Tous les pays de l’OCDE ont réagi promptement à la pandémie du COVID‑19 en prenant des mesures pour limiter les déplacements internationaux. Toutefois, la mesure dans laquelle les pays ont fermé leurs frontières et interrompu leurs services d’immigration a varié ces trois derniers mois. De nombreux pays ont également mis en place des exemptions pour certaines catégories précises d’immigrés dans les secteurs essentiels et ont pris des mesures provisoires pour ceux qui ne peuvent pas quitter le territoire en raison de la pandémie. À l’avenir, la crise sanitaire aura des répercussions sur la gestion des migrations en raison des dossiers en suspens, des nouvelles conditions en matière de santé et de l’évolution des besoins de compétences. Elle pourrait aussi avoir des effets négatifs durables sur l’intégration socioéconomique des immigrés. La présente synthèse porte sur cinq questions principales : les restrictions globales des déplacements ; les exemptions aux interdictions de voyager - notamment pour les travailleurs exerçant dans des secteurs clés ; les mesures préférentielles visant à faciliter le séjour et l’accès aux soins de santé ; les perturbations des services d’immigration ; les effets à plus long terme de la crise sanitaire sur la gestion des migrations et les enseignements tirés.

Face à la pandémie du COVID‑19, la toute première mesure qui a été prise a consisté en la fermeture des frontières nationales et en l’application d’interdictions d’entrée à l’échelle mondiale. Au 1er mai 2020, la quasi-totalité des pays1 de l’OCDE ont mis en place des restrictions à l’admission des étrangers, même si presque tous continuent d’accepter leurs ressortissants de retour de l’étranger - quoique ces retours soient souvent soumis à une période de quarantaine obligatoire. La plupart des pays de l’OCDE acceptent également le retour des résidents permanents légaux, ainsi que celui de leurs conjoints et des membres de la famille immédiate (voir Annexe A). Quelques pays, toutefois, étendent même ces restrictions à ces dernières catégories de personnes, comme la Colombie, le Japon (les circonstances exceptionnelles seront prises en compte/à l’exception des résidents permanents spéciaux) et la Hongrie (pour les résidents permanents non ressortissants de l’UE)2. Le Canada, tout en restreignant l’entrée des personnes non membres de la famille, a toutefois récemment élargi sa définition de la famille immédiate pour inclure les parents et les beaux‑parents (jusqu’au 30 juin).

Au moins deux pays de l’OCDE (le Japon et la Corée) ont décidé de suspendre la validité des visas déjà délivrés, tandis qu’un certain nombre de pays de l’OCDE autorisent toujours les titulaires de visas en cours de validité ou de permis de séjour de courte durée (c’est-à-dire pas seulement les résidents permanents) à entrer ou revenir sur leur territoire. Il s’agit notamment de la Belgique, du Canada, du Chili, de l’Espagne, des États-Unis, de la France, de la Grèce, de l’Irlande, des Pays-Bas, du Portugal, de la République tchèque et du Royaume-Uni. La Pologne accepte tous les permis de travail en cours de validité, y compris pour les travailleurs saisonniers. Israël et l’Italie continuent d’accepter les voyages d’affaires.

Dans la plupart des pays de l’OCDE, des interdictions de voyager ont été mises en place pour empêcher l’importation de nouveaux cas de #COVID-19   

Le 16 mars 2020, la Commission européenne a adopté une Communication au Parlement européen, au Conseil européen et au Conseil (COM(2020)115), demandant la restriction temporaire des déplacements non essentiels vers l'UE dans le contexte du COVID‑19 pour une période initiale de 30 jours. La recommandation a ensuite été prorogée jusqu’au 15 juin 2020. La Commission a ensuite élaboré des orientations concernant la mise en œuvre de cette restriction, la facilitation du régime de transit pour le rapatriement des citoyens de l'UE et les effets sur la politique des visas.

