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Salle de presse

Une ambition pour la Corée : faire partie des pays les plus avancés du monde

 

Par Angel Gurría, Secrétaire général de l'OCDE
Discours prononcé lors d'une conférence commémorant le dixième anniversaire de l'adhésion de la Corée à l'OCDE
Séoul, 22 septembre 2006 

Je suis très honoré de me trouver à Séoul pour célébrer le dixième anniversaire de l'adhésion de la Corée à l'OCDE, après une décennie de coopération mutuellement bénéfique entre la Corée et l'Organisation.

L'OCDE regroupe en son sein 30 pays qui partagent le même attachement à la démocratie et l'économie de marché. Les différentes expériences nationales y sont analysées, les pratiques exemplaires identifiées et, dans certains cas, des règles et des normes internationales sont édictées puis mises en œuvre.

Ce que la Corée a apporté à l'OCDE

Au cours de ce dialogue sur les politiques à suivre, l'OCDE a beaucoup appris de la Corée, qui est l'un de ses membres les plus dynamiques. Ce pays est entré dans l'Organisation il y a dix ans, après trois décennies de croissance rapide grâce à laquelle il est passé, en une génération, d'une société rurale et peu développée à une économie moderne. La Corée peut se targuer d'être un exemple unique et remarquable de développement économique rapide.

Le PIB moyen par habitant de la Corée se rapproche rapidement de celui des autres pays de l'OCDE, et dans beaucoup de domaines, les progrès sont impressionnants. Depuis son adhésion, la Corée affiche un taux de croissance économique de quasiment 6 % par an, soit plus du double de la moyenne de l'OCDE. Elle s'est imposée comme l'un des leaders mondiaux dans de nombreux secteurs, y compris celui des TIC. De fait, la contribution du secteur des TIC à la croissance de la productivité est plus forte en Corée que dans le reste de la zone OCDE. Les succès de la Corée dans la haute technologie reflètent l'importance extrême qu'elle accorde à l'éducation. Ainsi, la proportion de bacheliers coréens entrant à l'université, qui est de 82 %, est la plus forte du monde, et les Coréens de 15 ans évalués dans le cadre du Programme international pour le suivi des acquis des élèves, lancé par l'OCDE et connu sous le nom de PISA, ont obtenu des résultats remarquables. Dans le passé, la richesse d'un pays dépendait de ses ressources naturelles. Au 21ème siècle, l'avenir d'un pays dépend de sa capacité à créer des idées. La Corée est en train de se donner les moyens de rattraper les économies les plus avancées du monde.

Le rôle de l'OCDE dans la définition de l'action publique en Corée

L'OCDE a joué un rôle capital, se tenant aux côtés de la Corée dans les moments difficiles, en particulier après la crise de 1997. Un an après son adhésion à l'Organisation, la Corée a en effet connu une crise financière causée par une fuite des capitaux à court terme. Si cette crise a tenu en partie à des effets de contagion avec d'autres pays de l'Asie du Sud-Est, les lacunes structurelles propres à la Corée n'y ont pas été étrangères.

En réaction à cette crise, la Corée a eu la sagesse de choisir d'instaurer des normes et des pratiques exemplaires internationales dans tous les secteurs de son économie. L'OCDE a participé de près à l'élaboration et à la mise en œuvre de ces stratégies, en particulier dans le secteur financier, celui des entreprises, sur le marché du travail et dans le secteur public. Les recommandations formulées par l'OCDE ont non seulement imprimé l'orientation des réformes opérées dans ces domaines, mais ont également contribué à persuader les groupes d'intérêts coréens d'accepter les changements.

Bien que les recommandations de l'OCDE ne soient pas juridiquement contraignantes, le fait qu'elles soient fondées sur des analyses approfondies menées par le Secrétariat de l'Organisation et qu'elles aient le soutien des pays membres (qui représentent les deux tiers de l'économie mondiale) leur donne un poids considérable.

J'aimerais à ce propos citer quelques exemples précis illustrant la manière dont l'OCDE a participé à l'élaboration des politiques économiques en Corée.

1. Gouvernement d'entreprise : Les études économiques de la Corée réalisées en 1998 et 1999 recommandaient l'adoption d'une approche axée sur le marché pour aborder la restructuration des entreprises, en particulier grâce à une amélioration du gouvernement d'entreprise. La mise en œuvre de cette politique a permis à la Corée d'aligner son cadre de gouvernement d'entreprise sur les principes préconisés par l'OCDE. En outre, la stratégie reposant sur les chaebols a subi une inflexion, délaissant la réglementation directe au profit d'un jeu plus libre des forces du marché.

2. Réforme du droit du travail : Lorsque la Corée a rejoint l'Organisation, le Conseil de l'OCDE a chargé le Comité de l'emploi, du travail et des affaires sociales de suivre de près les progrès qu'elle allait accomplir dans l'adoption d'une feuille de route devant lui permettre d'aligner sa législation du travail sur les normes internationalement admises, ce qu'elle a fait en 2003. La mise en œuvre de ce programme est prévue pour 2006.

