Le présent chapitre est consacré à l’évolution des politiques agricoles au cours de l’année 2025 et au début de l’année 2026 dans les 56 économies couvertes par le rapport Politiques agricoles : suivi et évaluation 2026 de l’OCDE. Il passe en revue les mesures prises par les pouvoirs publics compte tenu des nouvelles conditions commerciales, des pressions environnementales, des risques sur la production et les revenus, des inquiétudes liées à l’accessibilité financière des denrées alimentaires, des besoins en matière de développement rural et des perspectives ouvertes par l’innovation et la transformation numérique. En outre, il permet de comparer les dernières estimations du soutien aux producteurs, aux consommateurs et aux services d’intérêt général entre les pays. Il met ainsi en évidence les différences entre les niveaux de soutien, la composition des politiques publiques et les produits couverts, et offre la possibilité d’apprécier l’importance que gardent encore le soutien des prix du marché et autres mesures liées à la production et aux décisions commerciales.
Politiques agricoles : suivi et évaluation 2026 (version abrégée)
2. Évolution des politiques et du soutien agricoles par pays
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Principaux messages
Copier le lien de Principaux messagesLe soutien à l’agriculture demeure substantiel. En 2023‑2025, le soutien aux exploitants représentait en moyenne 14.3 % des recettes agricoles brutes dans les pays de l’OCDE et 7.6 % dans les économies émergentes, avec d’importantes différences entre les pays. Ainsi, ce soutien dépassait 40 % des recettes agricoles en Islande, en Suisse, en Norvège et en Corée, tandis que l’Argentine, le Viet Nam et l’Inde réduisaient les transferts aux producteurs en abaissant les prix intérieurs.
La composition du soutien aux producteurs est très variable selon les pays, entre ceux qui privilégient le soutien des prix du marché et autres mesures liées aux prix ainsi que les transferts au titre de la production ou de l’utilisation d’intrants (comme l’Islande, la Corée et l’Inde) et ceux qui ont recours surtout aux transferts budgétaires et tendent à découpler le soutien de la production (comme l’Australie, le Chili et les États-Unis). L’Union européenne et la Suisse se distinguent par la place relativement importante du soutien budgétaire assorti de contraintes facultatives dans leurs panoplies de mesures. Plus de la moitié du soutien aux exploitants agricoles est assorti de contraintes obligatoires aux États-Unis.
Les interventions sur les prix du marché sont souvent appliquées de façon sélective en fonction des produits. Dans un grand nombre de pays, quelques produits seulement (généralement le riz, le maïs ou le sucre) bénéficient d’un soutien supérieur à 50 % des recettes brutes qu’ils génèrent, alors que d’autres sont peu concernés par les mesures ou ont un prix intérieur en baisse. Du fait de cette répartition inégale, les indicateurs agrégés peuvent masquer d’importantes différences entre les modalités d’application des politiques publiques à la production agricole.
Les dépenses consacrées aux services d’intérêt général qui soutiennent le secteur agricole demeurent relativement faibles – atteignant en moyenne 2.4 % et rarement plus de 5 % de la valeur de la production – malgré leur importance pour la productivité à long terme. Alors que ces dépenses bénéficient majoritairement à l’infrastructure dans les grandes économies émergentes, c’est en revanche l’investissement dans les systèmes de connaissances et d’innovation qui prédomine dans un petit nombre de pays, notamment au sein de la zone OCDE.
Les politiques agricoles continuent de peser sur les consommateurs, principalement par le jeu du soutien des prix du marché (SPM) qui accroît les prix intérieurs par rapport aux prix mondiaux. Dans l’ensemble, le soutien aux consommateurs est estimé à -3.2 % des dépenses de consommation dans les pays de l’OCDE et -5.0 % dans les économies émergentes, ce qui montre qu’il ne contrebalance pas totalement les effets négatifs du SPM sur les intéressés. Les transferts budgétaires directs aux consommateurs demeurent limités ; il existe toutefois deux exceptions notables : les États-Unis (environ 18 % des dépenses de consommation) et l’Inde (26 %).
Politiques publiques et réactions aux événements en 2025-2026
Copier le lien de Politiques publiques et réactions aux événements en 2025-2026En 2025 et 2026, la politique agricole a subi l’influence d’un ensemble de tendances mondiales convergentes qui sont en train de reconfigurer les systèmes alimentaires du monde entier. Les phénomènes météorologiques extrêmes ont amené les pouvoirs publics à placer la résilience au premier rang de leurs programmes d’action. Ces mêmes pouvoirs publics ont recours à différentes stratégies pour répondre aux enjeux de l’agriculture, parmi lesquels les pressions environnementales et l’évolution des préférences des consommateurs. Les tensions géopolitiques et les perturbations des échanges ont avivé les inquiétudes concernant la sécurité alimentaire et la stabilité des chaînes d’approvisionnement, obligeant à recentrer l’attention sur les capacités de production et les réserves stratégiques nationales. Les progrès rapides des technologies numériques et de l’intelligence artificielle sont en train de transformer les pratiques agricoles et d’ouvrir de nouvelles perspectives. Souvent, les pays en développement sont confrontés à des difficultés différentes de celles rencontrées par les pays développés en ce qui concerne le développement rural, la structure agraire et la croissance de la productivité, et les mesures qu’ils prennent sont elles aussi différentes, par voie de conséquence.
Les pouvoirs publics (ou les pays) ont adopté des mesures de politique commerciale visant à saisir les avantages des échanges internationaux et de l’intégration aux marchés mondiaux
Politiques d’exportation
L’Allemagne a lancé une nouvelle stratégie en matière d’exportations agricoles dont le but est de réorienter la promotion des exportations, d’ouvrir de nouveaux marchés et d’accroître la compétitivité à long terme des entreprises agroalimentaires. L’objectif est de rendre les programmes de promotion des exportations plus efficients, plus flexibles et plus ciblés, en répondant plus particulièrement aux besoins des petites et moyennes entreprises (PME).
En Nouvelle-Zélande, la loi modificative de 2025 relative à la restructuration du secteur laitier (attribution des certificats d’exportation) réforme l’attribution des quotas d’exportation de produits laitiers. Désormais, les quotas ne sont plus fixés en fonction de l’extrait sec dégraissé du lait recueilli mais des volumes passés des exportations, et jusqu’à 10 % des quotas peuvent être réservés aux petits producteurs ou à ceux qui n’y avaient auparavant pas droit.
Le Costa Rica a lancé en 2025 l’initiative sur les paysages agricoles durables et le label national Planeta Vivo (Planète vivante). Le but est d’homologuer et de mettre en valeur les efforts entrepris pour protéger l’environnement, ainsi que de permettre aux produits agricoles costaricains de se distinguer sur les marchés internationaux grâce à un label garantissant une production sans déforestation, la neutralité en termes d’émissions et l’utilisation responsable de pesticides.
L’Égypte a accru son financement de la promotion des exportations agricoles et a prévu de mettre en place un système de gestion numérique des exportations afin de réduire les délais des formalités douanières.
En Argentine, les taxes à l’exportation ont été réduites pour les principaux produits (viande bovine, soja, maïs, blé, orge, sorgho et tournesol) et supprimées pour d’autres (dont le sucre, le coton, le cuir de bovin, le tabac, les produits forestiers et le riz). Les autorisations d’exporter délivrées par l’administration ont été simplifiées ou supprimées, tandis que les exportations de produits régionaux ont été déréglementées.
L’Inde a assoupli en 2025 les restrictions des exportations portant sur certains produits végétaux afin de permettre l’exportation – en quantité limitée – de riz et de farine de blé vers les Maldives, ainsi que de certaines céréales et huiles végétales vers le Bhoutan. Par ailleurs, l’interdiction d’exporter le son de riz déshuilé a été totalement levée.
Le Viet Nam a signé de nouveaux protocoles techniques avec la République populaire de Chine (ci-après la « Chine ») afin de faciliter les exportations agricoles en harmonisant les exigences de mise en quarantaine, de sécurité alimentaire et de traçabilité. Les autorités douanières ont été invitées à privilégier le dédouanement des exportations de produits agricoles, en particulier les biens périssables.
Politiques d’importation
En Chine, des mesures de précaution ont été prises pour contenir l’augmentation des importations de viande bovine. Suite à une enquête lancée fin 2024, la Chine a instauré un contingent tarifaire à compter de janvier 2026, fixé à 2.7 millions de tonnes. Globalement aligné sur les récents volumes des importations et équivalant à presque 30 % du marché intérieur, ce contingent semble conçu pour limiter la croissance des importations, le dépassement du quota étant soumis à un droit de sauvegarde de 55 %. D’autre part, certaines procédures d’importation des produits agroalimentaires ont été simplifiées tandis que d’autres ont été durcies. Les réformes douanières ont allégé les obligations et procédures déclaratives et poursuivi la transformation numérique des systèmes y afférents, tout en renforçant les inspections, mises en quarantaine et contrôles des chaînes d’approvisionnement.
Le Viet Nam a réduit ses droits NPF (de la nation la plus favorisée) sur les importations de produits agricoles, et également supprimé les droits d’importation sur le maïs et le tourteau de soja.
Aux Philippines, un régime tarifaire flexible a été mis en place pour les importations de riz, qui consiste à appliquer des droits de douane en fonction des fluctuations des prix mondiaux selon un barème préétabli. Les droits NPF étaient encore de 15 % en 2025 mais en janvier 2026, un dispositif d’ajustement automatique a été instauré pour limiter la répercussion des fluctuations des prix internationaux sur le marché intérieur.
L’Indonésie a interdit les importations de riz au cours de l’exercice budgétaire 2025 après qu’il a été établi que la production nationale allait permettre de répondre aux besoins de la consommation intérieure. L’interdiction a été reconduite sur l’exercice 2026 et concerne non plus seulement le riz, mais aussi le sucre de table et le maïs.
En Türkiye, les réductions temporaires des droits de douane décidées au moment de la pandémie de COVID-19 ont été supprimées ; des droits de 130 % ont donc été rétablis pour les céréales principales, et de 19.3 % pour les légumineuses. Dans ce contexte, des ajustements ciblés ont été mis en place temporairement en 2025-2026, notamment des réductions des droits de douane sur les importations de maïs (ultérieurement rétablis à 130 %), une baisse des droits sur l’avoine de 130 % à 30 % (également rétablis depuis), l’application d’un taux réduit pour les lentilles vertes, ainsi que des ajustements des droits de douane et des contingents tarifaires pour les graines et l’huile brute de tournesol.
Des ajustements ciblés des dispositions commerciales et douanières ont également été mis en œuvre dans l’Union européenne, notamment l’adoption de mesures tarifaires en réaction à l’évolution des conditions des échanges avec les principaux partenaires, ainsi que des restrictions des importations et des contrôles réglementaires pour faire face aux pressions exercées sur le marché par les perturbations de certains secteurs dans les pays voisins.
