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Economie

Royaume-Uni : les dépenses engagées pour faire face au COVID-19 et au Brexit devraient être alignées sur les objectifs sociaux, environnementaux et de productivité

 

14/10/2020 -  Le Royaume-Uni va devoir relever de grands défis liés à la crise provoquée par le COVID-19 et à la sortie du Marché unique de l’UE. Renforcer les investissements dans l’économie numérique, le secteur des services, les infrastructures respectueuses de l’environnement et les compétences des adultes permettrait d'affermir la reprise et aiderait à stimuler la productivité et la durabilité environnementale à long terme, selon un nouveau rapport de l'OCDE.

La dernière Étude économique de l'OCDE consacrée au Royaume-Uni insiste sur l’importance des mesures de soutien prises en urgence pour faire face à la crise liée au coronavirus, mais souligne également la nécessité de s’attaquer à des enjeux de plus long terme. Il conviendrait d'accroître les dépenses consacrées aux mesures d'activation du marché du travail pour les travailleurs licenciés et peu qualifiés, afin d'aider les travailleurs des secteurs dont l'avenir est incertain à effectuer une transition vers des emplois de qualité, et les dépenses d’infrastructures devraient être concentrées sur les régions les plus défavorisées sur ce plan. La faiblesse des taux d’intérêt laisse une marge de manœuvre pour accroître les dépenses de relance si besoin. L’investissement public devrait s’appuyer sur les efforts actuellement engagés pour relancer la croissance de la productivité et favoriser la transition vers une économie bas carbone.

« Avec la conjonction de la crise du COVID-19 et de la sortie du Marché unique européen, les incertitudes qui entourent les perspectives offertes au Royaume-Uni sont exceptionnellement fortes. Les mesures adoptées pour faire face à la pandémie et les décisions prises concernant les futures relations commerciales auront un impact durable sur la trajectoire économique du pays au cours des années à venir, c’est pourquoi elles devraient être alignées sur ses objectifs à long terme », a déclaré la Cheffe économiste de l’OCDE Mme Laurence Boone. « Les gains de productivité dans les secteurs des services vont devoir accélérer fortement pour garantir une reprise durable et viable. »

La crise liée au coronavirus a éclaté dans un contexte marqué par une croissance en demi-teinte, une productivité en berne et des investissements atones au Royaume-Uni, et elle a provoqué l’une des plus fortes chutes de la production observées parmi les pays de l’OCDE, témoignant de la très grande intégration du pays dans l’économie mondiale et du fait que le secteur des services, durement touché, y représente environ 80 % de la production et de l’emploi.

Bien que les mesures rapides et massives adoptées pour répondre à l’urgence aient contribué à stabiliser l’économie, le Royaume-Uni doit encore s’attendre à des perturbations durables de son activité économique, qui risquent d'exacerber les inégalités et disparités régionales préexistantes. La plupart des ménages font état d'une baisse de leurs revenus depuis la crise. L'activité économique ne se redressera que progressivement, et le chômage devrait rester élevé pendant plusieurs années, probablement à cause des fermetures d’entreprises et reports d’investissements. Les auteurs de l’Étude, qui posent l’hypothèse d'une transition fluide vers un accord de libre-échange avec l’UE, prévoient que le PIB devrait enregistrer en 2020 une chute sans précédent de 10.1 %, et que d’ici la fin de 2021, l’activité restera encore inférieure à ses niveaux d'avant la crise. Le taux de chômage devrait s’établir à 7.1 % en 2021, contre 3.8 % en 2019.

La sortie du Marché unique de l’UE à la fin de l’année va obliger les entreprises à s’adapter. Éviter une sortie sans accord serait une bonne chose pour le Royaume-Uni comme pour l’Union européenne. Au cas où le pays sortirait de l’UE sans qu’un accord de libre-échange n'ait été conclu, les autorités devraient se tenir prêtes à offrir un soutien ciblé aux entreprises et travailleurs concernés, et mettre en place des mesures de facilitation des échanges pour atténuer les perturbations à la frontière.

Alors que l’augmentation des obstacles aux échanges provoquée par la sortie du Marché unique de l’UE, sous quelque forme que ce soit, exercera un effet de freinage sur la croissance à moyen terme, un Brexit désordonné serait encore plus coûteux, et provoquerait davantage de perturbations. La gestion d'une sortie désordonnée serait encore compliquée par le fait que les entreprises ont concentré toute leur attention sur la réaction à la pandémie, et celles dont les revenus ont baissé seront moins en mesure d’investir dans la nouveauté, qu'il s’agisse de systèmes, de ressources humaines ou de formations.

La Stratégie industrielle du Royaume-Uni devrait lui permettre de relancer la croissance de la productivité, indispensable pour soutenir l’emploi et la hausse des salaires, pourtant il faudrait faire davantage pour encourager l’innovation et réduire les écarts d'adoption des nouvelles technologies entre les entreprises à la pointe et celles qui sont à la traîne. Globalement, l’investissement dans les infrastructures publiques est inférieur depuis quelques années à ce qu'il est dans d'autres grandes économies, et l’investissement dans les infrastructures numériques est en retard par rapport aux investissement dans les transports, l’énergie et les services publics. Autant de domaines dans lesquels le Royaume-Uni obtient de moins bons résultats que les pays de l’OCDE les plus performants, et qui sont des sources potentielles de gains de productivité élevés. Les dépenses qu'il est prévu de consacrer à l’amélioration des compétences numériques pourraient aussi être plus ambitieuses, car la crise liée au COVID-19 rend plus urgentes encore les préoccupations vis-à-vis du faible niveau de la formation des adultes au Royaume-Uni.

On trouvera dans la Synthèse les principales conclusions ainsi que les principaux graphiques de cette Étude économique du Royaume-Uni (vous êtes invités à inclure ce lien dans vos articles).

Pour de plus amples informations, les journalistes sont invités à contacter Catherine Bremer au Bureau des médias de l’OCDE (+33 (0)1 45 24 97 00).

 

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