Résumés : Réputation et classement – L’impact des classements internationaux sur la stratégie et les pratiques des établissements

 

Classements d’établissements : opportunités et risques de relégation réels

Auteur : Andrys Onsman, Professeur agrégé, Coordinateur des programmes de développement institutionnel, Université de Monash (Australie)

 

Les universités australiennes accordent plus d’importance à certains classements d’établissements qu’à d’autres. Ainsi, parmi les classements internationaux, celui du Times Higher Education Supplement (THES) est généralement préféré à celui du Jiao Tong, sans doute parce que les universités australiennes jouissent d’une meilleure réputation dans le premier. À l’échelon national, l’Institut de recherche appliquée en sciences économiques et sociales de Melbourne (MIAESR) bénéficie d’une solide réputation. Cependant, le classement qui intéresse le plus les universités australiennes est celui établi par le Fonds pour les performances en matière d’apprentissage et d’enseignement (LTPF) du gouvernement fédéral, car c’est celui dont l’impact financier est le plus immédiat et le plus médiatisé. À l’instar de la priorité quasi-exclusive accordée par les universités américaines aux classements publiés dans l’US News & World Report, les universités australiennes s’intéressent bien plus aux études comparatives nationales qu’à celles effectuées à l’échelon international. Les universités figurant en queue de classement affirment que tout exercice de ce type est, par principe, imparfait, et plus favorable à certains établissements qu’à d’autres ; elles soutiennent par ailleurs qu’une évaluation de la qualité basée sur des critères de performance génériques ne peut qu’être déséquilibrée du point de vue qualitatif. Dans quelle mesure peut-on justifier la critique formulée à l’encontre des classements, à savoir que ceux-ci laissent entendre que certaines universités sont meilleures et d’autres moins bonnes alors qu’en réalité les universités sont toutes différentes ? Ne s’agit-il pas plutôt d’un prétexte mis en avant par les universités les moins performantes dans ces classements ?

« Can’t Get No Satisfaction ? » Opportunités et difficultés suscitées par le classement CHE concernant l’évaluation comparative de la satisfaction des étudiants en Allemagne, aux Pays-Bas et dans les Flandres

Auteur : Don F. Westerheijden, Dr, CHEPS, Université de Twente (Pays-Bas)

Ce rapport présente brièvement les résultats d’un projet pilote dans le cadre duquel les EES néerlandais et belges (flamands) ont pris part au classement établi par le Centre pour le développement des écoles supérieures (CHE). Le classement CHE est généralement présenté, dans les publications spécialisées, comme la « meilleure pratique » de classement des programmes éducatifs dès lors que l’on souhaite mettre l’accent sur l’information des étudiants (potentiels). L’objectif de ce projet était d’évaluer, dans un contexte non germanophone, la méthodologie retenue dans le classement CHE. Les données utilisées ont été collectées auprès des établissements participants, et un sondage a été réalisé au sein de la population étudiante concernée.
L’auteur met en évidence les opportunités, mais surtout les difficultés, nées de la comparaison internationale des mesures de la satisfaction des étudiants. Il s’efforce notamment d’apporter des éléments de réponse aux questions suivantes : quels sont les effets des différents barèmes et principes de classement utilisés (différentes valeurs centrales d’intervalles ; tendance variable à utiliser les extrêmes…) ? Comment interpréter les résultats ? Quels sont les effets des niveaux d’exigences ? Ces écarts jouent-ils au détriment de certains pays ? Il est prévu que d’autres projets pilotes soient organisés, qui permettront de tirer des enseignements plus complets. La mise en œuvre de ces projets fera l’objet de mises à jour régulières.

Collaboration internationale et impact des classements

Auteur : Rebecca Hughes, Directrice, Centre for English Language Education, Université de Nottingham (Royaume-Uni)

