanges et l’investissement s’intensifient, la croissance est plus forte, les emplois plus nombreux, les revenus plus élevés et les prix à la consommation plus bas.
La démondialisation, le découplage ou la segmentation de l’économie se traduiraient par un appauvrissement généralisé.
Autrement dit, par un affaiblissement de la croissance, une baisse de l’emploi et des revenus, et une hausse des coûts pour les consommateurs et les entreprises.
Cela signifie qu’à terme, nous réduirons le volume de nos ventes de biens et de services sur les marchés mondiaux et ferons face à un renchérissement de nos achats de biens et de services.
Cela entraînerait en outre des perturbations supplémentaires des chaînes d’approvisionnement, et une diminution globale de l’efficience économique.
Oui, nous devons faire en sorte que la mondialisation soit davantage au service des populations.
Nous devons, dans toute la mesure du possible, assurer l’équité des règles du jeu commercial au niveau mondial ainsi que le bon fonctionnement des marchés mondiaux, grâce à un système commercial fondé sur des règles qui soit performant.
Nous devons faire en sorte que chacun ait la possibilité de prendre part aux échanges mondiaux et de tirer parti des bienfaits de l’expansion du commerce mondial, et veiller à ce que les répercussions environnementales et sociales, et d’ailleurs l’ensemble des risques, soient mieux gérés.
Alors, ne rejetons pas tout en bloc. Améliorons le fonctionnement de la mondialisation, sans mettre un coup d’arrêt au processus ni l’inverser.
Il est normal de vouloir réduire les risques.
Toute entreprise confrontée à des risques s’attachera à les évaluer puis à élaborer des stratégies pour mieux les gérer.
La concentration excessive de la production et de l’offre, tout comme de la clientèle, accroît les risques.
Il convient bien évidemment, dans le contexte de certaines des perturbations des chaînes d’approvisionnement que nous avons subies au lendemain du COVID et, plus récemment, de l’impact de la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine, d’évaluer ces risques et de rechercher les moyens d’y faire face.
Mais ce faisant, nous devons faire preuve de bon sens et bien peser le pour et le contre afin de ne pas compromettre inutilement les avantages que procure l’expansion du commerce mondial.
Aider les pouvoirs publics à gérer ces pressions et à trouver le bon équilibre figure au sommet des priorités de l’OCDE.
Soutenir l’ouverture des échanges selon des règles du jeu équitables fait partie de l’ADN de l’OCDE. En effet, l’une des tâches confiées à l’organisation à laquelle elle a succédé et qui avait été créée au lendemain de la Deuxième guerre mondiale, en 1948, à savoir l’Organisation européenne de coopération économique (OECE), était précisément de lever les barrières commerciales en Europe.
L’Organisation a contribué à façonner un nouvel ordre international fondé sur des règles, ancré dans l’engagement commun de ses Membres envers la préservation des libertés individuelles, de la démocratie, de l’état de droit, de la protection des droits humains et des principes de l’économie de marché.
Ces valeurs ont résisté à l’épreuve du temps.
À l’OCDE, nous nous appuyons donc sur le solide fondement formé par ces valeurs et principes communs, ainsi que sur un socle de données et d’éléments probants, pour aider les administrations du monde entier à élaborer et à mettre en œuvre des politiques meilleures pour une vie meilleure.
S’agissant des échanges, nos bases de données hors pair fournissent aux administrations et à la recherche des données par produit suffisamment fines pour mesurer la concentration des chaînes d’approvisionnement.
Grâce à ces données, nous avons publié cette année de nouvelles analyses qui mettent en évidence 50 produits hautement vulnérables aux chocs en raison du nombre limité de fournisseurs et de leur substituabilité. Parmi les secteurs concernés, on trouve :
- le secteur pharmaceutique, avec par exemple certains types d’antibiotiques ;
- le secteur manufacturier, où la concentration de la fabrication des semi-conducteurs constitue, bien sûr, une grande source de préoccupations ; et
- le secteur des activités extractives.
Nous avons également analysé la concentration de la production des matières premières essentielles pour la transition écologique et des chaînes d’approvisionnement manufacturières connexes.
La production des ressources minérales en question reste fortement concentrée. Ainsi, la Chine représente 87 % de la production mondiale de magnésium, 62 % de celle du graphite et 60 % de celle des terres rares.
Dans les activités d’aval, ce même pays concentre 80 % de la production mondiale de panneaux solaires et 70 % des activités de traitement du cobalt.