La plupart des pays de l’OCDE, à l’exception notable de la Suède, de la Suisse (pour les individus asymptomatiques), du Mexique et du Royaume-Uni (jusqu’au 8 juin), ont imposé des mesures de quarantaine aux personnes arrivant de l’étranger, du moins en provenance des pays les plus touchés. La République tchèque a exigé la présentation d’un certificat médical pour éviter la mise en quarantaine. Dans la plupart des cas, la quarantaine dure 2 semaines, mais elle est limitée à 7 jours en Slovénie et à 10 jours en Norvège ou en Suisse (pour les personnes présentant des symptômes). Début mai, un certain nombre de pays européens - dont la Belgique, l’Espagne, la France et l’Italie - restaient soumis à des mesures strictes de confinement pour l’ensemble de la population résidente, ainsi que pour toutes les personnes admises de l’étranger. À la mi-juin, de nombreux pays en Europe commenceront à assouplir l’obligation de quarantaine pour certains pays (essentiellement voisins), avec une suppression progressive pour tous les voyageurs internationaux.

Pour les voyages en direction de l’Europe (conformément à la communication du Conseil du mois de mars) et d’autres pays de l’OCDE, des dérogations sont en vigueur pour les personnels de santé (voir ci-dessous) et d’autres travailleurs essentiels, comme les responsables du transport de marchandises. Il existe également des exceptions pour les titulaires de permis de séjour et les membres de leur famille, les personnes voyageant pour des raisons familiales impératives, comme des funérailles ou la fourniture d'une aide d’urgence. D’autres catégories, comme les diplomates, le personnel des organisations internationales, les travailleurs humanitaires, les transporteurs de fret ou les passagers en transit, ne sont généralement pas soumis à des restrictions, même si ces derniers sont parfois tenus de présenter un certificat médical.

En raison du rôle que jouent les #immigrés dans les secteurs clés, de nombreuses exemptions ont été appliquées, notamment dans les domaines de la santé, de l’agriculture et des transports   

La situation des travailleurs transfrontaliers est plus complexe et varie d’un pays à l’autre. Le nombre de points d’entrée peut être restreint (Allemagne, Hongrie, Italie, République tchèque, par exemple) ou les déplacements limités aux travailleurs transfrontaliers essentiels (par exemple entre le Mexique, les États-Unis et le Canada ; ou aux Pays-Bas avec les pays voisins, par exemple) ou aux titulaires d’un contrat permanent (Finlande). Dans certains cas, les restrictions imposées par les pays voisins limitent les déplacements (Argentine et Pérou pour le Chili, Pologne pour l’Allemagne, par exemple). Dans de rares cas, des certificats médicaux sont exigés (par exemple en Lituanie). En Europe, la Commission européenne a exprimé quelques inquiétudes quant aux restrictions des déplacements transfrontaliers et a élaboré des orientations relatives à l’exercice de la libre circulation des travailleurs pendant l’épidémie du COVID-19, lesquelles concernent les travailleurs transfrontaliers, les saisonniers et les détachements de courte durée au sein de l’UE.