Accords commerciaux
L’Accord sur un Partenariat économique d’ensemble (CEPA) entre l’Australie et les Émirats arabes unis est entré en vigueur en octobre 2025. L’Australie et l’Union européenne (UE) ont conclu des négociations portant sur un accord de libre-échange en mars 2026.
Le Viet Nam a renforcé sa coopération commerciale en signant des accords avec les États-Unis, l’Afrique du Sud et les Émirats arabes unis.
L’Accord de partenariat entre l’Union européenne et le Mercosur et l’accord intérimaire sur le commerce y afférent ont été signés début 20261. Les négociations relatives à la conclusion d’un accord de libre-échange (ALE) avec l’Inde se sont achevées à la fin du mois de janvier 2026. Par ailleurs, les négociations portant sur la modernisation de l’accord UE‑Mexique se sont achevées, l’ALE révisé UE‑Ukraine est entré en vigueur, et les termes de l’accord avec la Moldova ont été révisés. Tous ces accords intègrent des dispositions sur l’accès des produits agricoles au marché, en abordant les aspects tarifaires et réglementaires et en tenant compte des spécificités sectorielles.
L’Inde a conclu d’importants nouveaux accords commerciaux et mis en place des cadres de négociation avec plusieurs partenaires clés. Elle a signé l’Accord économique et commercial global (AECG) avec le Royaume-Uni, ainsi qu’un ALE avec la Nouvelle-Zélande, achevé les négociations d’un ALE avec l’Union européenne et approuvé sur le principe un cadre commercial intérimaire avec les États‑Unis. Ces accords contiennent des réductions de certains droits de douane et améliorent l’accès au marché pour certains produits agroalimentaires, tout en maintenant des protections pour les secteurs sensibles comme les produits laitiers, les céréales et d’autres aliments de base.
Israël a signé un nouvel accord sur le commerce des produits agricoles avec les États-Unis, qui remplace le cadre en place depuis 2004. Selon cet accord, Israël mettra fin à ses droits d’importation sur environ 300 produits agricoles et alimentaires américains, dont la viande, les produits laitiers, les œufs, les huiles, les légumes, les jus et un ensemble de produits frais et surgelés.
Les membres de l’Association européenne de libre-échange (AELE) (Norvège, Suisse, Islande et Liechtenstein) ont élargi leur réseau en signant ou en faisant avancer plusieurs accords commerciaux avec des partenaires – notamment le Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay), la Malaisie, l’Inde, la Thaïlande et le Kosovo* –, accords qui couvrent les échanges de biens et de services et intègrent des dispositions sur la durabilité, le climat et la protection de l’environnement. L’accès au marché a en outre été étendu par la signature, en avril 2025, de l’accord de libre-échange modernisé entre l’AELE et l’Ukraine.
De nombreux pays ont pris des mesures visant à améliorer la gestion des ressources naturelles et la protection de l’environnement dans un souci de durabilité et de résilience
Utilisation durable des ressources
Le Mexique a renforcé ses mesures de prévention de la déforestation et du brûlis, réduit le recours à des pesticides dangereux et étendu l’utilisation d’outils décisionnels assortis d’informations climatiques, de même que le déploiement d’écoles pratiques pour favoriser les transitions agro-écologiques.
La Norvège a adopté de nouvelles réglementations sur les engrais qui couvrent à la fois les produits et leur utilisation : la réglementation des produits garantit des normes de qualité et promeut une utilisation circulaire, respectueuse de l’environnement, des matières premières ; celle des usages instaure des limitations plus strictes des périodes d’application des engrais et des quantités utilisées selon les besoins des cultures.
La Bulgarie a proposé des amendements à la loi sur l’eau qui portent sur l’irrigation, l’approvisionnement en eau correspondant étant considéré comme un service d’intérêt économique général. Cela permet à l’État d’accorder des tarifs préférentiels sur l’eau et autres avantages aux exploitants agricoles qui irriguent.
En Afrique du Sud, la mise en œuvre de la stratégie révisée sur la tarification de l’eau non traitée a commencé en 2026. L’objectif est d’assurer une gestion de l’eau équitable, efficiente et durable, conformément à la Stratégie nationale sur les ressources en eau. Pour le secteur agricole commercial, les nouvelles dispositions sont susceptibles d’entraîner une hausse des tarifs de l’eau non traitée, un recouvrement des coûts plus strict pour les infrastructures, ainsi que des charges liées à la gestion de l’environnement et la protection des ressources.
En Türkiye, le Plan national de l’eau (2026-2035) a été finalisé. Des éléments stratégiques y sont introduits tels que la tarification différenciée de l’eau, la subordination des subventions agricoles à des critères d’utilisation efficiente de l’eau, et le suivi par voie numérique des prélèvements d’eau souterraine.
Israël a commencé à réformer sa tarification de l’eau en réduisant progressivement le tarif des eaux usées traitées dans l’installation de Shafdan. Un barème à 10 niveaux fondé sur le ratio d’utilisation des sources d’eau alternatives (notamment les effluents, les eaux usées municipales traitées et l’eau saumâtre) a été mis en place, les tarifs les plus bas étant appliqués dans les régions manquant de sources alternatives.
La nouvelle directive sur la surveillance des sols établit à l’échelle de l’Union européenne un cadre de suivi et d’évaluation de la santé et de la résilience des sols. Le but est d’endiguer la dégradation des sols et de les rendre plus sains sur tout le territoire de l’UE à l’horizon 2050. Cette directive exhorte les États membres à surveiller et évaluer la santé des sols, ainsi qu’à apporter de l’aide aux propriétaires fonciers et à ceux qui gèrent l’utilisation des terres par des conseils, des formations, le renforcement des capacités et l’innovation.
Amélioration des performances environnementales
Au Costa Rica, un sous-programme de crédit a été mis en place pour promouvoir des pratiques de production durables dans les secteurs de l’élevage, du café et de la canne à sucre. Ciblant les petits et moyens producteurs, il fournit des garanties couvrant jusqu’à 75 % du capital des prêts. Pour en bénéficier, il est nécessaire d’établir un diagnostic de l’exploitation, un plan d’investissement et un suivi technique, de manière à garantir l’adoption de pratiques durables.
Les Pays-Bas ont instauré une politique visant à réduire la pollution à l’azote et les émissions d’ammoniac dans l’agriculture. Dans un premier temps, des mesures immédiates sont prises comme la mise en place d’une agriculture extensive, la gestion des effluents d’élevage, des dispositifs de cessation volontaire de l’activité agricole, l’adoption d’une approche par objectifs au niveau des exploitations et le développement de la nature. Par la suite, des mesures complémentaires sont introduites, incluant l’innovation et le soutien à d’autres régions.
En Suède, une nouvelle subvention environnementale bénéficiant au système de culture incluant des prairies temporaires a été instaurée pour une durée d’un an. Une nouvelle aide à l’investissement, appelée Kväveklivet (le saut climatique) encourage les investissements sur les lieux d’exploitation pour réduire les émissions d’ammoniac d’origine agricole et améliorer l’efficacité d’utilisation de l’azote.
Chypre a lancé la « Mesure d’investissement majeure » qui comprend trois interventions : des investissements destinés à moderniser les exploitations agricoles et d’élevage ; l’amélioration de la protection de l’environnement et du bien-être des animaux ; l’amélioration de la transformation et la gestion des déchets d’élevage. Les projets ayant trait à l’environnement peuvent être financés à hauteur de 80 % des coûts éligibles.
Au Royaume-Uni de nouvelles conditions ont été introduites en Écosse à l’intention des exploitants qui bénéficient d’un soutien dans le cadre du régime de paiement de base (Basic Payment Scheme, ou BPS). De nouvelles exigences en matière d’écoconditionnalité restreignent certaines activités dans les tourbières et les zones humides afin de protéger les ressources environnementales. À compter de 2026, les exploitants doivent consacrer 5 % de leurs terres à des pratiques considérées comme bénéfiques à l’environnement pour percevoir des paiements en faveur de l’écologisation (qui s’ajoutent au BPS). En Irlande du Nord, de nouvelles conditions ont été introduites pour les agriculteurs qui bénéficient du paiement pour une agriculture durable (Farm Sustainability Payment, ou FSP). Parmi celles-ci figure la participation au programme pour la santé des sols et des nutriments (Soil Nutrient Health Scheme) et au projet sur la génétique bovine (Bovine Genetics project). L’observation des nouvelles normes de durabilité des exploitations agricoles (Farm Sustainability Standards) est également une obligation au titre du FSP. Un nouveau programme de promotion d’une agriculture respectueuse de l’environnement (Farm with Nature Package) a par ailleurs été mis en place pour soutenir les entreprises agricoles.
En Irlande, la dérogation sur les nitrates a été prolongée à 2026‑2028 en y ajoutant des conditions, notamment la nécessité d’apporter la preuve que tout est mis en œuvre pour appliquer la directive « Habitats » de l’UE. Depuis septembre 2025, l’urée non protégée (c’est-à-dire dépourvue d’un inhibiteur de l’uréase) sous forme solide n’est plus autorisée à être épandue sur les terres. Un nouveau dispositif d’aide de 60 % au titre du stockage des nutriments a été mis en place pour les investissements réalisés dans le cadre du programme ciblé de modernisation agricole (Targeted Agricultural Modernisation Scheme) afin de réduire la dépendance aux engrais chimiques.
La Tchéquie a réformé son éco-régime (composé d’un seul paiement pour l’ensemble de l’exploitation) en y aménageant quatre types de soutien distincts couvrant : des éléments du paysage supplémentaires, l’entretien des éléments existants, la gestion durable des nutriments et la rotation des cultures en bandes.
Au Danemark, un nouveau modèle de réglementation de l’azote remplace à partir de 2027 les restrictions d’engrais basées sur les intrants par des quotas applicables au niveau des exploitations pour réduire le recul de la biodiversité causé par la présence d’azote dans les eaux côtières. Les quantités maximales de rejets aux points de captage d’eau seront traduites en quotas par exploitation, avec des mécanismes de flexibilité (par exemple : choix de la culture, fertilisation différenciée, échange de quotas et conversion biologique). Pendant la transition, une indemnisation et un soutien ciblé – financés en partie par les fonds de la politique agricole commune (PAC) européenne – aideront à la mise en œuvre.
Au Royaume-Uni (Angleterre), les modifications de l’incitation à l’agriculture durable (Sustainable Farming Incentive, SFI) devraient limiter la concentration des paiements. Les paiements effectués dans le cadre d’accords individuels seront plafonnés, tandis que les petites exploitations et celles n’ayant pas conclu d’accord de respect de la nature seront prioritaires pour déposer une demande. À compter d’avril 2026, les nouvelles règles sur les droits de succession plafonnent l’allègement de 100 % à 2.5 millions GBP (3 289 474 USD), un allègement de 50 % étant appliqué au-delà de ce montant.
