Table ronde à haut niveau de l’OCDE consacrée à la Recommandation du CAD sur l’élimination de l’exploitation sexuelle, des atteintes sexuelles et du harcèlement sexuel, 2 février 2021

 

Allocution de M. Angel Gurría,

Secrétaire général, OCDE

Paris, 2 février 2021

Je suis heureux de vous accueillir à la table ronde à haut niveau consacrée à la Recommandation du CAD sur l’élimination de l’exploitation sexuelle, des atteintes sexuelles et du harcèlement sexuel.

En 2020, le monde a été le témoin de ce qui arrive lorsque les risques deviennent réalité. Les cas confirmés de COVID-19 au niveau mondial ont dépassé les 100 millions, faisant plus de 2 millions de morts. Alors que le bilan humain s’alourdit et que les coûts économiques augmentent, cette pandémie a mis au jour les faiblesses de nos économies et de nos sociétés. Les dernières prévisions économiques de l’OCDE soulignent que le PIB mondial ne retrouvera pas son niveau antérieur à la crise avant la fin de l’année. Selon l’OIT, l'équivalent de 255 millions d’emplois à temps plein ont été perdus dans le monde en 2020.

L’un des enjeux les plus importants révélés par la crise du COVID-19 est le rôle crucial des femmes qui se trouvent en première ligne de la lutte contre le virus. Aujourd’hui, les femmes représentent la majorité de nos travailleurs essentiels - à la maison, à l’hôpital, dans les centres de soins, dans nos communautés et à l'école.

Pourtant, les femmes ont payé un tribut disproportionné à la crise, tant sur le plan économique que social. Nous avons tous assisté à la propagation d’une épidémie parallèle, celle des violences sexistes, allant de la violence domestique et en ligne à l’augmentation de l’exploitation sexuelle et des atteintes sexuelles, y compris le mariage des enfants.

Avant même que la pandémie n’éclate, une femme sur trois avait été victime de violences physiques ou sexuelles au moins une fois dans sa vie. Aujourd’hui, de nouvelles données et enquêtes montrent que toutes les formes de violence à l'égard des femmes et des filles se sont intensifiées.

On peut citer, entre autres, la multiplication des viols au Nigéria et en Afrique du Sud, l’augmentation du nombre de femmes portées disparues au Pérou, les taux élevés de féminicides au Brésil et au Mexique, et une montée en flèche du nombre d'appels sur les lignes d'assistance téléphonique en Europe.

Les récentes accusations de sévices systématiques sur le terrain rappellent de façon abrupte que l’exploitation sexuelle, les atteintes sexuelles et le harcèlement sexuels sont aussi un problème systémique au sein de la communauté internationale. De la même façon que la riposte à l’épidémie d’Ebola a mis en lumière le risque pour les employées et les bénéficiaires d’être victimes d’abus sexuels, la pandémie de COVID-19 risque d'aggraver le déséquilibre du rapport de forces.

À l'avenir, il ne suffira pas de tirer les leçons du passé. Nous devons axer nos efforts sur le renforcement de la coordination à l'échelon national et international afin de mieux protéger toutes les femmes et les jeunes filles.

Aussi, il est impératif que davantage de pays et d’institutions unissent leurs forces pour adopter et appliquer la Recommandation du CAD sur l’élimination de l’exploitation sexuelle, des atteintes sexuelles et du harcèlement sexuel. Il s’agit de la première norme internationale de cette nature qui s'applique aux organismes d’aide nationaux, et à la communauté internationale en général, dans le cadre d’activités de collaboration avec la société civile, les œuvres caritatives et d’autres organismes mettant en œuvre des programmes à l’appui du développement ou fournissant une aide humanitaire.

Depuis son adoption, les gouvernements et les institutions ont accompli des progrès notables. Par exemple, depuis l’adoption de la Recommandation, plus de la moitié des pays membres du CAD ont mis à jour leurs politiques, règles de déontologie ou codes de conduite en la matière. Beaucoup d’entre eux ont également investi dans le renforcement des capacités et ont amélioré leurs procédures.

Néanmoins, il reste encore un long chemin à parcourir pour protéger les victimes et les survivantes et, surtout, se rendre mutuellement des comptes afin de prévenir les abus sexuels et de préserver les femmes.

Le rôle de la coopération pour le développement reste essentiel dans ce domaine. Par le passé, la coopération pour le développement a aidé à surmonter des crises internationales ; et nous savons qu’elle peut grandement contribuer à « reconstruire en mieux » après la pandémie de COVID-19.

En 2019, les membres du CAD ont versé 152.8 milliards USD au titre de l'aide publique au développement (APD). De leur côté, les donneurs doivent s'assurer que les maigres ressources allouées à l’ODA ne soient pas détournées de leur usage le plus efficace. Nous devons intensifier l'aide ciblée en faveur de l'égalité hommes-femmes, qui en tant qu’objectif principal ne reçoit actuellement que 4 % de l'aide bilatérale.

L’OCDE continuera d'accroître son soutien en faveur des initiatives pangouvernementales et d’une plus large implication de l’ensemble des acteurs, en vue de promouvoir les réformes nécessaires et de mettre en œuvre la Recommandation du CAD. Par exemple, nous devons nous inspirer de l’exemple des membres qui ont une longueur d'avance en la matière afin de renforcer nos capacités - de fait, l'apprentissage mutuel constitue le point fort de cette Recommandation.

À l'avenir, l’OCDE publiera une boîte à outils sur la réforme des politiques et lancera le processus officiel de suivi de cette Recommandation.

Chers amis,

L’exploitation et les abus trouvent dans le déséquilibre des pouvoirs un terreau fertile. Nous ne pouvons pas rester silencieux. Ensemble, nous pouvons bâtir des systèmes plus solides et plus cohérents pour mettre fin au harcèlement, à l’exploitation et aux atteintes sexuelles. Vous pouvez compter sur nous. Nous comptons sur vous.

Je vous remercie.

 

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