L’OCDE reste par ailleurs déterminée à défendre la poursuite de la libéralisation des échanges, à promouvoir l’équité des règles du jeu, à ouvrir des possibilités nouvelles et à aider à réduire les risques de concentration.
L’existence d’un marché mondial ouvert, qui fonctionne correctement et repose solidement sur des échanges régis par des règles, est une condition essentielle pour améliorer la sécurité économique.
Nous sommes en mesure de gérer les risques et bouleversements potentiels dans des chaînes d’approvisionnement concentrées sans procéder à des découplages, et sans saper le rôle des échanges en tant que fondement de la prospérité commune.
L’OCDE prête son concours aux différentes tâches à accomplir :
Premièrement, l’Organisation continue de participer à la consolidation de l’ordre mondial fondé sur des règles en élaborant, en promouvant et en faisant appliquer des normes et bonnes pratiques dans un large éventail de domaines d’action.
Cette partie importante de notre travail consiste essentiellement à faciliter la coopération économique et à garantir une concurrence loyale.
L’OCDE s'est dotée d’une stratégie globale de relations mondiales qui vise à promouvoir l’adoption de ses normes et bonnes pratiques dans le monde entier.
L’adhésion à l’OCDE constitue le moyen le plus direct de se conformer à ces normes et meilleures pratiques.
Des pays clés du monde entier continuent de manifester un vif intérêt à l’égard d’une adhésion à l’OCDE et, partant, de s’engager à se mettre en conformité avec nos normes et nos bonnes pratiques.
Cette année, le Conseil de l’OCDE a pris la décision historique d’entamer des discussions avec l’Indonésie en vue de son adhésion.
Et pas plus tard que cette semaine, il a fait de même à l'égard de la Thaïlande.
Par conséquent, les deux plus grandes économies de l’Asie du Sud-Est, région du monde qui connaît la croissance la plus dynamique, sont désormais engagées dans un processus qui consiste à s’employer à mieux respecter les normes et les bonnes pratiques de l’OCDE, donnant ainsi un point d’ancrage au programme de réformes de ces pays en faveur de leur élévation au rang d’économies avancées.
L’Indonésie et la Thaïlande rejoignent ainsi l’Argentine, le Brésil et le Pérou, pays d’Amérique latine, ainsi que la Bulgarie, la Croatie et la Roumanie, membres de l’Union européenne, dans la liste des candidats actuels à l’adhésion à l’OCDE.
L’ajout de l’Indonésie et de la Thaïlande profitera à l’ordre fondé sur des règles, à l’échelle régionale et au-delà.
Cela est également important pour les efforts de libéralisation des échanges.
Ainsi, notre indice de restrictivité des échanges de services de l’OCDE aide à mettre en évidence les possibilités d’accroître la libéralisation des échanges de services entre l’Australie et certains de ses grands partenaires commerciaux, dont l’Indonésie et la Thaïlande qui affichent à ce stade un niveau de restrictivité supérieur à la moyenne OCDE.
Deuxièmement, nous aidons à renforcer les capacités nécessaires pour mettre en évidence et anticiper les risques.
Dans notre boîte à outils baptisée les « Clés de la résilience des chaînes d’approvisionnement », les responsables de l’élaboration des politiques trouvent des conseils pratiques sur la manière d’évaluer ces risques et d’y faire face.
Une condition essentielle est que les pouvoirs publics et les entreprises actives dans les chaînes d’approvisionnement travaillent en coordination étroite, de façon que les secondes trouvent de nouvelles possibilités de diversification et les premiers identifient les obstacles que la réglementation pose à la diversification.
Nous aidons aussi les responsables de l’élaboration des politiques à mettre en commun les meilleures pratiques établies en matière de gestion des risques, dans le cadre du Réseau des interdépendances des chaînes d’approvisionnement et le Forum de l’OCDE sur les chaînes d’approvisionnement critiques.
Par l’intermédiaire du Comité des échanges, nous avons recueilli des données d’expérience sur la coercition économique, sur ses répercussions et sur la manière d’y faire face, dans plusieurs pays, dont l’Australie, la Lituanie, le Japon et la République de Moldova, afin de pouvoir définir les meilleures pratiques en la matière.
Nous soutenons également l’entretien d’un dialogue autour des difficultés particulières qui caractérisent les chaînes d’approvisionnement complexes.
Par exemple, notre Réseau informel d’échanges sur les semi-conducteurs, auquel l’Australie participe activement, aide à renforcer la transparence des mesures prises dans le domaine des semi-conducteurs et des données relatives à leur production en réunissant les pouvoirs publics, les syndicats, la société civile et les entreprises.
