65e réunion de la Commission de la condition de la femme : Œuvrer en faveur de l’autonomisation pour toutes les générations - Garantir l’autonomisation économique et les droits des femmes, 17 mars 2021

 

Allocution de M. Angel Gurría,

Secrétaire général de l’OCDE

Paris, 17 mars 2021

Mesdames et Messieurs les ministres, chers participants

C’est un honneur pour moi de prendre part à vos côtés à cette rencontre importante, qui marque le 65e anniversaire de la Commission de la condition de la femme. Je souhaiterais remercier les gouvernements de la Suède et de la Corée, ainsi que la Banque mondiale, d’avoir co-organisé la manifestation d’aujourd’hui.

Au cours des douze derniers mois, la pandémie de COVID-19 a mis en lumière les inégalités femmes-hommes inhérentes à la quasi-totalité des systèmes dans toutes les régions du monde : services sociaux, soins de santé, emploi, rémunération, encadrement, part du travail non rémunéré et finances. Les femmes continuent de supporter une grande part du fardeau associé au COVID-19. Elles sont touchées de manière disproportionnée par la crise, souvent en raison de l’impossibilité de faire entendre leur voix, d’un manque de sécurité - tant physique qu’économique - ou encore d’obstacles socioculturels profondément ancrés.

D'après les prévisions figurant dans nos dernières Perspectives économiques intermédiaires, le PIB mondial devrait rebondir pour s’établir à 5.6 % en 2021 et 4.0 % en 2022, mais les perspectives à court terme et les effets durables de la crise restent incertains. Pire encore, la pandémie pourrait déclencher une crise secondaire, touchant la santé physique et mentale. À titre d’exemple, CARE International [notre partenaire de la société civile pour le Forum Génération égalité] a constaté que les femmes étaient trois fois plus nombreuses que les hommes à avoir fait état des effets du COVID-19 sur leur santé mentale.

Une reprise incertaine et inégale pourrait en outre amplifier la crise du marché du travail. Au quatrième trimestre 2020, le taux de chômage dans la zone OCDE s’établissait à 7.4 % pour les femmes, comparé à 6.8 % pour les hommes. Aujourd’hui, la rémunération des femmes, tous pays de l’OCDE confondus, est inférieure de 13 % à celle des hommes. Il en résulte que bon nombre de femmes quittent ou envisagent de quitter complètement le marché du travail ; il leur est en effet tout simplement devenu impossible de jongler entre leur travail et des responsabilités familiales plus lourdes.

Plus tôt cette semaine, à l’occasion de la réunion à Groupe de stratégie globale (GSG), nous avons discuté avec les ministres des moyens que nous pouvons mettre en œuvre pour aider les économies à rebondir et les sociétés à repartir de l’avant. À l’avenir, il nous faut abandonner une démarche en ordre dispersé au profit d’une approche plus systémique de l'égalité des sexes. Voici brièvement quelques voies possibles pour atteindre ces objectifs.

Premièrement, il est essentiel d’envisager toutes les réponses à la crise du COVID-19 et tous les efforts en faveur de la reprise sous l’angle de l’égalité femmes-hommes. Selon les Nations-Unies, en élargissant les perspectives économiques offertes aux femmes et en soutenant l’économie familiale, on pourrait accroître le PIB mondial de 13 000 milliards USD d’ici à 2030, ce qui confirme que l’égalité des sexes des sexes et la croissance sont indissociables.

Deuxièmement, au sortir de la pandémie, nous devons également nous attaquer aux difficultés structurelles, préexistantes ou nouvelles, pour redynamiser la croissance économique et faire en sorte qu’elle soit résiliente, durable et inclusive. Cela exige de placer les femmes au cœur de la transformation numérique afin de permettre à des millions de personnes de libérer leur potentiel au service de l'économie de demain. Cela faciliterait aussi la relocalisation des ressources productives et stimulerait la productivité.

Troisièmement, il est également temps de reconnaître les femmes et les filles comme des moteurs essentiels des mouvements pour le climat et des vecteurs d’innovation dans ce domaine. Il est important de les soutenir en facilitant la transition vers l’emploi, l'intégration de la question de l'égalité des sexes et de la problématique environnementale dans la budgétisation, et le développement des obligations vertes et autres instruments de financement. Le débat d’aujourd’hui a marqué un pas important dans cette direction.

Je voudrais conclure en soulignant que la crise du COVID-19 est aussi venue nous rappeler avec force que la question de l’égalité des sexes ne concerne pas seulement les femmes. Les normes sociales produisent des stéréotypes qui cantonnent les femmes et les hommes dans certains rôles prédéterminés. L’OCDE a constaté que les représentations masculines réductrices avaient des répercussions négatives sur le bien-être et la participation économique des femmes. Ces normes masculines toxiques doivent être transformées en dynamiques positives à même de permettre aux femmes 0de gagner en autonomie.

Nous avons mis en évidence vaste panoplie de mesures que nous pouvons mettre en œuvre pour faciliter un tel changement, y compris la promotion d’un meilleur équilibre vie professionnelle-vie privée afin de reconnaître, de réduire et de redistribuer le travail familial et domestique non rémunéré. Toutefois, la réalisation de progrès dans ce domaine n’est possible que si les pouvoirs publics, les parties prenantes, la société, les familles et les hommes unissent leurs forces.

Chers amis,

Alors que nous nous efforçons de surmonter la crise et de rebâtir un monde meilleur, l’occasion nous est offerte de promouvoir l’autonomisation des femmes. L’OCDE continuera de suivre les progrès accomplis par les pays pour réduire les inégalités entre les sexes, et de promouvoir les droits des femmes dans le monde entier.

Ensemble, nous pouvons façonner un avenir inclusif pour nos enfants et pour les générations futures. Nous nous réjouissons à l’OCDE d’être à vos côtés dans cette mission importante. Vous pouvez compter sur nous. Je vous remercie de votre attention.

 

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