Le rapport Politiques agricoles : suivi et évaluation 2026 contient les données les plus récentes sur le soutien public à l’agriculture, accompagnées d’une analyse approfondie des politiques agricoles. L’Égypte et le Pérou sont pris en considération pour la première fois, ce qui porte à 56 le nombre de pays couverts.
Politiques agricoles : suivi et évaluation 2026 (version abrégée)
Résumé
Copier le lien de RésuméLe soutien à l’agriculture a augmenté de 15 % au cours des deux années écoulées, dans un contexte de renforcement des risques à l’échelle mondiale
Copier le lien de Le soutien à l’agriculture a augmenté de 15 % au cours des deux années écoulées, dans un contexte de renforcement des risques à l’échelle mondialeTandis que les chocs deviennent plus fréquents et plus imbriqués, les mesures prises par les pouvoirs publics demeurent pour la plupart des mesures correctives
Le secteur agricole doit compter avec des chocs mondiaux plus fréquents et plus imbriqués dont l’impact économique s’alourdit. La fermeture récente du détroit d’Ormuz, couloir maritime essentiel pour l’acheminement des produits énergétiques du Golfe vers les marchés mondiaux, provoque un surcroît de tension sur les marchés des intrants agricoles et, par ricochet, sur ceux des produits agricoles. Ces tensions accentuent la volatilité des marchés agricoles et exposent les vulnérabilités des systèmes alimentaires. Alors que ces évolutions appellent l’adoption de mesures prévisibles, inscrites dans la durée, ayant pour effet de renforcer la résilience, la durabilité et la gestion des risques, l’expérience récente montre que l’action des pouvoirs publics prend souvent la forme de mesures correctives, à court terme, adoptées en réaction aux crises qui se succèdent. En 2025-2026, plus de trente dispositifs d’urgence ont ainsi été mis en place par les pays en réponse aux seuls événements météorologiques extrêmes et catastrophes naturelles.
Dans ce contexte, le soutien total au secteur, qui s’élevait en moyenne à 885 milliards USD par an entre 2023 et 2025, a atteint un nouveau record avec plus de 950 milliards USD en 2025, ce qui représente 121 milliards USD – soit près de 15 % – supplémentaires par rapport à 2023. Dans les économies émergentes, sa progression découle avant tout d’un renforcement du soutien des prix du marché, tandis que dans les pays de l’OCDE, elle provient principalement des paiements budgétaires, et en particulier du montant considérable des aides exceptionnelles débloquées face aux catastrophes. Cette hausse vient effacer plusieurs décennies de recul par rapport à la production. Entre 2023 et 2025, le soutien relatif, dans les 56 pays considérés dans le rapport, a bondi de 17.6 % à 19.1 % de la valeur de la production.
Les politiques en vigueur ne sont pas totalement adaptées à un environnement de risque aussi complexe
Le soutien public à l’agriculture repose encore, en grande partie, sur des mesures ayant pour effet de modifier les prix du marché. Ces mesures rendent les producteurs moins à même de s’adapter à l’évolution des conditions de production ou de la situation du marché. Bien que l’on sache depuis longtemps déjà qu’elles entraînent des distorsions, ces mesures – et d’autres consistant à encourager certaines cultures ou l’utilisation de certains intrants – n’en continuent pas moins de représenter une part importante du soutien total : entre 2023 et 2025, près de la moitié de ce soutien au secteur a été apporté sous une forme susceptible de générer le plus de distorsions. La forte variation du soutien relatif entre les pays et les produits considérés aggrave les effets préjudiciables des distorsions du marché sur la capacité d’adaptation du secteur, notamment en raison de son incidence sur les marchés et les échanges mondiaux.
Entre 2023 et 2025, le soutien aux exploitants agricoles s’est élevé, en moyenne, à 661 milliards USD par an dans l’ensemble des pays étudiés, soit près de 13 % des revenus agricoles. Ce soutien, cependant, ne se répartit pas de manière homogène. Dans certains pays, comme la Norvège et la Suisse, il représente la moitié environ des recettes agricoles brutes, de sorte que le revenu des agriculteurs dépend fortement des politiques publiques. Ailleurs, au Viet Nam et en Argentine, par exemple, les mesures en vigueur maintiennent les prix intérieurs en dessous des cours mondiaux, ce qui donne lieu à un transfert des producteurs aux consommateurs équivalant à plus de 10 % des recettes agricoles dans ces pays. En Égypte et au Pérou, les deux nouveaux pays couverts par le rapport, le soutien aux producteurs représente, respectivement, 12.6 % et 6.4 % des recettes agricoles.
Les économies émergentes ont une influence de plus en plus marquée sur les tendances du soutien mondial, car elles comptent pour une part croissante des volumes produits (67 %) et des aides publiques (58 %). Cela n’est pas anodin puisque ces pays tendent à recourir de façon particulièrement active aux mesures ayant pour effet de porter les prix intérieurs à un niveau supérieur, ou inférieur, aux cours mondiaux (soutien des prix du marché – SPM) ou à d’autres formes de soutien susceptibles de générer le plus de distorsions, notamment au titre de l’utilisation d’intrants non assortie de contraintes. Ces mesures contribuent à rigidifier les systèmes de production agricole et accentuent la variabilité du soutien mesuré, avec des effets plus marqués sur les incitations faites tant aux producteurs qu’aux consommateurs. Elles réduisent par conséquent la capacité d’adaptation du secteur face aux chocs et à l’évolution des risques.
