Prestations et questions sociales

La Nouvelle frontière de la performance

 

En contribuant à mettre en lumière l’importance du « vivre mieux »  comme élément incontournable du progrès des sociétés, l’OCDE a considérablement œuvré au cours des dernières années pour faire rayonner un courant de pensée qui place le bien-être des individus au cœur du développement économique. Après avoir abordé la question de la croissance et des gains de productivité, et après avoir reconnu la question du passif environnemental de notre activité économique, il est temps en effet d’avancer sur un sujet tout aussi crucial : celui d’une économie plus humaine.

La crise que nous traversons témoigne des limites de notre modèle. Des décennies de rationalisation, d’efforts portés sur les processus, les méthodes, les organisations et les savoir-faire ont asséché les réserves de productivité et font peser sur l’être humain une pression de plus en plus forte. Cette pression compromet le rêve d’un travail qui apporte l’épanouissement individuel. De son côté, la consommation semble ne jamais apporter satisfaction, tant aux plus aisés qu’aux plus démunis. L’économie moderne, comme le constatent beaucoup d’économistes, n’a pas permis d’associer développement et bonheur.

La question posée à nos économies comme aux entreprises est la même : existe-t-il des ressources nouvelles pour une croissance plus harmonieuse qui apporte non seulement de la valeur mais aussi  l’épanouissement qui devrait pouvoir en découler ? La réponse à cette question tient selon moi en deux mots : l’être humain. Et il est de la responsabilité des acteurs économiques de s’y intéresser sérieusement pour poser les fondements d’un développement harmonieux.

Chez Sodexo, nous avons une vision. Nous pensons que pour créer une valeur durable, l’être humain doit être placé au cœur des organisations et de la société. Pour cette raison, nous considérons que la qualité de vie est un facteur déterminant et encore largement inexploré de la performance individuelle et collective. Nous en avons fait notre métier et notre raison d’être.

Dans l’entreprise, à l’hôpital, dans les écoles, dans les prisons, dans les usines, le XXe siècle a apporté dans les pays développés un grand nombre de réponses logistiques et technologiques qui ont permis de traiter les grands enjeux quantitatifs de la modernité : nourrir, éduquer, travailler, produire, transporter, soigner... Aujourd’hui, l’amélioration de la performance de ces lieux collectifs consiste à faire du bien-être des hommes et des femmes le sujet principal.

Dans la prison, il ne s’agit pas seulement de surveiller mais de créer les conditions de la réinsertion. Dans l’entreprise et dans l’usine, il ne s’agit plus seulement de produire, mais de conserver les talents et de les motiver. Dans l’hôpital, il ne s’agit pas seulement de traiter les maladies mais de préserver la dignité des malades et de créer le cadre de confort et de bien-être psychologique qui les aidera à guérir. À l’école et à l’université, à l’heure où l’Internet rend possible l’accès au savoir pour tous, la question la plus essentielle est celle de créer un environnement propice au désir d’apprendre.

Ce qui est partout en jeu, c’est de réconcilier les besoins de l’individu et les objectifs des organisations ; c’est de reconnaître que les organisations sont également des lieux de vie ; c’est d’accorder la première importance à ce qui améliore la qualité de vie.

Celle-ci reste pour beaucoup une idée vague ou trop générale. Elle est pour nous un sujet concret et mesurable.

Un lieu génère des sentiments, une fierté plus ou moins grande, une attractivité, un niveau d’engagement. Par leur configuration, leur fonctionnalité, leur ouverture sur l’extérieur, leur symbolique, les lieux créent des points d’attache et une culture commune.

On constate également que les organisations peuvent par de nouveaux services libérer des contraintes et rendre la vie au travail, la maladie, l’absence ou l’isolement plus supportable, et en faire des vrais moments de vie.

Sur un plan plus individuel, la qualité de vie dans les organisations se juge à des détails souvent cruciaux. Je pense à l’expérience que les lieux offrent aux gens dans leur travail ou dans leur vie, avec la qualité de l’air par exemple, ou aux facteurs (à l’apparence parfois mineure) générateurs de stress, comme les temps d’attente à l’hôpital.

