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Lutte contre le Coronavirus (COVID-19) : perspectives ouest-africaines

Le Secrétariat du Club du Sahel et de l'Afrique de l'Ouest suit de près la situation du coronavirus (Covid-19). Cette pandémie s’abat sur la région alors que cette dernière fait face à une crise alimentaire d’une ampleur exceptionnelle et des niveaux d’insécurité très élevés. Cette page propose des chiffres mis à jour, des analyses et des opinions.

Fact Sketching & COVID-19

La pandémie du Covid-19 ajoute une strate supplémentaire aux crises préexistantes. Une collaboration avec Cartooning for Peace propose un regard alternatif sur les défis de la région. Plus

 

Virus mondial, réalités locales

Une note d'orientation fait le point sur certains impacts potentiels du Covid-19 en Afrique de l'Ouest et expose un certain nombre d'implications politiques, en soutien à l'action des pouvoirs publics. (Image: GPE/Tabassy Baro). Plus

COVID-19 & sécurité alimentaire

L’irruption du coronavirus (Covid-19) pourrait occulter et aggraver une crise alimentaire et nutritionnelle majeure préexistante au Sahel et en Afrique de l’Ouest menaçant plusieurs dizaines de millions de personnes (Image: K.Sulaimon/AFP). Plus

Maps & Facts: le port du masque

Le port obligatoire du masque se généralise en Afrique de l’Ouest. Plus

  

Maps & Facts : les filets sociaux restent sous-financés

Dans le contexte du Covid-19, les filets sociaux sont un outil important pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle, la réduction de la pauvreté et la résilience des populations. Mais les dépenses restent trop faibles. Plus

Maps & Facts : se laver les mains

Plus d'un tiers des Africains de l'Ouest n'ont pas d'installations pour se laver les mains à la maison. Plus

COVID-19 & la situation pastorale

Les communautés pastorales étaient déjà confrontées à de nombreux défis bien avant l'épidémie du Covid-19. En savoir plus sur la situation actuelle et la mobilisation pour soutenir les acteurs des filières agropastorales. (Image: J. Wanjiru) Plus

Plateforme de l'OCDE sur le COVID-19

L'OCDE a lancé une plateforme politique en réponse à la crise pour fournir des informations sur les réponses politiques dans les pays du monde entier, ainsi que des conseils de l'OCDE. Plus

Covid-19 in figures

Fiches analytiques sur le COVID-19 en Afrique de l’Ouest

Des fiches de situation et des notes dans lesquelles le CSAO propose de faire le point sur des dimensions sanitaires, socio-économiques et géostratégiques parfois insuffisamment explorées.

Fiche 1 : Covid 19 : État de le Couverture Vaccinale en Afrique de l'Ouest 

Fiche 2 : Évolution de la Pandémie de Covid-19 en Afrique de l'Ouest en Octobre 2021

Fiche 3 : Couverture Vaccinale et Perceptions de Contraintes à la Mobilité : L'Afrique Ostracisée ?

 

Le Covid-19 en Afrique de l’Ouest en quelques chiffres


C’est à la fin du mois de février 2020 que le premier cas de Covid-19 a été enregistré au Nigeria. Il a fallu à peine un mois pour que l’ensemble des pays de la région soit touché par la pandémie. Par la suite, la région n’a pas échappé aux vagues épidémiques successives, avec certes une plus faible fréquence - quatre vagues au lieu des cinq habituellement observées dans le reste du monde - mais surtout une ampleur moindre.


En janvier 2022, Le nombre de cas positifs cumulés à l’échelle régionale correspondait en effet à seulement 0,22% du cumul mondial, le nombre de décès à 0,18%. Depuis deux ans et demi, la jeunesse de la population et les conditions climatiques sont les facteurs les plus fréquemment avancés pour expliquer que la région puisse à ce point être épargnée bien qu’elle représente tout de même 5,5% de la population mondiale.

Après deux ans de pandémie, c’est un dénouement heureux au regard des scénarios catastrophistes annoncés au départ.


