Les risques climatiques s’intensifient. L’année 2025 a connu des inondations, des sécheresses, des feux de forêt et des canicules record qui mettent en évidence la vulnérabilité grandissante de nos sociétés et de nos économies. On observe des signes de plus en plus évidents que des points de bascule climatiques cruciaux pour les écosystèmes pourraient être atteints rapidement, avec notamment des modifications de la circulation océanique et le recul de la banquise. Parallèlement, les catastrophes liées au climat induisent des coûts sociaux et économiques toujours plus importants : rien qu’en 2024, elles ont fait plus de 16 000 victimes et causé pour plus de 328 milliards USD de dommages à travers le monde. Ces évolutions soulignent à quel point il est urgent de s’adapter, en particulier pour les pays les plus vulnérables, mais aussi de déployer une action ambitieuse et efficace en matière d’atténuation.
Les émissions de gaz à effet de serre (GES) ont atteint le niveau sans précédent de 55 Gt éq. CO2 en 2023, et le monde n’est donc pas sur la bonne voie pour tenir les objectifs de limitation du réchauffement à 1.5 °C et 2 °C. Malgré certains progrès, et l’Accord de Paris a joué un rôle crucial à cet égard, les engagements actuels restent insuffisants et des déficits persistent dans la mise en œuvre.
Les contributions déterminées au niveau national actuelles (CDN, 2030) ne sont pas alignées sur les objectifs fixés pour 2050, et seulement 17.7 % des émissions mondiales sont actuellement visées par des engagements nationaux de neutralité carbone inscrits dans la législation et juridiquement contraignants. La prochaine série de CDN à 2035 (les « CDN 3.0 ») offre une occasion unique de redoubler d’ambition et de gagner en crédibilité.
Comme le montre le Cadre de mesure des actions et politiques climatiques (CMAPC) de l’OCDE, l’action climatique n’a progressé que de 1 % en 2024 et son ralentissement observé depuis 2021 se poursuit. Celui-ci ne peut plus s’expliquer par la pandémie de COVID‑19 et la crise économique qui a suivi, mais témoigne au contraire d’un essoufflement de l’action climatique. Il existe clairement un déficit de mise en œuvre de politiques climatiques efficaces au niveau mondial.
En 2024, l’action climatique n’a pas progressé de façon uniforme dans tous les pays et secteurs et pour tous les instruments d’action. Des avancées ont été constatées en ce qui concerne les systèmes d’échange de droits d’émission, les politiques relatives aux transports (avec de nouvelles mesures prévoyant l’arrêt progressif de la commercialisation de véhicules thermiques, par exemple) et les objectifs de neutralité carbone. En revanche, les autres instruments fondés sur le marché comme la tarification du carbone sont moins utilisés et s’appliquent à moins de la moitié des émissions mondiales. Parmi les évolutions positives, on note également la hausse des dépenses publiques consacrées à la recherche-développement en lien avec la réduction des émissions de carbone, ainsi que des mesures qui prévoient de moderniser les règlements de construction et autres et d’accélérer de la sortie du charbon.
Des défis sectoriels considérables restent à relever. L’utilisation de produits énergétiques fossiles dans la production d’électricité et de chaleur et dans les transports continue d’alimenter les émissions, car l’évolution vers des énergies de substitution plus propres ne progresse pas beaucoup. Même si les véhicules électriques et les mesures prévoyant l’arrêt des ventes de véhicules thermiques gagnent du terrain, les émissions liées aux transports se maintiennent à un niveau élevé et l’action publique dans ce domaine est à la traîne par rapport à d’autres secteurs en dépit de récentes avancées.
L’action climatique au niveau national nécessite des approches sur mesure qui tiennent compte de la situation particulière de chaque pays, y compris du niveau de revenu, des facteurs structurels et des capacités institutionnelles. Néanmoins, une action au long cours en faveur du climat nécessite de découpler les émissions de la croissance économique et démographique. Les pays en développement ont besoin de soutien pour décarboner progressivement leur croissance économique.
L’action mondiale face au dérèglement climatique reste insuffisante. Des politiques plus énergiques, une mise en œuvre plus rapide et des mesures juridiquement contraignantes s’imposent de toute urgence pour combler les déficits en matière d’ambition et de mise en œuvre. Le coût de l’inaction augmente, avec à la clé une hausse des pertes économiques, des inégalités sociales et des atteintes à l’environnement.