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Podium : Nous devons enseigner aujourd’hui les compétences de demain

 

La nouvelle révolution industrielle a diverses répercussions sur la population active. L’innovation continue dans les énergies renouvelables, les nanotechnologies, les biotechnologies et, avant tout, les technologies de l’information et de la communication modifiera les marchés du travail du monde entier. Les travailleurs moyennement qualifiés risquent notamment d’être remplacés par des ordinateurs plus efficients. Cette tendance pose deux problèmes : les employés qui effectuent des tâches facilement automatisables doivent trouver un emploi source d’une autre valeur ajoutée, et les individus sont propulsés sur un marché du travail soumis à la concurrence internationale.

Le rapport de Randstad/SEO (« Into the Gap », 2012), montrait que les emplois traditionnellement associés à la classe moyenne (ouvriers de chaînes de montage, informaticiens, chefs d’équipe, superviseurs) commencent à disparaître, victimes des délocalisations ou de l’automatisation. Les employés doivent soit s’élever et rejoindre les « travailleurs de la connaissance », dont la demande continuera à croître (ingénieurs, docteurs, avocats, enseignants, scientifiques, professeurs, cadres, consultants), soit accepter des emplois de service moins qualifiés et moins rémunérés, et chasser ainsi du marché du travail les individus peu qualifiés.

Si dans de nombreuses régions, l’emploi se redresse, les employeurs ne parviennent toujours pas à pourvoir certains postes car même les candidats hautement qualifiés ne possèdent pas les compétences correspondant aux emplois à pourvoir. Ils reprochent aux systèmes pédagogiques d’enseigner des compétences obsolètes. Nombre d’entre eux se disent préoccupés par l’absence de « compétences personnelles » chez les candidats, comme les qualités relationnelles, l’aptitude à communiquer, les capacités d’analyse et de résolution de problèmes. Ce constat donne clairement à penser que les emplois dans les secteurs florissants, tels que la santé, l’éducation et d’autres services, exigent des compétences différentes de celles acquises par les chômeurs auparavant employés dans des secteurs où l’emploi était en baisse, comme l’agriculture ou l’industrie manufacturière.

Dans les économies développées, l’investissement dans les disciplines STIM (sciences, technologies, ingénierie et mathématiques) est de plus en plus perçu comme un moyen de stimuler l’innovation et la croissance économique. Si les États-Unis comme l’Europe reconnaissent l’importance de l’éducation dans ces disciplines, le débat s’échauffe lorsque l’on parle également d’immigration. L’Europe est dans une position similaire à celle des États-Unis, mais ses politiques d’immigration beaucoup plus strictes l’empêchent d’accueillir autant de travailleurs hautement qualifiés que les États-Unis, le Canada et l’Australie. Dans l’Union européenne, seuls 3 % des scientifiques proviennent de pays non membres de l’UE, alors qu’ils sont 16 % aux États-Unis à venir de l’étranger. La mobilité interne y est également en berne : en 2014, seuls 2,7 % des Européens vivaient dans un autre État membre.

Un marché du travail mondial a déjà émergé, mais il nous manque les institutions qui le feraient fonctionner efficacement. Pour l’économie mondiale, le véritable défi n’est pas la pénurie mondiale de compétences en STIM mais plutôt l’inadéquation géographique entre les emplois et les employés. Les individus compétents ne sont guère enclins à déménager là où des emplois sont disponibles. Ces 20 dernières années, plusieurs entreprises des États-Unis et d’Europe ont délocalisé leurs activités de R&D, ce qui a entraîné une diminution des emplois dans les STIM dans ces deux régions. La demande n’a pas baissé, mais porte désormais sur des pays comme la Chine et l’Inde. En collaboration avec l’Institute for the Study of Labor (IZA, www.iza.org), Randstad étudie actuellement la mobilité internationale « des individus aux emplois, et des emplois aux individus » et devrait publier ses conclusions en 2016.

L’inadéquation des compétences est essentiellement le résultat d’une rigidité structurelle des marchés du travail, mais peut également subir les effets de disparités cycliques entre l’offre et la demande. Si la création d’emplois est essentielle, tous les aspects de cette inadéquation doivent être pris en compte, dans le cadre d’une collaboration de l’ensemble des parties prenantes. Les accords de libre-échange pourraient ainsi inclure des dispositions relatives à la mobilité des étudiants et de la main-d’œuvre. La politique du marché du travail mérite une approche beaucoup plus active, qui supprime les restrictions inutiles et renforce les interventions pertinentes.

Si nous ne modifions pas notre approche, nous risquons de prolonger la crise de l’emploi en empêchant les individus de développer les compétences nécessaires dans la société de la connaissance.

Voir www.randstad.com

 

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L'Observateur de l'OCDE

‌‌‌‌Jacques van den Broek

Jacques van den
Broek
PDG de Randstad
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