COVID-19 en Afrique de l'Ouest

Nombre de nouveaux cas confirmés par jour

Évidemment, le nombre de cas enregistrés dépend aussi des efforts déployés par les États pour mettre en œuvre des politiques de tests efficaces. Sans surprise, le nombre de tests effectués dans les pays ouest-africains demeure très insuffisant et empêche un suivi précis des niveaux de contagion. Ainsi, seuls 10 millions de tests ont été réalisés en Afrique de l’Ouest ces deux dernières années. À titre de comparaison, cela correspond à moins de 85% du nombre hebdomadaire de tests pratiqués en France entre le 3 et le 9 janvier 2022, en plein pic épidémique du variant Omicron (Santé Publique France, 2022).

Globalement qu’il s’agisse de la détection des cas positifs, du nombre de tests effectués et du nombre de décès recensés, il est indéniable que les chiffres doivent être interprétés avec prudence. Le nombre de décès imputables au COVID-19 en Afrique de l’Ouest ne prennent en effet pas en compte les individus non décédés à l’hôpital, ceux qui l’ont été avant de se faire tester et ceux finalement décédés pour d’autres motifs à l’hôpital suite aux encombrements des services provoqués par l’épidémie. L’OMS a d’ailleurs estimé en octobre 2021 que le nombre de contaminations en Afrique serait plus de 7 fois supérieur à celui enregistré par les autorités de santé, soit 59 millions d’individus contre 8 officiellement recensés.

Dans le sillage du reste de l’Afrique, la région s’est retrouvée confrontée à une troisième vague épidémique démarrant à la fin du mois de juin 2021 pour atteindre son pic en août. Le variant alpha (variant « anglais ») et le variant bêta (« sud-africain ») étaient alors majoritaires en Afrique, avec l’apparition de nouveaux types émergents, dont le variant kappa, sous-lignée du variant delta (« indien »).

À partir de fin décembre 2021, une quatrième vague d’une ampleur inégalée a démarré. En témoigne le nombre de nouveaux cas qui s’est accru de 968 % entre le 8 décembre 2021 et le 8 janvier 2022 en Afrique de l’Ouest.

Avec la plus grande contagiosité du variant delta, le plateau épidémique de la troisième vague avait déjà atteint des niveaux inégalés et s’était étiré sur une période plus longue que celui enregistré durant la deuxième vague (janvier-février 2021). Avec l’apparition du variant Omicron, le plateau de la quatrième vague pourrait être deux fois et demie supérieur à celui de la vague précédente.


Cas confirmés, guérisons et décès

Si les tendances actuellement observées en Afrique du Sud venaient à se confirmer, on pourrait espérer un reflux du nombre d’infections hebdomadaires tout aussi spectaculaire d’ici quelques semaines au niveau régional.

Entre février et août 2021, lors des pics respectifs des deuxième et troisième vagues, le nombre de décès imputable au Covid-19 avait presque doublé à l’échelle régionale, avec des hausses records dans des pays comme le Liberia (188% d’augmentation), la Sierra Leone (134% d’augmentation) ou dans une moindre mesure, le Sénégal (80% d’augmentation). Dès le début de cette quatrième vague, on enregistre au niveau régional, un accroissement du nombre de décès de 22% comparativement au pic de la troisième vague (août 2021).

Malgré la rareté et le manque de fiabilité des données, cette quatrième vague s’avère très préoccupante dans un contexte où les capacités hospitalières sont largement insuffisantes et où les unités de soins intensifs demeurent quasiment inexistantes, et alors même que tout le système hospitalier a été déjà sérieusement malmené depuis le début de la pandémie.

D’après une étude récente parue dans « The Lancet » (“Patient Care and clinical outcomes for patients with COVID-19 infection admitted to African high-care or intensive care units (ACCCOS): a multicentre, prospective, observational cohort study”, The Lancet, 2021, 397:1885-94), le taux de mortalité des patients critiques détectés positifs au COVID-19 est plus important dans les pays africains que ceux recensés par des études comparables partout ailleurs dans le monde.

