La base de données sur les Échanges en Valeur Ajoutée (ÉVA) a pour but d’éclairer la politique commerciale dans un certain nombre de domaines et notamment de mieux prendre en compte :
- la contribution sensiblement plus importante des services aux chaînes de valeur mondiales (CVM)
- le rôle des importations de biens et services intermédiaires dans les résultats à l’exportation
- la véritable nature de l’interdépendance économique
- le rôle des économies émergentes dans les CVM
- les éventuelles répercussions des chocs d’offre et de demande sur la production, en aval et en amont
Les graphiques ci-après illustrent l'importance de mesurer les échanges en valeur ajoutée et la complémentarité qui existe entre cette nouvelle mesure et celle plus classique établie à partir des flux commerciaux bruts.
L’importance de marchés de services ouverts et efficaces
Les services représentent environ les deux tiers du PIB de la plupart des économies développées. Toutefois, évalué en termes bruts, le commerce des services équivaut en général à moins du quart de l'ensemble des échanges. Si l’on tient compte de la valeur ajoutée par les services à la production de biens, le secteur des services contribue pour plus de 50 % aux exportations totales des États-Unis, du Royaume-Uni, de la France, de l’Allemagne et de l’Italie, et à près du tiers de celles de la Chine (graphique 1), avec une contribution importante (généralement d’un tiers), d’origine nationale ou étrangère, pour tous les produits manufacturés (graphique 2). En France, par exemple, plus de la moitié de la valeur ajoutée intérieure générée dans la production de matériel de transport est attribuable au secteur tertiaire français.
Les exportations ont besoin d’importations
Pour améliorer sa productivité et demeurer compétitif dans un monde régi par les CVM, il faut avoir accès à des importations efficaces de biens intermédiaires et également de services.
En 2009, entre le tiers et la moitié de la valeur totale des exportations de pièces et de matériel de transport de la plupart des principaux producteurs était d’origine étrangère (graphique 3), ce qui traduit l’émergence des pôles de production régionaux. Aux États-Unis et au Japon, la part correspondante était d’environ un cinquième, ces deux pays bénéficiant de plus grandes possibilités d’approvisionnement en intrants auprès de fournisseurs nationaux, tel était également le cas de l’Italie, ce qui pourrait être attribuable à l’existence en amont de réseaux nationaux efficaces de petites et moyennes entreprises. Fait intéressant, les exportations de l’Allemagne en 2009 ont dépassé celles des États-Unis de 25 % en termes bruts, mais seulement de 5 % en valeur ajoutée.
Des profils similaires se dégagent d’autres secteurs d'activités. Par exemple, en 2009 le contenu étranger des exportations de biens électroniques était d’environ 40 % pour la Chine et la Corée, deux des principaux exportateurs mondiaux de ce type de produits cette année-là (graphique 4) ; parallèlement, au Mexique il dépassait 60 %.
Une part importante des importations intermédiaires est utilisée pour produire des exportations
Dans la plupart des économies, environ un tiers des importations de produits intermédiaires sont destinées au marché de l’exportation. Naturellement, plus l’économie est petite, plus cette part est en général importante. Cependant, force est de constater qu'aux États-Unis et au Japon - où la part des importations intermédiaires incorporées dans les exportations est parmi les plus faibles de la zone OCDE - elle atteint respectivement 15 et 20 % au niveau de l’économie totale, et est nettement plus élevée dans certaines industries fortement intégrées. Au Japon, par exemple, près de 40 % des importations intermédiaires totales de matériel de transport finissent en exportations.
 |
Dans la plupart des autres pays, la part des importations intermédiaires incorporées dans les exportations est sensiblement plus importante. C'est le cas en Hongrie, où les deux tiers de la totalité des importations intermédiaires sont destinés au marché des exportations après transformation ; cette part atteint 90 % pour les importations intermédiaires de biens électroniques. En Chine, en Corée et au Mexique, environ les trois quarts des importations intermédiaires totales de produits électroniques sont incorporées dans des exportations. La base de données ÉVA indique également que près de 85 % des importations intermédiaires de produits textiles de la Chine sont incorporées dans des exportations.
|
Les importations intermédiaires incorporent souvent une valeur ajoutée qui a pour origine première le pays importateur
 |
Les importations peuvent également contenir une valeur ajoutée à l'origine par le pays importateur. Aux États-Unis, par exemple, près de 5 % de la valeur totale des biens intermédiaires importés incorporent une valeur ajoutée à l’origine par les États-Unis (graphique 6). En Chine, la part de valeur ajoutée « de retour » est de l’ordre de 7 %. S’agissant des biens électroniques, les importations intermédiaires de la Chine contiennent plus de 12 % de valeur ajoutée « de retour » d’origine chinoise et celles de la Corée près de 5 % de valeur ajoutée « de retour » d’origine coréenne.
|
La physionomie des échanges évolue
 |
Les balances commerciales bilatérales peuvent être très différentes quand on les mesure en valeur ajoutée, tandis que la balance commerciale totale demeure, quant à elle, inchangée. Calculé en termes de valeur ajoutée, l’excédent commercial de la Chine avec les États-Unis diminue ainsi de plus de 40 milliards USD (25 %) en 2009. Cet écart traduit en partie l'importante contribution des importations de valeur ajoutée des États-Unis dans la demande finale chinoise (graphique 7), mais s’explique également par le fait qu’une proportion considérable (ici, un tiers) des exportations de la Chine incorpore un contenu étranger - il s’agit du phénomène « Fabrication Asie ».
|
En effet, une proportion importante des exportations de valeur ajoutée coréennes et japonaises transitent par la Chine avant d’atteindre les consommateurs finaux d'autres pays. Cela a pour effet de réduire sensiblement les déficits commerciaux chinois avec la Corée et le Japon, mais également de gonfler les excédents commerciaux japonais et coréen avec les autres pays. De même, le déficit commercial de la Corée avec le Japon est considérable lorsqu’il est mesuré en termes bruts, tandis qu'il s’efface pratiquement dès lors qu’on le mesure en valeur ajoutée.
Suivez-nous sur
Alertes électroniques Blogs