En Espagne, certains systèmes agrivoltaïques ont été reconnus éligibles aux aides de la PAC (à condition que l’agriculture soit toujours l’activité principale) et certaines exigences de l’éco-régime ont été assouplies.
À Chypre, la compagnie d’électricité a mis sur pied un système de financement spécifique pour les exploitants agricoles installant des systèmes photovoltaïques reliés au réseau. Parallèlement, les procédures de délivrance des autorisations ont été simplifiées afin d’accélérer les demandes, de faciliter les approbations et de stimuler les investissements.
La Roumanie a mis en place un nouvel éco-régime préconisant le bien-être des animaux grâce à des pratiques de pâturage extensif, accordant des paiements supplémentaires aux agriculteurs qui adoptent des systèmes de pâturage propices au bien-être animal et à la gestion des prairies, et contribuant à la durabilité environnementale.
Atténuation des émissions
L’Australie a rendu public son Plan pour le secteur foncier et l’agriculture, qui définit les orientations de l’agriculture au regard de sa contribution à la neutralité en gaz à effet de serre (GES) à l’horizon 2050. Ce plan complète l’engagement pris par le pays de réduire ses émissions nettes de GES de 62 à 70 %, d’ici 2035, par rapport aux niveaux de 2005, tous les gaz à effet de serre et tous les secteurs de l’économie étant concernés, y compris l’agriculture.
En Belgique, le Plan Énergie-Climat pour la Flandre a été actualisé en étendant les mesures de réduction du méthane et en ajoutant des obligations d’absorption du carbone pour les terres agricoles. La Wallonie a quant à elle actualisé son Plan Air Climat Énergie 2030 en y intégrant des outils techniques pour évaluer les émissions d’ammoniac et de GES au niveau des exploitations agricoles.
La Nouvelle-Zélande a revu l’approche de son second plan de réduction des émissions (ERP2) pour le secteur agricole en décidant de ne pas mettre en place de tarification des émissions sur les lieux d’exploitation d’ici à 2030. L’ERP2 modifié reflète donc ce changement et accélère le développement et la commercialisation d’outils et de technologies d’atténuation pour aider les exploitants à réduire leurs émissions.
Au Danemark, la présence d’additifs favorisant de moindres émissions de méthane est devenue obligatoire dans l’alimentation animale des élevages laitiers. La mise en œuvre du cadre de 2024 prévoyant l’imposition des GES produits par les élevages a progressé, avec notamment des travaux préparatoires sur les systèmes de surveillance, de déclaration et de vérification qui sont en avance sur l’entrée en vigueur fixée en 2030.
Les politiques de soutien à l’agriculture et de gestion des risques mettent l’accent sur la stabilisation des revenus, la maîtrise des risques et le financement des exploitations
Soutien au revenu et à la production
Le Canada a prolongé l’augmentation du montant des avances sans intérêts versées aux agriculteurs au titre du Programme de paiement anticipé pour l’exercice 2025. Les exploitants agricoles peuvent désormais recevoir des avances plus importantes sans être redevables d’intérêts – le plafond étant fixé à 250 000 CAD (178 825 USD), soit plus du double du montant initialement prévu. Cette augmentation devait initialement prendre fin lors de l’exercice 2024. Dans le cas du canola, le plafond applicable a été doublé pour les exercices 2025 et 2026.
En Égypte, le prix réglementé du gaz naturel applicable aux fabricants d’engrais azotés a été augmenté pour refléter le niveau élevé des prix à l’exportation. Les autorités ont en outre fixé des quotas très stricts pour encourager lesdits fabricants à privilégier l’approvisionnement national et à remédier aux restrictions locales en matière d’offre.
Au Mexique, les programmes clés ont été réformés, notamment Fertilizantes para el Bienestar (Des engrais au service du bien-être) et Producción para el Bienestar (La production au service du bien‑être), qui ciblent désormais plus directement les femmes et les agriculteurs issus des populations autochtones. Le programme LICONSA a été rebaptisé Leche del Bienestar (Le lait du bien-être), le programme des prix garantis a été restructuré pour donner naissance à deux programmes (l’un sur la constitution de stocks, l’autre sur des échanges équitables), tandis que l’organisme SEGALMEX était démantelé et que les structures de distribution alimentaire étaient réformées pour améliorer la transparence de la gouvernance et la coordination.
Au Brésil, le budget du Plano Safra (Plan pour l’agriculture) a été accru en 2025-2026 pour atteindre un nouveau montant record, le financement de l’agriculture étant ainsi sensiblement amélioré en même temps que les conditions liées à l’environnement et aux risques étaient renforcées. De nouvelles mesures ont été prises pour inciter les exploitants à adopter des pratiques durables, avec notamment un soutien accru – sous l’égide de RenovAgro – à la reforestation, à la prévention des incendies et à la restauration des zones protégées. Le programme PRONAF (sur l’agriculture familiale) qui s’adresse aux petits producteurs propose des lignes de crédit ciblées pour des activités comme la production biologique, l’adaptation au changement climatique et l’irrigation durable, en liant plus étroitement les aides à d’autres objectifs des pouvoirs publics.
S’agissant de la mise en œuvre de leurs plans stratégiques relevant de la PAC, de nombreux pays de l’Union européenne ont réduit les formalités administratives ou allégé les exigences telles que le maintien de bonnes conditions agricoles et environnementales. C’est le cas du Portugal, des Pays-Bas, de l’Espagne, la Slovaquie, la Belgique, la Pologne, l’Allemagne, la Lettonie, la Lituanie, la Croatie et la Tchéquie. Des États membres de l’UE ont également fait part d’une adoption accrue des éco-régimes dans un grand nombre de cas comme le Luxembourg, l’Espagne, la France, la Slovaquie, la Belgique, la Hongrie, la Pologne, l’Allemagne, la Lettonie, la Lituanie et la Croatie. Les États membres ont en outre signalé une hausse des paiements directs ou du soutien au revenu, par exemple le Portugal, la Suède et l’Italie.
Au Kazakhstan, le nouveau Code fiscal introduit de nouvelles préférences pour l’agriculture et l’alimentation : exonération de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) pour les aliments considérés comme socialement importants ; réduction du taux d’imposition sur le revenu pour les exploitants dépassant le minimum imposable ; exclusion des biens immobiliers reçus en donation du revenu imposable des exploitants ; augmentation des redevances d’occupation des sols pour les terres agricoles laissées en friche ou mal exploitées.
Le Portugal a augmenté le soutien au revenu de base par hectare d’environ 50 % pour l’année de demande 2025, et a doublé les aides destinées aux jeunes exploitants. Il a également ajouté de la flexibilité dans les paiements directs, notamment en accroissant le soutien couplé pour le maïs et en assouplissant les règles d’éligibilité pour le riz.
La Lituanie a instauré un régime distinct pour l’impôt sur le revenu des exploitants agricoles. Le revenu de l’activité agricole est désormais soumis à un taux moins progressif que le revenu des personnes physiques en général, afin de tenir compte de l’irrégularité des revenus agricoles et des risques spécifiques au secteur.
En Türkiye, le modèle de soutien à l’agriculture mis en place en même temps que la planification de la production a été prolongé en 2025-2026. Les coefficients de soutien ont été actualisés et reliés à des objectifs précis de couverture des coûts pour le gazole et les engrais. Depuis 2026, les membres des organisations de producteurs de premier niveau peuvent prétendre à un soutien complémentaire. En ce qui concerne l’élevage, les agneaux et les chevreaux ouvrent désormais droit à un soutien au titre des petits ruminants. Les programmes de crédits bonifiés ont été modifiés afin de renforcer les incitations à la production planifiée et à l’agriculture contractuelle, tandis que les dons au titre du développement rural ont été ajustés en excluant les investissements dans de nouvelles installations d’élevage situées dans des provinces où l’eau se fait rare. La Türkiye a élargi le cadre de planification de la production aux végétaux à partir de l’année 2025, en s’appuyant sur la planification de la production animale et aquacole mise en place en 2024. Dans le nouveau système, la planification par bassin couvre 13 produits et cultures fourragères stratégiques, et l’autorisation de produire n’est délivrée que pour les produits inclus dans le plan en question.
Au Royaume-Uni (Irlande du Nord), le régime de paiement de base (Basic Payment Scheme, ou BPS) a été remplacé en 2025 par un paiement transitoire d’une année puis, à partir de janvier 2026, par le paiement pour une agriculture durable (Farm Sustainability Payment, ou FSP). Le FSP introduit de nouveaux critères d’attribution (par exemple, l’obligation d’avoir mené une activité agricole au moins parmi une liste d’activités précises au cours d’une année donnée). Il introduit également de nouveaux critères de détermination des parcelles admissibles ainsi qu’une obligation de participation au Soil Nutrient Health Scheme et au Bovine Genetics project. Un plafonnement progressif des aides est en outre mis en place sur 2026 et 2027.
En Nouvelle-Zélande, le fonds pour la croissance du secteur primaire (Primary Sector Growth Fund, ou PSGF) finance des initiatives de forte croissance dans le secteur de l’alimentation et des fibres en cofinançant jusqu’à 40 % des coûts des projets ayant un intérêt économique direct pour le secteur. Des aides visant spécialement les projets agroalimentaires maoris sont également prélevées sur le PSGF.
Gestion des risques, résilience et adaptation
Au Canada, les taux d’indemnisation du programme Agri-stabilité – qui intervient lorsque les marges bénéficiaires diminuent – ont été portés temporairement de 80 % à 90 %, et le plafond des versements a été doublé pour l’exercice 2025. L’exercice 2026 voit l’introduction d’une nouvelle méthode facultative d’évaluation des stocks, et les coûts d’alimentation associés aux pâturages en location font désormais partie des dépenses admissibles.
Aux États-Unis, la loi « One Big Beautiful Bill Act » (OBBBA) autorise l’augmentation des prix de référence officiels pour les programmes d’assurance contre la diminution des prix et contre les risques agricoles, et accroît le montant des subventions pour certains produits d’assurance récolte.
Dans l’Union européenne, de nouvelles mesures de trésorerie et de gestion des risques ont été prises pour rendre les exploitations agricoles plus résilientes, notamment des paiements anticipés plus élevés au titre de la PAC et un soutien ciblé aux agriculteurs confrontés aux perturbations des marchés et à des pertes dues à la météo.
Suite aux pertes de récoltes et de cheptel causées par les phénomènes météorologiques extrêmes en 2024, l’Islande a fourni une aide d’urgence ciblée aux exploitants et amorcé le réexamen des dispositifs de financement des aléas naturels.
En Australie, la première évaluation nationale des risques climatiques a été rendue publique en 2025, notamment une analyse de l’exposition et de la vulnérabilité de l’agriculture aux risques climatiques et aux impacts liés à différents niveaux de réchauffement. Cette évaluation sert de base à l’élaboration du premier Plan national d’adaptation au changement climatique. Les principales priorités sont l’innovation, la recherche et le développement, l’amélioration du rendement hydraulique, la lutte contre les pénuries de compétences et la diversification.
