Résumés : Entre besoins et attentes de la société et autonomie des établissements : qui décide des paramètres à évaluer et des méthodes d’évaluation à employer ?

 

Accréditation supranationale, confiance et autonomie des établissements

Auteurs : Alberto Amaral, Directeur, Institution Centro de Investigação de Políticas de Ensino Superior (CIPES) et Maria Joao Rosa (Portugal)

 

À l’échelon européen, certains soulignent la nécessité de conférer une autonomie accrue aux établissements d’enseignement supérieur, alors même que d’autres exigent que ces derniers rendent davantage de comptes concernant leurs activités et leurs performances. Par ailleurs, l’Europe se dote à l’heure actuelle d’un système d’assurance qualité, qui repose sur les normes et lignes directrices européennes adoptées à Bergen.
Certaines des initiatives menées actuellement ont pour objet de définir les normes auxquelles devront se plier les agences européennes pour pouvoir faire partie du registre européen. D’autres revendications visent, en revanche, à garantir que l’interprétation de ces normes s’effectue en tenant compte des spécificités propres à chaque système d’enseignement supérieur national, du rôle de chaque agence au sein du système d’assurance qualité, voire de la culture et des traditions nationales. Récemment, les conditions à respecter pour pouvoir figurer au registre européen sont ainsi passées d’une « conformité totale à l’ensemble des normes » à une « large conformité » à ces normes, ce qui risque d’ouvrir la voie à des divergences d’interprétation, à une marge d’imprécision considérable et à divers degrés de flexibilité et de conformité.
Parallèlement, les tendances observées récemment aux États-Unis font apparaître, au niveau des autorités fédérales, une volonté émergente de jouer un rôle plus visible dans la réglementation de l’enseignement supérieur, manifestée par l’intervention accrue du système d’accréditation, sous couvert d’un renforcement de l’obligation redditionnelle des établissements. Cette tendance incite naturellement à établir un parallèle avec la situation observée en Europe.
Dans ce rapport, les auteurs analysent cette évolution et ses conséquences potentielles en termes d’équilibre entre d’une part les besoins et attentes de la société, et d’autre part l’autonomie des établissements.

 

L’assurance qualité dans les établissements d’enseignement technologique (EET) grecs à la lumière de la politique du Réseau européen pour l’assurance qualité (ENQA) : Enjeux et perspectives

Auteurs : Maria Kaparou, Tutrice de cours, Établissement d’enseignement technologique de Chalkis (Grèce) ; George Kaimakamis, Tuteur de cours, Établissement d’enseignement technologique de Chalkis (Grèce) ; Maria Panta, Directrice de département, Établissement d’enseignement technologique de Chalkis (Grèce)

Ce rapport met en lumière les principales raisons pour lesquelles la réussite professionnelle des diplômés n’est, pour l’instant, pas utilisée comme instrument de mesure des retombées ou des performances des EES. L’auteur souligne la nécessité d’intensifier les réflexions et les efforts visant à élaborer des indicateurs pertinents. On attend notamment des établissements d’enseignement supérieur qu’ils proposent des services d’enseignement et de formation en adéquation avec les besoins du marché de l’emploi. C’est la raison pour laquelle le succès rencontré par les diplômés sur le marché de l’emploi est souvent considéré comme l’instrument le plus évident pour mesurer les retombées de l’enseignement supérieur. Dans un certain nombre de pays, des échantillons représentatifs de la population de diplômés sont ainsi constitués, l’objectif étant de fournir des informations utiles au gouvernement, aux EES ou encore aux étudiants potentiels, en vue de les aider à prendre des décisions éclairées.
Cependant, le lien entre les intrants mobilisés dans l’enseignement supérieur (programmes, cours, certificats etc.) et les indicateurs du marché de l’emploi (taux d’activité, niveau de revenus, etc.) est loin d’être simple. De nombreux facteurs influencent l’évolution professionnelle des diplômés : il s’agit notamment de leurs caractéristiques personnelles, mais aussi des conditions et des pratiques professionnelles à l’œuvre (à l’échelon des régions et des branches d’activité). Faire de la réussite professionnelle des diplômés le principal critère utilisé pour comparer les établissements, les régions ou même les pays s’accompagne donc de défis insurmontables. Par ailleurs, la réussite sur le marché de l’emploi ne peut raisonnablement être reflétée par un ou deux chiffres simples. La sélection, la collecte et l’interprétation des données requises sont des tâches complexes. Les informations concernant les retombées de l’enseignement supérieur en termes d’emploi peuvent présenter un intérêt considérable pour la gestion de la qualité et la gouvernance, ou servir de point de départ à une réflexion élargie sur l’enseignement supérieur. Toutefois, en tant qu’indicateur de performance, elles doivent être traitées avec la plus grande prudence.