Le soutien varie aussi considérablement en fonction du produit considéré. Des produits comme le sucre, le colza, le maïs ou le lait sont l’objet d’une attention toute particulière, tandis que d’autres sont moins ciblés. À l’échelle nationale, le soutien se concentre souvent sur un petit nombre de produits, et il s’ensuit que les incitations sont très variables en fonction des filières de production.
Le recours inégal, selon les pays et les produits, aux formes de soutien créant le plus de distorsions nuit également à l’utilisation efficace des ressources. Bien que certains pays dissocient davantage le soutien de la production, il reste encore beaucoup à faire. Dans l’ensemble, le paysage de l’action publique ne répond guère à la nécessité de faire de l’agriculture un secteur résilient, efficient et adaptable, capable d’anticiper l’évolution des risques.
L’investissement public n’est pas à la hauteur de la nécessaire transformation du secteur
Renforcer la résilience et la croissance durable de la productivité est la meilleure réponse aux risques systémiques. La résilience rend les agriculteurs capables de faire face aux chocs, tandis que la croissance de la productivité concourt à la rentabilité à long terme et – si elle est correctement ciblée – à la performance environnementale. Cependant, les investissements nécessaires pour créer des conditions propices à ces objectifs n’ont pas suivi le rythme de développement du secteur, et la croissance de la productivité ralentit. À l’échelle mondiale, la croissance de la productivité totale des facteurs est passée de 1.8 % par an entre 1991 et 2000 à 0.8 % entre 2014 et 2023.
Ce ralentissement coïncide avec une relative contraction des investissements consacrés aux biens publics. Les dépenses affectées aux services d’intérêt général (infrastructures, recherche‑développement, innovation, par exemple) se sont élevées, en moyenne, à 118 milliards USD par an entre 2023 et 2025. En termes relatifs, elles représentaient alors 2.4 % de la valeur de la production agricole, contre 4.6 % entre 2000 et 2002. Cela signifie donc que les dépenses consacrées aux services d’intérêt général progressent en termes absolus, mais diminuent par rapport à la taille du secteur, ainsi qu’en proportion du soutien global. Ces dépenses sont destinées principalement aux infrastructures, et en particulier à l’irrigation (47 %, soit environ 55 milliards USD), tandis que les systèmes de connaissances et d’innovation agricoles reçoivent 23 % du total (soit environ 27 milliards USD).
Même si quelques pays donnent la priorité aux dépenses publiques affectées aux investissements porteurs de transformations – ainsi la Suisse qui alloue plus de 4 % de la valeur de la production aux investissements publics en faveur des connaissances et de l’innovation – la plupart leur consacre relativement peu de moyens. En moyenne, l’investissement public dans les systèmes de connaissances et d’innovation ne représente que 0.5 % de la valeur du secteur, soit plus ou moins la moitié du niveau observé au cours de la période 2000-2002, même s’il faut compter, en complément, les investissements du secteur privé en faveur de l’innovation. Il existe donc un déséquilibre structurel entre le soutien à court terme et la résilience à long terme.
Les consommateurs continuent de supporter une grande partie du coût des mesures
Les consommateurs sont pénalisés de manière significative par les politiques agricoles, en premier lieu parce qu’ils en subissent les répercussions sur les prix alimentaires. Dans la plupart des pays, les politiques de soutien à l’agriculture portent les prix intérieurs, ceux de certains produits ou ceux de tous les produits, au-dessus des cours internationaux, ce qui réduit le pouvoir d’achat des consommateurs. Le soutien direct aux consommateurs reste limité en comparaison. En moyenne, entre 2023 et 2025, les consommateurs ont supporté un impôt implicite de l’ordre de 204 milliards USD par an, soit 4.4 % de leurs dépenses mesurées par le prix des produits primaires.
Cette situation résulte de la prédominance des mesures fondées sur les prix, qui entraînent des transferts des consommateurs aux producteurs. Quelques pays abaissent les prix intérieurs dans l’intérêt des consommateurs, mais ce cas de figure est moins fréquent. Dans l’ensemble, les consommateurs demeurent contributeurs nets au soutien à l’agriculture. Le tableau diffère selon les groupes de pays : dans les pays de l’OCDE, les transferts sont relativement stables et compensés en partie par le soutien budgétaire, tandis qu’ils sont plus importants et volatils dans les économies émergentes. D’une manière générale, le soutien direct aux consommateurs ne compense que de façon marginale les conséquences du renchérissement des prix.
Un ciblage et une conditionnalité bien pensés peuvent faciliter l’obtention de résultats sur le plan environnemental
Une grande partie du soutien est apporté au moyen d’instruments dépourvus de lien avec des résultats environnementaux spécifiques. La conditionnalité du soutien peut améliorer la performance des programmes existants, toutefois, assortir de conditions environnementales un soutien répondant à d’autres objectifs est moins efficace que mettre en œuvre des mesures qui tendent directement vers ces mêmes objectifs.
