Ouverture du Forum 2020 sur la croissance verte et le développement durable, 24 novembre 2020

 

Allocution d’ouverture de M. Angel Gurría,

Secrétaire général de l’OCDE

Retranscription du message vidéo
OCDE, Paris, France, 19 novembre 2020

Bonjour à tous,

C’est avec un immense plaisir que j’ouvre le Forum 2020 sur la Croissance verte et le développement durable, axé autour du thème : « Protéger le capital naturel : Résilience, gestion des risques et COVID-19 ».

Au vu des conséquences de la pandémie sur nos sociétés, mais aussi sur ce qu’elle dit de l’état de notre écosystème, ce forum est aussi opportun qu’il est crucial.

Le capital naturel – et notamment la biodiversité dont dépendent nos sociétés – est crucial pour de nombreuses activités économiques et moyens de subsistance, qu’il s’agisse d’agriculture, de foresterie ou de pêche, ou encore de production de médicaments ou de tourisme.

Les services écosystémiques comme la pollinisation des cultures, l’épuration de l’eau, la protection contre les inondations et la séquestration du carbone, représentent une valeur annuelle de 140 000 milliards USD, soit environ une fois et demie le PIB mondial. Mais la protection du capital naturel n’est pas seulement essentielle à la sauvegarde de nos économies ; elle est aussi déterminante dans la prévention de futures pandémies.

Nous connaissons ces faits, éléments d’observation à l’appui. Pourtant, les stocks de capital naturel continuent de se dégrader. Un quart des espèces animales et végétales sont menacées d’extinction. S’agissant des sols, la déforestation se poursuit : plus de 70 % des terres émergées sont dégradés. Les ressources naturelles maritimes sont de plus en plus touchées par la surexploitation, la pollution et les effets du changement climatique.

Nous ne pouvons passer outre. La biodiversité doit impérativement entrer en ligne de compte dans les plans de lutte contre le COVID-19 et de relance que mettent en place les pays. L’objectif au cœur de notre action est de reconstruire sur de meilleures bases.

Il ressort des analyses de l’OCDE que, s’il existe des exemples intéressants de mesures de relance verte, on recense aussi d’autres mesures neutres, voire qui nuisent à la biodiversité. Certains pays sont même revenus sur certaines prescriptions de la réglementation environnementale ou sont venus en aide à des entreprises ayant une forte empreinte sur la biodiversité sans assortir cette aide de conditions relatives à l’environnement. D’autres ont introduit des subventions pouvant porter préjudice à la biodiversité.

La perte de biodiversité et le changement climatique sont des défis de même ampleur, revêtant le même caractère d’urgence. Ils sont fondamentalement interdépendants. Il est indispensable de porter remède aux deux simultanément.

Des solutions fondées sur la nature, comme la protection et la restauration des forêts, peuvent faciliter l’atténuation du changement climatique et l’adaptation à ses effets, en réduisant le risque de glissements de terrain et d’inondation, et en agissant comme des puits de carbone. Les milieux humides régulent l’écoulement des eaux et évitent les inondations côtières, tout en réduisant les dommages découlant des ondes de tempête et en limitant l’érosion.

Permettez-moi de souligner deux priorités pour préserver notre capital naturel :

Premièrement, nous devons intégrer systématiquement des considérations relatives à la nature dans nos incitations économiques et nos cadres de réglementation. Ainsi, la planification intégrée de l’utilisation des sols et de l’aménagement des espaces marins peut contribuer à prévenir la perte de biodiversité en limitant la conversion des zones riches en biodiversité, et à atténuer l’incidence négative des activités productives.

En outre, nous devons veiller à ce que la croissance du secteur agroalimentaire soit tournée vers la préservation du capital naturel et la résilience. À cet égard, il serait extrêmement utile de réorienter les subventions agricoles préjudiciables à l’environnement – telles que celles qui soutiennent les activités d’élevage intensif – pour qu’elles deviennent des versements ciblés qui favorisent la préservation des ressources naturelles et de l’environnement.

En outre, l’amélioration des politiques concernant le suivi et la gestion durable des pêches permettrait d’obtenir des écosystèmes marins présentant une qualité et une durabilité meilleures. Cela permettrait d’accroître la productivité de la pêche tout en luttant contre la pêche illégale et les pratiques de pêche non durables.

Deuxièmement, les décisions d’investissement et de financement devraient mieux prendre en compte les considérations relatives au capital naturel. Certains pays créent des cadres pour identifier les investissements « verts » et « durables », mais nous avons besoin de critères et de définitions cohérents.

Les travaux de l’OCDE portant sur l’élaboration de définitions et de taxonomies relatives au financement durable ont mis en lumière des similarités entre les différents systèmes nationaux, soulignant qu’elles pourraient fournir une base pour un cadre mondial commun.

Le Guide OCDE-FAO pour des filières agricoles responsables aide les entreprises dans le secteur de l’agro-alimentaire et les investisseurs à remédier aux risques que les chaînes d’approvisionnement agricoles mondiales font peser sur les populations et sur la planète. Il aide à intégrer les questions de biodiversité dans les décisions des entreprises.

Nos travaux sur la qualité des IDE visent à maximiser les répercussions de l’IDE sur le développement durable, y compris l’empreinte carbone des entreprises, à travers les mesures pour l’atténuation des changements climatiques et l’accès aux sources d’énergie durable.

Chers amis,

Le monde est aux prises avec la crise sociale, sanitaire et économique la plus grave depuis la Seconde Guerre mondiale. Tandis que nous gérons la crise et que nous jetons les bases d’une reprise résiliente, verte et inclusive, nous devons prendre des mesures immédiates pour empêcher que le capital naturel ne se dégrade davantage !

La COP 15 (la Convention sur la diversité biologique) en Chine sera un rendez-vous crucial pour s’engager dans ce sens. Ne laissons pas passer cette occasion unique de définir des moyens concrets de transformer notre relation à la nature, pour le meilleur.

Je vous remercie.

 

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