Alternatives Economiques - Mesurer le progrès

 

L'OCDE lance un forum pour définir des indicateurs alternatifs de la santé économique et sociale d'un pays.

C'est là un projet d'ampleur que s'attaque l'OCDE en lançant un forum mondial "Comment mesurer le progrès des sociétés" (1). Il se conclura par une rencontre en juin prochain à Istanbul, en Turquie. Le choix de données pertinentes est en effet central à l'heure où les décisions politiques s'appuient de plus en plus sur des constats chiffrés.

Le grand intérêt de l'opération est de rassembler une foule d'initiatives qui cherchent à mesurer le bien-être ou la santé d'une société sur la base de données sociales, économiques et environnementales diversifiées, par delà le seul produit intérieur brut (PIB), qui ne mesure que la richesse monétaire. Les Nations unies avaient lancé le débat en publiant en 1990 le premier indicateur du développement humain, rassemblant à la fois une évaluation des niveaux de vie, de santé et d'éducation.

Depuis, les initiatives ont fleuri. Comme le Genuine Progress Indicator, de l'association américaine Redefining Progress (www.rprogress.org), qui définit le progrès en partant de la croissance économique, mais en y ajoutant, en les valorisant, les heures de bénévolat et en déduisant notamment les coûts de la pollution ou de l'insécurité. I1 y a aussi l'indice de bien-être économique, du Centre for the Study of Living Standards (www.csls.ca). Cet organisme canadien agrège à la fois la valeur de la consommation, celle de la variation du stock du patrimoine (économique, mais aussi environnemental), l'évolution des inégalités, de la pauvreté et de l'insécurité économique. D'autres initiatives sont plus directement tournées vers la durabilité du développement, comme l'indice du développement économique soutenable de l'association britannique Les Amis de la Terre (www.foe.co.uk).

L'absence de la France.
Malheureusement, la France est pour l'instant relativement absente de ces travaux. Seuls apparaissent les dix indicateurs clés de l'environnement de l'Institut français de l'environnement (www.ifen.fr). Les travaux pionniers de l'équipe du Réseau d'alerte sur les inégalités avec l'élaboration du BIP 40 (www.bip40.org), qui rassemble de très nombreuses variables (niveau de vie, éducation, santé, logement, etc.) mériteraient d'y figurer. De même que les travaux publiés tout récemment par deuxchercheurs français, Marc Fleurbaey et Guillaume Gaulier. Ces derniers construisent un indicateur final de niveau de vie, qui corrige le niveau de richesse monétaire par différents indicateurs, estimés par la méthode des revenus équivalents.  A partir d'hypothèses sur les comportements des ménages, les auteurs évaluent ce qu'un individu serait prêt à payer pour disposer d'une espérance de vie plus élevée, d'un risque de chômage moins grand, etc. (2).

Chacun de ces indicateurs montre l'ampleur de l'écart qui sépare la richesse monétaire du bien-être, et leurs évolutions divergentes. I1 reste pourtant beaucoup de chemin à faire pour que ces données soient véritablement prises en compte dans le débat public et utilisées pour évaluer les décisions. Pour l'heure, les élus paraissent davantage sensibles ... aux données des sondages.

(1) Voir www.oecd.org/oecdworldforum
(2) Voir "Comparaison internationale de niveaux de vie. Un nouvel indicateur" sur  www.telos-eu.com

Source: Alternatives Economiques, Louis Maurin, November 2006