13 mai 2020

La disponibilité d’un nombre suffisant de professionnels de santé qualifiés et motivés est essentielle au fonctionnement de tout système de santé, et la pandémie actuelle de COVID-19 en est une nouvelle illustration. En plus d’attirer l’attention sur l’importance du rôle et du dévouement des professionnels de santé sur le terrain, la crise du COVID-19 met également en évidence le problème profondément ancré des pénuries de personnels ainsi que la contribution indéniable des médecins et infirmiers migrants aux personnels de santé dans de nombreux pays de l’OCDE.

Pendant la pandémie de #COVID‑19, de nombreux pays de l’OCDE ont reconnu l’importance du rôle des #personnels de santé migrants et adopté des mesures afin de faciliter leur arrivée et la reconnaissance de leurs qualifications   

Alors que le nombre de diplômés des écoles de médecine et d’infirmier a largement augmenté dans la majorité des pays de l’OCDE au cours des vingt dernières années, les pourcentages de médecins et d’infirmiers formés à l’étranger ou nés à l’étranger ont également poursuivi leur augmentation (OCDE, 2019[1]). Par conséquent, sur l’ensemble des pays de l’OCDE, près d’un quart de tous les médecins sont nés à l’étranger et près d’un sur cinq est formé à l’étranger. Parmi les infirmiers, près de 16 % sont nés à l’étranger et plus de 7 % sont formés à l’étranger (Tableau 1).

La part des médecins formés à l’étranger va de moins de 3 % dans certains pays de l’OCDE, à près de 40 % en Irlande, en Norvège ou en Nouvelle-Zélande, et atteint près de 60 % en Israël. Toutefois, ces médecins formés à l’étranger ne sont pas tous étrangers. Dans certains des principaux pays de destination (par ex. Israël et la Norvège), un grand nombre d’entre eux (plus de la moitié dans le cas de la Norvège) sont des individus nés dans le pays et partis étudier à l’étranger avant de rentrer dans leur pays (OCDE, 2019[2]). Dans la majeure partie des pays de l’OCDE, la part des infirmiers formés à l’étranger est inférieure à 5 % mais, en Australie, en Nouvelle-Zélande et en Suisse, cette proportion atteint entre 20 et 25 %.

En ce qui concerne les médecins nés à l’étranger, leur proportion varie de moins de 2 % en République slovaque à plus de 50 % en Australie et au Luxembourg. Quant à la proportion d’infirmiers nés à l’étranger, elle est non significative statistiquement en République tchèque et en République slovaque, mais supérieure à 30 % en Australie, en Israël et en Suisse. Dans presque tous les pays de l’OCDE, le nombre de médecins et d’infirmiers nés à l’étranger est supérieur au nombre de ceux qui ont été formés à l’étranger, ce qui indique que les pays de destination offrent une formation aux migrants qui sont arrivés jeunes ou dans le but de poursuivre leurs études. De plus, la migration des médecins et des infirmiers s’inscrit dans un contexte de tendances migratoires plus importantes, notamment sur fond d’une hausse de la migration générale des personnels qualifiés. En effet, la proportion de migrants au sein de la population globale de l’OCDE diplômée de l’enseignement supérieur (15+) avoisine les 20 %, en moyenne, une donnée comparable aux 24 % de médecins nés à l’étranger (d’Aiglepierre et al., 2020[3]).

Au cours de la pandémie de COVID-19, de nombreux pays de l’OCDE qui s’appuyaient déjà sur des professionnels de santé migrants ont reconnu une fois de plus l’importance de leur rôle et ont adopté des mesures afin de faciliter leur entrée sur le territoire et la reconnaissance de leurs qualifications professionnelles.

Des migrants prennent soin de nous – 16 % des infirmiers de l’OCDE sont nés à l’étranger   

En ce qui concerne les pays d’origine, près d’un tiers des médecins et des infirmiers nés à l’étranger ou formés à l’étranger qui travaillent dans les pays de l’OCDE est originaire de la zone OCDE et un autre tiers est issu de pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure qui n’appartiennent pas à l’OCDE. 30 % des médecins et infirmiers migrants viennent de pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure et entre 3 % et 6 %, de pays à faible revenu. Les 20 premiers pays d’origine rassemblent des pays non membres de l’OCDE ainsi que des pays de l’OCDE et de l’UE, et tous les niveaux de revenu sont représentés (Graphique 1).