En Croatie, les mesures de soutien ont mis l’accent sur la résilience aux risques climatiques et la gestion de crise. Les interventions nationales ont pour but de compléter les programmes de la PAC en améliorant la capacité globale d’adaptation du secteur agricole.
L’Estonie a mis en avant plusieurs programmes d’aide à l’investissement pour accroître la résilience face aux chocs climatiques, à l’insécurité énergétique et aux graves poussées épizootiques, en particulier la fièvre aphteuse et la peste porcine africaine (PPA).
L’Australie a instauré un nouveau prêt d’urgence en cas de sécheresse pour aider les agriculteurs à financer les coûts opérationnels à court terme en cas de sécheresse durant au moins 24 mois.
Au Portugal, un dispositif de gestion des risques finance jusqu’à 100 % des pertes légères et 80 % de celles subies par les exploitants assurés pour relancer la production après des catastrophes naturelles, ce qui montre une attention accrue à la résilience de l’agriculture.
En 2025, l’Espagne a versé des aides exceptionnelles à ses agriculteurs pour faire face à la sécheresse, à la hausse des coûts liée à la guerre en Ukraine et aux dégâts causés par la goutte froide (DANA) d’octobre 2024. Ces aides ont été financées par la réserve de crise agricole de l’UE et par des fonds publics espagnols. En outre, un soutien financier exceptionnel a été accordé aux producteurs touchés par les feux de forêt et de végétation de l’été 2025.
La Slovénie a adopté deux nouvelles mesures : l’application de l’aide couplée au revenu au secteur des cultures maraîchères et l’ajout d’un nouvel éco-régime pour préserver et améliorer les habitats de la faune et de la flore dans les paysages agricoles.
En Grèce, une aide d’urgence a été apportée au secteur de l’élevage en réponse à l’épidémie de variole ovine et caprine qui a entraîné l’abattage de 5 % du cheptel en 2025 ainsi que d’importantes baisses de la production de fromage et de produits laitiers. L’État a également fourni de l’aide suite à divers phénomènes météorologiques extrêmes (sécheresses, inondations, incendies et grêle).
La Pologne a mis en œuvre tout un ensemble d’instruments de soutien pour permettre aux agriculteurs de faire face aux catastrophes naturelles, notamment une aide financière directe, le remboursement des troisième et quatrième versements de la taxe agricole de 2024, des prêts bonifiés et des prestations familiales. Ces mesures étaient destinées à réparer les dommages causés par les sécheresses, les précipitations extrêmes, le gel, la grêle et les tempêtes survenus en 2024 et 2025.
L’Italie a renforcé plusieurs dispositifs de soutien sectoriels mobilisables en cas de catastrophes, dont l’augmentation des financements pour le secteur porcin, la lutte contre les maladies du kiwi et la compensation des pertes dues à la bactérie Xylella, à la fièvre catarrhale du mouton et à la peste africaine porcine.
Dans le contexte des conflits en cours au Moyen-Orient, Israël continue de mettre en œuvre des mesures d’urgence pour l’agriculture dans les régions touchées, principalement au nord et au sud du pays. Les efforts de réhabilitation sont étroitement liés à des investissements dans la recherche, le développement et la mise en œuvre de méthodes agricoles innovantes.
Au Viet Nam, le soutien aux agriculteurs frappés par des catastrophes naturelles et des maladies a été étendu via la fourniture accrue de semences et d’animaux reproducteurs, ainsi que le financement partiel des coûts de production. Les niveaux d’indemnisation appliqués en cas d’animaux abattus dans le contexte d’épidémies ont été relevés, et les aides financières ont été étendues aux professionnels de la prévention et du contrôle des maladies.
En Afrique du Sud, la prolifération rapide de la fièvre aphteuse a donné lieu à un réexamen de la législation applicable. Le ministère de l’Agriculture a lancé une stratégie sur dix ans pour enrayer et éradiquer la fièvre aphteuse et redonner à l’Afrique du Sud son statut de pays sain. La première phase de la stratégie, qui s’étend sur deux ans, inclut un programme de vaccination anticipée, l’objectif étant de couvrir 80 % du cheptel national avant décembre 2026 et de réduire d’au moins 70 % les épisodes épidémiques.
Afin de mieux gérer les risques sanitaires et phytosanitaires, un appel à projets a été lancé en France dans le cadre du plan PARSADA afin de trouver des alternatives à certains produits de protection des végétaux. Suite à l’apparition en juin 2025 de foyers de dermatose nodulaire contagieuse, les efforts de recherche vont s’intensifier, en particulier sur les outils de surveillance, de vaccination, de diagnostic, de transmission et de décision.
Les mesures relatives aux consommateurs et à la chaîne d’approvisionnement alimentaire visaient la sécurité alimentaire et la stabilisation des systèmes alimentaires
Sécurité et qualité des produits alimentaires
Le Chili a déployé des plans pour moderniser les systèmes sanitaires et phytosanitaires (SPS), améliorer les contrôles aux frontières et rendre les services de vulgarisation accessibles par voie numérique dans le cadre de la Stratégie nationale de souveraineté pour la sécurité alimentaire (Estrategia Nacional de Soberanía para la Seguridad Alimentaria, ENSSA) ; de nouvelles mesures ont été mises en œuvre sous l’égide du programme Chile Feeds the Future (Le Chili et l’alimentation de demain) financé par la Banque interaméricaine de développement (BID). Le pays a également approuvé la Politique nationale pour la sécurité et la qualité des aliments 2026‑2036, qui établit plusieurs nouveaux mécanismes institutionnels et opérationnels visant à moderniser les systèmes de sécurité alimentaire. Dans ce contexte, un comité consultatif scientifique chargé de l’évaluation des risques alimentaires (CCERA) a été créé pour mettre en place l’évaluation des risques alimentaires. La politique précitée renforce en outre les moyens d’alerte précoce grâce au lancement du RIAL, ou réseau d’information et d’alertes alimentaires.
À Malte, l’autorité chargée de la sécurité alimentaire et de l’innocuité des aliments a été créée dans le but de renforcer la sécurité alimentaire et de superviser à la fois la sécurité des aliments et celle de la chaîne d’approvisionnement. Cette autorité réunit dans un seul cadre institutionnel des fonctions de réglementation et de coercition sur le thème de la sécurité alimentaire.
En Autriche, la loi sur la protection animale – telle qu’amendée – interdit l’élevage de porcs sur du caillebotis intégral d’ici à juin 2034, soit six ans plus tôt que prévu initialement. La loi exige plus d’espace, l’aménagement de compartiments, de l’air conditionné et davantage de matériel stimulant l’activité des animaux.
Disponibilité et accessibilité financière des aliments
Aux États-Unis, le Programme d’assistance supplémentaire à la nutrition (Supplemental Nutrition Assistance Program, SNAP) a été modifié : limitation des augmentations futures des montants versés, renforcement des exigences en matière d’activité professionnelle et modification des règles relatives au partage des coûts administratifs et liés aux prestations.
Au Canada, de nouvelles mesures ont été prises pour atténuer l’impact de l’inflation des prix intérieurs de l’alimentation pendant la période 2025‑2026, qui a fait suite aux incertitudes entourant les échanges et les chaînes d’approvisionnement en 2025. Des financements sont fournis aux entreprises agricoles et agroalimentaires pour les aider à faire face aux perturbations des chaînes d’approvisionnement, notamment un soutien ciblé aux petites et moyennes entreprises grâce à un nouveau fonds pour la sécurité alimentaire.
La République slovaque a mis en œuvre un ensemble de mesures budgétaires et réglementaires pour atténuer les pressions inflationnistes et influencer le comportement des consommateurs vers des habitudes plus saines, réaffectant par exemple certains produits alimentaires à d’autres classes de TVA. On note ainsi la baisse du taux de TVA de 10 % à 5 % pour une sélection de produits alimentaires, et un ajustement plus général des taux de 20 % à 19 % pour l’alimentation.
La Suède a ramené le taux de TVA appliqué aux aliments de 12 % à 6 %. Elle a en outre indiqué qu’elle allait suivre l’évolution des prix afin de vérifier que les baisses de TVA soient bien bénéfiques aux consommateurs, et non compensées par la hausse des prix de détail.
En Hongrie, le plafonnement de la marge bénéficiaire (entre les prix d’achat et les prix de vente) instauré en mars 2025 limite la marge que peuvent appliquer les grands distributeurs sur certains aliments de première nécessité.
Le Kazakhstan a allégé le contrôle des prix de détail des aliments socialement importants en mettant fin aux prix plafonds et en réorientant les efforts vers la surveillance de la limitation de la marge bénéficiaire à 15 %. La liste des aliments socialement importants a été temporairement allongée – de 19 à 31 produits – et un « bon d’alimentation numérique » a été mis en place pour les bénéficiaires de l’assistance sociale publique.
La Lettonie a élaboré et approuvé un plan d’action pour améliorer les systèmes de restauration scolaire sur la période 2025‑2027. Les objectifs sont les suivants : perfectionner les dispositifs d’achat, fixer des critères de qualité, renforcer l’approvisionnement local des produits, intégrer la durabilité et la nutrition dans les programmes scolaires, établir des normes nutritionnelles et mettre en avant les repas scolaires.
La Bulgarie a lancé un projet de magasins d’État (baptisé « Shop for the People ») dont le but est d’améliorer l’accès à des biens essentiels et abordables, et de privilégier ceux provenant de producteurs bulgares. Des partenariats sont ainsi créés avec des coopératives et des réseaux régionaux, une marge inférieure ou égale à 10 % étant appliquée sur une sélection de produits de base.
En Indonésie, le programme des repas nutritifs gratuits (MBG) a pris beaucoup d’ampleur. Il a fourni des repas à 56.13 millions de personnes en 2025 et devrait monter à 83 millions en 2026.
Au Luxembourg, une nouvelle loi encourageant la construction de serres horticoles vise à accroître le faible niveau d’autosuffisance du pays en matière de production de fruits et de légumes ; un appel à projets auquel sont conviés les agriculteurs a été lancé en septembre 2025. Cette loi fournit un cadre d’action et un mécanisme de soutien financier pour les projets visant à développer les serres.
En 2025, l’Espagne a adopté une nouvelle loi sur la prévention des pertes et du gaspillage alimentaires évitables. Cette loi fait obligation aux entreprises intervenant le long de la chaîne alimentaire d’appliquer des plans de prévention. Lorsque les excédents ne peuvent être évités, elle impose une hiérarchie d’usages, la consommation humaine en premier et l’élimination en dernier.
Pour accroître la vente de produits agricoles biologiques, les Pays-Bas ont lancé un nouveau programme de subvention appelé « Vabiola ». Il consiste à financer, à l’aide de fonds publics, des activités liées à la commercialisation et la distribution de produits biologiques.
