Pourquoi les décideurs politiques devraient s’intéresser de plus près à la motivation des élèves ?

 

Pourquoi les décideurs politiques devraient s’intéresser de plus près à la motivation des élèves ?

 

Et qu’est-ce que ça va m’apporter ? Les réponses positives à cette question récurrente (et souvent triviale) peuvent en réalité faire une différence fondamentale dans la manière dont les élèves abordent l’apprentissage. Comme l’explique ce nouveau numéro de la série PISA à la loupe, les élèves faisant preuve d’une forte motivation à l’égard de l’apprentissage des mathématiques car ils pensent que cela leur sera utile par la suite obtiennent de meilleurs résultats dans cette matière – dans une mesure équivalant à une demi-année de scolarité – que les élèves dont la motivation est moindre.

 

La plupart des élèves reconnaissent l’importance de l’apprentissage des mathématiques pour la poursuite de leurs études ou pour leur future carrière professionnelle. Ainsi, les élèves se disent d’accord ou tout à fait d’accord avec les affirmations ci-après dans les proportions suivantes : cela vaut la peine de faire des efforts en mathématiques car cela m’aidera dans le métier que je veux faire plus tard (75 %) ; cela vaut la peine d’apprendre les mathématiques car cela améliore mes perspectives de carrière professionnelle (78 %) ; les mathématiques sont une matière importante pour moi parce qu’elles sont nécessaires pour les études que je veux faire plus tard (66 %) ; et en mathématiques, je vais apprendre beaucoup de choses qui m’aideront à trouver du travail (70 %).

 

Les résultats de l’enquête PISA 2012 montrent qu’en moyenne, dans les pays de l’OCDE, l’écart de performance en mathématiques entre les élèves indiquant un niveau plus élevé de motivation à l’égard de l’apprentissage des mathématiques et ceux indiquant une motivation moindre s’établit à 18 points de score, soit l’équivalent d’environ une demi-année de scolarité ; en Corée, en Norvège et au Taipei chinois, cet écart est supérieur à 30 points. Les résultats révèlent également que la motivation présente un lien particulièrement fort avec la performance parmi les élèves les plus performants. En moyenne, dans les pays de l’OCDE, l’écart de score PISA associé au degré de motivation instrumentale s’élève à 21 points parmi les élèves les plus performants, contre 11 points seulement parmi les élèves peu performants. En Belgique, en France, en Hongrie et en République slovaque, l’écart de score, lié au degré de motivation, entre les élèves très performants et les élèves peu performants est supérieur à 20 points.

 

Aussi étonnant que cela puisse paraître, la motivation des élèves est également liée à certaines politiques d’éducation – notamment celles relatives à la sélection ou au regroupement des élèves dans différents établissements d’enseignement ou filières, comme les filières générales par opposition aux filières professionnelles. L’enquête PISA examine différentes pratiques de regroupement des élèves entre les établissements d’enseignement et montre que la motivation des élèves est moindre dans les systèmes d’éducation : qui proposent un grand nombre de filières d’enseignement différentes ; où des pourcentages plus importants d’élèves suivent des filières professionnelles ou préprofessionnelles plutôt que des filières générales ; où la sélection ou le regroupement des élèves pour ces filières intervient à un plus jeune âge ; où un pourcentage important d’élèves fréquentent des établissements d’enseignement sélectifs sur critères académiques ; et où un pourcentage important d’élèves fréquentent des établissements d’enseignement qui pratiquent le transfert des élèves dans un autre établissement en raison de faibles résultats scolaires, de problèmes de comportement ou de besoins éducatifs spécifiques.   

 

Si l’homogénéisation des effectifs d’élèves à l’aide du regroupement peut permettre aux enseignants d’adapter leur enseignement aux besoins spécifiques de chaque groupe, dans l’ensemble, la sélection des élèves accentue les disparités socio-économiques, entraîne une inégalité des possibilités d’apprentissage et démotive par conséquent un grand nombre d’élèves qui ont le sentiment de ne pas bénéficier des mêmes chances de réussite. En effet, la pratique de ce type de sélection implique que seuls certains élèves peuvent atteindre un niveau élevé de performance et présente donc le risque de démotiver les élèves mêmes qui tireraient le plus de bénéfices de l’élévation du niveau d’attentes que leurs parents, leurs enseignants et leur établissement nourrissent à leur égard. Lorsqu’un élève se demande Pourquoi se donner la peine d’étudier ? et ne parvient pas à trouver de réponse satisfaisante, c’est chacun d’entre nous qui a échoué.