Science et technologie

« Made in the world » : une nouvelle vision des échanges

 

La nouvelle base de données sur les échanges en valeur ajoutée, développée par l’OCDE et l’OMC, améliore tant la manière de mesurer ce domaine que l’approche des décideurs politiques. Cette initiative renouvelle notre vision des échanges et les hisse parmi les priorités de la Présidence britannique du G8.

La cérémonie d’ouverture des JO de Londres en juillet 2012 a magnifiquement illustré l’avènement de la révolution industrielle : des cheminées d’usine émergeant du stade, de fiers ingénieurs à leurs côtés. Berceau de l’usine moderne et de la machine à vapeur, le Royaume-Uni a ouvert la voie à une transformation fondamentale de la production. Des années durant, sa capacité à produire en abondance des marchandises bon marché lui a conféré une place unique sur la scène mondiale.

Au cours des dernières années, les modes de production ont connu une nouvelle révolution. Les produits d’aujourd’hui, qu’il s’agisse d’avions gros porteurs ou de petits appareils électroniques comme les iPods, sont composés de produits intermédiaires. Matériels (boîtiers, ailes ou roues) ou immatériels (études de conception ou programmes informatiques), ceux-ci proviennent de différents pays et sont assemblés en produits finis au sein d’une chaîne de valeur mondiale. Aussi, le produit est de plus en plus souvent « fabriqué dans le monde entier » plutôt que « fabriqué en Grande-Bretagne » ou « fabriqué en Chine ».

La nouvelle base de données OCDE/OMC sur les échanges en valeur ajoutée (ÉVA) démontre sans ambiguïté que la clé de la réussite actuelle réside moins dans la production et la vente de produits finis que dans l’exploitation habile des avantages comparatifs nationaux, l’objectif étant de créer le maximum de valeur ajoutée tout au long de la chaîne de production. Cette nouvelle perspective contraint les hommes politiques, à commencer par moi-même, à repenser les modalités de fonctionnement de la production et des échanges mondiaux.

Tout d’abord, cette perspective remet en question la logique de restriction des importations, obtenue par les droits de douane, quotas, mesures de défense commerciale, ou les réglementations inutilement contraignantes. Les consommateurs n’ignorent plus que les facteurs de production ont un impact sur le prix des produits. Par exemple, la hausse des coûts énergétiques accroît les prix des denrées alimentaires, l’énergie constituant un facteur de production majeur dans le cycle des produits agricoles. Il en va de même pour le reste de l’économie. Chaque livre, euro ou dollar généré par les barrières commerciales fait monter d’autant le prix des facteurs de production, et s’ajoute au prix des exportations et au prix payé par les consommateurs. La compétitivité ne risque pas d’en être améliorée !

Nous devons donc faciliter les importations comme les exportations, et en réduire les coûts. La réunion ministérielle de l’OMC, qui se tiendra à la fin de l’année à Bali, fournira une excellente occasion d’y parvenir. Un accord sur la facilitation du commerce pourrait générer 70 milliards de dollars.

Parce qu’il est au cœur de l’économie mondiale, le commerce a été désigné comme l’une des trois priorités de la présidence britannique du G8 en 2013. Nous promouvront ainsi l’impact de l’ouverture des marchés sur la croissance, que ce soit dans le cadre du système commercial multilatéral ou d’accords bilatéraux de grande envergure, tels que l’accord conclu entre l’UE et les États-Unis.

Deuxièmement, les chiffres de la base de données ÉVA soulignent l’importance des services. Nous avons tendance à limiter les échanges et la production aux seuls biens manufacturés ; or c’est une erreur. Prenons l’exemple du porte-conteneurs, symbole le plus visible de la mondialisation : le satellite et les câbles en fibre optique, qui facilitent les échanges internationaux de services, sont tout aussi déterminants que le navire.

En tant que centre financier, le Royaume-Uni est conscient depuis longtemps du rôle des services. Mais les données sur les échanges en valeur ajoutée apportent une dimension supplémentaire en soulignant  le poids des services dans l’ensemble des exportations : dans la moitié des pays étudiés, plus de 50 % de la valeur ajoutée des exportations provient des services, contre 30 % pour les produits manufacturés.

La compétitivité internationale de nos économies passe donc par des services efficaces et productifs. Le Royaume-Uni se donne deux ans pour revoir l’ensemble de sa réglementation, et pour l’assouplir si  nécessaire. De plus, le Royaume-Uni soutient fermement la mise en œuvre pleine et entière de la Directive européenne sur les services. Nous défendons aussi activement l’adoption d’un accord multilatéral sur les services.

Le nouvel indice de restrictivité des échanges de services (IRES) de l’OCDE, qui devrait être applicable aux principaux secteurs en 2014, fournira d’autres informations utiles qui nous aideront à cibler nos efforts.

Enfin, la mesure des échanges en valeur ajoutée nous oblige à mieux réfléchir aux marchés finaux sur lesquels arrivent nos exportations. Je passe beaucoup de temps à l’étranger pour promouvoir le commerce et l’investissement au Royaume-Uni. Notre capacité à tirer profit des échanges ne dépend pas seulement de nos rapports avec nos partenaires commerciaux directs, mais aussi des de notre capacité à optimiser chaque maillon de la chaîne de production. Ceci souligne la valeur des efforts réalisés pour promouvoir la croissance et les réformes structurelles à l’échelle mondiale.

Pourtant, du fait de l’imbrication croissante des économies et des chaînes de valeurs mondiales, nos résultats commerciaux peuvent être affectés par certains facteurs dont les nouvelles données précitées révèlent l’importance. Ainsi, une croissance atone ou une récession dans un pays affectera les pays partenaires dont il importe directement des marchandises, mais aussi ceux qui, en amont, contribuent à la production des produits importés. Le tremblement de terre de Fukushima a montré que les chaînes de valeur mondiales pouvaient se comporter comme un pendule de Newton, provoquant des ondes de choc jusque dans des pays qui n’ont que peu, ou pas, d’échanges avec le Japon.

Bien entendu, la mesure des échanges en valeur ajoutée ne change pas tout. Elle confirme les avantages d’une participation active à l’économie mondiale et de la valorisation des chaînes de valeur mondiales. Airbus en est un bon exemple. Le Royaume-Uni possède un savoir-faire dans la fabrication d’ailes et de moteurs. Mais c’est parce que nous les vendons facilement à la France, où ils sont intégrés aux avions, que nous accédons indirectement aux marchés de pays tiers.

La base ÉVA confirme également la nécessité de mettre en place un système commercial multilatéral efficace. Lorsque les biens et services franchissent plusieurs frontières avant leur consommation finale, la multiplication de petits obstacles peut avoir un effet cumulatif considérable. La libéralisation multilatérale demeure le meilleur moyen d’éviter cette mort à petit feu.

Comme je l’ai indiqué dans mon intervention du 16 janvier, la base ÉVA est une étape importante car elle améliore notre compréhension de l’apport des échanges à l’économie britannique et mondiale, et accroît la pertinence des politiques commerciales. Cette base sera étendue et améliorée, et je suis heureux de continuer à travailler avec l’OCDE et l’OMC pour en tirer pleinement parti.

 

Références et liens recommandés

« Lord Green response to OECD and WTO report on trade », 16 janvier 2013

Site Internet de la présidence britannique du G8

Travail de l'OCDE sur les Echanges en Valeur Ajoutée

 

©UK Government Service

 

Par Lord Green of Hurstpierpoint, Ministre d’État au Commerce et à l’Investissement, Royaume-Uni  

 

©L'O‌bservateur de l'OCDE N° 296 T1 2013

 

 

 

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