En juillet 2025, la Roumanie a approuvé un programme d’aide publique – Intervention DR-23 – qui complète le plan stratégique relevant de la PAC et vise à financer les investissements en faveur de la transformation et la commercialisation des produits agroalimentaires. L’objectif du programme est de renforcer les capacités de transformation nationales et d’accroître la valeur ajoutée dans le secteur agroalimentaire.
En Italie, le fonds pour la souveraineté alimentaire a pour but de réduire la dépendance aux importations en renforçant les contrats le long de la chaîne d’approvisionnement des secteurs stratégiques. Il finance l’extension des terres arables, l’augmentation du nombre d’animaux et la protection des races indigènes.
En Indonésie, les objectifs en matière de stocks nationaux de riz et de maïs ont été revus à la hausse : de 2 millions à 3 millions de tonnes pour le premier, et 1 million de tonnes pour le second. Il s’agit là d’un engagement plus marqué et quantifié en faveur du maïs ; auparavant, les achats d’intervention de cette céréale visaient surtout la stabilisation des prix et n’avaient pas d’objectif précis concernant le volume des réserves.
En février 2025, les Philippines ont déclaré une situation d’urgence en matière de sécurité alimentaire à l’égard du riz suite aux fortes augmentations des prix de détail intérieurs. La mesure a permis de libérer les stocks régulateurs de l’autorité nationale chargée de l’alimentation et de les confier aux organismes publics et circuits de distribution locaux, renforçant ainsi l’utilisation des réserves publiques comme instrument de stabilisation des prix de détail.
Les mesures relatives au développement rural, à la gouvernance et à l’utilisation des terres étaient axées sur la résilience de l’agriculture et de l’économie rurale
Gouvernance
Le Japon a modifié son plan fondamental pour l’alimentation, l’agriculture et les zones rurales. Ce plan renforce la sécurité alimentaire en privilégiant un accès stable à des aliments de grande qualité vendus à des prix raisonnables, tout en intégrant systématiquement les objectifs de résilience et de durabilité dans l’ensemble du système agroalimentaire.
La Slovénie a adopté plusieurs lois pour renouveler son cadre d’action : une première sur l’agriculture, une deuxième sur l’alimentation, une troisième sur la sécurité des aliments destinés à la consommation humaine et animale, une quatrième sur la protection animale et une dernière sur les terres agricoles. Les réformes ont pour but d’accroître le revenu des agriculteurs, de favoriser le développement rural et de faciliter la transmission des exploitations en simplifiant les règles. Elles introduisent en outre une approche intégrée « de la ferme au consommateur » afin d’améliorer la qualité et la transparence sur l’ensemble de la chaîne agroalimentaire, ainsi que des mesures destinées à protéger les terres agricoles, à stimuler l’autosuffisance et à promouvoir la durabilité.
En Finlande, la Stratégie nationale pour l’alimentation à l’horizon 2040 définit une vision pour le long terme, celle d’un système alimentaire durable, résilient et compétitif. Sa mise en œuvre aura lieu via des plans d’action en quatre ans, le premier rapport au parlement étant prévu pour début 2026.
Au Viet Nam, le ministère de l’Agriculture et du Développement rural et le ministère des Ressources naturelles et de l’Environnement ont été fusionnés pour former le ministère de l’Agriculture et de l’Environnement. La mise en œuvre de la politique agricole a été décentralisée : la subdivision administrative des districts ayant été supprimée, le système de gouvernance locale comprend désormais deux niveaux, celui des provinces et celui des communes.
En Grèce, l’autorité chargée des paiements au titre des programmes d’aides agricoles a été réformée et intégrée à l’autorité indépendante chargée des recettes publiques – l’administration fiscale centralisée relevant du ministère des Finances ; le résultat est un nouveau système de paiements et de contrôles faisant davantage appel aux outils numériques.
L’Ukraine a progressé dans ses réformes de mise en conformité avec l’UE en actualisant son cadre de soutien à l’agriculture : les concepts du soutien ont ainsi été redéfinis et un modèle reposant sur un organisme payeur a été adopté, avec un renforcement du suivi et de la transparence. Le pays a également renforcé son passage au numérique en créant un Registre agraire public, qui sert de point d’entrée obligatoire pour obtenir des aides. Parallèlement, le système européen de collecte de données sur l’agriculture (RIDEA) et celui utilisé pour la gestion, le suivi et le contrôle des paiements aux agriculteurs (SIGC) sont progressivement intégrés en Ukraine.
La Suisse a pris des mesures pour réduire les formalités administratives ou les tâches qui pèsent sur les agriculteurs. Cela inclut la simplification des règles relatives à l’assurance ainsi que de l’aide liée aux réseaux sur la qualité du paysage et la biodiversité. Certaines des obligations déclaratives introduites récemment ont été suspendues, et un accord a été conclu en septembre 2025 afin d’assouplir les obligations relatives à l’inspection des exploitations.
Affectation des terres
La Colombie a créé des aires agricoles protégées dévolues à la production alimentaire (APPA) pour préserver les sols fertiles et donner la priorité à la production agroalimentaire dans les cadres d’aménagement du territoire. Le champ d’application de certains instruments de gouvernance territoriale a par ailleurs été élargi pour favoriser la gestion des terres à l’échelon local, la sécurité foncière et l’autonomie alimentaire locale, notamment grâce à la création et à la consolidation des Zones de réserve paysanne (ZRC) et à la reconnaissance de Territoires agroalimentaires paysans (TECA).
À Malte, deux dispositifs ont été lancés pour améliorer l’accès aux terres agricoles et leur affectation. Le premier, en phase d’expérimentation, consiste à louer les terres agricoles de l’État qui sont en friche à de jeunes exploitants et de nouveaux entrants pendant une période de dix ans. Le second promeut le transfert temporaire des terres agricoles de leurs propriétaires à de jeunes agriculteurs ou à un organisme public afin de s’assurer que les sols continuent d’être exploités.
La Tchéquie a modifié sa loi sur le Bureau des terres du domaine public. Le but est d’améliorer l’accès des communes aux terres appartenant à l’État, de renforcer l’accès préférentiel pour les jeunes agriculteurs, d’accélérer les procédures de remembrement des terres et d’accroître le rôle de l’État dans la protection des sols.
La Norvège a mis en place un système de contrôle régulier des sols des terres arables. Elle reprend pour ce faire les systèmes établis en 2024 pour les prairies et les forêts, dans le but de rassembler des informations sur l’état des sols et l’évolution de leurs propriétés au fil du temps.
La Lituanie a renforcé sa politique en matière de drainage en augmentant les financements publics et en adoptant une nouvelle approche de gouvernance. En 2026, le financement par l’État des infrastructures publiques d’écoulement des eaux a été majoré de 15 millions EUR. Le pays s’est en outre orienté vers une gestion par bassin afin d’améliorer la planification de l’ensemble du système, de clarifier les responsabilités et d’accroître la résilience aux excès d’humidité et aux inondations.
En Ukraine, les capacités de déminage des terres agricoles ont été considérablement accrues afin de lutter contre la contamination aux engins explosifs causée par la guerre. Cela a été rendu possible par l’augmentation du nombre de démineurs certifiés, le développement de l’intervention du secteur privé grâce à la mise en place d’une plateforme d’achats publics numérique, l’actualisation des règles d’indemnisation et le lancement de la plateforme numérique GRIT (Ground Rehabilitation through Innovation Technologies) pour coordonner et suivre les activités de nettoyage.
Au Kazakhstan, les modifications du Code foncier ont réduit la durée pendant laquelle une terre agricole peut rester en friche avant d’être saisie de force, la surveillance étant assurée par télédétection satellitaire. Les baux des terres agricoles doivent désormais être réexaminés tous les dix ans, et la mise en fermage des terres appartenant à l’État n’est possible que par l’organisation d’enchères électroniques.
Développement rural et moyens de subsistance
Le Japon a étendu son initiative de renforcement des liens entre le secteur privé et les petits producteurs en créant des partenariats autour de certains produits (par exemple le projet au Rwanda sur la noix de macadamia) afin de procurer des bienfaits pour la société et l’environnement et d’assurer la résilience de la chaîne d’approvisionnement. Les interventions aident les petits exploitants à répondre aux exigences en matière de certification en améliorant l’accès aux intrants et aux connaissances techniques et en renforçant le processus après récolte, mais aussi en favorisant la productivité et la qualité des produits.
Le Pérou a accru ses investissements publics dans les infrastructures et s’est évertué à accélérer la régularisation de la propriété des terres et de l’emploi agricoles, ainsi qu’à promouvoir les coopératives et les chaînes de valeur associatives. Les nouvelles lignes directrices privilégient les infrastructures résilientes au changement climatique ainsi que l’utilisation de plateformes d’information agroclimatiques pour réduire les risques de production. Le Pérou a renforcé son soutien aux petites et moyennes entreprises pour leur permettre de s’intégrer au marché et a étendu les instruments financiers aux agriculteurs vulnérables, en s’appuyant de plus en plus sur un cofinancement avec des partenaires internationaux.
La Colombie a poursuivi sa réforme rurale intégrale (Reforma Rural Integral) à travers une redistribution de terres, une régularisation foncière et des mesures de justice agraire. Elle a notamment mis en place des mécanismes institutionnels et facultatifs d’achat de terres, attribué des terres aux familles paysannes et entrepris d’instaurer une juridiction agraire et rurale. Elle a pris des mesures pour faire suite à la reconnaissance des paysans en tant que sujets de droit disposant d’une protection spécifique au titre de la Constitution et combiner accès aux terres et soutien à la production.
L’Autriche promeut un diplôme de l’enseignement secondaire professionnel axé sur l’apprentissage des métiers dans le cadre d’un système agricole et forestier intégré. La nouvelle directive prévoit la combinaison d’une formation à la fois professionnelle et académique dans ces secteurs.
En Corée, les politiques à l’égard de la main-d’œuvre agricole sont désormais orientées vers l’amélioration de la compétitivité des jeunes agriculteurs au travers de formations personnalisées et de la création de réseaux régionaux. La mise en place d’un statut de co-exploitant agricole et l’extension des examens de santé ont apporté une aide supplémentaire aux agricultrices. La Corée a renforcé son programme de redynamisation des campagnes grâce à son premier Plan directeur pour l’implantation des services économiques et sociaux au niveau local (2026‑2028). Ce plan comblera les lacunes en matière de services en promouvant divers types de modèles d’habitat rural ainsi qu’un aménagement intégré du territoire.
La Suisse a mis en place une couverture de sécurité sociale obligatoire pour les personnes travaillant sur l’exploitation agricole de leur conjoint, qui conditionnera strictement l’octroi des paiements à partir de 2027. Les droits reconnus aux conjoints par le droit foncier rural ont également été renforcés, de même que le cadre juridique applicable aux exploitations agricoles ayant le statut d’entreprise individuelle.