La question posée par l’auteur de ce rapport est la suivante : la transparence des classements de fournisseurs d’enseignement supérieur aura-t-elle pour effet de promouvoir ou d’entraver l’essor de la collaboration inter-établissements à l’échelon international ?  Deux scénarios sont envisagés. L’un se base sur la position courante des EES, axée sur la compétitivité, et l’autre met l’accent sur l’effet potentiellement stimulant des classements sur certains objectifs plus larges de ces mêmes EES, notamment le renforcement des capacités.
Les classements peuvent être considérés comme un outil analytique à même de faciliter, pour les EES, la planification stratégique des collaborations ainsi que la gestion des risques qu’elles comportent. Ils devraient par ailleurs faciliter l’accès aux informations concernant la nature et la qualité de l’enseignement dispensé, notamment lorsqu’un établissement est peu connu au-delà de ses frontières nationales. En fournissant le détail spécifique des programmes, ils peuvent optimiser le déploiement ciblé de partenariats présentant un intérêt stratégique national, tant pour les établissements matures que pour les établissements émergents (par exemple si ces partenariats sont établis dans une discipline donnée, à même de couvrir certains besoins spécifiques de renforcement des capacités). Bien conçus, les critères employés dans les classements internationaux peuvent donc largement contribuer à servir certains des objectifs les plus ambitieux affichés par les fournisseurs d’enseignement supérieur et les responsables politiques nationaux.
À l’inverse, le fait que les informations relatives à la réputation des EES - et aux prix qui leur sont décernés - soient disponibles sur le marché peut susciter, de la part des EES les mieux classés ou aspirant à remonter dans les classements, des pratiques visant avant tout à minimiser les risques. Ce type de comportement peut par exemple avoir pour conséquence des  collaborations établies exclusivement entre des établissements jouissant d’un statut similaire dans les classements, ou encore une dévalorisation active des collaborations internationales. Cette excès de prudence aurait pour effet d’exclure tout lien potentiellement bénéfique entre partenaires institutionnels récents et anciens, du Nord et du Sud, ou encore anglo-saxons et non anglo-saxons (pour ne citer que quelques contraires).
Forte d’une expérience acquise au fil des ans en matière d’établissement et d’assurance qualité des relations de collaboration au sein d’une université britannique, l’auteur souligne la nécessité de définir des critères favorables à des collaborations stimulantes du point de vue académique, au fait des enjeux éthiques, et innovantes, entre les établissements et les cultures.

Les sondages auprès des diplômés, un instrument de mesure complémentaire dans le classement des universités

Auteur : Gero Federkeil, Centre for Higher Education Development (CHE) (Allemagne)

Qu’ils soient nationaux ou internationaux, les classements d’établissements d’enseignement supérieur se sont largement diversifiés. Les deux classements les plus influents à l’échelon mondial, à savoir ceux de l’Université Jiaotong de Shanghai et du Supplément du Times consacré à l’enseignement supérieur, portent principalement sur les performances des EES en matière de recherche. Bien que certains avis critiques s’élèvent concernant la spécificité des problèmes rencontrés dans chaque discipline et la « préférence nationale » couramment pratiquée, l’analyse bibliométrique et le nombre de citations sont encore largement employés comme critères de référence pour mesurer la productivité des établissements dans le domaine de la recherche. En matière d’enseignement et d’apprentissage, en revanche, la mesure des retombées ou de la “valeur ajoutée” de l’éducation est encore absente des classements d’EES, notamment des classements internationaux.

Le Centre for Higher Education Development (CHE) publie, depuis 1998, un classement des établissements d’enseignement supérieur allemands qui présente les mêmes défauts : la plupart des indicateurs utilisés dans ce classement renvoient à des variables liées aux intrants et aux processus. En Allemagne, les disciplines sont très peu nombreuses (médecine, pharmacie) à avoir mis en place des examens nationaux susceptibles de fournir aux classements une mesure comparative des performances des EES.

Le CHE a donc commencé à intégrer à son classement les résultats de sondages menés auprès des diplômés, afin d’enrichir ce classement d’informations émanant du marché de l’emploi. Ces sondages peuvent en effet fournir des données concernant l’entrée des diplômés dans la vie professionnelle, mais également le déroulement de leur carrière. Les données probantes collectées montrent que les écarts constatés d’un établissement à l’autre en termes de réussite professionnelle dépendent, dans une large mesure, des effets observés sur le marché régional de l’emploi. Or il n’existe à ce jour aucune méthode démontrée pour identifier ces effets, ce qui permettrait d’attribuer les écarts inter-universités aux établissements eux-mêmes. Mais parallèlement, les sondages menés auprès des diplômés peuvent nous informer sur le regard que portent ces derniers, à l’aune de leur expérience professionnelle, sur le contenu des programmes et les conditions d’enseignement ; ces sondages permettent par ailleurs aux diplômés d’évaluer eux-mêmes les compétences et qualifications acquises grâce à ces programmes, par rapport aux exigences réelles de la vie professionnelle. Bien que les sondages menés auprès des diplômés ne permettent pas de mesurer directement les retombées de l’éducation ou les compétences des diplômés, leurs résultats peuvent toutefois faire office de mesures des retombées de l’enseignement supérieur. C’est ce que s’efforce de démontrer ce rapport, à l’aide d’une série exemples tirés des sondages du CHE.


 

 


 

 

 

 

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