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Turquie

Turquie : des aides ciblées, une politique macroéconomique viable et des réformes structurelles renforceront la reprise consécutive à la crise liée au COVID-19

 

14/01/2021 - La crise liée au COVID-19 a durement touché la population et l’économie turques, accentuant des problèmes antérieurs tels que la faible proportion de travailleurs occupant un emploi formel et les obstacles au développement des entreprises. Des mesures de soutien des ménages et des entreprises judicieusement conçues, permettant un retour à la stabilité macroéconomique, et des réformes destinées à améliorer le droit de la concurrence et du travail, ainsi que les institutions et la situation des entreprises, contribueraient à une reprise durable, selon un nouveau rapport de l’OCDE.

D’après la dernière Étude économique de l’OCDE consacrée à la Turquie, il faudra du temps à l’économie pour se remettre totalement de la crise liée au COVID-19, compte tenu du coup que lui a porté l’effondrement du tourisme et de l’incertitude qui entoure l’évolution future de la pandémie, ainsi que du caractère limité du système turc de protection sociale et du niveau élevé d’endettement des entreprises et des ménages. La crise a mis à mal la viabilité de nombreuses entreprises ainsi que la cohésion sociale, dans la mesure où elle a été particulièrement lourde de conséquences pour les travailleurs informels, les femmes, les réfugiés et les jeunes. Une stratégie de soutien uniforme se justifiait pendant la première phase de confinement, mais les aides apportées dans le cadre de la deuxième vague de la pandémie devraient maintenant être adaptées à la situation variable des secteurs, des travailleurs, des ménages et des entreprises.

La pandémie a également a accentué les problèmes de politique monétaire, l’inflation poursuivant son envolée pour s’établir nettement au-dessus de l’objectif officiel de 5 % retenu en Turquie, à la suite d’interventions destinées à étayer l’activité économique, à renforcer les liquidités des banques et à soutenir la livre turque. Il faudrait que les aides aux particuliers et aux entreprises soient apportées de manière transparente et stable, afin d’alimenter la confiance des investisseurs et de réduire le risque de brusques mouvements de capitaux. Ainsi, des allocations ciblées versées pendant une période prédéfinie peuvent être plus efficaces que des prêts bonifiés et des transferts ponctuels. La Turquie devrait également s’efforcer de reconstituer ses réserves de change et de rétablir l’indépendance de sa banque centrale, indique l’Étude.

Parallèlement à la pandémie, la Turquie demeure exposée à des risques géopolitiques et commerciaux, notamment aux effets de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne (UE). En l’état actuel des choses, compte tenu des vents contraires résultant de la deuxième vague de la pandémie, le PIB de la Turquie devrait enregistrer un rebond de 2.6 % en 2021 puis de 3.5 % en 2020, selon les prévisions présentées dans l’Étude.

« La Turquie devrait connaître une reprise progressive après la crise liée au COVID-19, et des risques pèsent toujours sur la croissance et le bien-être », a déclaré Alvaro Pereira, Directeur de la Branche des études nationales du Département des affaires économiques de l’OCDE. « Les autorités devraient s’attacher avant tout à rétablir la stabilité macroéconomique et à mettre à profit la période consécutive à la crise pour favoriser l’investissement national et étranger en renforçant la gouvernance publique, tout en mettant en œuvre des réformes des marchés du travail et des produits pour permettre aux entreprises de se développer et de créer des emplois de qualité. »

Une fois que l’économie sera engagée sur la voie de la reprise et que la confiance des investisseurs aura été rétablie, une combinaison de réformes des marchés du travail et des produits, des institutions et de l’enseignement pourraient rehausser le PIB par habitant de 1 % par an au cours des années à venir, d’après les estimations présentées dans l’Étude. Les réformes de libéralisation des marchés devraient notamment consister à lever les obstacles réglementaires à la concurrence sur les marchés de produits, à renforcer la flexibilité du marché du travail et à réduire l’impôt sur les sociétés, tandis que les réformes institutionnelles devraient améliorer la gouvernance publique et favoriser la régularisation des activités économiques.

Bien que le dynamisme du secteur des entreprises de la Turquie, conjugué au fort esprit d’entreprise et à la jeunesse de la main-d’œuvre qui caractérisent le pays, constitue un atout pendant la pandémie de COVID-19, la majorité des entreprises turques sont de très petite taille et leur capacité de surmonter un ralentissement prolongé est limitée. Des pans importants du secteur des entreprises recourent à des pratiques informelles ou semi-formelles en matière d’emploi, de gouvernance d’entreprise, de transparence financière et de respect des obligations fiscales. Un assouplissement des règles excessivement restrictives relatives aux marchés des produits et du travail et une simplification des procédures applicables aux entreprises et de la fiscalité permettraient aux jeunes entreprises de se développer et de passer dans le secteur formel plus aisément. Une modernisation et une amélioration de l’efficience des entreprises leur permettraient en outre de sortir plus fortes de la crise.

S’agissant de la réforme du marché du travail, réduire les coûts de main-d’œuvre non salariaux, transférer une partie du coût de la protection sociale vers des sources de financement autres que les prélèvements sur les salaires, rendre le salaire minimum légal abordable pour les entreprises peu productives, et moderniser la réglementation applicable aux contrats de travail temporaires et permanents sont autant de mesures qui stimuleraient la création d’emplois formels une fois que la reprise sera fermement engagée.

Les réformes de l’enseignement devraient viser à renforcer les compétences des adultes dans un pays qui figure parmi ceux de l’OCDE où les problèmes d’inadéquation des qualifications sont les plus marqués, puisque 43 % de la population active sont soit surqualifiés (29 %), soit sous-qualifiés (14 %) au regard de l’emploi qu’ils occupent. Investir davantage dans la recherche-développement (R-D) ainsi que dans les infrastructures et les technologies numériques permettrait également d’améliorer les perspectives de croissance.

On trouvera dans la Synthèse de cette Étude économique ses principales conclusions et ses principaux graphiques (vous êtes invités à inclure ce lien dans vos articles).

 

Pour toute information complémentaire, les journalistes sont invités à contacter Catherine Bremer à la Division des médias de l’OCDE (+33 1 45 24 80 97).

 

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