L’obligation redditionnelle, une exigence accrue : avancée réelle ou évolution à double tranchant ?

Auteur : Jamil Salmi, Coordinateur, Banque Mondiale (États-Unis)

Ces dix dernières années, l’obligation redditionnelle est devenue une exigence clé dans la plupart des régions du monde. Les gouvernements, les parlements et la société au sens large exigent de plus en plus des universités qu’elles justifient la façon dont elles utilisent les ressources publiques, mais aussi qu’elles rendent compte plus en détail de leurs performances en matière d’enseignement et de recherche. Cette tendance est-elle positive pour l’enseignement supérieur ? Ou l’obligation redditionnelle est-elle au contraire devenue trop lourde, au risque de tuer dans l’œuf les initiatives des chefs d’établissements ? Cet article présente cette exigence accrue vis-à-vis des universités, étudie certaines des conséquences négatives de cette évolution, et avance quelques principes directeurs permettant de mettre en place une approche mesurée vis-à-vis de l’obligation redditionnelle des établissements d’enseignement supérieur. L’auteur constate que l’impulsion mondiale en faveur d’un renforcement de l’obligation redditionnelle a accru la complexité du rôle des dirigeants d’universités, en transformant les compétences exigées de leur part et partant, les besoins de renforcement des capacités au sein de la direction des universités. L’auteur conclut en faisant remarquer que l’obligation redditionnelle n’a de sens que si les établissements d’enseignement supérieur sont réellement autorisés à mener leurs activités de façon autonome et responsable.

Le système de responsabilité mis en œuvre à l’Université du Texas

Auteur : Geri Malandra, Rectrice chargée de la gestion stratégique au sein du University of Texas System, organisé autour de quinze campus (États-Unis)

S’appuyant sur une étude de cas consacrée au University of Texas System, l’auteur de cette présentation présente l’élaboration d’un système global de responsabilité et analyse son impact, au vu des exigences de responsabilité et de transparence formulées dans l’État du Texas et, de façon plus générale, aux États-Unis.
L’auteur explique que l’identification et l’évaluation des retombées de l’apprentissage dont jouissent les étudiants fait partie intégrante de tout cadre de responsabilité digne de ce nom ; l’étude de ces retombées hors contexte présente en effet un intérêt limité. Dès lors qu’ils s’inscrivent dans un cadre de responsabilité, ces efforts peuvent en revanche fournir aux établissements, aux administrateurs et aux conseils de direction les informations nécessaires pour engager une réforme et améliorer la réussite des étudiants. L’auteur de cette présentation s’efforcera d’évaluer l’impact de cette approche non seulement pour les établissements mûrs, de grande envergure, mais aussi pour leurs homologues de taille limitée et plus récents.

À quoi bon ? Pertinence et impact de l’assurance qualité

Auteur : Professeur Vin Massaro, Chargé de recherche au rang de Professeur, LH Martin Institute for

Higher Education Leadership and Management, Université de Melbourne (Australie)