L’étude démontre que cet excédent est directement imputable au manque d’unités de soins critiques, de lits de réanimation et aux dysfonctionnements des systèmes d’admission à l’hôpital, mais aussi à l’importance de comorbidités comme le VIH/SIDA, le diabète, les maladies des reins et du foie.


Evolution des cas confirmés

Les capacités statistiques en Afrique de l’Ouest restent également largement insuffisantes pour rapporter précisément le nombre de décès provoqués par le COVID-19.

De nombreux pays de la région ne sont en effet pas en capacité d’effectuer ce recensement à un rythme quotidien ou même hebdomadaire, en raison d’importants dysfonctionnements dans le recueil, la compilation et la centralisation des données statistiques des centres hospitaliers vers le système national d’enregistrement à l’état civil.

Ce vide statistique qui empêche l’évaluation précise de la surmortalité est d’abord imputable au fait que moins de 30% des décès sont enregistrés annuellement dans les pays africains en moyenne. Lorsqu’ils le sont, les délais d’enregistrement sont particulièrement importants. Par ailleurs, la majorité des certificats d’enregistrement à l’état civil ne mentionne pas la cause du décès et à ce titre, ne se conforme pas au système de codification en vigueur conformément à la classification internationale des maladies (CIM) permettant le codage en morbi-mortalité selon les recommandations de l’OMS.

Sans vouloir effectuer de comparaisons hasardeuses entre l’Afrique Australe et l’Afrique de l’Ouest, les analyses produites par le SAMRC (South African Medical Council) à partir du suivi hebdomadaire de la surmortalité, sont sans équivoque. En comparant le nombre de décès recensés pour chaque mois de l’année 2020 avec les statistiques mensuelles correspondantes de l’année 2019, on constate une hausse moyenne de 60% des décès.


Le dépistage apporte un éclairage sur la pandémie

Les faibles capacités de tests expliquent qu’une grande majorité des malades du COVID-19 ne sont pas inclus dans les statistiques officielles. En septembre 2021, le nombre de tests effectués en Afrique aura atteint à peine 5% de l’ensemble des tests enregistrés à l’échelle mondiale (Our world in data, 2021). Plus préoccupant encore, les capacités de test à l’échelle de la région ne représentent qu’un peu plus de 8% de l’ensemble des tests effectués au niveau continental. Le nombre de tests réalisés en Afrique a également décru de près d’un tiers (28,68%) en septembre 2021 en comparaison de ce qu’il était un an auparavant.

En janvier 2022, seuls 10% de la population régionale bénéficie d’un parcours vaccinal complet, constitué de deux doses hormis pour le vaccins Janssen (on ne prend pas ici en compte dans la notion de « parcours complet », l’addition de doses de rappel qui, de toute façon, ne sont pas envisagées pour le moment par les politiques nationales des santé). Les disparités entre pays de la région quant à la couverture vaccinale sont également prononcées, onze pays restant en deçà de 10 % lorsque le Cabo Verde atteint plus de 46%.


Comparaison régionale et par pays du % personnes complètement vaccinées

L’objectif de l’initiative COVAX visant à fournir aux pays à revenu moyen et faible 1,3 milliard de doses d'ici la fin de 2021, est loin d’être atteint lorsqu’on constate qu’en janvier 2022, seules 322 millions de doses ont été administrées sur le continent.

Les difficultés de financement et de mise en œuvre de l’accélérateur ACT sont à l’origine des retards enregistrés dans la vaccination au niveau national. Pour diversifier leurs achats, les pays ouest-africains ont développé des partenariats bilatéraux et bénéficié de dons, en provenance principalement de la Chine. Les récentes annonces américaine et européennes autour de la relance économique en Afrique pourraient bien changer la donne et permettre de faire décoller la vaccination.

Quoiqu’il en soit, les déploiements bi- et multilatéraux de vaccins se sont jusqu'à présent déroulés de manière ad hoc et n'ont pas bénéficié de stratégies de soutien suffisantes pour résoudre les problèmes liés à la faiblesse des infrastructures de transport et de santé, ainsi qu'à l'insuffisance des capacités de suivi de l’épidémie, de traçabilité des cas et de séquençage.


