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Prestations et questions sociales

Mesurer ce qui rend la vie meilleure : un tremplin vers le bonheur ?

 

À l’Institut de recherche sur le bonheur, nous pensons que l’objectif ultime des politiques publiques devrait être d’améliorer la qualité de vie. Le bien-être ne se résumant bien évidemment pas à la richesse, nous utilisons d’autres indicateurs en complément des mesures traditionnelles du progrès que sont la croissance et le PIB par habitant.

 

Comme l’a dit Robert F. Kennedy dans sa célèbre formule, « le PIB mesure tout, sauf ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue  », et on reconnaît aujourd’hui de plus en plus que le PIB ne suffit pas pour mesurer la qualité de vie.

 

Et pour cause : nous sommes devenus plus riches, mais pas nécessairement plus heureux. Nous avons trop souvent échoué à transformer notre richesse en bien-être.

 

Nous avons assisté avec enthousiasme à l’adoption par les Nations Unies, en 2011, de la Résolution sur le bonheur, laquelle indique que « le bonheur, en tant qu’objectif et aspiration à caractère universel, incarne l’esprit des objectifs du Millénaire pour le développement ».

 

Depuis la résolution de l’ONU, les pays découvrent progressivement comment la recherche sur le bonheur peut influencer les politiques publiques, et nous sommes encouragés dans notre démarche par le nombre croissant d’organismes, de villes et de pays qui utilisent de nouveaux indicateurs du bien-être. Il faut se réjouir de cette évolution, parce qu’il nous faut mesurer ce qui rend la vie meilleure. Grâce à son Indicateur du vivre mieux, l’OCDE innove dans ce domaine.

 

La recherche sur les éléments qui déterminent le bonheur peut jouer un rôle important en modifiant les priorités de l’action publique. En effet, si nous améliorons la qualité de vie dans nos sociétés, nous pourrons également atteindre d’autres objectifs, par exemple accroître la longévité et la productivité.

 

Comme le souligne le World Happiness Report 2013, établi à la demande des Nations Unies : « Vu les avantages concrets que procure un niveau modérément élevé de bien-être aux individus et à la société, il est urgent d’agir pour placer le bien-être au cœur de nos politiques, et créer les conditions propices à l’épanouissement de chacun. »

 

Au fil des cinq éditions de ce rapport, les pays nordiques se sont imposés comme « les champions du monde du bonheur ».

 

Ces résultats ont suscité un engouement général pour le modèle scandinave, et il se passe rarement une semaine sans que je sois sollicité par un journaliste désireux de découvrir la recette du bonheur nordique.

 

Ce que nous avons compris, c’est que le modèle social scandinave est le plus à même de transformer la richesse en bien-être. En effet, nous ne payons pas d’impôts, mais nous investissons dans la société. Nous achetons une meilleure qualité de vie. Le niveau élevé de satisfaction à l’égard de la vie dans les pays nordiques s’explique essentiellement par la capacité du modèle social à réduire les risques, l’incertitude et l’anxiété, et à prévenir tout malheur extrême.

 

Les Danois, comme les habitants des autres pays nordiques, ont simplement moins de préoccupations au quotidien que la plupart des autres peuples, ce qui leur permet d’être plus heureux. C’est du moins ce qui ressort des données, dont voici un exemple.

 

Combler l’écart de bonheur

 

PsoHappy (www.psohappy.org) est une étude qui s’intéresse à l’impact du psoriasis, maladie courante de la peau, sur le bien-être subjectif. Ce travail est le fruit d’une collaboration entre l’Institut de recherche sur le bonheur et LEO Innovation Lab. À ce jour, nous avons pu recueillir et analyser près de 50 000 réponses dans plus de 43 pays.

 

Dans chacun de ces pays, nous constatons que les personnes atteintes de psoriasis sont moins heureuses que le reste de la population. Il va de soi que vivre avec cette maladie dégrade la qualité de vie, mais il est intéressant de constater que l’écart de niveaux de satisfaction à l’égard de la vie varie entre les pays. Par exemple, nos résultats montrent qu’au Danemark, cet écart est de 12 % alors qu’aux États-Unis et au Royaume-Uni, il atteint respectivement 20 % et 24 %. Cela signifie que, une fois tous les facteurs pris en compte, il est plus difficile de vivre avec le psoriasis au Royaume-Uni qu’au Danemark.

 

L’impact de cette étude sur notre compréhension du bonheur et du bien-être ne devrait pas être sous-estimé. En effet, si nous réunissons des informations détaillées sur les inégalités de bien-être liées aux maladies chroniques dans les pays, nous serons mieux à même de comprendre pourquoi ces écarts existent, de recenser les bonnes pratiques dans les pays où ces écarts sont moins prononcés, et d’évaluer le lien entre les soins de santé et des indicateurs plus généraux du développement.

 

Références et lectures complémentaires

Voir www.happinessresearchinstitute.com

Site de l’étude PsoHappy : www.psohappy.org

Robert F. Kennedy, discours à l’Université du Kansas, 18 mars 1968 : https://www.jfklibrary.org/

Résolution 65/309 adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies le 19 juillet 2011, intitulée « Le bonheur : vers une approche globale du développement », voir www.happinessday.org/resolutions

Nations Unies (2013), World Happiness Report 2013, voir http://worldhappiness.report/download/

© L'Annuel de l'OCDE 2017

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Meik Wiking  Directeur, Institut de recherche sur le bonheur, Danemark ; Auteur, The Little Book of Hygge

© L'Annuel de l'OCDE 2017

 

 

 

 

 

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