Lancement à haut niveau du rapport Dynamiques du développement en Afrique 2021, 19 janvier 2021

 

Allocution de M. Angel Gurría,

Secrétaire général, OCDE

Paris, 19 janvier 2021

Cher Commissaire, Mesdames et Messieurs les Ministres, chers amis,

J’ai l’honneur de dévoiler l'édition 2021 du rapport Dynamiques du développement en Afrique. Fruit d’un effort conjoint entre la Commission de l’Union africaine et le Centre de développement de l’OCDE, il est consacré, cette année, à un sujet crucial : la transformation numérique pour des emplois de qualité.

Ce rapport, le troisième de cette collection, est publié à un moment critique. En effet, le COVID 19 s’est abattu sur un monde déjà aux prises avec des déséquilibres majeurs, une croissance atone et des systèmes de protection sociale déficients. La crise a eu des effets dévastateurs. D’après les estimations de nos Perspectives économiques les plus récentes, l’économie mondiale s’est contractée de 4.2 % en 2020.

L’Afrique a enregistré une contraction légèrement moindre, qui avoisine les 3 %. Il n’en demeure pas moins qu’il s’agit de la pire performance du continent depuis l’an 2000. Le PIB a diminué dans 41 pays africains, alors que c’était le cas de seulement 11 pays lorsque la crise financière mondiale a frappé le continent en 2009.

Malgré ces défis considérables, la crise du COVID 19 a également mis au jour de nouvelles opportunités et de nouvelles capacités pour la transformation numérique de l’Afrique. L’agilité numérique des acteurs privés et publics en Afrique a été manifeste durant cette période.

Par exemple, les ministères de l’Éducation dans plus de 27 pays africains ont mis en place des plateformes d’apprentissage à distance pour les élèves concernés par les fermetures d’établissements scolaires. Au Rwanda, les transferts d’argent par téléphone mobile entre particuliers ont quadruplé durant le premier mois de confinement. Et la Commission de l’Union africaine déploie plus de 15 initiatives visant à accélérer la transformation numérique de l’Afrique, avec l’appui de la Zone de libre-échange continentale africaine.

Le sujet de ce rapport – la transformation numérique et la qualité de l’emploi – est donc de la plus grande actualité.

Si ces exemples montrent bien à quel point des entrepreneurs africains à l’aise avec les technologies numériques savent concevoir des réponses pour satisfaire les nouveaux besoins du continent, il faut faire davantage pour exploiter pleinement le potentiel de transformation numérique du continent.

Ce rapport met en lumière deux grandes priorités.

Premièrement, la nécessité de tirer le meilleur parti des technologies numériques afin de générer la création de très nombreux emplois. On estime que chaque année jusqu’en 2030, 29 millions de jeunes africains atteindront l’âge de travailler. En outre, si l’on compte 77 millions d’Africains âgés de 15 à 29 ans diplômés du deuxième cycle du secondaire et de l’enseignement supérieur en 2020, ils seront 165 millions en 2040. Toutefois, aujourd’hui, les sociétés de télécom dans 43 pays d’Afrique n’emploient que 270 000 salariés à temps plein.

Les politiques publiques doivent apporter des solutions numériques aux secteurs traditionnels de l’économie, qu’il s’agisse de l’agriculture, de l’éducation, de la santé, du commerce ou de la finance. L’instauration d’un environnement propice à la création d’emplois directs mais aussi indirects dans le secteur numérique nécessitera d’adopter des stratégies de développement robustes ainsi que tout un éventail de politiques publiques. Il s’agira notamment de garantir un accès équitable aux technologies numériques et leur utilisation ; de préparer la main d'œuvre africaine à l’ère numérique et d’aider les petites et moyennes entreprises à adopter les technologies numériques.

Deuxièmement, la nécessité de renforcer la coopération internationale pour faire de la transformation numérique une source d’inclusion, ce qui exigera l’engagement de l’ensemble des parties prenantes, publiques comme privées, ainsi que des partenaires sur le continent. La réforme du système fiscal international est une des questions urgentes à laquelle il conviendra de s’atteler. Il faudra pour cela relever les défis fiscaux posés par la numérisation de l'économie, rétablir la stabilité du cadre fiscal international et éviter le risque que d’autres mesures fiscales unilatérales non coordonnées soient adoptées.

La crise du COVID-19 a exacerbé encore davantage ces défis en accélérant la numérisation de l’économie, en exerçant des pressions accrues sur les finances publiques et en réduisant la tolérance du public à l’égard d’entreprises multinationales rentables qui ne paient pas leur juste part d’impôts.

Les 137 membres du Cadre inclusif G20/OCDE sur le BEPS (érosion de la base d’imposition et transfert de bénéfices) – dont de nombreux pays africains – ont établi un socle sûr et solide pour la conclusion d’un futur accord, à laquelle nous espérons parvenir prochainement.

Il est aujourd’hui essentiel que les gouvernements des pays africains continuent à participer à cet exercice et donnent forme à une nouvelle architecture fiscale mondiale qui aide le continent à atteindre ses objectifs de développement durable. Soyez assurés que l’OCDE continuera à faciliter la coopération en matière fiscale, notamment dans le cadre de l’« Initiative Afrique » du Forum mondial sur la transparence et l’échange de renseignements à des fins fiscales.

Mesdames, Messieurs,

Avec des politiques meilleures, la transformation numérique pourra être le moteur d’une reprise plus innovante, inclusive et durable. L’OCDE se tient prête à approfondir le dialogue sur cette transformation dans les différents domaines évoqués dans le rapport.

La Commission de l’Union Africaine et l’OCDE (par l’intermédiaire de son Centre de développement) ont à cœur d'œuvrer ensemble pour faire de la transformation numérique un vecteur de progrès humain et contribuer à la réalisation des objectifs de l’Agenda 2063 de l’Union africaine.

Je vous remercie.

 

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