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Salle de presse

Comité d'aide au développement, Réunion à haut niveau, les 25 et 26 avril 2001

 

26/04/2001

Déclaration à la presse du Président, M. Jean-Claude Faure

Les ministres de la Coopération pour le développement, les responsables des organismes d'aide et des hauts fonctionnaires se sont retrouvés les 25 et 26 avril pour la réunion annuelle à haut niveau du Comité d'aide au développement (CAD) de l'OCDE, qui avait cette année pour thèmes centraux la lutte contre la pauvreté et la cohérence des politiques. La Banque mondiale, le FMI et le PNUD ont également participé à cette manifestation en leur qualité d'observateurs permanents auprès du CAD.

La réunion à haut niveau a recherché les moyens qui s'offrent à la communauté internationale de surmonter les problèmes complexes soulevés par la réalisation des objectifs internationaux de développement (OID), en particulier celui prévoyant une réduction de moitié pour 2015 de la proportion de la population vivant dans l'extrême pauvreté. Ces objectifs, qui ont été approuvés à la réunion à haut niveau de 1996 et repris dans la Déclaration du millénaire des Nations unies en 2000, fournissent une base commune sur laquelle asseoir l'action de l'ensemble de la communauté internationale.

Le Président du CAD, M. Jean-Claude Faure, a résumé comme suit les principales conclusions qui se sont dégagées des débats, lesquelles se combinent pour former une approche intégrée visant à relever ces défis fondamentaux.

La réunion à haut niveau :

  • A adopté, ad referendum, une Recommandation sur le déliement de l'aide publique au développement aux pays les moins avancés.

  • A convenu de promouvoir la cohérence des politiques au service de la réduction de la pauvreté au sein des gouvernements des pays Membres du CAD, à la fois dans leurs capitales et au niveau de l'OCDE.

  • A entériné quatre nouvelles séries d'orientations du CAD, assorties de Déclarations, concernant :
    -- La réduction de la pauvreté ;
    -- Les stratégies de développement durable ;
    -- La prévention des conflits violents : Orientations à l'intention des partenaires extérieurs ;
    -- Le renforcement des capacités dans le domaine des échanges et la nouvelle donne mondiale.

  • A approfondi le débat sur les stratégies et instruments pour approcher les pays connaissant de graves problèmes de gestion des affaires publiques.


Réduction de la pauvreté et cohérence des politiques : un défi mondial. Le consensus que suscite au sein de la communauté internationale l'idée de faire de la lutte contre la pauvreté un objectif primordial à l'échelle mondiale s'est encore élargi et consolidé au cours de l'année écoulée. Des cadres de développement s'articulant autour de stratégies de lutte contre la pauvreté définies à l'échelon de chaque pays constituent désormais l'assise de la coopération bilatérale et multilatérale. Les nouvelles lignes directrices adoptées par le CAD et le déliement de l'aide aux pays les moins avancés apportent de nouvelles dimensions importantes à cette démarche intégrée. Les participants se sont félicités de ces avancées. La principale difficulté est maintenant de les concrétiser dans la pratique. Cela nécessite que les organismes de coopération pour le développement adoptent des approches nouvelles et se dotent de capacités nouvelles et que s'opère une amélioration de la coordination institutionnelle, y compris à l'échelon local entre les organismes bilatéraux et multilatéraux. Dans ces conditions, les Membres du CAD reconnaissent qu'ils doivent redoubler d'efforts pour contribuer à faire du partenariat une réalité -- notamment en accordant un soutien à moyen terme aux stratégies de lutte contre la pauvreté. L'aide devra être portée à un niveau compatible avec les besoins liés à la mise en œuvre effective de ces stratégies. Bien que la majorité des Membres du CAD aient intensifié leur effort d'aide en 2000, le rapport APD/PNB global a diminué. Les participants ont souligné combien il importe de dégager un plus large consensus au niveau des Parlements et dans l'opinion publique sur la nécessité d'inverser cette tendance dans le cadre de l'effort déployé pour atteindre les objectifs internationaux de développement.