Un certain nombre de pays ont pris des mesures spéciales pour les travailleurs agricoles saisonniers. Dans la plupart des cas, ces mesures permettent aux titulaires d’un permis de travail assorti de conditions limitatives - droits restreints ou durée limitée - de rester dans leur pays d’accueil pour travailler. C’est notamment le cas des participants au programme des travailleurs saisonniers et au programme de travail du Pacifique en Australie, et des saisonniers agricoles en Grèce, en Israël (jusqu’à fin mai), ainsi qu’en Italie, en Norvège, dans la République tchèque et aux États-Unis. Dans certains pays, des mesures essentiellement administratives ont été prises pour permettre aux employeurs de retarder le recrutement ou d’offrir une durée de contrat plus longue (Canada, Belgique, par exemple). Dans quelques pays, des autorisations de travail ont été délivrées à certaines catégories d’immigrés qui n’avaient auparavant pas le droit de travailler, notamment dans l’agriculture. C’est le cas, par exemple, en Belgique pour les demandeurs d’asile pendant les quatre premiers mois suivant le dépôt de leur demande (ils peuvent travailler aussi dans d’autres secteurs), en Espagne pour les 18-21 ans sans permis de travail, et en Irlande pour les étudiants internationaux. En Autriche, les étrangers qui résident déjà dans le pays mais qui ne sont pas titulaires d'un permis de travail approprié ont le droit, sous certaines conditions, de déposer une demande de visa pour exercer une activité saisonnière ou de récolte. En Grèce, une procédure accélérée exceptionnelle, en vigueur jusqu’au 30 juin 2020, permet aux employeurs d’embaucher, sous certaines conditions, des ressortissants de pays tiers en situation irrégulière qui résident déjà dans le pays, afin de répondre aux besoins urgents de main-d’œuvre dans l’agriculture. En Allemagne, après une suspension initiale, l’entrée de travailleurs saisonniers étrangers a de nouveau été autorisée en avril et en mai pour 80 000 personnes au total - principalement des ressortissants roumains et bulgares. De même, le 1er mai 2020, la Grèce a de nouveau autorisé les travailleurs saisonniers originaires de pays non membres de l’UE, comme l’Albanie, à entrer sur son territoire, sous réserve que la demande de l’employeur soit présentée avant le 30 juin 2020. En l’absence de vols commerciaux, des vols charter en provenance de ces pays ont été organisés ; cela vaut également pour les travailleurs agricoles saisonniers se rendant au Royaume-Uni. La République tchèque a rétabli l’admission des travailleurs saisonniers le 11 mai 2020.

Un certain nombre de pays ont également pris des mesures pour mobiliser les personnels de santé issus de l’immigration. Bien que cette catégorie soit généralement exemptée de l’interdiction d’entrée et que le traitement accéléré des visas de travail pour cette catégorie ait été mis en place, quelques pays ou administrations infranationales ont décidé3 :

  1. (i) de faciliter les autorisations temporaires d’exercer pour les médecins diplômés à l’étranger (par exemple, Ontario et Colombie-Britannique au Canada, New Jersey aux États-Unis et Italie) ;

  2. (ii) de faciliter le recrutement dans les services de santé nationaux (Chili et Espagne, par exemple) ;

  3. (iii) de revoir les conditions à la baisse pour ce qui est de la formation supérieure requise pour exercer (New York, Massachusetts et Utah aux États-Unis) ;

  4. (iv) d’accélérer le traitement des demandes courantes de reconnaissance des qualifications étrangères des professionnels de santé (Allemagne, Belgique, Espagne, Irlande, Luxembourg, par exemple) ;

  5. (v) de permettre aux personnels de santé formés à l’étranger d’exercer des activités non médicales dans le secteur de la santé (par exemple en France).

Le Royaume-Uni a décidé que les médecins et les personnels infirmiers et paramédicaux titulaires d’un visa devant expirer avant le 1er octobre 2020 verront automatiquement leur séjour prolonger d’un an.

Comme les services d’immigration sont fermés dans de nombreux pays de l’OCDE et que les déplacements sont restreints, il s’est avéré difficile pour les immigrés de renouveler leur visa, de demander un changement de statut ou simplement de quitter le pays. Dans ces circonstances, un certain nombre de pays de l’OCDE ont proposé à certaines catégories d’immigrés de bénéficier de mesures d’aide générale ou de rester sur leur territoire. Il s’agit notamment, sous des conditions variables, de l’Allemagne, du Chili, du Danemark, de l’Espagne, de l’Estonie, de la France, de la Grèce, de la Hongrie, de l’Irlande, d’Israël, de l’Italie, de la Lituanie, du Luxembourg, du Portugal, de la République tchèque et du Royaume-Uni. D’autres pays continuent d’exiger des demandes formelles, mais la possibilité de rester est généralement proposée, notamment aux individus qui ne peuvent pas rentrer chez eux (Corée, Finlande, Nouvelle-Zélande, Suède), et des prolongations exceptionnelles de visa sont accordées à certaines catégories de titulaires de visa.

