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Développement régional, urbain et rural

Examen de l'OCDE de la région métropolitaine d'Istanbul

 

par Angel Gurría, Secrétaire général de l'OCDE
Déclaration prononcée à l'occasion d'une conférence de presse avec le maire d'Istanbul lors de sa visite officielle en Turquie
Istanbul, 17 octobre 2006

C'est un grand honneur pour moi d'être ici aux côtés du maire d'Istanbul, M. Kadir Topbaş, et je me réjouis de l'excellente occasion qui m'est ainsi donnée de présenter le travail exemplaire que l'OCDE mène actuellement avec les maires de plusieurs grandes villes du monde.

Vous êtes sans doute nombreux à vous demander pourquoi l'OCDE, une organisation internationale, s'intéresse aux villes. La mission fondamentale de l'OCDE, je le rappelle, est de contribuer à améliorer le fonctionnement de l'économie mondiale pour le bénéfice de tous, et je ne crois pas que nous pourrons atteindre cet objectif sans la participation active des grandes villes.

Les villes sont le moteur des économies nationales. La plupart des régions métropolitaines des pays membres de l'OCDE ont un PIB par habitant et un taux de croissance plus élevés que la moyenne nationale. Pourquoi en est il ainsi ? Purement et simplement, d'une part, pour des raisons de taille, mais aussi à cause des effets de synergie qui se produisent dès lors qu'un très grand nombre d'individus se retrouvent à vivre ensemble les uns à côté des autres. La proximité géographique des entreprises et des populations crée un environnement extrêmement propice à l'innovation et à la mise en commun des connaissances, qui se traduit souvent par des gains de productivité et de compétitivité.

Mais il y a aussi un paradoxe des villes. En effet, si les grandes villes incarnent souvent la richesse et la réussite, elles sont aussi le lieu des plus grands défis. J'en nommerai quatre :

  • D'abord, l'ampleur des restructurations industrielles. A Istanbul, par exemple, l'industrie textile doit faire face à la concurrence de villes émergentes en Chine, en Europe orientale et dans d'autres pays d'Asie, mais elle n'est pas la seule dans ce cas. Même dans une région métropolitaine plus riche comme celle de Milan, les fameux districts industriels de la mode et de l'habillement doivent affronter la concurrence des nouveaux producteurs à bas coûts qui font leur apparition sur le marché international.
  • Il y a ensuite les conséquences socio économiques de ces évolutions. Les taux de chômage restent élevés dans beaucoup de grandes villes, même parmi les plus riches, ce qui alimente les phénomènes de violence et de pauvreté que nous observons généralement dans les quartiers les plus défavorisés. Les statistiques de l'OCDE montrent que les zones urbaines ont un taux de criminalité supérieur de 30 % à celui des autres régions.
  • Les villes se caractérisent également par la concentration de polluants nocifs qui affectent la qualité de l'air et de l'eau.
  • Dans certains cas, enfin, les villes sont aussi confrontées au problème que pose le développement du secteur informel sur le marché du travail. C'est vrai d'Istanbul, mais je pense aussi à la plus grande ville de mon pays, Mexico, où 30 à 50 % des travailleurs, à l'heure actuelle, ne sont pas déclarés.

S'attaquer à ces problèmes à un moment où les villes se livrent une concurrence acharnée pour attirer les investissements et les talents relève d'un véritable exercice d'équilibriste. Cela suppose des politiques rationnelles et des institutions qui fonctionnent bien - à tous les niveaux - pour les mettre en œuvre. Cela suppose aussi un processus de décision efficace et transparent qui tienne compte de l'opinion des citoyens et des représentants des différents secteurs.

Les villes ont un rôle essentiel à jouer dans beaucoup de domaines qui préoccupent aujourd'hui la communauté internationale. En tant que Secrétaire général de l'OCDE, j'ai choisi d'inscrire les migrations et l'eau parmi les priorités de mon mandat. Ces deux questions ont une dimension régionale. Les villes attirent des gens qui viennent de partout, au point que certaines sont même devenues aujourd'hui des pôles migratoires internationaux. Quant à l'eau, c'est un problème local qui nécessite une bonne gestion et de solides capacités institutionnelles. Les villes ont beaucoup d'enseignements à offrir pour l'action publique.

Parmi les grandes questions à l'ordre du jour sur la scène internationale, on pourrait aussi parler du changement climatique. Là encore, il est impossible de ne pas tenir compte des villes puisque ce sont elles qui sont à l'origine de 70 % des émissions totales de gaz. Je sais que la ville d'Istanbul est très en pointe sur ce dossier et qu'elle s'est ralliée en août dernier, avec les 23 autres plus grandes régions métropolitaines du monde, à l'initiative lancée par l'ancien président Clinton pour lutter contre le réchauffement climatique.

C'est dans ce contexte que l'OCDE a décidé, en 2001, de lancer une série d'études sur les régions métropolitaines. Notre objectif est d'évaluer toute la panoplie des politiques urbaines de manière à identifier les meilleures pratiques qui permettront aux villes de maximiser leur potentiel.

Après Milan, Stockholm et Montréal, entre autres, nous sommes heureux qu'Istanbul ait décidé de prendre part à cet exercice. Nous avons travaillé en étroite liaison avec la municipalité métropolitaine d'Istanbul et le sous secrétariat d'Etat à la planification sur ce projet, et nous tenons à les remercier de cette excellente coopération. Nous comptons achever l'étude à la fin de cette année et la publier au début de 2007.

Bien qu'il soit encore trop tôt pour tirer des conclusions, je remarque qu'Istanbul a beaucoup de points en commun avec d'autres régions métropolitaines des pays de l'OCDE. Comme Séoul, elle s'efforce d'améliorer ses mécanismes de gouvernance pour gérer des problèmes complexes tels que peuvent en poser les infrastructures de transport. Comme Tokyo, elle doit tenir compte des risques sismiques dans ses normes de construction. Comme Mexico, elle est confrontée à la présence d'un vaste secteur informel. Et comme Shanghai, elle a l'ambition de devenir un centre logistique de dimension régionale.

Les villes des pays de l'OCDE sont très diverses et constituent chacune un cas unique en son genre, de sorte qu'il n'est pas toujours possible de transposer les expériences. Cependant, elles ont aussi souvent des traits communs qui peuvent nous être utiles pour apprendre les uns des autres. Dans le cadre de ses travaux sur les villes, l'OCDE continuera de soutenir les efforts que déploient les pays pour améliorer les perspectives d'avenir et la qualité de vie de leurs citoyens, et contribuer ainsi à la bonne santé de l'économie mondiale.

Pour finir, je voudrais dire, Monsieur le maire, que nous sommes tous enchantés d'être ici et de savoir qu'Istanbul participe à nos efforts. J'espère que la ville pourra bénéficier à son tour des connaissances collectives qui se sont accumulées à l'OCDE et je suis sûr pour ma part qu'elle aura des choses à nous apprendre et à partager avec le reste du monde, probablement grâce à votre contribution.

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En savoir plus sur les travaux de l'OCDE relatifs à la Turquie

 

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