La hausse de la mobilité internationale et l’émergence de pénuries de personnels de santé dans de nombreux pays de l’OCDE et à travers le monde ont suscité des inquiétudes au sujet de l’interdépendance des pays dans la gestion des ressources humaines de la santé. Alors que les pays de l’OCDE s’efforcent de répondre à leurs propres besoins, des pénuries risquent en effet d’être exportées à d’autres pays de la zone OCDE et au-delà, exerçant une forte pression sur les pays les plus pauvres de la planète (OCDE, 2007[4] ; OCDE, 2008[5] ; OCDE, 2015[6] ; OCDE, 2016[7]).

Le taux d’émigration, qui correspond au nombre de médecins et d’infirmiers nés ou formés dans un pays donné mais travaillant à l’étranger par rapport au nombre total de médecins et d’infirmiers originaires dudit pays, donne une idée de l’étendue du phénomène. Généralement, dans les pays d’origine les plus grands, la migration vers des pays (autres) de l’OCDE reste modérée mais, dans certains pays plus petits, dont le système de santé est parfois relativement faible, l’émigration peut être élevée (Graphique 2 et Graphique 3).

Parmi les trois principaux pays d’origine des médecins migrants exerçant dans les pays de l’OCDE, les taux d’émigration des médecins formés dans le pays ou natifs sont bas (Inde) ou très bas (Chine), mais pas en Roumanie où le taux d’émigration avoisine un tiers de l’ensemble des médecins natifs et formés dans le pays. Les taux d’émigration compris entre un tiers et un demi, pour les médecins nés ou formés dans le pays, concernent 20 pays sur les 188 pays d’origine, essentiellement en Afrique et en Amérique latine, mais aussi en Europe (par ex. à Malte et en Albanie), au Moyen-Orient et dans le Pacifique occidental. Des taux d’émigration inférieurs et néanmoins importants compris entre 20 % et 30 % pour les médecins formés dans le pays concernent plusieurs pays d’Europe tels que l’Irlande, l’Islande, la République slovaque et l’Estonie (Graphique 2).

Pour 10 autres pays d’origine – encore une fois en Afrique et en Amérique latine – le taux d’émigration des médecins natifs dépasse 50 %, ce qui signifie que les médecins nés dans ces pays sont plus nombreux à exercer dans la zone OCDE que dans leur pays d’origine. Pour un certain nombre de pays des Caraïbes (Antigua et Barbuda, Dominique, Grenade, Sainte-Lucie, ainsi que Saint-Kitts-et-Nevis, tous exclus du graphique 2), le taux d’émigration des médecins formés dans le pays atteint entre 80 et 99 %. Mais ces quatre pays représentent des pôles de formation médicale internationaux reconnus qui forment essentiellement des étudiants étrangers venus des États-Unis et du Canada qui paient des frais de scolarité. Malgré la faible population de ces pays, la taille de leurs écoles de médecine rivalise avec celle des plus grandes écoles de médecine des États-Unis et va parfois jusqu’à la dépasser.

Pour la plupart des pays d’origine, le taux d’émigration des infirmiers formés dans le pays ou natifs est généralement bien inférieur à celui des médecins (Graphique 3). Parmi les trois principaux pays d’origine, le taux d’émigration est très faible en Inde mais plus important en Pologne et aux Philippines, en particulier pour les personnels infirmiers natifs. Pour certains pays d’origine, en revanche, le taux d’émigration des infirmiers formés à l’étranger peut être sous-estimé à cause d’un manque de données dans les grands pays de destination tels que les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Allemagne. Parmi les autres principaux pays d’origine des infirmiers migrants, la Jamaïque présente le taux d’émigration le plus important pour les infirmiers natifs et le deuxième plus important pour les infirmiers formés dans le pays.

Pour 20 pays sur 188 – principalement en Afrique et en Amérique latine, le taux d’émigration des infirmiers natifs dépasse les 50 %. Parmi ces pays, la Guyane se démarque puisqu’elle affiche également le taux d’émigration le plus élevé (28 %) pour les infirmiers formés dans le pays. Dix autres pays d’origine présentent des taux d’émigration des infirmiers natifs qui varient entre un tiers et un demi, en Afrique, en Amérique latine, dans le Pacifique occidental et en Europe (Albanie).