Un seul pays de l’OCDE, l’Italie, est en train de mettre en œuvre un programme de régularisation, potentiellement à grande échelle, dans le contexte de la pandémie du COVID‑19. Les demandes pour l’une des catégories suivantes devront être déposées entre le 1er juin et le 15 juillet : i) un permis de séjour temporaire de 6‑mois pour les étrangers dont le permis a expiré après le 31 octobre 2019, s'ils prouvent qu'ils se trouvaient en Italie le 3 mars 2020 et qu'ils ont déjà travaillé dans les secteurs mentionnés dans le décret ; (ii) un nouveau contrat de travail ou la régularisation de leur emploi illégal actuel dans les secteurs mentionnés dans le décret, s'ils prouvent qu'ils étaient présents sur le territoire avant le 3 mars 2020, avec une redevance de 500 EUR.

Des mesures préférentielles temporaires ont dû être prises pour les #immigrés dans la plupart des pays pendant la pandémie   

Les restrictions à l’emploi ont été assouplies dans certains cas pour faire face aux changements induits par la pandémie. Parmi les concessions spécialement accordées aux titulaires de visas temporaires figurent la suppression du nombre maximum d’heures de travail que les étudiants sont autorisés à effectuer (Australie, Belgique, Canada, Irlande) ou la possibilité de télétravailler (Autriche, Belgique, Danemark). En Allemagne, un prêt à taux zéro de 650 EUR versé chaque mois aux étudiants universitaires jusqu’en mars 2021 est également accessible aux étudiants internationaux. Quelques pays ont également assoupli les règles en vigueur pour changer d’employeur, réduire le nombre d’heures travaillées ou travailler pour un salaire réduit si les modifications des conditions d’emploi sont liées au COVID (par exemple, Australie, Autriche, Canada, République tchèque, Royaume-Uni). Aux États-Unis, les services de citoyenneté et d'immigration (USCIS) ont modifié provisoirement les mesures qui s’appliquent aux diplômés étrangers de médecine titulaires d'un visa H‑1B pour ce qui concerne l’obligation d’exercer à temps plein et la fourniture de services de télémédecine.

Enfin, conformément aux orientations de l’OMS sur la prévention et la lutte contre la maladie du coronavirus chez les réfugiés et les immigrés, toutes les catégories d’immigrés ont accès, dans la plupart des pays de l’OCDE, à une prise en charge de la COVID‑19. Certains pays comme la France ou la Belgique proposaient déjà un accès universel gratuit aux soins de santé. D’autres, comme le Portugal, ont provisoirement régularisé tous les immigrés en situation irrégulière afin de leur garantir le plein accès à la santé. Dans la plupart des pays de l’OCDE, la prise en charge médicale ne peut être refusée à quiconque, mais les traitements sont parfois payants.

Pour la plupart des pays de l’OCDE, la fermeture des services consulaires partout dans le monde a conduit à une suspension de facto de la délivrance de nouveaux visas et permis à l’étranger. Cependant, environ la moitié des pays de l’OCDE continuent de traiter les demandes de visa ou de permis à l’étranger, notamment pour l’obtention de permis de séjour permanents/de longue durée ou les renouvellements, tandis que d’autres ne traitent qu’exceptionnellement les demandes. Les États-Unis ont décidé à la fin du mois d’avril de suspendre, jusqu’à la fin juin, le traitement des demandes d’immigration en attente, et d’examiner d’ici la fin du mois de mai les conditions de délivrance de nouveaux visas « non-immigrant ».

Même dans les pays qui continuent de traiter les demandes de visa, les bureaux d’immigration sont fermés ou fonctionnent avec un accès restreint au public, ce qui entraîne des retards. Les réunions et les entretiens en personne, les rendez-vous de prélèvement des données biométriques et les examens médicaux sont suspendus de façon générale. Toutefois, dans quelques pays, les demandes peuvent désormais être soumises en ligne ou par voie postale. Le Canada a décidé qu'aucune demande en cours ne serait classée ou refusée au motif de documents manquants en raison du COVID‑19. Un seul pays, le Chili, s’est récemment orienté vers une délivrance des visas 100 % numérique (c’est déjà le cas en Australie, par exemple), ce qui favorise la continuité des services.

