Un autre avenir est possible : sortir d’une croissance atone par les réformes structurelles

 

Angel Gurría, Secrétaire Général OCDE

Paris, 5 Décember 2012

(As prepared for delivery)


Monsieur Delevoye, Monsieur Zemsky, Mesdames, Messieurs,

C’est un grand plaisir pour moi d’ouvrir votre conférence sur « les Etats de la France ». J’espère ainsi orienter un peu vos débats en vous soumettant notre vision actuelle des perspectives économiques globales et des enjeux pour la France.

Des perspectives économiques globales moroses


Nos dernières prévisions, comme vous le savez sans doute, sont plutôt sombres du fait notamment d’une dégradation de la confiance. Les perspectives globales se sont en effet encore détériorées, et nous ne prévoyons qu’une reprise hésitante et inégale pour l’ensemble de l’OCDE pour les deux années à venir. La zone euro restera en récession ou proche de la récession en 2013, tandis la croissance devrait redémarrer graduellement aux Etats-Unis et au Japon. Si une reprise plus forte est attendue dans les économies émergentes, elle reste cependant bien moins soutenue que ce que nous espérions ne serait-ce qu’il y a quelques mois.

Le plus préoccupant est que les risques négatifs dominent ces prévisions. La crise dans la zone euro reste le danger le plus sérieux, alors que le « mur fiscal » aux Etats-Unis menace de replonger l’économie américaine et par là-même l’économie mondiale dans la récession.

Ce scénario morose  n’est cependant pas inévitable. Des actions résolues de la part des décideurs politiques pourraient remettre l’économie mondiale sur la voie de la croissance. Un scénario plus positif est donc possible, où la crise de la zone euro est définitivement résolue, oú les finances publiques américaines retrouvent une trajectoire soutenable á moyen terme, et oú des progrès sont accomplis sur le front des réformes structurelles.

Comment engendrer ce scénario positif ?


En Europe, les défis principaux restent de résoudre la crise de la dette souveraine, de réparer le système bancaire, et de créer de la croissance et des emplois par des réformes structurelles.

Pour ce faire, les mécanismes créés pour faire face à la crise doivent être activés sans plus attendre. Des mesures importantes viennent d’être annoncées pour alléger le poids de la dette souveraine en Grèce, notamment par le rachat volontaire de la dette privée. Elles doivent être pleinement mises en œuvre, accompagnées d’un vaste programme de réformes structurelles pour renforcer la compétitivité de l’économie grecque.

Après l’union budgétaire, il est également maintenant nécessaire de créer une véritable union bancaire afin de compléter l’architecture de la zone euro. Il s’agit d’introduire une supervision commune, des mécanismes de résolution de faillites trans-frontaliers, des systèmes communs de garantie des dépôts, et un filet de sécurité budgétaire à l’échelle de la zone euro. L’Europe doit aussi renforcer la capitalisation de ses banques.

Ce scenario positif requiert enfin que les Etats-Unis non seulement évitent à court terme le « mur fiscal », mais remettent également leurs finances publiques sur une trajectoire soutenable sur le long terme.

Mais le scénario positif ne concerne pas uniquement le court terme. Nous avons récemment publié des prévisions jusqu’à 2060. Elles montrent sans ambigüité un basculement de la croissance vers les économies émergentes et que, à défaut d’un ambitieux programme de réformes structurelles, les déséquilibres mondiaux pourraient se creuser à nouveau durant les prochaines décades. De tels déséquilibres pourraient une fois de plus miner la croissance. Pour l’éviter, les réformes structurelles sont une fois de plus clés.

Elles le sont d’ailleurs déjà dans le court terme pour créer des emplois et accroître l’investissement. Tous les pays doivent ainsi faire des efforts, pas uniquement ceux en crise aigüe. Les mesures courageuses prises par l’Italie et l’Espagne sont des exemples à suivre.

Les perspectives pour la France


La France a tout particulièrement besoin de progresser sur le front des réformes structurelles. A défaut, les perspectives y resteront pour le moins moroses. Nos prévisions indiquent une croissance en berne pour la France, à 0,3% pour 2013, et seulement 1,3% pour 2014. Dans ce scénario, le chômage continuera de croître pour atteindre 11,4% à la fin 2014. Mais une autre trajectoire est possible. Pour sortir de l’ornière, il faut que la France poursuive sa consolidation budgétaire tout en renforçant et approfondissant son programme de réformes structurelles pour améliorer sa compétitivité.

