La réduction des émissions de méthane provenant de la production de pétrole et de gaz est essentielle pour atteindre la neutralité carbone d'ici 2050. Selon le rapport intitulé Methane abatement in developing countries: regulations, incentives and finance (Réduction du méthane dans les pays en développement : réglementations, incitations et financements), publié aujourd’hui par le Centre de développement de l'OCDE à l’occasion de la COP29, la réduction des émissions de méthane en amont des projets pétroliers et gaziers dans les pays producteurs en développement permettrait des gains de réduction massifs tout en améliorant la sécurité énergétique.
Depuis le début de la révolution industrielle, on estime que les émissions de méthane d'origine humaine ont été responsables de plus de 25 % de l'augmentation des températures mondiales. Le potentiel de réchauffement du méthane au cours de ses 20 premières années dans l'atmosphère est plus de 80 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone.
Rien qu’en 2023, les secteurs du pétrole et du gaz ont été responsables de plus de 78 millions de tonnes d’émissions de méthane au niveau mondial, ce qui représente la deuxième source d’émissions de méthane d’origine humaine après l’agriculture et devant les déchets, le charbon, la bioénergie et la combustion de biomasse.
Les émissions mondiales de méthane ne diminuent pas à l’échelle, ni au rythme nécessaires pour limiter le réchauffement à un niveau compatible avec les trajectoires de 1,5 °C de l’Accord de Paris, car la demande mondiale de gaz naturel augmente et devrait atteindre de nouveaux sommets historiques en 2024 et 2025, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE). En l’absence d’une action concertée et alignée sur l’Accord de Paris sur le climat, les plans et projections actuels des gouvernements entraîneront une augmentation de la production mondiale de pétrole et de gaz au moins jusqu’en 2050.
Les pays en développement producteurs de pétrole et de gaz bénéficieraient grandement de l’adoption de réglementations sur la réduction des émissions de méthane dans le pétrole et le gaz en amont, selon le rapport. L’AIE estime qu’environ 70 % des émissions de méthane provenant des activités liées aux combustibles fossiles pourraient être réduites grâce aux technologies existantes, dont environ 40 % sans coût net, dans la mesure où les montants des mesures de réduction sont inférieurs à la valeur marchande du gaz supplémentaire capté.
Réglementer les émissions de méthane aiderait les pays en développement à préserver la compétitivité de leurs exportations dans un contexte où les exigences des importateurs de gaz naturel se durcissent. Cela aiderait également la mise en place de cadres de coopération pour réduire les émissions associées aux combustibles fossiles commercialisés à l’échelle internationale, partout où c’est encore nécessaire dans la transition énergétique.
Des exigences réglementaires conformes aux normes internationales en matière de mesure, de surveillance, de déclaration et de vérification créeraient les incitations idoines pour éviter de déplacer les émissions vers les pays en développement, indique le rapport. L’harmonisation internationale est également essentielle à la cohérence internationale en matière d’atténuation du changement climatique, car elle permet aux entreprises de se mettre en conformité à un coût abordable dans toutes les juridictions, et atténue les risques d’écoblanchiment.
Le rapport identifie les principales mesures que les pays en développement producteurs de pétrole et de gaz pourraient mettre en œuvre pour accélérer la réduction des émissions de méthane :
• Fixer des objectifs de réduction des émissions de méthane spécifiques à chaque secteur dans les Contributions déterminées au niveau national et les intégrer dans les Stratégies à long terme de développement à faibles émissions de gaz à effet de serre.
• Établir des inventaires et des bases de référence nationaux et définir des exigences de mesure, de surveillance, de notification et de vérification du méthane conformes aux normes internationales de notification, telles que le Partenariat Pétrole et Gaz Méthane 2.0 du PNUE.
• Combiner des normes d’équipement et de technologie prescriptives, basées sur les performances, et concevoir des programmes robustes de détection et de réparation des fuites.
• Établir des politiques et des réglementations pour éliminer le torchage de routine (la combustion incomplète du gaz naturel libère également du méthane) et l’évacuation du gaz naturel (rejet intentionnel de gaz dans l’atmosphère).
• Établir un système de récompenses et de pénalités pour qu’il soit rentable pour les entreprises publiques et privées de se conformer aux exigences de réduction des émissions de méthane.
• Introduire des exigences de réduction du méthane au stade de l’octroi des licences et de la planification afin d’aligner tout nouveau projet pétrolier et gazier sur les objectifs climatiques.
Le rapport souligne également la nécessité de renforcer le financement de la réduction des émissions de méthane en amont afin d’aider les pays en développement producteurs de pétrole et de gaz, largement endettés ou soumis à des contraintes budgétaires, à accélérer la réduction de leurs émissions de méthane. Outre le financement de l’industrie, les systèmes d’échange de droits d’émission, les obligations liées à la durabilité et les échanges dette-climat, les fonds souverains et d’investissement stratégique représentent d’autres voies possibles de financement sans, ou avec de moindres restrictions sur les investissements dans le secteur des combustibles fossiles.
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