Les pays ont pris des mesures favorisant l’innovation, le passage au numérique et la transformation structurelle pour soutenir la croissance de la productivité
Innovation
La Suède a commencé la construction d’un laboratoire de référence national pour diagnostiquer les ravageurs des végétaux. Ce laboratoire servira de centre de connaissances où sera établi le diagnostic des agents pathogènes et des insectes nuisibles s’attaquant aux plantes, ce qui renforcera la capacité du pays à détecter et à contenir les apparitions de maladies menaçant la santé des végétaux.
En Croatie, la mise en place du système de connaissances et d’innovation agricoles est entrée dans la phase opérationnelle en 2025. Pour accélérer l’adoption de pratiques innovantes et durables dans le secteur agricole, le pays s’est efforcé d’adapter les activités de conseil et de formation aux besoins des agriculteurs.
En 2025, le Danemark a lancé un plan d’accélération des solutions vertes pour l’avenir. L’approche axée sur la mission encourage le développement à grande échelle et l’expérimentation de solutions écologiques, renforce le système d’innovation agricole et accroît la collaboration entre les secteurs public et privé.
L’Estonie perfectionne son système de connaissances et d’innovation agricoles en clarifiant les rôles des organismes de mise en œuvre, en améliorant le soutien à l’innovation du partenariat européen d’innovation agricole (PEI-AGRI) – par le dépôt des demandes en continu, l’élargissement des critères d’admissibilité (en incluant les coopératives) et le raccourcissement des délais de traitement –, en durcissant les règles de conformité des services consultatifs et en prévoyant un cofinancement adapté afin de mieux cibler le soutien et de garantir la disponibilité des fonds pendant toute la période 2023‑2027.
Transformation numérique
Une norme technique imposant l’identification électronique individuelle de tous les bovins, buffles et cervidés a été approuvée en Argentine. Depuis janvier 2026, les animaux de ces espèces ne peuvent pas être déplacés ni rester dans leur exploitation d’origine après le sevrage sans dispositif électronique officiel (un badge renfermant un composant de radio-identification, ou RFID). Une fois pleinement mise en œuvre, cette mesure permettra d’assurer un suivi complet, de la production primaire à l’industrie de la viande.
En Inde, la plateforme BharatVistaar, fonctionnant à l’aide de l’intelligence artificielle, est un pas en avant vers le passage de l’agriculture au numérique, qui atteste de l’accent mis par les pouvoirs publics sur les outils fondés sur des données pour assurer la vulgarisation agricole. En fournissant aux agriculteurs des conseils sur la gestion des cultures, l’utilisation d’intrants et les conditions du marché, cette plateforme peut accompagner les efforts plus généraux mis en œuvre par les autorités pour accroître la productivité, encourager la diversification des cultures et renforcer l’infrastructure rurale.
Les réformes réglementaires entreprises en Corée ont permis l’installation de fermes verticales sur des terres agricoles, facilitant de ce fait les investissements dans la haute technologie. Parallèlement, les lois sur la promotion de l’écologie et de la « foodtech » ont établi un cadre juridique solide favorisant l’innovation dans les secteurs à forte valeur ajoutée. Ces évolutions s’inscrivent dans le cadre du premier Plan directeur pour la promotion d’une agriculture intelligente (2025-2029), qui a pour but d’accélérer la transformation numérique.
Niveaux de soutien et tendances par pays
Copier le lien de Niveaux de soutien et tendances par paysCette section présente les résultats des estimations les plus récentes des mesures de soutien. Tandis que le chapitre 1 donnait une vue d’ensemble du soutien fourni collectivement par le groupe des pays de l’OCDE et par celui des économies émergentes, le présent chapitre s’intéresse à l’approche adoptée par chacun des pays pour apporter ce soutien. Le constat est que tous les pays ne procèdent pas de la même façon pour aider les agriculteurs. Si la plupart des pays de l’OCDE mettent l’accent sur le soutien public aux producteurs, un grand nombre des 56 pays couverts dans le rapport mettent en place un soutien des prix des marchés (SPM) qui bénéficie tantôt aux producteurs (SPM positif), tantôt aux consommateurs (SPM négatif). Dans trois pays – Inde, Argentine et Viet Nam –, le SPM est davantage en faveur du consommateur (l’Argentine utilise aussi ces mesures pour accroître les recettes, en appliquant des taxes à l’exportation). La composition du soutien est elle aussi relativement variée, certains pays ayant recours au soutien des prix du marché alors que d’autres l’utilisent très peu.
Bien que les données de 2025 ne soient pas définitives, elles fournissent un premier aperçu de la façon dont le soutien évolue en réaction aux événements récents. Les principaux changements proviennent le plus souvent des fluctuations des prix mondiaux, car ces dernières peuvent influer sur le niveau des aides sans que les autorités publiques modifient explicitement leur politique (Encadré 2.1).
Encadré 2.1. Évolutions les plus marquées des chiffres en 2025
Copier le lien de Encadré 2.1. Évolutions les plus marquées des chiffres en 2025Les changements les plus importants survenus entre 2024 et 20251, 2 ont concerné le soutien des prix du marché, qui peut varier considérablement selon l’évolution des prix. Le soutien aux produits d’origine animale a été particulièrement fluctuant, les transferts au titre de la production étant plus favorables aux consommateurs de volaille en Inde et en Argentine (SPM négatif). Dans le même temps, le soutien aux producteurs de volaille a fortement augmenté en Égypte, où les prix intérieurs ont bondi sous l’effet de la hausse des coûts des intrants. S’agissant des produits d’origine végétale, le soutien des prix du riz s’est accru en Chine (les prix mondiaux ayant baissé du fait de l’augmentation de l’offre mondiale) et celui du coton en Inde en raison de l’offre intérieure insuffisante et de la baisse des prix mondiaux.
Les paiements au titre de l’utilisation d’intrants ont doublé en Argentine, au Pérou et en Türkiye. Ceux destinés aux investissements sur l’exploitation ont globalement progressé au Pérou au travers de plusieurs programmes. La Türkiye a accru ses paiements en faveur de la réalisation d’investissements, en particulier pour améliorer les élevages.
Les paiements au titre de la superficie cultivée ont augmenté aux États-Unis au travers du Programme d’aide d’urgence aux producteurs de produits de base (Emergency Commodity Assistance Program, ECAP), qui octroie ponctuellement des paiements directs aux agriculteurs pour compenser les pertes dues à la chute des prix des produits et à la hausse des coûts des intrants. La Türkiye a également fourni des aides supplémentaires pour la perte de rendement.
Pour ce qui concerne l’estimation du soutien aux services d’intérêt général (ESSG), une forte augmentation a été relevée au Pérou, principalement pour les systèmes de connaissances et d’innovation agricoles et pour la gestion administrative. Au Japon, les dépenses consacrées à la lutte contre les nuisibles et les maladies ont bondi de 80 %, et celles liées au stockage et aux infrastructures de 53 %.
1. Il s’agit là d’une sélection des résultats de la collecte des données sur l’estimation du soutien aux producteurs (ESP) réalisée pour ce rapport. L’objectif n’est pas d’en fournir une liste complète, mais d’apporter des éclairages supplémentaires sur le contenu de la base de données. Les résultats ont été choisis en fonction de l’évolution en pourcentage estimée et en privilégiant les pays qui sont d’importants producteurs ou affichent d’ordinaire un soutien public d’un montant élevé (positif ou négatif). Les lecteurs intéressés sont invités à consulter les chapitres par pays où ils trouveront davantage de détails sur le cadre d’action national.
2. Les résultats de 2025 ne sont pas définitifs et susceptibles d’être modifiés. Les données sur le SPM sont les plus fréquemment modifiées car elles dépendent des données relatives aux prix et aux quantités, qui sont souvent préliminaires au moment de la publication. Les évolutions en pourcentage sont calculées à partir des montants exprimés en USD et peuvent ne pas correspondre aux évolutions en monnaie nationale. Ces chiffres donnent une bonne indication des évolutions globales, mais les changements particuliers doivent être interprétés avec prudence.
Source : OCDE (2026), « Estimations du soutien aux producteurs et aux consommateurs », Suivi de la politique agricole (base de données), https://data-explorer.oecd.org/?lc=fr&pg=0.
Les niveaux de soutien sont très variables selon les pays
Le soutien aux producteurs en pourcentage des recettes agricoles brutes (ESP en %) s’est élevé en moyenne à 14.3 % dans la zone OCDE et à 7.6 % dans les économies émergentes entre 2023 et 2025. Dans les pays de l’OCDE, le soutien a diminué de 14 points de pourcentage depuis 2000‑2002, ce qui équivaut à une baisse de 49 % par rapport au niveau de départ. En revanche, il a progressé de 3.2 points de pourcentage dans les économies émergentes, soit une hausse de 72 % par rapport à 2000-2002 (Graphique 2.1).
C’est dans la zone OCDE que l’on trouve encore les plus hauts niveaux de soutien : l’Islande, la Suisse, la Norvège et la Corée enregistrent toutes un soutien dépassant 40 % des recettes agricoles brutes (RAB). À l’opposé, en Inde, au Viet Nam et en Argentine, le soutien aux producteurs est négatif par rapport aux conditions du marché international. Les changements notables survenus entre 2000‑2002 et 2023-2025 sont les suivants : au Viet Nam, les pouvoirs publics ont cessé de soutenir les producteurs pour au contraire réduire les recettes agricoles ; en Chine et au Kazakhstan, le soutien aux producteurs a plus que doublé en pourcentage des RAB ; au Pérou, le soutien a chuté de 72 %.
Dans la plupart des pays, le soutien aux services d’intérêt général représente moins de 5 % de la valeur de la production
Le soutien aux services d’intérêt général (ESSG) représente généralement une plus faible part de la valeur de la production agricole que le soutien aux producteurs. Seuls le Japon, la Suisse, la Corée, la Türkiye et les Philippines enregistrent un ESSG supérieur à 5 % de la valeur de la production (Graphique 2.2). En revanche, 13 des pays couverts dans ce rapport fournissent un ESSG inférieur à 2 % de la valeur de la production. La persistance de niveaux d’ESSG faibles risque de limiter la croissance durable de la productivité si les agriculteurs n’ont pas accès aux connaissances, à l’infrastructure et aux services nécessaires pour optimiser la production.
Les dépenses d’infrastructures constituent la principale composante de l’ESSG, atteignant une moyenne de 47 % sur l’ensemble des pays couverts dans ce rapport. Ces dépenses sont souvent consacrées aux systèmes d’irrigation, par exemple au Japon où des sommes importantes sont investies pour soutenir la production de riz paddy. Dans plusieurs autres pays – dont l’Inde, l’Égypte, la Türkiye, la Corée, les Philippines, le Chili, la Colombie, le Mexique et le Viet Nam –, plus de la moitié de l’ESSG est allouée à l’infrastructure.
