La qualité d’un système d’éducation ne peut jamais dépasser celle de ses enseignants . Dans l’ensemble des pays de l’OCDE, il devient de plus en plus difficile d’attirer, de former et de retenir des enseignants hautement qualifiés. Cette édition de Regards sur l’éducation examine l’évolution de la pénurie d’enseignants et les mesures à prendre pour y remédier.
La pénurie d’enseignants touche, à des degrés divers, la plupart des systèmes d’éducation des pays de l’OCDE. En Lettonie et au Luxembourg, pays où les taux de postes vacants sont les plus élevés, environ 4 % de l’ensemble des postes d’enseignant dans l’enseignement secondaire n’étaient pas pourvus à la rentrée scolaire 2024/2025. Dans la plupart des autres pays, cette part était inférieure à 3 %.
Les difficultés de recrutement sont souvent plus aiguës dans les zones rurales, isolées ou défavorisées. Nos données montrent que la pénurie est particulièrement prononcée dans des matières telles que les mathématiques et les sciences naturelles, où les systèmes d’éducation sont en concurrence directe avec d’autres secteurs pour recruter des professionnels hautement qualifiés.
Les postes non pourvus ne sont qu’un indicateur parmi d’autres de la pénurie d’enseignants. Les systèmes d’éducation font également appel à des enseignants qui ne sont pas encore pleinement qualifiés car ils ne disposent pas les qualifications requises au niveau national : en moyenne dans les pays de l’OCDE 9% de l’ensemble des enseignants du primaire et du secondaire n’étaient pas pleinement qualifiés en 2024-2025.
Le vieillissement du corps enseignant ne fera qu’aggraver la pénurie d’enseignants. Dans les pays de l’OCDE, un enseignant du secondaire sur quatre a 55 ans ou plus, ce qui laisse entrevoir des départs massifs au cours des décennies à venir. Les systèmes d’éducation devront remplacer les enseignants qui partent à la retraite et veiller à ce qu’il y ait de nouvelles recrues dans les matières et les régions où le besoin se fait le plus sentir.
Plus généralement, la pénurie d’enseignants reflète également une pénurie de main-d’œuvre qualifiée à l’échelle de l’économie dans son ensemble, ainsi que la concurrence entre les employeurs pour une offre limitée de personnel qualifié. En effet, dans plus de la moitié des pays pour lesquels des données sont disponibles, le taux de postes vacants est plus élevé dans l’ensemble de l’économie que dans le secteur de l’enseignement. Les systèmes d’éducation sont donc confrontés à une pénurie de personnel qualifié tout comme les secteurs de la santé, de la technologie et d’autres professions qui reposent sur un personnel hautement qualifié. Étant donné que les systèmes d’éducation ne peuvent pas à eux seuls remédier pleinement à ces contraintes plus générales du marché du travail, ils doivent également s’attacher à utiliser plus efficacement les ressources pédagogiques disponibles.
Une rémunération compétitive et une charge de travail raisonnable peuvent aider à atténuer la pénurie d’enseignants en rendant la profession plus attractive, mais cela ne suffira pas. L’autonomie professionnelle, un encadrement bienveillant, des relations de travail positives, l’évolution de carrière et la valorisation de leur métier par la société sont autant de facteurs qui influencent la satisfaction professionnelle des enseignants. Bien que 85 % des enseignants se déclarent satisfaits de leur travail, seuls 22 % d’entre eux estiment que le métier d’enseignant est valorisé par la société.
Au-delà des efforts visant à attirer et à retenir davantage d’enseignants, les systèmes d’éducation doivent également s’adapter à un avenir où le nombre d’enseignants pourrait diminuer. Cela implique de trouver des moyens d’exploiter plus efficacement le temps et l’expertise des enseignants, afin qu’ils puissent se concentrer sur les activités qui ont le plus d’impact sur l’apprentissage des élèves. Un recours accru aux outils numériques et à l’intelligence artificielle, une meilleure planification des effectifs, et une refonte des structures scolaires peuvent contribuer à alléger la charge administrative et permettre aux enseignants de travailler plus efficacement.
L’élargissement de l’accès à la profession constitue un levier supplémentaire, parallèlement à une utilisation plus efficace du personnel en place. Des parcours bien conçus pour les enseignants en reconversion professionnelle peuvent élargir la réserve de recrutement et apporter une expérience professionnelle précieuse aux établissements scolaires. En Australie et aux Pays-Bas, où plus de 15 % des enseignants sont issus d’une reconversion professionnelle, des parcours flexibles tiennent compte de la validation des acquis de l’expérience et associent formation et emploi.
La baisse des effectifs d’élèves offre l’occasion de réaffecter les ressources aux établissements, aux matières et aux communes où la pénurie est la plus aiguë. Le nombre d’enfants âgés de 5 à 14 ans dans l’ensemble des pays de l’OCDE devrait diminuer de 9 % entre 2024 et 2033, mais le nombre d’enseignants et le nombre de classes ne diminuent pas toujours parallèlement à la baisse des effectifs d’élèves. Cela donne aux décideurs politiques la marge de manœuvre nécessaire pour réaffecter les enseignants et les ressources là où la pénurie se fait le plus sentir, garantissant ainsi l’accès à l’enseignement tout en atténuant la pénurie dans des certaines matières, certains établissements et certaines régions, plutôt que de disperser encore davantage un personnel déjà mis à rude épreuve.
Mathias Cormann,
Secrétaire général de l'OCDE