Réduire la charge imposée par les multiples obligations découlant des procédures appliquées par les donneurs est aussi un objectif fondamental. La diversité des systèmes de passation des marchés et des dispositions garantissant la reddition de comptes tend à limiter la faculté des pays partenaires de formuler comme ils l'entendent leurs propres politiques. Les participants ont instamment appelé le Groupe d'étude du CAD sur les pratiques des donneurs à élaborer, conformément au mandat qui lui a été confié, des documents de référence sur les bonnes pratiques à appliquer.

Les résultats obtenus dans la voie de la réduction de la pauvreté ne dépendent pas uniquement de l'action menée dans le domaine de la coopération pour le développement mais aussi de la cohérence des décisions prises dans tout un éventail de domaines influant sur les perspectives de développement, notamment les échanges, la finance, l'agriculture, l'environnement, les migrations, la santé, les technologies de l'information et des communications (TIC), la corruption et la prévention des conflits. Les participants ont réservé un accueil favorable à la Liste indicative des conditions essentielles à la cohérence des politiques à l'appui de la réduction de la pauvreté jointe aux Lignes directrices pour la réduction de la pauvreté qui, bien que non contraignantes, constituent une base de référence souple et utile pour les gouvernements. Ils se sont engagés à œuvrer, dans leurs capitales, à l'intégration de l'objectif de réduction de la pauvreté dans les autres domaines d'intervention des pouvoirs publics et à suivre les progrès accomplis à cet égard dans le cadre des examens réguliers par pays auxquels il est procédé au sein du CAD. Ils ont reconnu que cela nécessiterait de consacrer du temps et des capacités analytiques aux interactions avec d'autres secteurs de l'administration et avec le secteur privé et la société civile.

Les participants ont également admis que la cohérence des politiques suppose une ferme détermination et une impulsion des autorités politiques de leurs pays. A ce propos, ils ont souligné la nécessité de s'appliquer à mieux appréhender les grands problèmes d'orientation de l'action auxquels se heurte chacun face au profond souci que manifeste désormais l'opinion publique devant les difficultés complexes que soulève la réduction de la pauvreté dans un monde de plus en plus interdépendant.

Une attention particulière a été portée à la relation entre échanges et réduction de la pauvreté, et à la mise en place des conditions indispensables pour que la mondialisation bénéficie aux pays et aux populations pauvres. Les participants se sont félicités de la tenue, le 24 avril, d'une réunion conjointe du CAD et du Comité des échanges, à laquelle était présent le Directeur général de l'OMC, M. Mike Moore. Il a été estimé que cette manifestation ouvrait des perspectives prometteuses concernant la poursuite de la collaboration, étant entendu que les politiques commerciales et le système commercial multilatéral peuvent apporter une contribution décisive à la lutte contre la pauvreté. Dans cette optique, les participants ont salué les initiatives actuelles tendant à élargir l'accès aux marchés et à renforcer les capacités d'échanges des pays en développement.

De l'avis des participants, l'OCDE a un rôle essentiel à jouer pour aider ses Membres à repérer les hiatus dans la cohérence de leurs politiques et œuvrer à une plus grande cohérence, du fait qu'elle est une des seules instances en mesure de toucher des décideurs travaillant dans de nombreux domaines différents d'intervention des pouvoirs publics. Ils ont préconisé la mise en œuvre d'activités systématiques, à l'OCDE, sur la cohérence des politiques afin de couvrir l'ensemble des domaines de compétence de l'Organisation, et loué les efforts déjà engagés dans ce sens, notamment avec la récente création, par le Conseil de l'OCDE, du Groupe sur le développement qui a vocation à promouvoir la cohérence et les travaux horizontaux sur le développement, les échanges et l'environnement figurant au premier rang des thèmes à traiter en priorité dans le cadre de ces travaux.