Évolution de la vaccination par pays

Le niveau d’acceptabilité du vaccin par la population pose lui aussi question. Elle semble aujourd’hui assez réticente à se faire vacciner, pour partie dû aux phénomènes de désinformation véhiculant des théories du complot, mais aussi parce qu’une majorité des individus ne se considèrent pas exposés à la maladie.

Pourtant, une récente étude de l’OMS basé sur des enquêtes de séroprévalence (la détection d’anticorps qui fait état d’un contact avec le virus) réalisées dans six pays africains, montre que le taux d’infection est infiniment plus important que celui comptabilisé officiellement. Selon cette étude, 42% des nigériens auraient contracté le COVID-19 quand le chiffre officiel annoncé reste infime (0,02%).

Ces nouveaux éléments viennent conforter l’idée que le degré de contagiosité du virus a été sérieusement sous-évalué et que le cap à se fixer demeure la vaccination d’au moins 70% de la population totale afin d’éviter au maximum les formes graves et les risques d’hospitalisations. Mais est-il raisonnable en l’état des connaissances scientifiques, d’envisager de le faire dans une région où les deux tiers de la population ont moins de quinze ans ?

À contrario, l’impact d’une sous-vaccination régionale et continentale continuera à se faire durablement ressentir. Avec les risques de développement de nouveaux variants dans des pays plus faiblement vaccinés, il est évident que les investisseurs et les touristes continueront à délaisser des économies africaines qui peinent déjà à se relever des confinements et des mesures de freinage que les États ont été contraints d’imposer.


Documents clés

Pour plus de documents sur le Covid-19 et son impact sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle, visitez la page dédiée du Réseau de prévention des crises alimentaires (RPCA)

 

OCDE

When a global virus confronts local realities: Coronavirus (COVID-19) in West Africa (11 mai)

Plus d'un tiers des Africains de l'Ouest n'ont pas d'installations pour se laver les mains à la maison (3 avril)

COVID-19 and Africa: Socio-economic implications and policy responses (7 mai)

Developing countries and development co-operation: What is at stake? (28 avril)

 

CEDEAO

Communiqué final : Session extraordinaire de la Conférence des chefs d’état et de gouvernement de la CEDEAO (24 avril)

ECOWAS communiqué no.2 of 6 April 2020 on the fight against the coronavirus disease (6 avril)

WAHO Providing Financial and Material Support to ECOWAS Member States to fight Covid-19 (1 avril)

Relevé de synthèse des conclusions et recommandations : Consultation régionale des Ministres en charge de l’agriculture et de l’alimentation de la CEDEAO, de la Mauritanie et du Tchad, sur les impacts du COVID-19 et des nuisibles des cultures sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle en Afrique de l’Ouest (31 mars)

ECOWAS Statement on Support to Member States against Corona Virus Disease 2019 (COVID-19) (21 mars)

 

UEMOA

Communiqué final : Session extraordinaire de la Conférence des chefs d’état et de gouvernement de l'UEMOA (27 avril)

Lutte contre la pandémie du coronavirus (COVID 19) : la Commission de l’UEMOA prend d’importantes dispositions

 

CILSS

Note d’information et de veille – Impact de la crise de COVID-19 sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle, CILSS (avril)

 

African Union

Impact of the Coronavirus (Covid-19) on the African Economy

COVID-19 & autres épidémies: réponse à court et moyen terme (AUDA-NEPAD livre blanc) (2 avril)

Communiqué of the Bureau of the Assembly of the African Union Heads of State and Government Teleconference on COVID-19 (26 mars)

African Union Joint Continental Strategy for Covid-19 Outbreak (20 mars)

 

G5 Sahel

Déclaration du G5 Sahel sur la pandémie du coronavirus (27 avril)

Communiqué du Conseil des ministres des affaires étrangères du G5 Sahel (15 avril)

 

West African Central Bank

Communiqué de la Banque Centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO)

 

G20

G20 Finance Ministers and Central Bank Governors Meeting (15 avril)

 

UN

African Finance Ministers call for coordinated COVID-19 response to mitigate adverse impact on economies and society

 

World Health Organization

African Region COVID-19 Readiness Status