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Angel Gurría, Secrétaire général de l'OCDE

Vœux de nouvelle année 2021

 

Allocution de M. Angel Gurría,

Secrétaire général, OCDE

Paris, 29 janvier 2020
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Chers Ambassadeurs, chers Secrétaires généraux adjoints, Juan, Rafal, chers Directeurs, Président de l’Association du personnel, Représentants du BIAC et TUAC, chers collègues, anciens collègues:

Comme chaque année, c’est un plaisir de m'adresser à toute la famille OCDE, pour faire le bilan de l'année passée, et accueillir celle qui vient.

Et quelle année nous avons passé. 2020 laissera une marque dans nos esprits et dans nos cœurs, comme l'une des années les plus difficiles et les plus éprouvantes de nos vies.

Retournons-nous sur janvier 2020 et sur le message adressé l’an dernier à l’ensemble du personnel ; nous n’imaginions pas alors le défi colossal qui allait secouer nos vies. Nous étions en plein déploiement de nos projets lorsque la plus grave pandémie, jamais vue depuis un siècle, est venue frapper de plein fouet nos pays et notre Organisation.

La crise a eu l’effet d’un cataclysme sur nos économies et nos sociétés. Les chiffres donnent à réfléchir. En 2020, l’économie mondiale s’est contractée de 4.2 %, certains de nos pays Membres faisant face à une récession à deux chiffres ; les chaînes de valeur mondiales se sont arrêtées ; tous les emplois créés depuis la crise de 2008 ont été anéantis ; et, fait dramatique s’il en est, la pauvreté et l’extrême pauvreté sont reparties à la hausse dans le monde, après une vingtaine d’années de progrès continu.

L’OCDE a promptement réagi à la crise. Nous avons fermé le Centre de conférences, interdit les réunions publiques, suspendu les visites extérieures, annulé les missions et les voyages. Nous avons renvoyé nos agents pour qu’ils travaillent depuis chez eux, faisant de leur santé notre priorité.

Par chance, nous n’avons pas eu à déplorer de pertes humaines parmi le personnel de l’OCDE, mais certains de nos collègues ont eu la douleur de perdre des membres de leur famille et des amis. J’aimerais que nous observions une minute de silence en leur mémoire et en la mémoire de tous ceux qui, en France et dans le monde - soit plus de 2 millions de personnes - ont été victimes de la pandémie.

Grâce à votre détermination et vos compétences, nous nous sommes adaptés pour travailler en mode « gestion de crise ». Quasiment du jour au lendemain, nous avons accompli une transformation spectaculaire, faisant de l’OCDE une organisation entièrement virtuelle. Nous avons vaincu les peurs et surmonté les complications logistiques et assuré la continuité et la pertinence renouvelée de nos travaux.

Je veux vous remercier ici pour cette mobilisation extraordinaire. Car c’est vous qui avez maintenu le navire à flot et à plein régime au milieu de la tempête ; vous qui avez dépassé les incertitudes et les difficultés pour aider nos Membres et nos partenaires. Je sais que le télétravail a été difficile pour nombre d’entre vous. Grâce à nos enquêtes internes, nous avons pu rechercher des moyens pour préserver votre bien-être.

L’OCDE a été l’une des premières organisations internationales à réagir à la pandémie et aux difficultés qu’elle soulève pour les pouvoirs publics, et a lancé à cet effet une plate-forme numérique consacrée à la lutte contre le coronavirus, qui offre un point d’accès unique aux analyses de l’OCDE sur les conséquences économiques et sociales du COVID-19. À ce jour, nous avons publié 173 notes de synthèse et 11 déclarations, couvrant quasiment tous nos domaines de réflexion. Nous avons également dispensé des avis techniques auprès de nos pays Membres dans le cadre de réunions à haut niveau.

Nous avons maintenu une activité en effervescence dans nos Comités, organes spéciaux et réseaux. L’an dernier, nous avons ainsi tenu 350 réunions de comité ; nous avons organisé près de 35 000 sessions zoom, qui ont rassemblé le nombre stupéfiant de 835 000 participants ; nous avons également lancé plus de 380 publications, parmi lesquelles 17 Études économiques.

Nous avons également organisé, sous la direction de l’Espagne, trois Tables Rondes du Conseil Ministériel pour nourrir les discussions de la très réussie Réunion du Conseil au niveau des Ministres (RCM) sur « Une reprise post-COVID-19 forte, résiliente, inclusive et durable ». Notre RCM, présidée par l'Espagne, et avec le Chili, le Japon et la Nouvelle-Zélande comme vice-présidents, a connu une participation de ministres record, et a livré la première déclaration ministérielle pleinement approuvée en quatre ans.