Déliement de l'APD aux pays les moins avancés. La réunion à haut niveau du CAD a adopté (ad referendum jusqu'au 11 mai) une Recommandation sur le déliement de l'aide publique au développement aux pays les moins avancés. L'octroi de prêts et de dons destinés à financer tout un éventail de concours financiers et de projets ne sera plus lié à des achats dans le pays donneur. Cette Recommandation s'inscrit dans le cadre des efforts plus généraux déployés au sein du CAD pour rehausser l'efficacité de l'aide, renforcer l'appropriation du processus de développement par les pays partenaires et élargir les responsabilités qui leur sont dévolues dans ce dernier. Assurer un partage de l'effort entre les Membres du CAD constituera l'un des volets essentiels de la mise en oeuvre de la Recommandation, qui fera l'objet d'une surveillance de la part du Comité. Elle est constitue un signe très concret, notamment en direction de la troisième Conférence des Nations unies sur les pays les moins avancés qui doit se tenir sous peu, de la volonté du CAD de réformer les pratiques ayant actuellement cours dans le domaine de l'aide.

Travailler dans les pays connaissant de graves problèmes de gestion des affaires publiques. Les participants ont une fois encore confirmé leur attachement à répondre aux besoins de développement de ces pays, qui se trouvent dans des situations très diverses, plus ou moins préoccupantes. On ne peut abandonner à leur sort les nombreux pauvres qui vivent dans ces pays et les conflits violents ont souvent une dimension régionale, avec les risques matériels qui en découlent pour les pays voisins ou d'autres plus éloignés. Une action précoce, s'inscrivant dans une démarche stratégique à long terme, est essentielle, ce qui soulève des problèmes complexes auxquels il n'existe pas de solution universelle.

L'accent doit avant tout être mis sur le maintien du dialogue, avec les agents de changement existant au sein et en dehors des pouvoirs publics. Les participants ont aussi reconnu que les administrations locales, les organisations de la société civile et les ONG pouvaient constituer autant de voies d'acheminement de l'aide susceptibles de se substituer à l'administration centrale. Les donneurs bilatéraux et les organismes des Nations unies disposent peut-être de moyens plus directs de travailler avec ces autres interlocuteurs que les institutions financières internationales, lesquelles ont néanmoins un rôle important à jouer dans les situations d'après-conflit.

Tous les segments de la communauté internationale du développement peuvent donc faire œuvre utile dans ces pays et il est capital qu'ils coordonnent efficacement leurs activités, en tenant compte des avantages comparatifs de chacun. Il est également fondamental que les Membres du CAD s'appliquent à assurer la cohérence des politiques des divers secteurs de leur administration à l'égard de ces pays. Les participants ont souligné la nécessité d'intensifier le dialogue entre tous les acteurs, dont les organismes de développement, afin de parvenir à un plus large consensus sur la conduite à adopter dans les situations difficiles.



RELEVER UN DEFI MONDIAL : RÉDUIRE LA PAUVRETÉ EN S'APPUYANT SUR LE PARTENARIAT

Déclaration de la réunion à haut niveau du CAD à l'occasion de l'approbation des Lignes directrices du CAD pour la réduction de la pauvreté, les 25 et 26 avril à Paris

Les pays en développement ont obtenu des avancées remarquables, encore qu'inégales, dans l'amélioration de leur niveau de vie au cours des trente dernières années, et la coopération pour le développement y a grandement contribué. La réduction de la pauvreté dans le cadre d'un développement durable demeure néanmoins un défi majeur. L'extrême pauvreté est encore le lot d'un habitant sur quatre du monde en développement. L'illettrisme, la faim et la maladie restent des maux largement répandus, et le VIH/sida est devenu un véritable fléau dans de nombreux pays en développement. La moitié environ des pauvres sont des enfants, exposés aux privations, au dénuement et à la violence - et la majorité des adultes recensés comme pauvres sont des femmes. Les inégalités sociales et économiques au sein des nations constituent autant d'obstacles à un recul durable de la pauvreté. La mondialisation offre des perspectives prometteuses pour stimuler la croissance et faire refluer la pauvreté, mais un effort particulier devra être fait pour s'assurer que les pays et les populations pauvres reçoivent leur juste part des opportunités et des avantages qui en découlent.

