Gestion des risques: Comment l’action publique peut-elle appuyer les stratégies des agriculteurs ?

 

 

La production agricole fait l’objet de nombreuses incertitudes dont peuvent dépendre les recettes, voire même la viabilité des exploitations, aussi la gestion des risques fait-elle partie intégrante des stratégies commerciales des agriculteurs. La prévalence des sources de risques, notamment météorologiques, auxquels se trouvent exposés beaucoup d’agriculteurs à la fois est propre à ce secteur.

La gestion de ces risques fait généralement intervenir des instruments aussi différents que la diversification de la production, l’irrigation, les marchés à terme, l’assurance et les contrats de production/commercialisation, ainsi que des activités et biens non agricoles.

Comme le constate le rapport Gestion des risques en agriculture : un cadre conceptuel global, les gouvernements ont un rôle à jouer pour faciliter l’accès aux stratégies, de marché notamment, tout en donnant aux exploitants agricoles les moyens d’assumer la gestion des risques liés à leurs activités. 


Le rôle des pouvoirs publics
Les politiques de gestion des risques doivent cibler des défaillances du marché ou préoccupations d’équité bien précises. Certains marchés de gestion du risque sont incomplets c’est pourquoi tous les risques agricoles ne peuvent pas être assurés, mutualisés ou transférés à l’aide d’instruments de marché. Cela ne veut pas dire que le marché ne fonctionne pas, et le rôle que doivent jouer les pouvoirs publics dépend de l’ensemble du système de gestion des risques.

  • Le risque normal est fréquent mais ne cause pas trop de dommages ; il est généralement pris en charge au niveau de l’exploitation ou du ménage. La fiscalité ainsi que les systèmes généraux d’assurance médicale et sociale aident à gérer ce type de risque.
  • Les risques catastrophiques sont peu fréquents, mais font subir d’importants dommages à un grand nombre d’agriculteurs. Les incertitudes notables associées à ces événements et la possibilité de pertes substantielles font qu’il est difficile de trouver des solutions de marché, d’où un risque accru de défaillances du marché.
  • Entre ces deux extrêmes se trouve une catégorie de risque qui, parce qu’elle occupe une position intermédiaire en termes de fréquence du risque et d’ampleur des pertes, peut éventuellement être assurée.


Si leur champ d’application est large, les politiques visant les risques catastrophiques ou normaux couvrent une partie de la frange assurable et peuvent empêcher la mise en place de stratégies de marché ou de stratégies au niveau des exploitations. Il est donc très important pour les pouvoirs publics de bien caractériser les différents types de risques.

 

Tranches de risques et rôle possible des pouvoirs publics

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Politiques des pays de l’OCDE en matière de risques
Les mesures de politique agricole ont une incidence sur la gestion des risques. Dans plusieurs pays de l’OCDE, le soutien agricole est élevé. Les revenus supplémentaires qu’il procure aident à gérer le risque agricole et doivent être pris en compte avant de mettre en œuvre tout nouveau dispositif en matière de risques. Certaines mesures visent à réduire la probabilité des risques (réduction des risques) ou à limiter leurs effets sur les revenus ou la consommation (atténuation des risques et ajustement).

Pour réduire les risques, la plupart des pays de l’OCDE recourent au soutien des prix du marché en appliquant des mesures aux frontières qui ont généralement pour effet de stabiliser les prix intérieurs. Ils peuvent également offrir une assistance technique ou des aides à l’investissement, sous forme notamment de services de gestion de l’eau et d’inspection.

Des mesures ex ante d’atténuation des risques sont également utilisées, notamment des régimes fiscaux visant à assurer le lissage du revenu des agriculteurs. Certains pays vont plus loin en versant des paiements contracycliques fondés sur les prix ou les recettes, et offrent des aides à l’assurance ou en faveur des contrats à terme. Le soutien aux stratégies de diversification des revenus reste rare.