Bien que le nombre de demandeurs d’asile nécessitant une protection internationale reste élevé, le nombre de franchissements illégaux des frontières de l’OCDE a diminué. En Europe, selon Frontex, il y a eu 4 650 entrées illégales en mars, contre 6 200 en février, avec une baisse beaucoup plus marquée en Méditerranée centrale. De même, aux États-Unis, les arrestations et les refus d’entrée à la frontière au sud-ouest du pays ont diminué entre février et mars (passant de 36 500 à 33 900) et ont fortement baissé par rapport à l'année précédente (76 500 et 103 700, respectivement). Selon l'administration américaine, ces chiffres qui n'ont jamais été aussi bas sont le signe de l'efficacité de leur politique.

En théorie, les demandes d’asile continuent d’être traitées dans la plupart des pays de l’OCDE. La Commission européenne a publié des orientations relatives à la mise en œuvre des dispositions pertinentes de l’UE régissant les procédures d’asile et de retour et à la réinstallation, qui visent à assurer autant que possible la continuité des procédures tout en garantissant pleinement la protection de la santé et des droits fondamentaux des individus.

Toutefois, la plupart des pays de l’OCDE ont reporté les entretiens individuels et ne traitent que les demandes en suspens. Certains pays étudient d’autres moyens de procéder à des entretiens à distance par visioconférence (Belgique, Norvège, Pays-Bas, Royaume-Uni, Suède, par exemple), tandis que d’autres autorisent le dépôt de demandes de protection internationale et/ou exécutent l’examen préliminaire de recevabilité par courrier postal, en ligne ou par courrier électronique (Allemagne, Canada, par exemple). Un certain nombre de pays de l’UE ne traitent que les dossiers prioritaires, comme les familles. Le Canada et les États-Unis ont également annoncé des mesures temporaires et réciproques dans le cadre desquelles ils renverront chez eux les individus qui tentent de déposer une demande d’asile entre les points d’entrée officiels le long de la frontière terrestre, et aux points d’entrée aériens ou maritimes (avec certaines exemptions).

Le HCR a élaboré un guide contenant des recommandations pratiques et des bonnes pratiques pour répondre aux préoccupations en matière de protection dans le contexte de la pandémie du COVID‑19. Deux situations sont examinées : (i) la poursuite des procédures d’asile avec des adaptations pour empêcher la transmission du COVID‑19 et l’adaptation des procédures (par exemple, la décision de l’Autriche et de la Suisse que la non-présentation ou la non-coopération en raison du COVID-19 n’a aucune conséquence pour les demandeurs d’asile) ; ou (ii) la suspension des procédures d’asile avec gestion des dossiers en souffrance et la formulation des décisions en vue de préparer la reprise (Pays-Bas, par exemple). Le HCR encourage et soutient le transfert depuis les centres d'accueil et d'identification vers des logements individuels, notamment pour les plus vulnérables (en Grèce, par exemple).

Compte tenu de l’évolution de la situation liée au COVID‑19, plusieurs pays de l’OCDE ont également libéré des personnes placées dans des centres de rétention et évité les nouveaux placements, y compris les nouvelles arrivées, dans des établissements fermés. C’est le cas, par exemple, en Autriche, en Belgique, en Espagne, au Luxembourg, au Royaume-Uni et en Suède.