Le sort des personnes qui vivent dans une profonde pauvreté est pour nous un grave sujet de préoccupation. Au-delà du sens moral partagé qui nous incite à aider les plus défavorisés, nous estimons que la réduction de la pauvreté et des inégalités dans le monde participe de notre intérêt commun, compte tenu de l'impact à en attendre sur la sécurité régionale et mondiale, la coopération internationale, le développement durable et la prospérité. C'est toutefois aux pays en développement de prendre la conduite des opérations et de formuler des stratégies nationales efficaces de lutte contre la pauvreté. Ces stratégies doivent inscrire les préoccupations économiques, sociales, environnementales et liées à la bonne gestion des affaires publiques dans un cadre de développement intégré, d'envergure nationale. Pour notre part, nous nous engageons, en partenariat avec la société civile, le secteur privé et les organisations multilatérales, à les aider à se monter à la hauteur de l'enjeu. Nous nous engageons en outre à ne ménager aucun effort pour aider les pays en développement à faire face aux défis de la mondialisation et de l'ère numérique, et à s'attaquer au VIH/sida et à toutes les autres maladies qui constituent encore un péril mortel.

Nous confirmons notre volonté de réduire la pauvreté, sous toutes ses facettes, et d'assurer la réalisation des sept Objectifs internationaux de développement (OID). Nous concevons les OID dans l'ensemble plus large d'objectifs communs à¢Â€Â? concernant notamment la lutte contre la faim, l'accès à l'eau potable et la lutte contre le VIH/sida à¢Â€Â? définis dans la Déclaration du Millénaire des Nations Unies ainsi que dans la perspective à terme d'éradiquer la pauvreté. Ces OID sont les suivants : pour 2015, réduire de moitié l'extrême pauvreté monétaire, faire reculer la mortalité infantile, juvénile et maternelle, assurer une éducation primaire à tous les enfants et mettre les services de santé génésique à la disposition de tous ; pour 2005, éliminer les disparités entre les sexes dans l'enseignement afin de contribuer à l'égalité homme-femme et au renforcement des moyens d'action des femmes, et mettre en œuvre des stratégies de développement durable afin d'inverser la tendance à la déperdition des ressources environnementales.

Nous réexprimons notre détermination à promouvoir les aspects qualitatifs du développement à¢Â€Â? notamment une gestion démocratique, efficace et transparente des affaires publiques, la protection des droits de l'homme et le respect de l'état de droit à¢Â€Â? en soutenant les efforts que déploient nos partenaires en développement pour bâtir des sociétés stables, sûres, justes et fondées sur la participation. Nous sommes déterminés à faire de la réduction durable de la pauvreté l'axe essentiel de notre action de coopération pour le développement, en particulier à l'échelon local. Nous sommes en outre résolus à renforcer la cohérence de l'ensemble de nos politiques ayant des retombées sur le développement, par exemple en ouvrant davantage nos marchés et en accélérant la mise en œuvre des allégements de dette. Nous redoublerons d'efforts pour améliorer l'efficacité de l'aide et mobiliser des ressources supplémentaires au service de la lutte contre la pauvreté. Sur ce plan, la plupart des Membres sont guidés par l'objectif de 0.7 pour cent fixé pour le rapport APD/PNB.

Nous avons élaboré des Lignes directrices pour la réduction de la pauvreté, fruit de consultations avec nos partenaires internationaux, à savoir la Banque mondiale, le Fonds monétaire international et le Programme des Nations unies pour le développement. Ces Lignes directrices attestent d'un consensus international naissant, d'une volonté partagée et d'une perception commune des moyens qui s'offrent à nous d'aider, ensemble, de façon plus efficace, nos partenaires en développement à faire reculer la pauvreté. Nous souscrivons aux principes suivants , pierres angulaires de ces Lignes directrices.

 

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