3. Réforme de la réglementation : En 2000, l'OCDE a formulé plusieurs recommandations concernant le cadre réglementaire, la politique de la concurrence et l'ouverture des marchés. La Corée a fait des progrès significatifs dans ces trois domaines.

4. Couverture de sécurité sociale : Les programmes sociaux publics existants n'étaient pas adaptés à la forte hausse du chômage qui a suivi la crise. En 2000, l'Étude spéciale de l'OCDE sur la couverture de sécurité sociale en Corée a contribué à une amélioration des politiques dans ce domaine.

5. Politique monétaire : Dans l'Étude économique de la Corée de 2003, il était préconisé d'accroître l'indépendance et la responsabilité de la Banque de Corée. La révision de la Loi de 2004 sur la Banque de Corée a permis d'améliorer de manière significative le cadre de la politique monétaire, conformément à ces recommandations.

6. Politique régionale : Les examens territoriaux de Busan et Séoul réalisés par l'OCDE en 2005 s'intéressaient à la possibilité d'un développement régional équilibré s'accompagnant d'un allègement des règles d'urbanisme dans la région de la capitale afin de promouvoir sa compétitivité internationale.

7. Politique de l'environnement : Hier, nous avons fait paraître le deuxième Examen environnemental de la Corée, qui évalue dans quelle mesure la Corée a atteint ses objectifs nationaux et respecté ses engagements internationaux en matière d'environnement. Il s'agit là aussi d'un domaine où la Corée a réalisé des progrès extraordinaires, que ce soit du point de vue du cadre réglementaire, de la mise en place des institutions, ou encore des performances.

Ce ne sont là que quelques exemples de l'interaction positive entre la Corée et l'OCDE. On pourrait en citer beaucoup d'autres, et ils sont appelés à se multiplier à mesure que cette interaction s'intensifiera et que notre connaissance mutuelle s'approfondira.

Le projet "Vision 2030"

L'OCDE va de fait poursuivre sa collaboration avec la Corée et l'accompagner dans la mise en œuvre de son programme de réformes. Il y a quelques semaines, le gouvernement coréen a présenté son projet baptisé "Vision 2030", qui expose une stratégie globale à long terme visant à faire de la Corée un pays réellement avancé et aborde des problèmes cruciaux tels que le vieillissement rapide de la population.

"Vision 2030" préconise l'instauration d'un cercle vertueux reposant sur l'interaction entre la croissance économique et le bien être social. Au cours de la dernière décennie, la Corée a accordé une importance croissante à son système de sécurité sociale. Avec des dépenses sociales qui n'ont représenté que 6 % du PIB en 2001, contre 20 % en moyenne pour les pays de l'OCDE, la couverture de sécurité sociale en Corée est encore relativement peu développée par comparaison avec les autres pays membres. A l'évidence, il est urgent d'empêcher toute aggravation de la pauvreté. Dans le même temps, il est important d'éviter les erreurs commises dans certains pays de l'OCDE, où le poids des dépenses sociales et de la charge fiscale a fini par créer des désincitations au travail et des poches de pauvreté.

L'OCDE est prête à fournir son assistance à la Corée dans d'autres domaines où les progrès sont moins manifestes. En termes d'intégration dans l'économie mondiale, il semble que des améliorations soient encore possibles, dans la mesure où l'investissement direct de l'étranger, qui se situe aux alentours de 8 %, place la Corée à l'avant-dernier rang des pays de l'OCDE dans ce domaine, position qu'elle occupe également en ce qui concerne les importations de produits manufacturés exprimées en pourcentage de la demande intérieure ; enfin, la protection agricole est également élevée, puisque le niveau de soutien moyen du revenu s'établit à 62 %, soit presque le double de la moyenne de l'OCDE.

Des politiques permettant à la Corée de recourir davantage aux produits, services, capitaux, technologies et ressources humaines de l'étranger contribueraient à accélérer la réforme structurelle et doperaient la croissance économique. Cela étant, les réformes ne sont pas faciles à faire passer et à mettre en œuvre. Le caractère prioritaire de l'économie politique de la réforme est de plus en plus largement reconnu. Il s'agit là d'un domaine où l'OCDE devrait jouer un rôle beaucoup plus important, conformément au mandat qui lui a été confié par ses membres.

Conclusion

Les performances économiques remarquables affichées par la Corée au cours des dix dernières années sont à mettre sur le compte de sa volonté à s'engager dans des réformes structurelles. L'OCDE se félicite d'avoir joué un rôle dans ces réformes. La Corée va devoir maintenant affronter de nouveaux défis, car dans la zone de l'OCDE, sa population est l'une de celles qui connaît le vieillissement le plus rapide, et il devient de plus en plus urgent de développer la couverture de sécurité sociale tout en préservant un taux de croissance élevé dans une économie de plus en plus concurrentielle et mondialisée. Toute la difficulté va consister à y parvenir en conciliant croissance économique d'un côté et justice et équité de l'autre. L'OCDE est prête à apporter toute son assistance à la Corée pour relever ces défis.

 

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