Troisièmement, nous continuons d’aider les pays à instaurer des conditions favorables à l’investissement en vue d’accroître la production dans les principales chaînes d’approvisionnement, notamment en améliorant l’infrastructure et en s’attaquant aux contraintes réglementaires.
La diversification des chaînes d’approvisionnement constitue potentiellement un puissant moteur de croissance et de développement, et ce dans le monde entier. Des pays comme le Mexique, la Thaïlande et le Viet Nam ont ainsi vu leurs exportations augmenter au moment où les échanges directs entre la Chine et les États‑Unis diminuaient.
L’environnement de l’action publique doit impérativement être favorable pour que ce potentiel se concrétise et que la transformation de la structure des échanges ne se fasse pas au détriment de la croissance mondiale.
Nous sommes en train de conduire des études avec le Costa Rica, l’Indonésie, le Mexique, Panama, les Philippines et le Viet Nam pour mettre en évidence les goulets d’étranglement existant dans les chaînes d’approvisionnement locales de semi-conducteurs.
Ces études fourniront des conseils détaillés sur la manière de procéder pour instaurer un environnement propice à la fabrication des semi-conducteurs, par exemple à l’aide de cadres réglementaires, de stratégies de compétences et de mesures visant à diversifier les sources de composants.
Plus généralement, nous aidons les pays à lever les obstacles aux échanges de services qui sont essentiels pour intensifier la production dans un large éventail de secteurs, comme celui des activités de fabrication et de la production de ressources minérales.
D’après l’indice de restrictivité des échanges de services de l’OCDE, la situation est très satisfaisante en Australie. En effet, sur les 50 pays étudiés, elle est le 9e dans lequel la restrictivité est la plus faible.
Cependant, les barrières se multiplient dans les secteurs essentiels, par exemple le transport et les s technologies de l’information, de pays clés comme l’Indonésie et le Viet Nam, ce qui risque de freiner le développement et la croissance.
Il ne fait pour moi aucun doute que les procédures d’adhésion à l’OCDE profiteront à toute l’Asie du Sud-Est, et pas seulement aux pays candidats, à savoir l’Indonésie et la Thaïlande.
Les infrastructures sont un autre ressort essentiel pour augmenter l’échelle de la production.
Nous allons héberger le Secrétariat du réseau Blue Dot, premier cadre au monde de certification des projets d’infrastructure de qualité.
Il s'agit d'un dispositif de certification volontaire des projets d’infrastructures qui s’adresse au secteur privé et bénéficie d’un soutien public.
Les certificats délivrés par le réseau Blue Dot constitueront un puissant outil, en ce qu’ils aideront les pays à attirer des financements vers les projets d’infrastructure critique et permettront aux entreprises de répondre aux attentes des investisseurs et de leur clientèle en matière de durabilité, selon des critères internationalement agréés.
Quatrièmement, nous continuons de fournir des données et analyses objectives à l’appui de la libéralisation des échanges, notamment en prêtant notre concours aux discussions en cours à l’OMC.
En améliorant la transparence autour des subventions allouées dans les secteurs de l’agriculture, de la pêche, des énergies fossiles et de l’industrie, nos données fournissent un socle factuel solide pour faire avancer les négociations sur les subventions.
Notre analyse a contribué à la prorogation du moratoire sur le commerce électronique actée à la Treizième Conférence ministérielle de l’OMC tenue récemment, pour continuer à soutenir le développement des échanges numériques.
Nous avons également entrepris de suivre les restrictions aux exportations mises en place dans des domaines clés, comme celui des minéraux critiques, où le nombre des restrictions a plus que quintuplé ces dix dernières années.
Dans la mesure où l’Australie n’impose aucune restriction à l’exportation des minéraux critiques, elle est appelée à jouer dans l’avenir un rôle particulièrement important de source d’approvisionnement sûre et fiable.
Cinquièmement, nous continuons d’aider les pays à mettre en place des contrôles rigoureux de l’investissement étranger qui répondent aux préoccupations en matière de sécurité nationale, sans compromettre le fonctionnement des marchés et la sécurité des affaires.
D’après les données de l’OCDE, les restrictions à l’investissement étranger se multiplient depuis 2008.
Dès lors qu’elles sont judicieusement conçues, ces restrictions peuvent être utiles contre les risques, parmi lesquels les investissements dans les infrastructures critiques ou les technologies avancées qui ne sont pas dictés par le marché et qui retiennent de plus en plus l’intention avec la montée des tensions géopolitiques.
