Ressources en eau dans l'agriculture : perspectives et enjeux de l'action publique

 


 
L’agriculture mondiale va devoir relever un défi colossal dans les quarante prochaines années : produire près de 50 % de nourriture en plus d’ici à 2030 et doubler la production à l’horizon 2050. Il lui faudra probablement y parvenir avec moins d’eau, principalement à cause des pressions exercées par une urbanisation croissante, l’industrialisation et le changement climatique.

Par conséquent, à l’avenir, il faudra que les agriculteurs reçoivent les bons signaux, de manière à ce que l’utilisation de l’eau soit plus rationnelle et à ce que sa gestion en agriculture s’améliore, d’autant plus que ce secteur est le principal utilisateur d’eau dans la plupart des pays.

Projections sur l’eau à l’horizon 2050

Les projections de l’OCDE concernant l’utilisation d’eau à l’horizon 2050 mettent en évidence plusieurs problèmes auxquels devront s’attaquer les responsables de l’action publique. Par exemple, la proportion de la population mondiale soumise à un stress hydrique prononcé, qui vit principalement dans les pays en développement, devrait passer de 44 % en 2005 à 47 %. Il se pourrait que l’agriculture ait besoin de moins en moins d’eau, en valeur absolue comme en pourcentage du volume utilisé à l’échelle mondiale, moyennant des améliorations du rendement hydraulique.

Prélèvements d’eau dans le monde à 2050 : projections de l’OCDE

Par secteur

Part de l’agriculture dans les prélèvements totaux

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Beaucoup de pays d’Asie, d’Afrique et du Moyen Orient figureront parmi ceux où la pression exercée sur les ressources en eau sera la plus forte, en grande partie à cause de l’augmentation des volumes utilisés en dehors de l’agriculture. La technologie et l’amélioration de la gestion des ressources peuvent se révéler utiles.

Les membres de l’OCDE continueront d’exporter massivement des produits agricoles à destination de ces pays, ce qui nécessitera de perfectionner la gestion des ressources en eau en agriculture dans les pays de l’OCDE, en veillant à ce que les besoins de l’environnement soient satisfaits.

Si la hausse des prix de l’eau et de l’énergie se répercutait sur les prix des aliments, elle pourrait stimuler l’adoption des technologies modernes d’irrigation, ce qui économiserait de l’eau et élèverait les rendements. Néanmoins, cela risquerait aussi de provoquer le développement de l’irrigation sur les terres fragiles.

Plusieurs stratégies de gestion des exploitations et approches technologiques sont appliquées dans l’optique d’améliorer la gestion des ressources en eau. Le développement de cultivars qui résistent à la sécheresse en est un exemple. L’accent est mis également sur les outils d’aide à la décision permettant d’étayer les stratégies de gestion de l’eau, comme les liaisons informatiques entre les appareils de mesure de l’humidité du sol et les réseaux d’irrigation au goutte à goutte.

Changement climatique, agriculture et eau

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat et de nombreux organismes publics des pays de l’OCDE prévoient que les régimes hydrologiques vont se modifier et devenir variables sous l’effet du changement climatique. En ce qui concerne l’agriculture, cela suppose des changements dans le calendrier saisonnier des précipitations et de la fonte des neiges, ainsi qu’une multiplication et une aggravation des inondations et des sécheresses.

Les approches de l’atténuation et de l’adaptation appliquées dans l’agriculture devront être renforcées. Elles seront probablement plus efficaces si elles s’inscrivent dans des stratégies à long terme étroitement liées aux réformes de la politique agricole, à la politique de gestion des risques et aux démarches économiques.

Politiques de l'eau et politiques de soutien à l’agriculture

Dans la mesure où les prévisions font état d’une hausse de la demande de produits alimentaires et d’eau, et d’une aggravation des pressions liées au changement climatique, l’agriculture sera une cible déterminante de l’action publique car elle consomme à peu près 70 % des volumes d’eau douce prélevés dans le monde (45 % dans les pays de l’OCDE).

