Message principal de la Conférence Ministérielle MENA-OCDE du 23 novembre 2009

 

Même avant le début de la crise économique et financière, la région Moyen-Orient et l’Afrique du Nord (MENA) faisait face à d’importants enjeux socio-économiques. Parmi eux, c’est l’absorption par le marché du travail d’une population grandissant rapidement qui est au cœur des inquiétudes des gouvernements. Bien que la crise affecte comparativement moins la région, ses répercussions sont désormais une menace grandissante pour la capacité des pays de la zone MENA à atteindre le niveau nécessaire de croissance économique pour à la fois générer suffisamment d’emplois et satisfaire les exigences de la population en terme deprotection. Des réponses régionales en faveur de la croissance économique et de meilleurs standards de vie sont nécessaires. A cette fin, un climat des affaires plus favorable et la délivrance de services publics bien gérés par des gouvernements efficaces sont des ingrédients essentiels. Cela pourrait nécessiter d’adapter les politiques aux réalités actuelles. Les Ministres de la zone MENA et des pays OCDE, ainsi que les représentants du monde des affaires et de la société civile, se sont rencontrés lors de la Conférence Ministérielle de Marrakech le 23 novembre 2009 afin d’envisager des solutions concrètes à ces enjeux. Ces solutions tirent parti de cinq années de partenariat et de dialogue entre les gouvernements de la zone MENA et des pays de l’OCDE dans le cadre de l’Initiative MENA-OCDE. A une époque où l’économie mondiale est incertaine, l’Initiative permet de faire passer un message clair au plus haut niveau : les économies MENA et OCDE peuvent travailler ensemble pour trouver des solutions pour leurs citoyens et le monde des affaires.

 

Même avant la crise, les pays de la zone MENA étaient confrontés à de sérieux enjeux socio-économiques…


Ces dernières années, les décideurs politiques de la région MENA ont redoublé d’efforts pour accélérer la création d’emplois. Cependant, la tendance démographique actuelle montre qu’une population de plus en plus jeune cherche à entrer sur le marché du travail qui subit déjà un niveau élevé et persistant de chômage, ce qui signifie que des millions d’emplois devront être créés pour satisfaire la demande. L’importance de la création d’emplois va bien au-delà du marché de l’emploi, car un chômage de grande ampleur menace aussi le contrat social de la région. Le faible niveau de l’emploi est aggravé dans certains pays quand la performance des services publics de base est faible (éducation, santé…), ce qui empêche le développement du capital humain et réduit la possibilité pour les citoyens de jouer un rôle actif dans l’économie.

 

… nécessitant un taux de croissance soutenu et élevé pour créer des emplois et fournir des ressources pour les biens publics


Afin d’atteindre un tel niveau d’emploi et de promouvoir l’investissement public et privé dans les services essentiels, un taux de croissance continu de 6-7% est généralement considéré comme nécessaire. Alors que de nombreuses économies de la région MENA connaissaient un tel taux de croissance avant le début de la crise, le maintenir va nécessiter des améliorations fondamentales de l’environnement des affaires. De telles réformes sont un préalable à une activité continue du secteur privé, soutenant par là-même l’objectif de croissance et de création d’emplois. Des dispositifs de bonne gouvernance sont essentiels à cet égard pour créer un environnement favorisant la croissance économique et le développement social. La capacité des gouvernements à faciliter la croissance et en redistribuer les dividendes, tout en promouvant l’insertion sociale, sont sans aucun doute en tête des besoins régionaux.

 

La crise mondiale et la récession qui en a découlé ont placé la barre encore plus haut

 

Le début de la crise financière mondiale en 2008 et la récession qui s’en est ensuivi ont nui aux objectifs ambitieux de croissance et d’emploi que la région s’était fixés. L’impact de la crise est moins sévère dans la région MENA que dans les économies développées. Cependant, des impacts négatifs ont été ressentis, quoique de manière hétérogène, dans la région. Alors que les pays riches en matières premières ont pu substituer les flux de capitaux privés par des dépenses publiques, les pays plus pauvres en ressources ont vu leurs principales sources de revenu sérieusement affectées : les flux d’IDE ont chuté brutalement, le tourisme, une des composantes majeures du PIB de certains pays, décline, les transferts de fonds des travailleurs émigrés s’épuisent, certaines banques sont affectées quoique moins sévèrement que dans les économies développées, et l’immobilier et d’autres projets majeurs ont décroché. A ceci se combinent les effets du ralentissement des échanges mondiaux sur la région.