En outre, en raison des restrictions de déplacement, la plupart des pays ont également suspendu les réinstallations. Le HCR et l'OIM ont temporairement arrêté les opérations de réinstallation, et les programmes nationaux de réinstallation ont été suspendus au Canada, en Nouvelle-Zélande et dans tous les pays de l'UE. Les voyages de réinstallation de réfugiés vers les États-Unis ont également été suspendus de façon générale, à de très rares exceptions près pour les personnes en situation d’urgence. Les missions sur place et les entretiens menés par les autorités ont été interrompus. Pour donner une idée de l'ampleur des perturbations, l'OIM a annulé plus de 800 réinstallations concernant 9 000 personnes en mars et en avril, tandis que moins de 15 opérations (concernant une centaine d'individus) ont eu lieu. Néanmoins, cela n’a pas empêché la réinstallation de mineurs non accompagnés (MNA) depuis les Iles grecques. Plusieurs États membres de l’UE et la Suisse se sont engagés à transférer 1 600 MNA depuis la Grèce dans le cadre d’un programme de réinstallation organisé par la CE et les autorités grecques, avec le soutien du HCR, de l’OIM et du Bureau européen d’appui en matière d’asile (EASO). Les 60 premiers MNA sont arrivés au Luxembourg et en Allemagne à la mi-avril. La Suisse accepte également les demandes de MNA en Grèce qui ont des liens avec de la famille élargie en Suisse, et une vingtaine de mineurs sont ainsi arrivés en Suisse à la mi-mai.

La crise a également eu des conséquences pour les retours forcés. Si plusieurs pays ont signalé un intérêt accru et une hausse des demandes pour les programmes de retour volontaire, dans la situation actuelle, les pays de l’OCDE rencontrent des difficultés pratiques pour organiser les retours vers les pays d’origine, notamment en raison de la disponibilité réduite de personnel et de vols commerciaux, mais aussi de la fermeture des frontières ou des mesures restrictives à l’entrée mises en place par les pays d’origine. En Europe, les retours forcés sont très limités à partir de tous les pays, même si la plupart des États membres de l’UE n’ont pas formellement cessé ces opérations. Les États-Unis continuent d’effectuer des vols d’expulsion, notamment vers les pays du Triangle du Nord (Guatemala, Honduras et El Salvador), mais à voilure réduite. Sur la première quinzaine d’avril, l’agence américaine ICE (US Immigration and Customs Enforcement) a procédé à environ 3 000 reconduites à la frontière, contre 18 000 au mois de mars. Certains pays d’origine demandent notamment que les individus de retour soient soumis à des tests de dépistage du COVID‑19 pour contribuer à contenir la propagation du virus.

Un certain nombre de facteurs donnent à penser que les sorties progressives du confinement qui sont observées dans la plupart des pays touchés ne déboucheront pas sur un retour rapide à la normale en termes de gestion migratoire :

  • Les services consulaires à l’étranger pourraient rester inaccessibles pendant un certain temps.

  • Le traitement des demandes de visa pourrait prendre du retard pour la plupart des catégories d’immigration.

  • Cela pourrait aussi être le cas des demandes d'asile en raison de la circulation limitée des personnes et de la suspension des opérations pendant la pandémie.

  • Les autorisations de travail en attente risquent de ne plus être valides en raison de l’évolution de la situation du marché du travail - soit parce que l’employeur n’a plus besoin du travailleur, soit parce qu’un marché du travail moins tendu après la pandémie entraîne davantage de restrictions pour le recrutement à l’étranger.

  • Il se peut en outre que les étudiants n’aient pas été en mesure d’achever leurs études durant la période prévue par leur visa.

  • Les immigrés, quel que soit leur statut (visiteur temporaire, étudiant ou travailleur), peuvent avoir été dans l’incapacité de quitter le pays et avoir dépassé la durée légale de leur visa, ce qui ne leur donne pas le droit à une extension de visa.

  • Ceux qui ont bénéficié d’une prolongation temporaire de leur visa en lien avec la pandémie peuvent se trouver dans une situation incertaine à la fin du confinement, avec peu de perspectives de retour.

  • Les immigrés potentiels hautement qualifiés risquent de revoir leurs ambitions et d’annuler ou de retarder leur projet migratoire. De même, les entreprises peuvent être moins enclines à parrainer des transferts intra-entreprise et des placements internationaux.

  • Les opérations de retour devraient rester compliquées en raison des restrictions dans les pays d’origine pendant de nombreux mois encore.