Les montants facturés aux exploitations agricoles pour l’eau qui leur est fournie ont augmenté dans les pays de l’OCDE. Souvent, néanmoins, les agriculteurs n’acquittent que les coûts d’exploitation et de maintenance de la fourniture de l’eau, et la part de l’agriculture dans les coûts d’investissement dans les infrastructures hydrauliques n’est récupérée qu’en petite partie, voire pas du tout (cf. tableau ci-dessous). Dans les pays où les agriculteurs paient désormais l’eau plus cher, les données disponibles indiquent que cela ne s’est pas traduit par une diminution de la production agricole. Quoi qu’il en soit, les prix de l’eau reflètent rarement la valeur de rareté et la valeur sociale, ou bien les coûts et avantages environnementaux.


Récupération des coûts1 de la fourniture d’eau de surface aux exploitations agricoles dans les pays de l’OCDE2 - 2008

1. Le coût total de la fourniture d’eau aux exploitations comprend : les coûts d’exploitation et de maintenance (entretien et réparation des infrastructures d’irrigation, par exemple) et les coûts d’investissement, qu’il s’agisse du renouvellement des ouvrages (remplacement de canaux d’irrigation, par exemple) ou de la construction d’ouvrages nouveaux (édification d’un barrage, par exemple).

2. Nous ne disposons pas de ces informations sur les membres de l’OCDE suivants : Allemagne ; Belgique ; Islande ; Luxembourg ; Norvège ; République slovaque ; République tchèque.


La politique de gestion des eaux souterraines prévoit en général un régime d’autorisations et d’autres instruments réglementaires. Toutefois, les prélèvements illégaux d’eau souterraine sont difficiles à mesurer et à empêcher, et ils continuent de représenter un obstacle majeur à la durabilité des activités agricoles.

Les mesures de soutien à l’agriculture fondées sur la production sont susceptibles d’encourager une utilisation moins efficiente de l’eau, d’engendrer de la pollution en dehors des exploitations et d'aggraver les inondations. Cependant, il est difficile de mettre en évidence et de chiffrer l’efficience économique et l’efficacité environnementale globales du soutien agricole du point de vue des ressources en eau, et des analyses supplémentaires sur les relations de causes à effets sont nécessaires.

Les pays de l’OCDE ont dans une certaine mesure réduit le niveau du soutien et découplé celui-ci de la production et de l’utilisation d’intrants (dont l’eau et l’énergie). Ces réformes se traduisent par une utilisation plus efficace de l’eau, une meilleure adaptation à la rareté de l'eau et une diminution de la pollution en dehors des exploitations.

Enjeux futurs

L’action publique axée sur la gestion des ressources en eau en agriculture sera influencée à l’avenir par des facteurs nombreux et variés. En ce qui concerne les pays de l’OCDE, la gestion des exploitations et les technologies agricoles, le changement climatique et la variabilité du climat, de même que le coût du pompage de l’eau imputable à l’énergie, seront particulièrement importants.

Dans la publication Sustainable management of water resources in agriculture, l’OCDE analyse les défis à relever pour gérer les ressources en eau rationnellement dans l’agriculture, répondre à la hausse de la demande de produits alimentaires et faire face aux répercussions du changement climatique. Dans cet ouvrage, il est indiqué qu’il faudra notamment que les responsables de l’action publique :

  • prennent acte de la complexité et de la diversité de la gestion des ressources en eau dans l’agriculture, compte tenu d’équilibres variables entre l’offre et la demande d’eau aux échelles régionale et nationale ;
  • renforcent les institutions et les droits de propriété qui ont une incidence sur la gestion de l’eau en agriculture ;
  • fassent en sorte que les factures acquittées par les agriculteurs reflètent au moins les coûts de fourniture dans leur totalité ;
  • améliorent l’intégration et la cohérence des politiques de l’agriculture, de l’eau, de l’énergie et de l’environnement ;
  • améliorent la capacité d’adaptation de l’agriculture aux répercussions du changement climatique et de la variabilité du climat ;
  • s’attaquent aux déficits de connaissance et d’information dans l’optique de mieux étayer la gestion des ressources en eau.

 

Références

 

Pour plus d'informations, visiter www.oecd.org/eau et www.oecd.org/agriculture/env.