Entre 2023 et 2025, on s’est attaché, de plus en plus, à accompagner le soutien d’exigences de production répondant à des objectifs environnementaux ou autres, cependant le recours aux programmes ciblés sur ce genre de résultats demeure limité dans la plupart des pays et l’efficacité des contraintes obligatoires est discutable. Environ 5.7 % du soutien apporté aux agriculteurs est lié à l’adoption par ceux‑ci de mesures facultatives en faveur de l’environnement. De plus, 15 % du soutien fourni est subordonné à l’observation de la réglementation existante ou de normes complémentaires. Près des quatre cinquièmes des transferts aux exploitants sont accordés sans aucune exigence de production de ce genre. Le recours au soutien des prix du marché limite la capacité des pouvoirs publics à poursuivre des objectifs environnementaux par l’intermédiaire du soutien à l’agriculture.
Des politiques d’avenir pour une agriculture plus efficiente, durable et résiliente
Un meilleur alignement des stratégies des pouvoirs publics avec les enjeux de l’agriculture moderne apporterait d’appréciables avantages. Ces stratégies – caractérisées par la persistance du soutien de la production ou des prix, le manque d’investissements en faveur des biens publics, un coût élevé à la charge des consommateurs et des progrès limités pour ce qui est de produire des résultats au moyen des politiques – révèlent d’importants aspects au regard desquels l’action des pouvoirs publics peut évoluer. Relever les défis contemporains suppose de passer d’interventions correctives à un cadre d’action plus cohérent et systémique.
Le présent rapport contient une évaluation des politiques ainsi que des recommandations à l’intention de chacun des pays couverts. Au fil des 29 chapitres par pays – l’Union européenne (UE) étant considérée comme un seul bloc – ce sont plus de 150 recommandations précises, constructives et concrètes qui sont formulées à la lumière des données et travaux de recherche de l’OCDE. Ces recommandations par pays permettent de dégager les grands axes qui suivent pour l’action des pouvoirs publics :
Rééquilibrer les incitations de manière à privilégier des mesures plus efficientes et moins susceptibles de créer des distorsions est une priorité. Les mesures aux frontières et les subventions liées à la production et à l’utilisation d’intrants variables peuvent engendrer des distorsions des marchés et des échanges et sont généralement inappropriées aux objectifs poursuivis à l’heure actuelle. Réduire le recours à ces mesures pour les remplacer par des dispositifs plus ciblés – paiements sur mesure assortis d’exigences environnementales élevées, outils de gestion des risques et instruments axés sur la recherche d’un résultat précis, par exemple – améliorerait l’efficacité de l’action publique en plus de mieux mettre le soutien à l’agriculture au service des objectifs à long terme de productivité, de résilience et de durabilité.
En parallèle, il est indispensable de renforcer les fondements du secteur. Les performances de celui-ci sur le long terme dépendent de la solidité des systèmes de soutien aux agriculteurs. L’amplification des investissements en faveur de l’innovation, des systèmes de connaissance et de conseil, de l’infrastructure et de la capacité de gouvernance peut être bénéfique à la croissance durable de la productivité, améliorer la santé des sols, accroître la résilience aux chocs et encourager l’adoption et la diffusion de nouvelles technologies et pratiques à l’échelle du secteur.
Il faut également que l’action des pouvoirs publics se conforme davantage aux objectifs de durabilité. Lorsqu’il répond à des objectifs de durabilité, le soutien ne devrait être plus assorti de conditions limitées ou implicites, mais s’inscrire désormais dans des stratégies axées sur la recherche de résultats mesurables, à travers notamment des incitations et des cadres réglementaires soutenant l’exploitation durable des ressources et l’atténuation des effets préjudiciables pour l’environnement. Le renforcement des systèmes de suivi, de notification et d’évaluation est indispensable pour que le soutien produise des effets tangibles sur le plan environnemental.
Enfin, les pouvoirs publics doivent renforcer leurs politiques de gestion des risques systémiques pour réduire au minimum le recours, face aux crises, à des mesures de court terme, dictées par les circonstances. Aider les exploitants à anticiper l’évolution des conditions dans lesquelles ils exercent leur activité et à s’y adapter – tout en conservant un environnement stable et prévisible et des marchés internationaux ouverts – est essentiel à la gestion des risques et à la sécurité alimentaire dans un environnement mondial incertain.
Ces quatre recommandations permettent de donner un cap clair à la réforme des politiques : cesser de soutenir la production en faussant les signaux donnés par les prix pour mieux soutenir les résultats économiques, environnementaux et systémiques grâce à des politiques publiques mieux ciblées, des dispositifs d’appui plus solides et des liens plus explicites entre la conception de ces politiques et leurs résultats. Les progrès en ce sens aideront les systèmes agricoles à affronter un environnement de plus en plus complexe et risqué et à mieux répondre à l’évolution des exigences auxquelles ils sont soumis.