  • La reprise des opérations de réinstallation dépendrait elle aussi de divers facteurs, notamment les restrictions aux frontières, la disponibilité des vols, les capacités des bureaux d’immigration et les partenaires internationaux. Cette situation est préoccupante eu égard à la plus grande vulnérabilité des réfugiés si les opérations restent suspendues ou retardées pendant longtemps.

  • Enfin, les perturbations des services d’installation, ainsi que leur adaptation à diverses structures virtuelles et en direct avec distanciation physique, peuvent avoir des effets négatifs à long terme sur les perspectives d’intégration des immigrés arrivés récemment.

En outre, les immigrés risquent d’être très durement touchés par les conséquences économiques directes et indirectes des fermetures d’entreprises liées au COVID‑19, car ils sont plus susceptibles de détenir des contrats temporaires et d’être concentrés dans des secteurs plus sensibles aux fluctuations du cycle économique (construction, services de détail) ou exposés de façon disproportionnée aux fermetures (hôtellerie, services domestiques). Il se peut en outre que les immigrés soient eux-mêmes touchés de façon disproportionnée par la COVID/des problèmes de santé parce qu’ils sont plus nombreux à travailler dans des secteurs très exposés au COVID, ou qu’ils ne sont pas en mesure de maintenir une distance physique suffisante : services essentiels dans les épiceries, les services de nettoyage, les soins de santé et les soins de longue durée à domicile, la transformation des aliments, etc. En revanche, la situation des immigrés travaillant dans le secteur médical et des soins pourrait s’améliorer, vu que le COVID‑19 a mis l’accent sur les pénuries de main-d’œuvre dans ce secteur dans certains pays et que plusieurs pays ont facilité ou accéléré la reconnaissance des professionnels de santé étrangers. Cela étant, pour de nombreux résidents issus de l’immigration, la crise pourrait être lourde de conséquences.

  • De nombreux immigrés risquent de rencontrer des difficultés pour rester en conformité avec les conditions de leur permis de séjour en raison de la pandémie. Certains pourraient désormais prétendre à l’aide sociale. Ils ont peut-être perdu un emploi dont dépendait leur résidence, ou dû changer d’employeur ou de secteur d’activité.

  • Ils peuvent aussi rencontrer davantage de difficultés pour satisfaire aux critères du regroupement familial et pour remplir les conditions en vue de leur naturalisation ou même du renouvellement de leur permis.

  • Les immigrés en situation régulière risquent d’avoir besoin d’un soutien économique et social accru, en particulier s’ils n’ont pas accès aux mesures générales envisagées pour venir en aide aux travailleurs et aux familles les plus vulnérables.

  • Il se peut que les immigrés présentent des vulnérabilités préexistantes en raison de compétences linguistiques plus limitées, d’une culture moins avancée du numérique, d’un statut socioéconomique plus faible, d’un traumatisme antérieur et d’un état de santé mentale latent, d’un logement inadapté et d’un moindre capital social. La pandémie et ses effets sur la société et l’économie pourraient exacerber ces vulnérabilités, notamment l’exposition à des tensions accrues à la maison et à la précarité financière, ce qui peut accroître le risque d’abus ou de violence, en particulier en lien avec le sexe.

  • Les envois de fonds des travailleurs expatriés pourraient s’en trouver fortement réduits.

Comment le COVID-19 risque-t-il de modifier fondamentalement les migrations dans leur ensemble ?   

À moyen terme, il ne sera pas facile de relever ces défis et il faudra anticiper et adapter rapidement les besoins et les politiques. La coordination entre les pays de l’OCDE sera également importante pour éviter que des décisions prises dans un pays n’aient des conséquences inattendues pour d’autres. À l’avenir, la crise du COVID‑19 aura sans doute aussi des répercussions durables sur la gestion des migrations et les politiques d’intégration - à la fois positives ou négatives.

