Crise financière et récession : implications pour l’agriculture

 

 Les facteurs macroéconomiques ont eu une forte influence sur l’agriculture mondiale ces trois dernières années. La crise financière, la grave récession économique et les perspectives naissantes d'une reprise durable exigeront probablement des ajustements structurels à long terme.

La rareté du crédit, la contraction de la demande et la hausse du chômage se répercutent sur les activités et les régions agricoles, même si le secteur est moins touché que d’autres.

 













L’agriculture souffre moins de la récession économique

Lorsque la crise financière a éclaté en 2008, les prix nominaux des produits de base avaient atteint des sommets sans précédent. Suite à une forte réaction de l’offre à l’échelle mondiale, les prix de beaucoup de produits agricoles ont rapidement diminué en 2008, cette tendance étant renforcée par la récession économique mondiale, laquelle s’est accompagnée d’un fléchissement de la demande et d’une contraction des échanges.

Dans les Perspectives économiques intermédiaires qu’elle a établies en mars 2009, l’OCDE estimait que l’économie mondiale était en proie à la récession la plus profonde et la plus synchronisée depuis l'après guerre. Dans une large mesure, les répercussions de la crise sur les différents secteurs seront fonction de l’exposition de ceux-ci au durcissement des conditions du crédit et à la baisse de la demande.

Dans les pays de l’OCDE, l’agriculture devrait mieux s’en sortir que d’autres secteurs, pour plusieurs raisons : comparativement, son exposition financière est moindre, la demande est moins sensible à la contraction des revenus, les mesures de soutien en place ont amorti l'impact, et le secteur avait accumulé des revenus au cours de la récente période de prix élevés, nonobstant des différences importantes entre filières et entre exploitations.

La reprise qui s'est amorcée en 2009 dans de nombreuses économies de l'OCDE a maintenant gagné l'ensemble de la zone (Perspectives économiques de l'OCDE novembre 2009) et elle devrait se poursuivre au cours de cette année et de la suivante. Cependant, la lenteur de la reprise des dépenses de consommation signifie que la croissance de la zone de l'OCDE va probablement osciller autour de 1.9 % en 2010, et qu'elle atteigne 2.5 % en 2011.


Indicateurs macroéconomiques

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On s’attend à ce que la demande et les échanges de biens agricoles reflètent la performance de l'économie mondiale. Les effets sur la demande seront sans doute moindres dans le cas des consommateurs à revenu élevé, dont la demande est peu élastique par rapport à leur revenu pour la plupart des produits agricoles, que dans celui des consommateurs à faible revenu. Ils peuvent aussi varier fortement d’un produit agricole à un autre. La demande de certains produits carnés ou laitiers pourrait diminuer du fait qu’elle est plus élastique par rapport aux revenus.

Indices des prix des produits de base

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Les ménages agricoles subiront aussi une baisse des revenus qu’ils tirent de leurs activités hors exploitation, la récession et la hausse du chômage se propageant à l’économie des zones rurales. Les entreprises de transformation des aliments, la distribution, les secteurs axés sur les exportations et les coopératives intégrées verticalement seront probablement plus sensibles à la rareté persistante du crédit.

Les Perspectives agricoles de l’OCDE prévoient que l’élevage sera la filière la plus touchée par la récession…
Les Perspectives agricoles 2009 2018 analysent l’effet d’une baisse des revenus se traduisant par un redressement plus lent des prix, de la production et de la consommation de produits agricoles. De manière générale, l’impact devrait être modéré si la reprise économique se poursuit rapidement comme cela semble être le cas.

On s’attend à ce que les éleveurs souffrent davantage que les cultivateurs des ajustements de la demande, qui seront plus sensibles dans les pays en développement que dans la zone de l’OCDE. La demande et les prix des produits d’origine animale comme la viande bovine, le beurre et le fromage seront les plus touchés.

D’après les Perspectives, en ce qui concerne les céréales, ce sont les prix du maïs qui réagiront le plus au recul de la croissance du PIB, ce qui fait écho au fait que ce produit soit principalement utilisé dans l’alimentation du bétail.

Croissance du PIB négative en 2009, la réprise a déjà commencé

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…et examinent les liens avec le prix du pétrole, aujourd’hui plus étroits
Les liens entre les prix des produits végétaux et les prix de l’énergie sont aujourd’hui plus forts. Les marchés du pétrole brut et de l’énergie influencent depuis longtemps l’offre de produits végétaux compte tenu de leur incidence directe sur  les prix des engrais, des pesticides et autres produits chimiques, les coûts de transport et les coûts de transformation.

Cependant, la demande est à son tour concernée elle aussi dans une certaine mesure. La naissance de filières biocarburants fondées sur les matières premières agricoles, notamment sur les grands marchés producteurs et exportateurs de produits végétaux de pays de l’OCDE, donne lieu à une relation plus dynamique avec les marchés du pétrole brut, en particulier dans le cas des céréales, des graines oléagineuses et du sucre, mais aussi, indirectement, avec d’autres cultures en concurrence pour l'utilisation des terres.

Un retour des prix élevés du pétrole aux alentours de 100 USD par baril ferait augmenter les prix des produits végétaux de 20 à 30 % supplémentaires, et les prix des produits d’origine animale de 10 % environ. Les éleveurs subissent les conséquences de la hausse des prix de l’énergie, du fait que l’augmentation des prix des végétaux majore le coût des aliments du bétail.

Les prix prévus en 2009-10 varient en fonction des scénarios

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Le resserrement du crédit a des répercussions dans certains segments du secteur agroalimentaire
Un examen plus général des problèmes soulevés par la crise financière, à partir d’une enquête auprès de quelques entreprises, indique que le secteur agroalimentaire résiste assez bien à la récession. Toutefois, les secteurs en aval ont du mal à accéder au crédit. Les contraintes qui pèsent sur le financement du commerce extérieur ont des conséquences importantes sur les entreprises et si les marchés du crédit ne se détendaient pas, la viabilité de ces dernières pourrait se trouver en péril. L’accès au crédit est considéré comme la question clé, en particulier par les petites entreprises agroalimentaires aussi bien dans les pays de l’OCDE que dans les pays non membres.

Pour les responsables de l’action publique, puisque la reprise progresse, le moment est peut-être venu de s’interroger sur :
  • les réformes structurelles qui amélioreraient la capacité de l’agriculture à rebondir en cas de récession et de crise économiques ;
  • la nécessité de résister à la tentation protectionniste et de maintenir les marchés agricoles ouverts pour faciliter la reprise ;
  • la marche à suivre pour que des ressources financières restent accessibles aux entreprises agroalimentaires viables, et disponibles pour faciliter les échanges ;
  • la manière de faciliter l’adaptation de l’agriculture aux mutations structurelles dans l’environnement changeant du marché du crédit et du marché financier.
  • les incidences sur le secteur de la consolidation fiscale prolongée qui s'annonce.

 

Réferences