Le gouvernement a déjà démontré sa détermination en matière de consolidation budgétaire et a renforcé la crédibilité du cadre fiscal grâce à la création du Haut Conseil des finances publiques. L’objectif de déficit de 4,5% pour 2012 va être rempli. Les objectifs pour 2013 et 2014 impliquent une réduction du déficit structurel de 2,6%, ce qui reste très ambitieux au regard des turbulences actuelles. Il faudrait donc permettre aux stabilisateurs automatiques de jouer pleinement si la croissance s’avère plus faible que prévu.

Mais il reste urgent de réduire les dépenses publiques. La consolidation prévue pour 2013 s’appuie en effet surtout sur une hausse des recettes, alors que la France présente déjà un niveau de prélèvements obligatoires parmi les plus élevés de l’OCDE. Les marges de manœuvre sont donc du côté de la dépense, également parmi les plus élevées de l’OCDE.

Pour la diminuer, il est essentiel d’étendre les efforts d’efficacité du secteur public à tous les échelons de l’administration publique et de simplifier le « mille-feuille » administratif.

Des économies significatives pourraient également être faites en matière de dépenses de santé, sans remettre en cause la qualité des soins. Ceci est possible, en améliorant notamment la pertinence des actes et en renforçant l’utilisation de médicaments génériques.

La structure fiscale pourrait aussi être rééquilibrée en diminuant les contributions sociales, en augmentant les taxes environnementales et celles liées à l’immobilier, et en éliminant les niches fiscales coûteuses et inefficaces. Il est ainsi possible et nécessaire de combiner réforme fiscale et réduction des inégalités.

De manière plus générale, la confiance serait renforcée par des réformes structurelles en matière d’éducation, de marché du travail et de  concurrence. Et ne nous y trompons pas, ces réformes peuvent là encore améliorer la compétitivité tout en renforçant l’équité.

La réduction de la dualité du marché du travail en est un bon exemple. C’est ce sur quoi se penchent actuellement patronat et syndicats, et il est urgent d’aboutir à un compromis. La segmentation actuelle du marché du travail fait en effet peser sur les plus fragiles les ajustements nécessaires pour s’adapter à la concurrence mondiale. De même, le coût élevé du travail au niveau des bas salaires pèse particulièrement sur l’emploi des jeunes et des moins qualifiés. Les réformes devraient aboutir à plus de compétitivité et plus d’équité.

En matière d’éducation, renforcer la formation professionnelle et la formation continue, tout comme développer l’apprentissage permettrait de mieux répondre aux exigences de l’économie en matière de compétences. Cela réduirait à la fois le creusement des inégalités liées à l’obsolescence des qualifications ou au décrochage scolaire des jeunes.

A tous ces égards, le Pacte de Compétitivité récemment annoncé par le Gouvernement est un pas important dans la bonne direction. Il devrait permettre de soutenir la création d’emplois, l’investissement et les exportations.

La France doit ainsi continuer à se battre pour échapper au scénario morose d’une croissance atone. Le gouvernement a imprimé une forte impulsion à son agenda de réformes. Il doit désormais maintenir le cap, renforcer et approfondir les réformes. Et ce dans un environnement global qui restera sans aucun doute encore turbulent dans les mois, si ce n’est les années qui viennent. Cela requiert des décisions politiques courageuses, et une constance dans leur mise en œuvre.

Sa priorité doit demeurer au renforcement de la compétitivité qui seule pourra garantir un retour de la croissance, un recul du chômage et un redressement des comptes publiques et extérieurs. Ce renforcement est indispensable pour que la France puisse bénéficier au mieux de la mondialisation des échanges et de l’investissement, tout en préservant ses atouts, la qualité de ses services publics et les éléments essentiels de son modèle social.

Mesdames, Messieurs,

Un scénario positif de sortie de crise, pour la France comme ailleurs, est donc possible. La France doit utiliser « la fenêtre de tir » actuelle pour redresser sa compétitivité, sans tergiversations, avec énergie et ténacité. Elle doit et peut le faire en continuant à lutter sans relâche contre l’accroissement des inégalités.

Et il ne faut pas non plus perdre de vue la nécessité absolue de « verdir » notre modèle de croissance. Cela permettrait non seulement de renforcer la compétitivité, mais aussi de créer de nouveaux emplois et de contribuer à l’assainissement budgétaire.

Les impératifs de court terme ne doivent en effet pas cacher les défis du long terme. Un modèle de croissance qui nous conduit à terme à une collision avec la nature et ne permet pas de partager ses bénéfices avec tous est voué à l’échec. Et ce plus rapidement que nous ne voulons bien l’admettre.

Mais nous pouvons éviter cet échec ainsi que le scénario médiocre de court terme qui se profile actuellement. Cela requiert des décisions courageuses. A nous de les appuyer, de les guider, de les expliquer. J’espère que votre débat aujourd’hui y contribuera.

Je vous remercie.


 

 

 

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