 

Les effets de la crise pourraient s’étendre sur le long terme, même si la récession elle-même devait être de courte durée

 

Les effets décrits ci-dessus ont effectivement ralenti la croissance dans la région MENA, bien que le taux de croissance s’annonce positif pour 2009. Cependant, même si la région parvient à maintenir une croissance modeste pendant la crise, les effets d’un ralentissement de 7% à 4% annuels perdureront d’année en année, rendant l’objectif de 40 millions d’emplois d’ici 2020 de moins en moins atteignable. Autrement dit, la crise affecte la région MENA et aura de sérieux effets sur le long terme, même si la croissance rebondit.

 

Les décideurs de la région MENA auront du mal à atteindre leurs objectifs

 

Ces développements compliquent l’agenda politique des gouvernements de la région. Comme souligné ci-dessus, la crise rend plus difficile la maîtrise de la croissance, la création d’emplois et autres objectifs politiques. Si le chômage continue à croître, alors que le taux de croissance, les afflux de capitaux privés et l’aide publique au développement continuent de décroître, de moins en moins de ressources seront disponibles pour assister les populations les plus vulnérables de la région MENA, en particulier les femmes et les jeunes. Dans un tel contexte, il est encore plus important que les gouvernements soient capables d’assurer une délivrance efficace des services publics. Les progrès réalisés dans les réformes de la gouvernance et du climat des affaires ces dernières années nécessitent un soutien continu afin qu’ils restent durables et aient un impact sur le long terme sur le bien-être des sociétés de la région MENA.

 

La région MENA doit maintenir l’élan des réformes

A ce stade critique, une participation plus audible des pays de la zone MENA dans le dialogue politique mondial est essentielle pour s’assurer que les gouvernements feront les choix politiques les plus judicieux. A cette fin, des partenariats renforcés entre les économies de la zone MENA et de l’OCDE peuvent jeter les bases d’un futur durable sur le plan économique et social. Paradoxalement, il est même possible d’affirmer que la crise pourrait en fait générer des opportunités pour la région. En temps de crise, les programmes de réformes sont accélérés, et les obstacles à leur mise en œuvre peuvent être surmontés car le besoin de réponses politiques immédiates est mieux compris. Le soutien des pairs est utile dans un tel contexte car il pousse à une réflexion nécessaire pour transformer les leçons de la crise en programmes de réformes revitalisés. La sévérité de la crise financière mondiale pousse certains à remettre en cause les grandes orientations des réformes définies avant la crise. Cependant, le mouvement général vers une meilleure réglementation des affaires, des structures administratives plus simples, ainsi que la transparence et la bonne gouvernance, reste au centre de stratégies positives de développement.

 

Les réformes de la gouvernance publique et du climat des affaires sont des efforts collaboratifs et inclusifs

 

Les réformes sur le long terme en matière de gouvernance publique et de climat des affaires ne pourront être menées à bien qu’en asseyant autour d’une même table les citoyens, le monde des affaires et les gouvernements. Les acteurs concernés pourront élaborer ensemble une mise en œuvre réussie des politiques nécessaires à une économie plus forte, plus claire et plus juste, à savoir des stratégies attractives de promotion et de protection des investissements, des cadres réglementaires plus sains, un régime fiscal fiable, une bonne gouvernance dans les finances publiques, un secteur financier bien développé, une bonne gouvernance d’entreprise, et des institutions publiques plus performantes et plus intègres.

 

La Conférence Ministérielle MENA-OCDE est une opportunité unique de montrer la voie

 

La Conférence Ministérielle qui a eu lieu à Marrakech le 23 novembre 2009 a été une opportunité unique de poursuivre le dialogue entre les Ministres des régions MENA et OCDE en charge des politiques d’investissement et de gouvernance publique. Elle a impliqué étroitement les représentants du monde des affaires et de la société civile. Les participants ont developpé ensemble des stratégies appliquées afin de faire face au futur avec un programme de réformes défini et fort. La Conférence Ministérielle MENA-OCDE de l’Initiative MENA-OCDE était accueillie gracieusement cette année par le Gouvernement du Royaume du Maroc. Une Déclaration a été publiée à la fin de la Conférence qui reprendra les messages reçus des Groupes de travail régionaux de l’Initiative OCDE-MENA et des réseaux spécialisés créés ces dernières années. Le Forum des entreprises et le Sommet des Femmes Entrepreneurs, ainsi que la Journée de la Gouvernance a eu lieu la veille, le 22 novembre 2009, pour ouvrir les questions-clé à une discussion plus large entre les parties prenantes.

 

 

 

 

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