La Déclaration reconnaît l'importance de notre travail et demande à l'OCDE d'élaborer des politiques pour une reprise forte, résiliente, inclusive et durable. Elle prévoit également l'élaboration d'un tableau de bord d'indicateurs allant au-delà du PIB et intégrant des dimensions clés d'inclusion, de durabilité et de bien-être.

Nous avons par ailleurs inauguré le Centre de l’OCDE pour le bien-être, l'inclusion, le développement durable et l’égalité des chances (WISE) ; nous avons renforcé notre collaboration avec le G20 ; nous sommes parvenus à un accord sur notre budget pour le biennium ainsi que sur chaque dotation budgétaire et enfin, avec le soutien précieux de l’Association du personnel et de son Président, nous avons trouvé un accord sur un cadre, équitable et raisonnable, pour l’ajustement des salaires en 2021/22.

Nous avons, en outre, commémoré le 60e anniversaire de la signature de la Convention relative à l’OCDE, un événement auquel ont participé en personne le Président français M. Macron, le Président espagnol M. Sánchez, le Président du Conseil européen M. Michel et Mme Audrey Azoulay, Directrice générale de l’UNESCO. Celle-ci a été rejointe par notre ancienne collègue Gabriela Ramos, aujourd’hui Sous-Directrice générale pour les sciences sociales et humaines de l’UNESCO, qui, au fil de ses vingt années de travail acharné et créatif pour l’Organisation, a aidé à construire ce qu’est l’OCDE aujourd’hui. Plus d’une centaine d’autres dirigeants, de responsables d’organisations internationales et de parties prenantes du monde entier nous ont rejoints virtuellement pour cet événement.

Qui plus est, nous avons permis que l’OCDE continue d’avancer et de répondre aux attentes. Nous avons ainsi accueilli 35 dirigeants - soit à distance, soit en personne. J’ai prononcé 303 discours et messages en visioconférence, participé à 28 réunions avec des organisations intergouvernementales, 16 réunions avec la société civile, 6 avec des fondations et enfin, 6 autres avec le BIAC et le TUAC. Au total, j’ai assisté à plus de 600 réunions avec des dirigeants, des ministres et d’autres responsables à haut niveau et décideurs. Quelle année !

Nous sommes aujourd’hui face à une nouvelle année pleine de paradoxes, où s’entrechoquent : espoir et incertitude ; enthousiasme et lassitude ; retour de la croissance et menaces pour le bien-être d’un grand nombre ; demande inédite d’efficacité envers les pouvoirs publics et faiblesse persistante de la confiance envers nos autorités. Aussi 2021 peut-elle nous paraître imprévisible, mais nous en ferons une grande année pour le multilatéralisme et une année décisive pour l’OCDE.

En 2021, nous aiderons les pays à élaborer et améliorer leurs programmes de vaccination et à parvenir, espérons-le, à un accord international pour une mobilité sûre par-delà les frontières. Nous aiderons les pouvoirs publics à renforcer leur système de santé, mais aussi à accompagner les PME et la création d’entreprise ; à réétudier leurs politiques de l’emploi et de la protection sociale pour soutenir les plus vulnérables ; à accélérer l’autonomisation économique des femmes ; à promouvoir les qualifications et l’emploi des jeunes. Nous les aiderons également à adapter leurs politiques d’immigration et d’intégration à l’ère nouvelle du COVID-19 ; à repenser leurs politiques éducatives pour soutenir l’apprentissage des élèves durant la crise sanitaire ; à remettre à zéro les politiques du numérique pour conduire la relance et empêcher que la crise liée au COVID-19 ne creuse encore les inégalités ; à promouvoir une approche de l’intelligence artificielle centrée sur l’humain et enfin, à parvenir à un accord sur la taxation de l’économie numérique d’ici le milieu de l’année.

Nous aiderons les pouvoirs publics à améliorer leurs services, leur intégrité et leur efficience pour qu’ils regagnent la confiance des citoyens. Nous aiderons à jeter les fondements d’un nouveau contrat social et d’un nouveau modèle de progrès, intégrant la dimension économique aux dimensions sociales et environnementales. Nous aiderons, enfin, les pouvoirs publics à repenser leurs politiques de développement et à mettre en conformité leurs programmes de relance avec leurs objectifs environnementaux et leurs engagements internationaux.