En revanche, les dispositifs arbitraires, opaques et politisés sont porteurs d’incertitude et peuvent freiner les investissements étrangers vertueux au moment même où ils deviennent indispensables pour soutenir l’emploi, l’innovation et l’aménagement d’infrastructures.
La Recommandation de l’OCDE concernant les Lignes directrices sur les politiques d’investissement des pays d’accueil relatives à la sécurité nationale énonce des principes fondamentaux pour concilier ouverture et atténuation nécessaire des risques, parmi lesquels figurent la non-discrimination, la transparence, la prévisibilité, la proportionnalité et la redevabilité.
Sixièmement, nous continuons d’aider les pouvoirs publics à concevoir des politiques industrielles saines.
De plus en plus de pays de l’OCDE se dotent de politiques industrielles pour stimuler la croissance, l’emploi et la résilience, pour remédier aux situations de dépendance commerciale dans des secteurs clés et pour permettre les transformations numérique et écologique. Des exemples en sont les stratégies de l’UE et des États-Unis concernant les semi-conducteurs, ou encore la stratégie japonaise de transformation verte baptisée « GX ».
Pour être aussi efficaces que possible, et répondre à nos besoins en la matière, ces initiatives doivent pouvoir s’appuyer sur des marchés qui fonctionnent, et non les saper.
Nous ne pouvons pas nous permettre une course aux subventions.
Nous avons plutôt besoin d’investissements ciblés qui visent à générer des externalités de connaissances et à apporter des solutions aux dysfonctionnements notoires des marchés.
À cet effet, nous avons compilé des éléments probants sur les mesures prises par les pouvoirs publics dans l’industrie afin de mettre en évidence celles qui marchent et celles qui ne marchent pas.
Il en ressort que la clé réside dans l’existence de bonnes politiques fondatrices, par exemple une politique de concurrence efficace et des barrières commerciales peu élevées.
Les crédits d’impôt et subventions liés à la recherche-développement se révèlent être efficaces pour stimuler l’innovation. Pour un effet maximal, il faudrait en revanche que les aides directement versées aux entreprises bénéficient principalement aux jeunes et petites entreprises.
Pour les grandes entreprises les plus solidement établies, les prêts ou garanties d’origine publique sont potentiellement plus efficaces, en particulier lorsqu’il s’agit de réduire les risques associés aux investissements susceptibles d’être très rentables pour les caisses publiques.
La Recommandation de l’OCDE sur la neutralité concurrentielle donne des indications utiles pour élaborer des stratégies industrielles qui ne remettent pas en cause l’équité des règles du jeu. Elle offre aussi un cadre pour réfléchir aux perturbations dues aux distorsions causées par l’attitude d’autres pays.
Septièmement, nous continuons d’œuvrer à améliorer la durabilité sociale et environnementale des échanges et de l’investissement.
Améliorer le fonctionnement des échanges au profit de la population est véritablement une question de sécurité économique.
Alors que l’on cherche à étendre et diversifier les chaînes d’approvisionnement mondiales, il faut que les entreprises y exercent une diligence raisonnable de façon à traiter les conséquences néfastes, qu’il s’agisse de faire respecter les droits de la main-d’œuvre ou de lutter contre les risques de corruption et de pollution.
Cela est essentiel pour que les investissements cadrent avec nos valeurs et avec les objectifs de la politique générale, pour protéger le « permis social d’exploitation » et pour resserrer les liens avec les pays appelés à jouer un rôle grandissant dans la reconfiguration des chaînes d’approvisionnement mondiales.
Les normes et outils de l’OCDE sur la conduite responsable des entreprises aident à créer des règles du jeu équitables au profit des entreprises responsables. Ils fournissent en outre des conseils utiles pour que la diligence raisonnable s’exerce en fonction des risques et de manière proportionnée.
Cela permet d’éviter un désengagement contreproductif dans les pays en développement.
L’an dernier, nous avons mis à jour nos principes directeurs à l’intention des entreprises multinationales, afin qu’elles disposent des stratégies nécessaires pour renforcer la crédibilité, la comparabilité et le suivi de leurs engagements en faveur de la transition vers la neutralité carbone, pour déployer les technologies d’IA de manière responsable et pour empêcher les interventions politiques inappropriées consistant, par exemple, à orienter l’action publique à l’aide de données trompeuses.
Enfin, nous avons besoin d’une action ambitieuse face au changement climatique, qui soit aussi efficace que nécessaire à l’échelle mondiale et la plus favorable possible aux échanges internationaux.