Des mesures ex post sont aussi prévues dans la plupart des pays, notamment des aides en cas de catastrophe, des mesures sociales et d’autres dispositions ad hoc telles que l’allègement de dette et le remplacement de main-d’œuvre. En général, la part des paiements liés au risque est plus importante dans les pays où les niveaux de soutien sont moins élevés.

L’approche globale de la gestion des risques de l’OCDE
La gestion des risques en agriculture dépend de tout un ensemble de mesures sectorielles et non sectorielles dont certaines peuvent prendre en charge une partie du risque. Cette situation peut avoir des effets imprévus sachant que les sources de risque, moyens d’action et stratégies de gestion des risques sont étroitement corrélés.
  • Les paiements contracycliques peuvent dissuader les agriculteurs de recourir à des moyens de couverture naturels du fait des corrélations négatives production/prix ; rendre les instruments de marché moins attractifs ; et contribuer à l’incomplétude des marchés.
  • Les aides à l’assurance peuvent dissuader les agriculteurs de mettre en place des stratégies de diversification.
  • Les aides en cas de catastrophes, si elles sont généreuses, peuvent évincer d’autres stratégies de gestion des risques.


Pour donner de bons résultats, les mesures de gestion des risques dans le secteur agricole impliquent une bonne gouvernance des risques passant par :

  • La création de marchés en remédiant aux défaillances du marché telles que l’insuffisance/l’asymétrie de l’information.
  • Des dispositifs de soutien et d’aide en cas de catastrophe qui n’incitent pas à la recherche de rente.
  • Des arbitrages entre les différents objectifs gouvernementaux :
     - Les politiques qui réduisent le plus les risques ne seront pas forcément les plus positives en termes de bien-être des agriculteurs.
     - Les mesures liées aux risques ont généralement des effets importants sur la production, ce qui va à l’encontre de l’objectif de réduire au maximum les effets sur les échanges

La récente volatilité des prix : le rôle des pouvoirs publics
Depuis 2007, les marchés des produits agricoles ont affiché une volatilité croissante, en particulier les cotations journalières sur les marchés à terme. Cette situation pourrait être liée à la participation croissante d’investisseurs non commerciaux, mais les données dont on dispose à ce sujet sont peu claires. Depuis deux ans, les cours au comptant mensuels du blé ont été très volatils mais moins toutefois  qu’après les crises économiques de 1929 et de 1973 qui se sont traduites par des ajustements, sur les prix les plus bas et les plus élevés respectivement. Dans ces deux cas, la volatilité est restée forte pendant quelques années jusqu’à l’établissement d’un niveau de prix plus stable.

 

Prix du blé : niveau et volatilité 1908-2009:
Données mensuelles pour “Blé toutes variétés, prix moyen pour chaque campagne États-Unis” de 1908-09 à 2008-09, données USDA/ERS

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En période de forte volatilité, les prix ne sont guère représentatifs des coûts et le fonctionnement du marché risque d’être moins efficace. Les pouvoirs publics doivent-ils intervenir ? Les études existantes ne peuvent pas confirmer que la stabilisation des prix améliore le bien-être, alors que le prix à payer pour assurer la stabilité des prix intérieurs est, on le sait, une plus forte instabilité des prix internationaux.

Toutefois, les coûts économiques de la stabilisation des prix résultent principalement de facteurs d’économie politique qui conduisent à fixer un prix « incorrect » qui ne rend pas compte des coûts d’opportunité économique, en particulier en période de forte volatilité. Telle a été l’expérience des accords internationaux sur les produits de base mis en place dans les années 70, qui ont peu à peu renoncé à la stabilisation des prix.

Les conséquences économiques de la stabilisation des prix vont très loin, dépendent de la nature des arrangements institutionnels, et exigent une analyse approfondie des coûts et avantages dans un cadre global.

 

Références

  • OCDE (2009), Gestion des risqué dans l'agriculture : une approche holistique

Pour plus d'information, visiter www.oecd.org/agriculture/policies/risk