Les systèmes de connaissances et d’innovation agricoles sont la deuxième composante de l’ESSG, avec en moyenne 23 % du total. La Norvège, l’Union européenne, l’Australie, le Brésil, le Royaume-Uni et l’Argentine affectent chacun plus de la moitié de leur ESSG à ces systèmes. Cela inclut la production de savoir, la formation, la vulgarisation et le conseil. À titre d’exemple, en Australie, une part notable des dépenses consacrées aux systèmes de connaissances et d’innovation agricoles va à la recherche agronomique et à la vulgarisation, alors qu’en Norvège, la majeure partie de ces dépenses financent la formation.
Le soutien aux consommateurs reflète l’impact des interventions sur les prix sur les consommateurs, la plupart des pays enregistrant une hausse des prix intérieurs
Dans l’ensemble des pays, l’estimation du soutien aux consommateurs, exprimée en pourcentage des dépenses de consommation (ESC en %), montre que les politiques agricoles continuent d’avoir un impact sur les consommateurs, principalement à travers les prix. Au cours de la période 2023‑2025, l’ESC en % est en moyenne de -3.2 % dans la zone OCDE et de -5.0 % dans les économies émergentes (Graphique 2.3). Dans la plupart des pays, ce soutien est le résultat de l’augmentation des prix intérieurs par rapport aux prix internationaux, qui entraîne la baisse du pouvoir d’achat du consommateur.
Les transferts qui s’opèrent via le marché (reflétant l’incidence du SPM sur le consommateur) sont la composante majoritaire de l’ESC et rendent compte de l’impact des interventions sur les prix sur les consommateurs. C’est en Islande, en Corée, en Suisse et au Japon, où les prix intérieurs sont nettement au-dessus des prix mondiaux, que ces transferts ont le plus d’impact sur les consommateurs. En revanche, dans un petit nombre de pays – dont l’Ukraine, l’Argentine, le Viet Nam et l’Inde –, les interventions des pouvoirs publics abaissent les prix intérieurs par rapport aux prix mondiaux, ce qui crée des transferts des producteurs vers les consommateurs.
Les transferts budgétaires aux consommateurs sont généralement limités et ne compensent qu’une faible part des effets provoqués par les politiques des prix. Une exception notable est observée aux États-Unis, où ces transferts représentent presque 20 % des dépenses de consommation, tandis que les interventions sur les prix sont négligeables (hormis dans le cas du sucre). L’Inde combine aussi des mesures provoquant la baisse des prix intérieurs, avec des transferts budgétaires importants en faveur des consommateurs.
De manière générale, la composition de l’ESC met en évidence la prédominance des interventions sur les prix dans le soutien global aux consommateurs. Dans la plupart des pays, les consommateurs supportent une partie des coûts du soutien à l’agriculture en payant des prix plus élevés, alors que les transferts budgétaires directs en leur faveur demeurent comparativement faibles.
Le recours aux formes de soutien susceptibles de créer le plus de distorsions est très variable selon les pays. Une part non négligeable du soutien aux producteurs continue de se présenter sous la forme d’instruments étroitement liés aux choix de production, notamment le soutien des prix du marché, les paiements au titre de la production et le soutien au titre de l’utilisation d’intrants variables non assortie de contraintes. En influençant les prix perçus par les agriculteurs et les incitations à l’utilisation d’intrants, ces mesures ont des conséquences sur la production et les performances commerciales. Elles ont également tendance à être moins efficaces au regard du transfert de revenus et ciblent souvent moins les ménages qui en ont le plus besoin. L’importance qu’occupent ces mesures est très variable selon les pays, allant d’un recours très limité à la forme de soutien prédominante.
En moyenne, les mesures de soutien liées à la production représentent 6.6 % des recettes agricoles brutes dans les pays de l’OCDE et 14 % dans les économies émergentes, signe que ces instruments y sont davantage utilisés (Graphique 2.4). Elles consistent principalement, dans la plupart des pays, à augmenter les prix intérieurs par rapport à ceux prévalant sur les marchés internationaux. Cela est particulièrement vrai en Islande, en Corée, au Japon et en Suisse, où une forte proportion des recettes agricoles provient du soutien aux prix intérieurs des principaux produits de base.
Dans plusieurs pays, les mesures de soutien visent au contraire à abaisser les prix intérieurs par rapport aux prix mondiaux, ce qui a pour conséquence de réduire les transferts aux producteurs tout en continuant d’influencer les choix de production. C’est le cas en Argentine, au Viet Nam et en Inde, où les interventions sur les prix jouent un rôle central à l’égard des décisions de production bien qu’elles fassent baisser les recettes agricoles. En Inde, par exemple, ces mesures représentent une grande part du soutien total et équivalent à environ 40 % des recettes agricoles.
À l’autre extrémité du spectre, les paiements au titre de la production et de l’utilisation d’intrants demeurent limités dans des pays comme l’Australie et la Nouvelle-Zélande. En Australie, ce soutien prend souvent la forme de financements à des conditions libérales et ne représente qu’une très faible part des recettes agricoles. Au Chili et aux États-Unis, il équivaut à moins de 1 % des recettes agricoles brutes. Au Chili, il a trait principalement aux paiements au titre de l’utilisation d’intrants, notamment aux programmes d’amélioration des sols agricoles, alors qu’aux États-Unis, il combine interventions sur les prix du sucre, aides au titre de l’alimentation animale et soutien lié à l’énergie.
Dans les pays où le niveau global du soutien apporté aux producteurs est plus élevé, les paiements au titre de la production représentent souvent une grande part du soutien total. Ce pourcentage est toutefois en baisse dans certains cas. En Norvège et en Suisse, par exemple, une part croissante du soutien prend aujourd’hui la forme de mesures qui sont moins directement liées aux choix de production. Idem pour l’Union européenne et les États-Unis, qui déploient moins de mesures liées à la production en pourcentage du soutien total, signe d’une orientation vers des instruments ayant moins d’influence directe sur les choix de production.
Le soutien des prix du marché se concentre souvent sur un petit nombre de produits
Dans la plupart des pays, les interventions sur les prix du marché sont inégalement réparties entre les produits. Bien que le niveau moyen du soutien fournisse une indication sur l’orientation globale de l’action publique, il peut masquer d’importantes différences entre les produits. Dans de nombreux pays, le niveau médian du soutien est proche de zéro, ce qui veut dire que la moitié au moins des produits examinés ne font pas l’objet de mesures qui relèvent ou abaissent sensiblement les prix intérieurs, même si d’autres produits bénéficient d’un soutien important (Graphique 2.5).
Cette concentration du soutien se reflète dans l’ampleur des différences entre les produits bénéficiant du soutien le plus faible et ceux du soutien le plus élevé. Au Japon, par exemple, le niveau médian du SPM équivaut à 12 % des recettes brutes, alors que le produit recevant le soutien le plus élevé en représente 64 % et qu’au moins trois produits ne reçoivent aucun soutien (parmi les 19 produits pour lesquels le SPM est calculé, 16 bénéficient d’un soutien supérieur à zéro). Dans l’Union européenne également, le niveau médian est nul et le soutien le plus élevé atteint 37 % des recettes, ce qui montre que le SPM se concentre sur un petit nombre de produits, malgré une moyenne générale relativement faible (4.8 % des recettes agricoles brutes).
Dans les pays où le niveau global du soutien est plus élevé, la proportion de produits concernés est supérieure, mais le soutien demeure inégal. En Corée, les 11 produits examinés ont bénéficié d’un soutien, avec un minimum de 6 %, un niveau médian de 41 % et un maximum de 77 %, ce qui atteste de prix intérieurs systématiquement majorés dans l’ensemble du secteur. En Suisse, 10 des 11 produits examinés bénéficient d’un soutien, avec un niveau médian de 37 % et un maximum de 77 % ; en Islande, 4 produits sur 7 sont concernés, mais le niveau maximum de soutien est quand même de 66 %, preuve d’une forte concentration des aides sur certains produits.
Dans un grand nombre de pays, le soutien est octroyé de manière sélective à un sous-ensemble de produits, même lorsque le niveau global est modéré. En Chine, 16 produits sur 18 bénéficient d’un soutien, avec un niveau médian de 14 % et un maximum de 49 %. Au Mexique et en Türkiye, le soutien médian est nettement plus faible (respectivement 3 % et 1 %), alors que les valeurs maximales sont de 39 % et 33 %, preuve que la majorité du SPM se concentre sur un petit nombre de produits.
Dans plusieurs pays, les mesures prises à l’égard des différents produits sont antagonistes, certains produits bénéficiant de prix intérieurs à la hausse par rapport aux prix internationaux, quand d’autres voyaient leurs prix baisser. Ce contraste est particulièrement évident au Kazakhstan, où le prix intérieur du produit bénéficiant du soutien le plus faible est inférieur d’environ 74 % aux prix mondiaux, alors que celui du produit au soutien le plus élevé les dépasse de 41 %. Des contrastes similaires sont observés en Égypte (de -20 % à +48 %), en Indonésie (de -18 % à +42 %) et au Pérou (de -7 % à +43 %). L’ampleur de ces écarts illustre bien les différences entre les politiques sur les prix qui sont appliquées aux différents produits au sein d’un même pays.
Dans les pays où le niveau global du soutien est faible, la couverture et la portée des politiques de prix peuvent être limitées. Au Canada, seuls 3 produits (soumis à des mesures de maîtrise de l’offre) sur 16 bénéficient d’un SPM, avec un maximum de 22 % et un niveau médian de zéro. Au Brésil et en Afrique du Sud, moins de la moitié des produits reçoivent un soutien et les valeurs médianes sont égales à zéro, ce qui signifie que la plupart des produits ne subissent pas les effets des interventions sur les prix. En Australie, le soutien des prix du marché est quasiment nul pour l’ensemble des produits.
De manière générale, les données montrent que les interventions sur les prix du marché sont rarement appliquées de façon uniforme dans l’ensemble du secteur agricole. Au lieu de cela, elles se concentrent généralement sur un nombre limité de produits, souvent ceux considérés comme plus sensibles au regard des objectifs de sécurité alimentaire, de soutien au revenu ou d’échanges commerciaux. Cette application sélective, combinée aux amples variations du soutien d’un produit à l’autre, peut avoir des conséquences importantes sur la structure de la production en orientant les ressources vers les activités bénéficiant du plus de soutien.
Graphique 2.5. Dans la plupart des pays, le SPM varie sensiblement selon les produits
Copier le lien de Graphique 2.5. Dans la plupart des pays, le SPM varie sensiblement selon les produitsAmpleur relative du soutien des prix du marché par pays, en pourcentage des recettes agricoles brutes du produit, 2023-2025
Note : Le point bleu du haut indique le SPM en pourcentage des recettes brutes du produit bénéficiant du soutien le plus élevé. Le point bleu du bas représente le produit bénéficiant du soutien le plus faible ou pour lequel le soutien est le plus négatif. Le point noir correspond au SPM médian en pourcentage des recettes agricoles brutes pour l’ensemble du pays.