Toutefois, la faible densité de médecins et d’infirmiers dans de nombreux pays à faible revenu indique que la crise mondiale qui touche les personnels de santé s’étend bien au-delà de la question migratoire. Les migrations internationales n’en sont pas la raison principale et leur diminution ne permettrait pas de résoudre la crise mondiale des ressources humaines de la santé, cependant, elles accentuent les problèmes dans certains pays.

Même si le recrutement international de personnels de santé étrangers a permis de répondre rapidement aux pénuries de compétences dans certains pays au cours de la crise du COVID-19, il ne peut s’agir d’une solution efficace et équitable. Tout d’abord, cela ne résout pas les déséquilibres plus structurels entre l’offre et la demande de personnels de santé. De plus, compte tenu de l’étendue mondiale de la pandémie, cela prive les pays qui envoient leurs personnels, souvent caractérisés par des systèmes de santé fragiles, de professionnels de santé indispensables en situation d’épidémie majeure. Il est nécessaire de proposer une réponse collective afin de répondre durablement à la pénurie mondiale de personnels de santé à nouveau mise à jour par la pandémie de COVID-19.

Références

[3] d’Aiglepierre, R. et al. (2020), « A global profile of emigrants to OECD countries: Younger and more skilled migrants from more diverse countries », Documents de travail de l’OCDE sur les affaires sociales, l’emploi et les migrations, n° 239, Éditions OCDE, Paris, https://dx.doi.org/10.1787/0cb305d3-en.

[10] OCDE (2020), « Beyond containment: Health systems responses to COVID-19 in the OECD », OECD Policy Responses to Coronavirus (Covid-19), Éditions OCDE, Paris, http://www.oecd.org/coronavirus/policy-responses/beyond-containment-health-systems-responses-to-covid-19-in-the-oecd-6ab740c0/.

[9] OCDE (2020), « Flattening the COVID-19 peak: Containment and mitigation policies », OECD Policy Responses to Coronavirus (Covid-19), Éditions OCDE, Paris, http://www.oecd.org/coronavirus/policy-responses/flattening-the-covid-19-peak-containment-and-mitigation-policies-e96a4226/.

[8] OCDE (2020), « Testing for COVID-19: A way to lift confinement restrictions », OECD Policy Responses to Coronavirus (Covid-19), Éditions OCDE, Paris, http://www.oecd.org/coronavirus/policy-responses/testing-for-covid-19-a-way-to-lift-confinement-restrictions-89756248/.

[1] OCDE (2019), « Recent trends in international mobility of doctors and nurses », dans Recent Trends in International Migration of Doctors, Nurses and Medical Students, Éditions OCDE, Paris, https://dx.doi.org/10.1787/5ee49d97-en.

[2] OCDE (2019), « Recent trends in internationalisation of medical education », dans Recent Trends in International Migration of Doctors, Nurses and Medical Students, Éditions OCDE, Paris, https://dx.doi.org/10.1787/b74c678d-en.

[7] OCDE (2016), « Trends and policies affecting the international migration of doctors and nurses to OECD countries », dans Health Workforce Policies in OECD Countries : Right Jobs, Right Skills, Right Places, Éditions OCDE, Paris, https://dx.doi.org/10.1787/9789264239517-7-en.

[6] OCDE (2015), « Nouvelles tendances des migrations internationales de médecins et d’infirmiers vers les pays de l’OCDE », dans Perspectives des migrations internationales 2015, Éditions OCDE, Paris, https://dx.doi.org/10.1787/migr_outlook-2015-6-fr.

[5] OCDE (2008), Les personnels de santé dans les pays de l’OCDE : Comment répondre à la crise imminente ?, Études de l’OCDE sur les politiques de santé, Éditions OCDE, Paris, https://dx.doi.org/10.1787/9789264050792-fr.

[4] OCDE (2007), Perspectives des migrations internationales 2007, Éditions OCDE, Paris, https://dx.doi.org/10.1787/migr_outlook-2007-fr.

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