L’individu doit également être abordé dans sa relation aux autres. La préservation des liens affectifs avec les êtres aimés en prison, à l’hôpital, sur les plateformes pétrolières mais aussi sur un campus est un enjeu essentiel et parfois la condition du succès de ces institutions.

La qualité de vie est bien entendu un instrument au service des décideurs. Elle conforte leurs stratégies en s’appuyant sur les tâches les plus simples et parfois les plus invisibles. Elle donne concrètement aux hommes et aux femmes des raisons de se sentir mieux et plus respectés ; elle accélère leur progrès et par conséquent celui de la société.

En nous consacrant à ce métier, nous nous sentons modestes par l’apparence et grands par l’utilité. Cela nous donne une vraie fierté et le sentiment de participer à une révolution essentielle.

Aujourd’hui l’être humain est la nouvelle frontière de la performance. Ce retour aux hommes et aux femmes est évidemment une exigence éthique. Mais pour une fois l’éthique rejoint l’économique et c’est le grand espoir de notre époque.

La reconnaissance de l’importance de l’être humain incite tout d’abord à repenser les grands équilibres de nos économies. L’industrie mais aussi les services informatiques, la banque et l’assurance offrent des perspectives moins prometteuses que les services dont l’homme est la première finalité. La santé, le bien-être, le soin, la sécurité, l’efficacité collective… sont les mots qui définissent beaucoup des métiers de demain. Cette nouvelle industrie présente à l’évidence des opportunités nouvelles d’emploi et d’évolution sociale à des personnes souvent peu qualifiées. C’est un formidable levier de progrès social et individuel.

La reconnaissance de l’importance de l’être humain conduit ensuite à changer l’entreprise. Il faut faire des hommes et des femmes de l’entreprise les vrais bénéficiaires de sa réussite, c’est sans aucun doute la meilleure garantie de sa pérennité. Ce rééquilibrage doit inspirer les politiques de l’entreprise. C’est vrai de la diversité et de l’inclusion. L’intégration des minorités, les liens entre les générations, l’égalité entre les femmes et les hommes, l’insertion des personnes handicapées, le respect des orientations sexuelles sont autant de leviers de performance. À tous les niveaux de l’entreprise et chez nos clients, nous constatons que la diversité contribue à nous rendre plus forts, plus innovants.

C’est vrai également de la formation des salariés. En en faisant une priorité stratégique, l’entreprise crée une double richesse : elle augmente l’employabilité de ses salariés et elle améliore son efficacité globale.

Plus que jamais la compétitivité mondiale des entreprises repose sur ses talents. La maîtrise technologique, la qualité de l’organisation continueront de préoccuper les grandes entreprises. Mais le plus universel et le premier des terrains de compétition du futur sera celui des ressources humaines.

Ainsi, en développant des politiques tournées vers les hommes et les femmes, les entreprises sont plus fortes, plus performantes, plus attractives. Ce n’est pas un effet mais une raison profonde de leur succès. Et les entreprises mondiales jouent ainsi un rôle essentiel en apportant dans toutes les régions du monde l’exemple de leur fonctionnement.

Bien sûr, la reconnaissance de l’importance de l’être humain ne pourra se limiter au terrain de l’entreprise. Elle doit aussi conduire à de nouvelles perspectives pour les politiques publiques en favorisant une économie plus humaine et un nouveau modèle de croissance. Le monde est vaste et, pour de nombreuses nations, l’urgence est encore la faim, la maladie et la pauvreté. Dans les pays émergents, la croissance à deux chiffres donne le vertige et créé l’espoir pour des millions de personnes qui découvrent une consommation dont le XXe siècle les avait privés.

La « nouvelle frontière » est peut-être la plus lointaine. Elle est aussi la plus mal partagée. Ce constat pourrait rendre modeste sur la portée de nos propos. Au contraire, il nous conforte dans notre conviction que la croissance future doit reposer sur l’être humain.

 

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Par Michel Landel, Directeur général, Sodexo  

 

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