Source : OCDE (2026), « Estimations du soutien aux producteurs et aux consommateurs », Suivi de la politique agricole (base de données), https://data-explorer.oecd.org/?lc=fr&pg=0.
Le découplage du soutien et de la production s’est accentué dans certains pays, avec un recours limité, mais croissant, aux mesures assorties de contraintes
Le soutien aux producteurs qui est moins directement lié à la production et aux performances commerciales relève principalement des catégories C à F de la structure de l’ESP. Il s’agit de paiements au titre des surfaces cultivées, du nombre d’animaux, des recettes ou du revenu courants ou antérieurs (assortis ou non d’exigences en matière de production effective), ainsi que de paiements au titre de critères non liés à des produits de base.
Le niveau de ce soutien varie fortement d’un pays à l’autre (Graphique 2.6). C’est en Norvège, en Suisse, en Islande et dans l’Union européenne qu’il est le plus élevé. En Norvège, ces mesures représentent près de 29 % des recettes agricoles brutes en 2023‑2025 et prennent la forme de paiements au titre des paysages humanisés et d’un soutien structurel aux producteurs de lait. En Suisse, les paiements au titre de critères non courants et non liés à des produits de base (axés sur la conservation des paysages et de la biodiversité) sont de plus en plus majoritaires et représentent globalement plus de 10 % des recettes agricoles brutes. Dans l’Union européenne, les paiements au titre des facteurs de production courants sont passés d’environ 11.6 % des recettes agricoles brutes en 2000‑2002 à 4.7 % en 2023‑2025, une baisse compensée par l’augmentation des paiements au titre de paramètres non courants (actuellement le mécanisme d’aide de base au revenu). Le Mexique se démarque également comme faisant un gros usage des paiements au titre de critères non liés à des produits de base, avec son programme agroforestier Sembrando Vida (Semer la vie).
Ailleurs, ces formes de soutien demeurent plus limitées, même si elles ont dans certains cas augmenté. Au Royaume-Uni, elles avoisinent les 8 % des recettes agricoles brutes (RAB), en grande partie sous forme de paiements au titre de critères non courants. Au Japon et en Corée, ce soutien approche désormais les 3‑4 %, tandis qu’il se maintient en dessous de 3 % en Chine et en Türkiye. Dans de nombreux autres pays, dont l’Australie, la Nouvelle-Zélande et le Brésil, ces mesures représentent moins de 1 % des RAB. S’il peut paraître dérisoire en valeur absolue au regard des recettes agricoles brutes dans ces pays, ce soutien peut néanmoins représenter une part importante du soutien total. Le soutien relevant des catégories C à F de l’ESP représente plus de 50 % du total en Australie, aux États‑Unis, au Canada, en Israël, en Norvège, dans l’Union européenne et au Royaume-Uni.
Dans plusieurs pays, la progression du découplage du soutien et de la production s’est accompagnée d’une augmentation des paiements assortis de contraintes (obligatoires ou facultatives). Les contraintes obligatoires subordonnent l’octroi des prestations au respect d’obligations légales existantes. Les contraintes facultatives font référence aux programmes qui indemnisent les exploitants pour les actions qu’ils engagent ou évitent dans le but de procurer des bienfaits allant au-delà des normes minimales établies par la loi.
La part du soutien subordonné à des contraintes a augmenté en Suisse (d’environ 19 % à 21 % des RAB) et dans l’Union européenne (de quelque 6 % à 9 %). Cette part a également progressé au Japon et en Corée – pour approcher les 4 % – alors qu’elle est restée stable en Norvège, à près de 20 % des RAB.
De manière générale, le découplage du soutien et de la production a pris de l’ampleur dans certains pays, où le soutien y est de plus en plus assorti de conditions. Son importance demeure cependant inégale et dans de nombreux cas, le découplage ne représente encore qu’une faible proportion du soutien total aux agriculteurs.
Graphique 2.6. La Norvège et la Suisse arrivent en tête du découplage du soutien et de la production par rapport aux recettes agricoles brutes
Copier le lien de Graphique 2.6. La Norvège et la Suisse arrivent en tête du découplage du soutien et de la production par rapport aux recettes agricoles brutesUtilisation et composition des formes de soutien découplées de la production dans une sélection de pays, en pourcentage des recettes agricoles brutes, 2000‑2002 et 2023‑2025
Note : Le graphique présente les pays dont la part des paiements accordés au titre de la superficie cultivée, du nombre d’animaux, des recettes et du revenu (S/Na/Rec/Rev) et selon des critères non liés à des produits de base a dépassé 1 % durant la période 2023-2025. Les pays sont classés en fonction de la part totale des paiements pour 2023-2025. L’Union européenne fait référence à l’UE15 pour 2000-2002 et à l’UE27 pour 2023-2025. Les données relatives au Royaume-Uni ne sont pas disponibles pour 2000-2002.
Source : OCDE (2026), « Estimations du soutien aux producteurs et aux consommateurs », Suivi de la politique agricole (base de données), https://data-explorer.oecd.org/?lc=fr&pg=0.
Conclusions
Copier le lien de ConclusionsLe niveau du soutien aux producteurs est très variable et a diminué en pourcentage des recettes agricoles
Le soutien aux producteurs, mesuré en pourcentage des recettes agricoles brutes (ESP en %), reste l’indicateur central de l’ampleur des interventions publiques dans le secteur agricole. Son niveau, très variable selon les pays, reflète des approches et des objectifs stratégiques différents. C’est en Islande, en Suisse, en Norvège et en Corée que ce soutien reste le plus élevé – à plus de 40 % des recettes agricoles brutes –, ce qui montre le rôle important des pouvoirs publics dans le niveau des revenus agricoles. À l’opposé, en Argentine, au Viet Nam et en Inde, les mesures prises par l’État ont pour effet de réduire les recettes agricoles par rapport aux conditions du marché international.
À l’échelle de l’ensemble des pays, l’ESP en % a diminué au cours des vingt dernières années, en grande partie du fait de la hausse plus rapide de la valeur de la production agricole par rapport au soutien. En valeur nominale, cependant, le niveau du soutien aux producteurs reste élevé. La Chine est une exception de taille car ce soutien y a fortement augmenté, passant de quelque 5 % des recettes agricoles brutes en 2000‑2002 à 13 % ces dernières années.
Le soutien demeure en grande partie liée aux décisions de production, mais sa composition évolue
La composition du soutien est très variable selon les pays. Dans certains d’entre eux, une large part du soutien est liée aux choix de production et prend la forme d’interventions sur les prix du marché, de paiements au titre de la production ou de paiements au titre de l’utilisation d’intrants non assortie de contraintes. Ces mesures continuent de jouer un rôle central dans plusieurs pays dont l’Islande, la Corée et l’Inde. En revanche, elles représentent une très faible part des recettes agricoles dans d’autres pays comme l’Australie, le Chili et les États-Unis, où le soutien des prix du marché ou les paiements au titre de la production sont peu répandus. Au fil du temps, certains pays ont progressivement abandonné les paiements au titre de la production courante pour se tourner vers des paiements au titre de facteurs de production non courants ou de critères non liés à des produits de base, même si cette transition a été inégale et s’est ralentie ces dernières années.
De manière générale, les interventions sur les prix du marché sont souvent appliquées de façon sélective à certains produits, et non uniformément dans l’ensemble du secteur. Dans de nombreux cas, un soutien important est octroyé à un petit nombre de produits et peu aux autres. Des pays comme l’Inde, le Kazakhstan et le Viet Nam augmentent le prix intérieur de certains produits et réduisent celui d’autres, ce qui crée d’importants écarts entre le soutien octroyé aux différents produits et complique l’interprétation des indicateurs agrégés.
Le découplage du soutien et de la production a pris de l’ampleur dans certains pays mais demeure inégal
Le soutien qui n’est pas directement lié à la production (comme les paiements au titre des droits antérieurs, de facteurs de production non courants ou de critères non liés à des produits de base) a pris plus d’importance dans certains pays. C’est particulièrement le cas en Norvège, en Suisse et dans l’Union européenne, où ces mesures représentent une grande part des recettes agricoles brutes. Dans l’Union européenne, les réformes successives de la PAC ont progressivement abandonné les paiements au titre de la production courante pour privilégier le soutien au titre de facteurs de production non courants.
Dans de nombreux autres pays, en revanche, ces formes de soutien demeurent limitées, représentant souvent moins de 5 % des recettes agricoles brutes (RAB). Les paiements au titre de critères non liés à des produits de base continuent de jouer un rôle relativement minime, bien que dans certains cas plus important, comme en Suisse et au Mexique.
Lorsque le soutien est découplé de la production, il est de plus en plus assorti de conditions. Le soutien subordonné à des contraintes obligatoires ou facultatives, exprimé en pourcentage des RAB, a augmenté dans plusieurs pays dont la Suisse et l’Union européenne, tout en se maintenant à un niveau élevé en Norvège. Les conditions précitées sont souvent liées à l’amélioration de l’environnement ou du bien-être animal. Cela dit, l’instauration de contraintes demeure limitée dans la plupart des autres pays.
Le soutien aux services d’intérêt général (ESSG) demeure relativement faible
Les dépenses consacrées aux services d’intérêt général qui soutiennent le secteur agricole (par exemple les systèmes de connaissances et d’innovation agricoles, l’infrastructure ou les systèmes d’inspection) sont encore faibles par rapport à la valeur de la production. Représentant en moyenne 2.4 % de cette valeur, elles dépassent rarement les 5 %. Ces dépenses sont majoritairement affectées à l’infrastructure, en particulier pour l’irrigation, ainsi que dans une moindre mesure aux systèmes de connaissances et d’innovation. Dans certains pays (notamment la Suisse, la Norvège et la Corée), ces systèmes bénéficient de la plus grosse part des dépenses consacrées aux services d’intérêt général.
Les consommateurs continuent de supporter une grande partie des coûts des politiques agricoles
C’est principalement par l’intermédiaire des prix que les politiques agricoles continuent d’avoir un impact sur les consommateurs. Dans la plupart des pays, ces politiques portent les prix intérieurs au-dessus des cours internationaux, ce qui accroît le coût des produits alimentaires pour les consommateurs. Dans un petit nombre de pays – dont l’Inde, le Viet Nam et l’Argentine –, les pouvoirs publics abaissent les prix intérieurs de certains produits, ce qui crée des transferts des producteurs vers les consommateurs.
Les transferts budgétaires directs restent dans la plupart des cas peu élevés. Des exceptions notables sont les États-Unis et l’Inde, où les transferts ciblés jouent un grand rôle. Il n’empêche que, dans l’ensemble, les effets qu’ont les politiques agricoles sur les consommateurs proviennent davantage des interventions sur les prix que des transferts directs.
← 1. L’accord est entré en vigueur depuis, à titre provisoire, le 1er mai 2026.