En effet, c’est grâce à une action climatique favorable aux échanges internationaux, c’est-à-dire fondée sur des marchés ouverts, caractérisés par d’importants flux d’échanges et d’investissements, que nous pourrons contenir les coûts de la transition.
L’atténuation des émissions de carbone étant considérée de diverses manières aux quatre coins du monde, le risque est grand de voir des externalités transnationales défavorables apparaître du fait d’une trop mauvaise coordination des pays.
Comme exemples d’externalités défavorables, on peut citer la délocalisation des émissions de carbone et les tensions commerciales provoquées par le protectionnisme climatique.
Ce qu’il faut, c’est recenser et saisir toutes les occasions possibles de créer des externalités transnationales favorables de façon que tous les pays bénéficient des dernières innovations et des gains sur les coûts et que, sur un marché mondial, chacun apporte la meilleure contribution possible en fonction des moyens qui sont les siens de participer à la réalisation de l’objectif mondial de neutralité carbone.
Voilà pourquoi, à l’OCDE, nous avons créé le Forum inclusif sur les approches d’atténuation des émissions de carbone qui réunit désormais 59 pays du monde entier, dont 14 économies membres du G20.
Le Forum inclusif a pour but d'aider à optimiser les résultats des efforts de réduction des émissions des pays du monde entier grâce au partage systématique de l’intégralité des données et informations relatives aux approches d’atténuation des émissions de carbone suivies dans le monde.
Son approche repose sur l’apprentissage mutuel à partir de données probantes concernant les solutions qui produisent les meilleurs résultats.
Il offre par ailleurs un cadre propice à un dialogue multilatéral inclusif sur la meilleure façon d’atteindre nos objectifs climatiques mondiaux tout en évitant des litiges commerciaux contreproductifs liés aux politiques climatiques.
En somme, l’existence de marchés ouverts et fonctionnant de manière satisfaisante nous permettra de contenir le coût de la transition climatique à un niveau plus bas et plus soutenable que dans un contexte de protectionnisme climatique.
En conclusion,
L’expansion durable des échanges et de l’investissement à l’échelle mondiale reste l’un des principaux vecteurs de développement et de croissance économiques. Elle est également synonyme d’élévation des revenus et des niveaux de vie, notamment et surtout dans les économies en développement.
Il est dans notre intérêt à tous de l’accompagner et de la renforcer.
Elle constitue un principe fondamental sous-jacent des relations que l’OCDE entretient avec ses non-Membres à l’échelle mondiale.
Nous continuons d’élargir la portée de nos normes et bonnes pratiques, y compris dans le domaine des échanges, afin d’accroître leur efficacité et d’offrir aux entreprises et aux investisseurs un cadre d’action publique mieux coordonné à l’échelle mondiale.
La région indopacifique reste prioritaire à cet égard, du fait de sa place grandissante dans le monde, sur le plan de la croissance, des échanges et de la population, et compte tenu de son rôle central dans le traitement des défis planétaires communs.
Nous travaillons avec les pays d’Asie qui partagent nos valeurs, qui, comme nos Membres, sont préoccupés par la coercition et la sécurité économiques et qui ont à cœur de s’aligner davantage sur les normes de l’OCDE. C’est le cas de l’Indonésie, première économie de l’Asie du Sud-Est et troisième démocratie mondiale, qui s’est engagée sur la voie de l’adhésion à l’OCDE.
Nous continuons d’entretenir des contacts fructueux avec d’autres pays de la région dont les vues diffèrent. Nous nous attachons à saisir les occasions de dialoguer et de coopérer de manière mutuellement bénéfique sur un pied d’égalité, sans quoi il n’est pas possible de progresser sur la question du changement climatique ou de stimuler la croissance et le développement à l’échelle mondiale.
Je peux ainsi terminer sur une note optimiste.
Les échanges forment le fondement de notre prospérité commune.
L’Australie en est un parfait exemple.
Continuons de nous ouvrir aux nombreux partenaires de bonne volonté dans le monde entier, afin de pouvoir optimiser les transitions en cours dans nos économies et nos sociétés, améliorer le fonctionnement des échanges, et appliquer des stratégies solides, fondées sur des éléments probants, pour renforcer notre sécurité économique, sans mettre en péril les possibilités offertes ni la prospérité.
Je vous remercie de votre attention.
Coopérant avec plus d’une centaine de pays, l’OCDE est un forum stratégique international qui s’emploie à promouvoir des politiques conçues pour préserver les libertés individuelles et améliorer le bien-être économique et social des populations dans le monde entier.