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Angel Gurría, Secrétaire général de l'OCDE

Résultats de l’enquête-test PISA 2018 : France

 

Remarks by Angel Gurría

OECD Secretary-General

3 December 2019 - Paris, France

(As prepared for delivery)

 


Monsieur le Ministre, Représentants des médias, Mesdames, Messieurs:


Je suis heureux d’être avec vous aujourd’hui pour présenter une partie des résultats de l’enquête-test PISA 2018 pour la France. Comme vous le savez, PISA est la référence principale de comparaison des performances de systèmes scolaires du monde entier. Cette étude évalue, tous les 3 ans, les compétences d’élèves de 15 ans en sciences, en mathématiques et en lecture, ainsi que le bien-être des élèves et l’équité des systèmes éducatifs.

 

Quels sont les résultats du PISA pour la France en 2018?

Tout d’abord, soulignons que la France occupe dans le PISA une place honorable. En 2018 comme en 2015, la France obtient un score légèrement au-dessus de la moyenne de l’OCDE dans les trois domaines principaux que sont la compréhension de l’écrit, les mathématiques et les sciences.


Cependant, malgré des bases solides et des forces indéniables, le système scolaire français présente encore des faiblesses structurelles. La France est l’un des pays les plus inégalitaires de la zone OCDE quant aux résultats PISA 2018. En 2015, la France était l’un des pays où le poids de l’origine pèse davantage qu’ailleurs sur la performance – et c’est toujours le cas en 2018. Plusieurs chiffres du classement PISA l’attestent. Les élèves français de milieux socio-économiques défavorisés sont cinq fois plus nombreux que ceux de milieux favorisés à ne pas atteindre le niveau minimal de lecture. C’est l’un des scores les plus élevés des pays de l’OCDE. Les enfants issus de l’immigration sont également lourdement touchés par les inégalités.


Agir pour réduire les inégalités est urgent. Le handicap du milieu social dans lequel chacun grandit n’impacte pas uniquement les résultats scolaires. Il influe également sur les aspirations professionnelles des élèves, ou encore sur leur envie de poursuivre des études supérieures. Même après avoir obtenu des résultats élevés au PISA, près de 20% des élèves français issus des milieux défavorisés ne conçoivent pas poursuivre des études supérieures. Cette situation est alarmante ! Elle doit tous nous interpeler. Nous avons besoin, aujourd’hui plus que jamais, de tous les talents pour pouvoir répondre pleinement aux enjeux des transformations de l’économie, comme nous le soulignons dans la campagne de l’OCDE sur L'Avenir du Travail. Il faut que le système éducatif français donne à ses jeunes les clés d’un avenir professionnel solide et réussi.


Les résultats de PISA soulignent l’urgence de réduire la fracture scolaire en France. Aujourd’hui, l’enjeu principal est bel et bien celui de la capacité du système scolaire français à faire progresser les plus fragiles, les plus isolés. Non seulement pour des raisons d’équité sociale, mais aussi dans le but de développer des compétences nécessaires à la prospérité de demain.


Monsieur le Ministre, je sais que vous avez engagé de nombreuses réformes en ce sens depuis le début du quinquennat, , comme le dédoublement des classes de CP et CE1 dans les écoles défavorisés dont les premiers signes semblent encourageants, même si il nous est impossible d’en mesurer immédiatement l’efficacité dans PISA. Néanmoins, il me semble important de profiter de votre présence pour rappeler les principaux axes de réforme portés par l’OCDE qui peuvent aider à rendre le système éducatif français plus égalitaire, et ainsi en augmenter la performance :


En premier lieu, il est vital de soutenir les élèves et les établissements défavorisés, notamment en allouant les ressources là où elles sont les plus nécessaires. Il est aussi essentiel de renforcer le volet pédagogique de la formation des enseignants, avec un accès à une formation continue répondant à leurs besoins spécifiques. Enfin, il est impératif de lutter contre l'échec scolaire dès le plus jeune âge, en soutenant les élèves et leur permettant de se projeter véritablement dans l’avenir. Dans un avenir où le choix s’avère possible, dans un avenir choisi.
Ces axes de réformes sont essentiels à la réussite éducative. Ce sont les principaux ingrédients que l'on retrouve dans les pays performants au PISA 2018, comme au Canada, en Corée, en Estonie ou encore en Finlande. Même s’il n’existe pas de chemin unique vers l’excellence, la France ne peut que gagner à s’inspirer de ces exemples. Car avec la mondialisation, l’éducation des générations requerra aussi une plus grande coopération.


Je voudrais aussi m’attarder un peu plus sur les représentants de la formation enseignante. Les enseignants en France devraient être mieux préparés aux défis qui les attendent. La France est l’un des pays de l’OCDE où les élèves se sentent le moins soutenu par leurs enseignants. C’est très préoccupant. De même, la France est l’un des pays de l’OCDE où les élèves se plaignent le plus du temps perdu en classe, du fait de problème de disciplines.


Comme l’a montré le TALIS, si les enseignants français ont un niveau de formation de très haut niveau dans leurs matières respectives, la formation laisse peu de place aux autres aspects professionnels – notamment à la gestion de classe et au suivi individualisé des élèves. En France, ce sont les élèves d’écoles défavorisées qui bénéficient le moins des enseignants les plus qualifiés et les plus expérimentés – alors qu’ils sont ceux qui en ont le plus besoin. Ce déséquilibre ne peut être que néfaste sur le long terme.


Monsieur le Ministre, agir sur les inégalités ne nivelle pas le système par le bas comme on peut souvent l'entendre. Au contraire, c’est l’une des clés de construction d’une société inclusive, indispensable pour répondre aux défis de demain. Aujourd’hui l’enjeu est de repenser les systèmes éducatifs du 21eme siècle. Il faut développer une nouvelle vision pour l’apprentissage, et toutes les questions qui le conditionnent. C’est tout l’enjeu du forum sur l’éducation que l’OCDE organise et qui permet aux leaders du monde entier d’échanger sur leur vision de l’éducation du futur.


Monsieur le Ministre, Représentants des médias, Mesdames, Messieurs:


J’espère que vous trouverez dans ce Forum l’inspiration pour répondre aux enjeux auxquels l’école française doit faire face.


L’éducation de nos jeunes est notre meilleure arme pour relever les défis de demain. Alors, assurons-nous, ensemble, de l’utiliser à bon escient. Pour l’avenir de la France, pour l'avenir du monde, et pour l'avenir de chacun de ses jeunes, qu'importe d'où ils viennent.

 

 

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