La démarche consistant à mener des processus d’assurance qualité externes dans les universités vise notamment à garantir à la société que les niveaux de référence appliqués dans l’enseignement supérieur sont adaptés, mais aussi, compte tenu de la mondialisation du secteur, que ces niveaux sont comparables d’un pays à l’autre. Bien que la société ait accepté l’accord tacite conférant une certaine autonomie aux universités en contrepartie de leur mission sociale désintéressée, elle exige de plus en plus que les universités lui rendent des comptes concernant les privilèges et le financement dont elles bénéficient. La mise en place de systèmes d’assurance qualité vise ainsi à faire respecter cette obligation redditionnelle ; cette démarche ne peut toutefois être fructueuse que si l’évaluation tient compte des besoins et exigences clés de la société, tout en étant menée de façon transparente.
Ainsi, dans certains pays comme l’Australie, l’assurance qualité porte généralement sur ce qui est mesurable, plutôt que ce qui est réellement pertinent, si bien qu’en dépit d’une conformité totale aux exigences préétablies, le système ne parvient pas à informer le grand public, à opérer une amélioration continue de l’enseignement dispensé, ni à fournir une mesure comparable de la qualité des établissements. Le premier cycle de l’assurance qualité a consisté à évaluer l’adéquation des processus, plutôt que la qualité des retombées, en partant du principe que la qualité des processus ne peut que se traduire par la qualité des retombées. Il est prévu que les évaluations menées dans le cadre du second cycle de l’assurance qualité portent sur certaines retombées de l’apprentissage ; toutefois, en raison des modalités d’évaluation, rien ne garantit que cette approche débouche sur des niveaux de référence comparables.
L’idée clé qui sous-tend ce rapport est la suivante : la société a le droit de savoir si ses établissements d’enseignement supérieur sont capables de répondre à ses attentes, l’intérêt étant de garantir que les étudiants reçoivent bel et bien une qualité d’enseignement à même de leur apporter non seulement les connaissances techniques requises pour exercer une activité professionnelle, mais aussi les connaissances et compétences générales nécessaires pour participer pleinement à la vie sociale. L’auteur entend démontrer que les évaluations menées dans le cadre de l’assurance qualité doivent mesurer les retombées à l’aune de critères appliqués à l’échelon international. Ce rapport analyse les résultats de plusieurs systèmes d’assurance qualité, puis propose un cadre d’évaluation basé sur des critères de mesure reconnus à l’échelon international.

Regagner la confiance du public dans un environnement concurrentiel : L’avis des Présidents de facultés et d’universités américaines

Auteur : Peter Eckel, Docteur, American Council on Education (États-Unis)
 
Les universités américaines se retrouvent dans un étau, en raison de contraintes budgétaires, de l’évolution des politiques publiques, et des besoins et des exigences accrus de la société. D’un côté se trouvent les contraintes liées aux réalités du marché, caractérisé par une vive concurrence entre les EES autour du recrutement des étudiants, des ressources financières, du prestige et de la couverture médiatique. D’un autre côté, les universités américaines sont contraintes non seulement de remplir leur traditionnelle mission sociale, mais aussi de contribuer aux objectifs traditionnellement assignés aux politiques publiques, à savoir proposer des programmes à prix abordables, garantir l’accès du plus grand nombre et assurer la qualité de l’enseignement dispensé. Comment les universités américaines parviennent-elles à concilier ces exigences et priorités souvent contradictoires ? Comment leurs dirigeants conçoivent-ils ces tensions et contradictions ? Quelles solutions les Présidents d’universités proposent-ils pour avancer dans ces deux domaines ?
Ce rapport s’appuie sur les réflexions et conclusions des groupes de travail constitués de Présidents de facultés et d’universités et de chefs d’établissements nationaux d’enseignement supérieur, réunis dans le cadre de l’American Council on Education. Voici précisément les thèmes abordés par ces groupes de travail :
Comment les chefs d’établissements parviennent-ils à orienter leur stratégie sur la voie d’objectifs publics prédéfinis, tout en maintenant leur compétitivité ? Quelles sont les tensions qui opposent les prérogatives académiques, les intérêts et les besoins du public, et les opportunités de marché ? Comment l’enseignement supérieur renouvelle-t-il (ou maintient-il voire, dans certains cas, regagne-t-il) la confiance et l’estime du public et des décideurs de chaque État ? Quel impact l’intensification de la concurrence a-t-elle sur l’enseignement supérieur ? En quoi celle-ci affecte-t-elle les objectifs traditionnellement assignés aux politiques publiques, à savoir proposer des programmes à prix abordables, garantir l’accès du plus grand nombre et assurer la qualité de l’enseignement dispensé ?
Ce rapport s’intéresse au point de vue des Présidents d’universités américaines concernant les deux grands enjeux que sont la concurrence et la confiance publique, esquisse une série de stratégies de gouvernance et présente de façon détaillée les grands enjeux de demain.

 

 

 

 

Also Available