Premièrement, un certain nombre de questions pourraient se poser quant aux moyens d’assurer une gestion sûre et efficace des migrations. Cela pourrait être le cas, par exemple, pour répondre aux besoins de main-d'œuvre saisonnière et à court terme, pour exécuter des programmes visant à attirer des talents étrangers, y compris des étudiants internationaux, ou pour tenir les promesses, engagements et obligations en matière de migrations humanitaires, notamment par le biais de la réinstallation et de la relocalisation. Dans le cas des étudiants internationaux, par exemple, la pandémie risque d’avoir des effets durables sur le comportement des étudiants et le choix de l’établissement ou du pays, notamment si les universités passent à des cours principalement en ligne. De même, avec des ressources moindres et des possibilités plus limitées de financer les études par le travail, le choix des études internationales à coût élevé pourrait devenir moins attrayant.

Dans ce contexte, il est important d’élargir la réflexion et de se poser la question de savoir comment le COVID‑19 risque de modifier fondamentalement les migrations dans leur ensemble. Dans un contexte de récession économique majeure et de difficultés croissantes à préserver la cohésion sociale, non seulement la nécessité de recruter à l’international pourrait diminuer, mais les mesures en faveur de politiques migratoires proactives pourraient aussi pâtir de la situation. En outre, la situation est amenée à évoluer pour l’embauche de travailleurs hautement qualifiés et les entreprises eu égard à la mobilité et aux déplacements internationaux, avec des effets sur les voyages d’affaires, les transferts intra-entreprise, ou les études internationales et les échanges culturels.

Deuxièmement, l’expérience des crises économiques passées laisse penser qu’il y aura des effets négatifs disproportionnés et durables sur l’intégration des immigrés et de leurs enfants, à moins que des mesures de soutien appropriées ne soient en vigueur.

Troisièmement, les effets à long terme pourraient aussi influencer l’intention d’émigrer à partir de pays moins développés en raison de l’impact du ralentissement économique mondial et de la réduction des envois de fonds, ce qui accroît encore la pression migratoire attendue et nourrit l’inquiétude dans l’opinion publique des pays d’accueil. Ce phénomène pourrait même être renforcé par le fait que certains autres pays de destination (non membres de l’OCDE) des migrations de travail, comme dans la région du Golfe, ont été durement touchés par le choc économique parallèle de la récession économique et les faibles prix du pétrole.

Enfin, il devrait être possible de simplifier les demandes numériques de visas et de mieux utiliser les technologies dans la gestion des migrations et de l’intégration plus généralement. Par exemple, le développement de cours linguistiques et civiques en ligne dans les programmes d’intégration pendant la crise du COVID pourrait offrir de nouvelles possibilités. Ces nouvelles évolutions doivent toutefois être considérées comme des ressources supplémentaires plutôt que comme des substituts des programmes d’intégration ordinaires, en particulier pour les immigrés les plus vulnérables, les personnes illettrées ou celles qui ont un accès limité à internet. De même, quelques pays ont eu recours à des réunions virtuelles pour les demandes de citoyenneté ou d’asile, mais il convient de veiller à l’équité et à l’efficience de ces procédures numériques.

Dans ce contexte, l’OCDE continuera d’aider les pays Membres à suivre les tendances émergentes, à échanger des informations et à recenser les bonnes pratiques en matière de gestion des migrations et d’intégration afin d’éclairer la formulation et la mise en œuvre des politiques au niveau national.

Contact

Stefano SCARPETTA (✉ stefano.scarpetta@oecd.org)

Jean-Christophe DUMONT (✉ jean-christophe.dumont@oecd.org)

Notes

← 1. Deux exceptions notables sont le Mexique et l’Irlande.

← 2. Des informations détaillées sur les restrictions de déplacement sont compilées par l'Association internationale du transport aérien à l'adresse https://www.iatatravelcentre.com/international-travel-document-news/1580226297.htm.

← 3. Le Secrétariat de l’OCDE a compilé des informations sur les nouvelles mesures prises dans certains États des États-Unis à partir d’informations librement accessibles.

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