Mais n’oublions pas, si notre tâche la plus urgente est d’aider les pays à lutter contre la pandémie et à planifier la relance, notre responsabilité première vis-à-vis des générations à venir est d’abord de préserver et de protéger la planète. À ce titre, nous appuierons nos Membres pour le lancement, sous la houlette de la France, d’une nouvelle initiative horizontale dénommée Programme international pour l'action face au changement climatique (IPAC), tout en poursuivant nos travaux pour lutter contre l’appauvrissement de la biodiversité et la dégradation de l’environnement.

Enfin, nous resterons ouverts au monde et travaillerons au prochain cycle d’élargissement, si longtemps retardé. Six pays attendent depuis de nombreuses années que nos Membres leur donnent le feu vert pour engager le processus d’adhésion. Nous ne pouvons plus les faire attendre. Ou alors, à nos risques et périls.

Chères et chers collègues, mes ami(e)s,

C’est la dernière fois que je vous adresse mes vœux de nouvelle année. Je saisis cette opportunité pour vous encourager à préserver et consolider les piliers qui ont donné à cette Organisation l’importance et l’utilité qu’elle revêt aujourd’hui dans le monde.

Je suis certain que le prochain Secrétaire général fera un excellent travail et conduira cette Organisation vers demain, guidé en cela par les ambassadeurs, le Conseil, les comités permanents et les comités spécialisés, auxquels je tiens à faire part de ma reconnaissance et de ma gratitude les plus sincères. Toutefois c’est vous, vous les agents de cette Organisation, qui en êtes le socle, les racines, c’est vous qui détenez la connaissance, l’expérience, l’histoire et le savoir-faire de sa transformation. Parce que vous êtes cette transformation.

Chaque jour, j’apprends quelque chose de nouveau grâce à votre travail. Chaque jour, vous imaginez des approches, pistes, analyses et solutions nouvelles. Chaque jour, je suis muet d’admiration face à ce qu’accomplit l’OCDE. Face à ce que vous accomplissez. Chaque jour, je ressens la chance que j’ai d’être à la tête de l’OCDE.

Grâce à vous, notre vision est désormais plus mondiale, plus inclusive et plus pertinente.

Grâce à vous, l’Organisation a gagné en agilité, transversalité et vision prospective.

Grâce à vous, nous figurons désormais parmi les organisations chefs de file dans l’élaboration d’un nouveau paradigme économique axé sur l’humain, le bien-être et la durabilité.

Je vous encourage à protéger cet héritage, à l’améliorer et à faire qu’il compte plus encore. Je vous invite à préserver cette capacité de réflexion critique et innovante ; à approfondir encore et à élargir ce qui constitue l’essence de cette Organisation. Je vous invite à faire encore plus pour faire connaître vos analyses les plus fondamentales en créant des liens avec les dirigeants, les ministres, les parlements, les entreprises, les organisations syndicales et la société civile, afin que les conseils que nous dispensons se muent en politiques, réformes et réalités nouvelles.

N’oubliez jamais : pour que vos réflexions et analyses aient un sens, elles doivent être converties en politiques publiques. N’oubliez jamais que nous sommes un « laboratoire d'action ». Et n’oubliez jamais, non plus, notre mot d’ordre : « Des politiques meilleures pour des vies meilleures ».

Mes chers collègues,

La pandémie a apporté avec elle la peur et la paralysie, mais elle a créé également des opportunités de renouvellement ; elle nous a enseigné l’humilité et nous a révélé nos vulnérabilités, ainsi que le pouvoir de la solidarité, du dialogue et de la coopération ; elle a mis en pleine lumière l’indivisibilité entre la nature et l’homme ; surtout, elle a prouvé que bien des choses que nous tenions pour acquises - nos modes de travail, de production, de consommation, de voyage, de financement, d’enseignement - doivent être réinventées, réformées, améliorées. Comme l’écrivit un jour Pablo Neruda : « Il est des blessures qui, au lieu de nous ouvrir la peau, nous ouvrent les yeux ».

Faisons alors de 2021 l’année d’un nouveau départ sur de meilleures bases, l’année qui permettra de relier l’économique à l’humain, la productivité à l’inclusivité, l’innovation à la nature.

Prenez soin de vous et de ceux qui vous sont chers durant cette année 2021 que je vous souhaite plus heureuse et plus radieuse !

 

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